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 Par une nuit sans Lune [Terminé]

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MessageSujet: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Sam 28 Avr 2012 - 16:10

C’était une belle nuit.
Non, en fait c’était une nuit noire, sans Lune et sans étoiles, avec un air froid et mordant chargé d’humidité. Le vent léger faisait bruisser doucement les hautes herbes de la lande, ou du moins celles qui dépassaient encore de l’épaisse couche de neige qui la recouvrait. On aurait dit que la plaine toute entière, sous son manteau blanc, frissonnait au contact de ce souffle glacé. Une plaine déserte. Aucune activité, aucun animal en vue. Il faudrait vraiment que quelqu’un m’explique pourquoi les bêtes fuyaient ne serait-ce qu’en me sentant arriver... Hum. Ou alors était-ce justement à cause de ce manteau de glace qui paralysait la vie de la lande. Il y avait le même partout, même en Màvreah, et je commençais à en avoir assez de tout ce blanc. Les nuits n’étaient jamais totalement noires à cause de cette substance immaculée, même dans des cas comme celui-là, où ni la Lune ni les étoiles ne se montraient dans l’immensité du ciel nocturne. Mais plus sérieusement encore, les proies se faisaient plus rares avec ce froid. En tous cas, les proies animales. Et cela voulait dire que je devais aller me nourrir plus fréquemment dans les villages. Chose que je détestais, et que je ne ferais pas cette nuit ; je n’étais pas assez affamé pour en arriver là.

J’étais là, seul au milieu de la plaine, assis, le dos appuyé contre un rocher isolé.
J’avais dégagé la neige et découvert l’herbe de ma place, et cela faisait bien des heures que je demeurais ici, un calepin et un crayon entre les mains. Je n’écrivais rien, non. L’écriture était trop... parlante à mon goût. Je préférais largement un dessin monochrome. J’aimais cette activité, que j’exerçais malheureusement de moins en moins en ce moment, car chercher de quoi me rassasier était long et parfois difficile dans la situation actuelle, surtout lorsque l’on rechignait à aller se servir dans les villages -ce qui était mon cas. Mais le crayon m’ayant trop manqué ces derniers temps, je m’étais donc accordé une pause dans ma partie de chasse en Oryenna. A coups de crayons assurés, une forme d’abord assez géométrique apparut. Peu à peu, cette forme fut mise en relief à grands renforts d’ombres et de reflets. Je soupirai ; un piano. L’une des nombreuses choses que je ne pourrais certainement plus jamais faire. Ce n’était pas ce que je regrettais le plus, loin de là, mais ça me manquait quand même terriblement.

Je finis par refermer le calepin d’un geste sec.
Me relevant, je fourrai l’objet dans la petite sacoche accrochée à ma ceinture dissimulée sous ma veste noire, m’étirai et repris mon chemin à travers la lande en direction du lac, qui n'était pas très loin d'ici. Peut-être aurais-je plus de chance là-bas, mais en attendant, cet endroit était désespérément désert. Oui, cette maudite plaine blanche était déserte. Ou peut-être pas tant que ça... Alors que je commençais à perdre espoir, le vent m’apporta une odeur qui me figea sur place. Quelque chose que je cherchais, mais que je ne m’attendais pas à percevoir aussi intensément. Je serrai les dents, tentant vainement de lutter contre cette attirance quasi magnétique. Non ! Pas ça ! Pas encore ! Cet effluve, celui du sang chaud, réveilla à moitié la partie la plus bestiale de mon être. C'était les moments les plus durs ; l'humain et la bête se disputaient un seul corps. J'étais encore conscient à ce moment-là. Mais plus pour longtemps ; cette chose allait prendre le contrôle. Je n’arrivais pas à lutter. Je m’élançai d’un coup à travers la plaine avec un grondement sourd, allant contre le vent qui m’avait soufflé la présence d’une proie. Ça recommençait... Je ne pouvais pas aller contre. Je devais suivre son mouvement, obéir à ses pulsions. J’étais aussi impuissant que la proie sur la piste de laquelle je m’étais lancé. Tout à ma frénésie incontrôlable, dans ce qu’il me restait d’humanité, au plus profond de moi, j’espérais à ce moment-là que, qui que ce soit, cette personne trouverait un moyen de s’échapper. Qu’elle parte d’ici, qu’elle parte loin ! Et par pitié, que je réussisse à me reprendre avant de la rattraper !


Dernière édition par Raven Mortedune le Lun 20 Aoû 2012 - 14:33, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Dim 29 Avr 2012 - 19:21

Une nuit si noire et si froide que le ciel ressemble à un immense onyx. J'ai beau chercher dans mes souvenirs, depuis le début du Grand Froid, je ne me souviens pas d'une autre telle que celle-ci. Une nuit où le monde semble inversé : où c'est la voûte céleste que noient les ténèbres et où c'est le sol qui recèle la lumière. Le peu de clarté que je perçois provient de la longue houppelande de neige qui recouvre la terre mais le faible éclat dont elle habille les arbres et les pierres n'est pas suffisant pour mes yeux d'humaine. C'est pourquoi malgré le manque de prudence évident dont je fais preuve, j'avance à la lueur du flambeau que je tiens dans ma main frissonnante. Emmitouflée jusqu'aux yeux dans mon épais manteau de fourrure, mon écharpe et ma cape de voyage et mes vêtements les plus chauds, je progresse avec lenteur, luttant contre le froid et la gangue glacée qui recouvre mes jambes. Chaque pas me coûte un peu plus que le précédent et pourtant je reprends courage de minute en minute. Je suis bientôt au bout de mes peines.

J'ai quitté le village de Lïm il y a un peu plus d'un mois, après y avoir été bloquée pendant tout le début de la période du Grand Eveil. Je pensais que cet hiver si rude serait un peu plus supportable en Evanya mais malgré sa nature harmonieuse et florissante, cette contrée est une de celle qui se trouve le plus au nord. Je ne crois pas que le temps sera réellement plus clément en Oryenna mais c'est pourtant ce vague espoir qui m'a poussé à partir. Dans le désert du Zénith, peut-être y a-t-il encore un peu de chaleur. Mais si je veux y parvenir, je ne dois pas m'arrêter ici. Je dois continuer jusqu'à la maison du Lac. M'endormir dans la neige serait mettre un terme à mon voyage. A tous mes voyages. Je resserre donc ma prise sur ma torche et aligne mes pas les uns après les autres, sur la poudre pâle et scintillante. Ça fait longtemps que je ne suis pas passée par ici mais, entre les branches décharnées des arbres, j'aperçois les reflets presque irréels du miroir gelé qu'est devenu le lac de l'Aube. Je souris sous mon écharpe, un sentiment chaleureux me réchauffant la poitrine. C'est un peu idiot mais, à mesure que je me rapproche de l'endroit qui m'a vu naître, je me sens en sécurité.

C'est alors qu'un bruit sur ma gauche attire mon attention. Je m'immobilise et lève mon flambeau, dans l'espoir illusoire de percer l'obscurité du sous-bois. En tendant l'oreille, je reconnais le craquement de la neige sous le poids d'un corps et je me demande brièvement qui d'autre que moi peut bien être assez fou pour errer dans la forêt en pleine nuit, par ce froid mortel. Je n'en sais rien. La Cité de l'Aurore est encore loin au sud et les villages sont peu nombreux au nord du lac, à cause des membres de la tribu de Tarik. Qui, alors ? En m'approchant un peu, toujours au mépris de la prudence, je finis par avoir la réponse : une jeune femme elfe à demi couchée dans la neige, sans doute après une chute. Le bout de ses oreilles grelotte, bleui par le froid et quelques unes de ses longues mèches blondes s'échappent du col de son manteau, pour aller dessiner des arabesques d'or liquide sur l'ivoire de la neige. Bien entendu, elle m'a vu depuis longtemps et ses grands yeux bleus ne cessent de scruter les miens. Il est vrai que je ne dois pas être très identifiable sous la masse de vêtements qui me recouvre. Pourtant, malgré sa méfiance, je sais que je vais l'approcher. Parce que si la neige commence à se teinter très légèrement de rouge près d'elle, c'est qu'elle a besoin de moi.


"Ne t'en fais pas, je veux juste te venir en aide."

En quelques enjambées laborieuses, je suis auprès d'elle. Écartant de ma main libre ma cape et mon manteau, je tâte les différentes besaces toujours pendues à ma ceinture, où se trouve toute ma pharmacopée. Je vérifie qu'il me reste quelques brins de lavande dans l'une d'elle. En décoction, ils me serviront à nettoyer une plaie éventuelle.

"Es-tu blessée ? Je ne pourrai rien faire ici, il faudrait atteindre la maison du Lac. Pourras-tu marcher ?"

Heureusement pour nous, elle n'est plus qu'à une vingtaine de mètres de l'orée de la forêt où nous nous trouvons. Nous pourrons y arriver sans encombres.
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Dim 29 Avr 2012 - 20:51

« Le vent ne cessera-t-il donc jamais de souffler ? »
Telle était ma pensée alors que j'avançais, à moitié courbée et avec difficulté, dans l'épaisse couche de neige d'un blanc immaculé qui recouvrait les terres endormies d'Oryenna. J'avais rarement vu une nuit aussi noire, aussi profonde et oppressante : pas de lune, pas d'étoiles, et ce froid. Ce froid dont personne ne savait d'où il venait. Ce froid qui conduisait les gens à se terrer chez eux et qui endormait la nature d'un sommeil mortel. Ce froid qui m'avait poussée à fuir les terres gelées et glaciales de l'Evanya natal, en quête d'un potentiel supplément de chaleur que pouvait m'offrir le sud. Il s'était avéré que mes espoirs étaient illusoires : la neige restait de la neige, le froid était identique partout, même dans les terres habituellement arides du Désert du Zénith. J'avais alors rebroussé chemin en direction de ma contrée natale : c'était toujours là-bas que je me sentais le mieux. Cependant je commençais sérieusement à douter de jamais y parvenir... Chaque instant faisait pénétrer le froid un peu plus profondément en moi, chaque coup de vent me laissait un peu plus transie, malgré la chaleur que m'apportaient mon manteau à capuche doublé de fourrure ainsi que mes longues bottes de cuir épais. Je tremblais violemment, des pieds jusqu'aux oreilles, et si j'avais pu voir mes mains sous mes gants, je suis sûre qu'elles me seraient apparues bleues. Je sentais mon corps s'engourdir peu à peu, et la neige me laisser dans un état d'hébétude totale. Et le pire était que je me rendais compte de ce qu'il se passait, mais que je ne pouvais rien y faire. L'idée n'avait même pas effleuré ma conscience à moitié endormie de m'arrêter pour la nuit dans la maison qui se tenait au bord du Lac de l'Aube. Cette vaste étendue d'eau était d'ailleurs gelée et luisait faiblement dans les ténèbres, du même éclat pâle et irréel que la neige, tel un immense miroir glacial ouvrant une fenêtre sur un autre monde. Je décidai sur un soudain éclat de conscience de rebrousser chemin jusqu'à la Maison du lac. Alors que je faisais brusquement demi-tour, le monde devint un instant entièrement noir autour de moi. Je repris conscience quelques centièmes de secondes plus tard, le nez dans la neige qui me brûlait froidement le visage. Je me relevai à moitié, sans parvenir à me mettre debout. De toute façon, à quoi bon ? Je ne sentais plus le froid, à présent. A vrai dire, je ne sentais plus rien. Je levai la tête vers le ciel dont la noirceur d'encre semblait m'aspirer, m'attirer à elle. Quelques flocons tombèrent, que je ne sentis pas. Ils étaient si légers, si beaux qu'un court instant, je rêvai de me transformer en l'un d'eux. Je levai une main engourdie vers le ciel, fascinée, mais un détail vint mettre fin à mon hypnose. Un liquide rouge trempait mon gant.
Je frissonnai à la vue du sang. Je revins alors à la froide réalité, et la douleur apparut. Je regardai la neige autour de moi : elle était rougie par ce liquide, l'essence de ma vie. J'avais dû m'ouvrir la main sur un rocher dissimulé par une congère, durant ma chute. J'avais eu de la chance que la roche n'ait pas heurté ma tête...

Je tournai soudainement mon visage vers une silhouette à quelques dizaines de mètres que, plongée dans l'engourdissement du froid, je n'avais pas entendu. Qui pouvait bien s'aventurer ainsi en pleine nuit, dans la neige, et seul ? La réponse ne tarda pas à venir : la silhouette, m'ayant aperçue, s'approcha de moi, et je finis par distinguer une jeune femme au teint sombre, emmitouflée dans son épais manteau. Je l'observai ainsi un moment, incapable de faire quoi que ce soit.

« Ne t'en fais pas, je veux juste te venir en aide. »

Je mis un peu de temps à assimiler ses paroles, encore abrutie par l'atmosphère glaciale et par ma chute. La femme commença à fouiller dans l'une des besaces qui pendaient à sa ceinture. Elle parla, et sa phrase arriva avec un peu de décalage dans mon cerveau embrumé.

« Es-tu blessée ? Je ne pourrai rien faire ici, il faudrait atteindre la maison du Lac. Pourras-tu marcher ? »

Ma langue peina à articuler ma réponse, mais celle-ci finit par sortir :

« Rien de sérieux, je me suis simplement ouvert la main. Mais je me sens faible... Je ne sais pas si j'arriverai à me remettre debout. »

Je commençai à me redresser en position assise sur mes deux genoux, en remerciant tous les dieux d'avoir placé cette femme salvatrice sur mon chemin. Avec son aide, j'arriverai sûrement à atteindre la Maison du lac, qui se trouvait à une vingtaine de mètres seulement. Peut-être ne mourrai-je finalement pas cette nuit...

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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Dim 29 Avr 2012 - 22:25

Le vent faisait tourner de petites volutes de neige au-dessus du sol, soufflant de plus en plus fort.
Et de plus en plus rapidement, de plus en plus attiré par l’effluve qui avait réveillé la bête, je me rapprochais de ma cible, excité malgré moi par la chasse qui s’annonçait. Le froid m’importait peu. Après tout, je ne le craignais pas plus que la mort désormais ; j’avais déjà tutoyé la mort. La preuve était tout simplement ce que j’étais devenu, car je n’étais pas du tout un sang-pur. Qu’aurais-je donné pour ne jamais subir ça... Désormais, et comme maintes fois dans le passé, j’étais incapable de reprendre le dessus sur cet instinct maudit. J’avais l’impression que cette bête sadique me laissait à moitié conscient afin que je puisse contempler pleinement ce qui allait se passer, impuissant. Afin que je ne perde pas une miette du spectacle. Mais ça n’allait pas se passer comme ça.

A plusieurs reprises, je freinai brusquement lors de ma course, tentant d’imposer ma volonté aux pulsions de l’animal dissocié de l’humain. Mais il finissait toujours par reprendre le dessus sur moi. Je n’avais cependant pas dit mon dernier mot ; je me jetai en contrebas du surplomb rocheux sur lequel je courais, alors qu’une distance d’environ cinquante mètres me séparait de deux silhouettes humaines recroquevillées vers le sol. Avec violence, je heurtai les rochers ; il fallait que je me fasse mal. Très mal. Jusqu’à maintenant, c’était le seul moyen que j’avais de faire reculer la bête, en tous cas dans une situation qui n’était pas un combat. Donc, dans la situation actuelle, c’était ce que je devais faire. Je sentis un choc sur le côté gauche de mon crâne au moment de l’impact sur les rochers, à deux mètres en contrebas. L’influence de la bête se fit moins forte, comme si je me réveillais. Je me redressai en chancelant, sentant la caresse d’un liquide refroidi depuis un demi siècle le long de mon cou. Et la bête repris le dessus avec acharnement.

Une lueur rougeoyante alluma mon regard alors que j’élançai de nouveau mon corps en avant.
Mes commissures se crispèrent, ma mâchoire se serra, un grondement sourd fit vibrer ma gorge. La bête avait repris de l’influence et de la vitesse, et quand bien même je réussirais à reprendre un minimum de contrôle sur mon corps, le terrain plat n’allait plus me permettre de me fracasser sur des rochers, désormais. Il n’y avait qu’une étendue de neige, une pente douce qui aidait le prédateur dans sa course, et un peu plus loin, le lac ainsi que la maison d’observation située sur sa rive. Si j’avais vénéré un quelconque dieu, je l’aurais prié avec ferveur pour que les deux jeunes femmes, que je pouvais maintenant apercevoir nettement, réussissent à atteindre cet abri avant que je ne me trouve près d’elle. Pourquoi ? Pourquoi m'accrocher à ça ? Qu'est-ce que je voulais ? Je n'en étais pas très sûr... Peut-être la preuve que finalement, il me restait un peu d'humanité.
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Mar 1 Mai 2012 - 0:08

Les bourrasques de vent font tournoyer la neige autour de nous et manquent d'éteindre ma torche en une pluie d'étincelle, pourtant la voix cristalline de l'elfe me parvient sans peine. Sous le sifflement furieux de la bise qui nous malmènent, la musique faible et mélodieuse de ses paroles me semble résonner en moi. Je les ai beaucoup fréquentés, mais j'ai toujours été fasciné par la capacité de ce peuple à s'adresser à la nature profonde des êtres lorsque ceux-ci étaient suffisamment réceptifs. Ce don accentue la beauté fragile et harmonieuse, presque irréelle de la jeune femme qui se tient en face de moi. Tandis que j'examine sa main, j'admire également l'éclat fascinant de ses yeux. Bien qu'obscurcis par la sombre appréhension dans laquelle nous plonge cette nuit, les scintillement dorés qui les illuminent sont encore si vifs que je me demande un instant si ce n'est pas plutôt mon flambeau qui y puise ses étincelles. Je garde malgré tout la tête froide. Il est temps d'agir. Plantant un instant ma torche dans la neige, je soulève doucement son bras pour le passer par-dessus mon épaule et agripper solidement sa taille si frêle, tout en faisant attention à sa main blessée.

"Appuie-toi sur moi. Ce n'est pas si loin, j'arriverais bien à te soutenir jusque là..."

Soudain, alors que je récupère le flambeau pour me relever, un nouveau bruit inhabituel attire mon attention. Tournant vivement la tête vers la forêt dans notre dos, je scrute l'obscurité, bien plus méfiante cette fois. Les sons qui nous parviennent n'ont cette fois plus rien d'intriguant : des chocs sourds, violents, répétés et qui semblent se rapprocher à une vitesse bien trop élevée à mon goût. Assurant ma prise sur la taille de la jeune femme, je me redresse et recule de quelques pas. J'ignore quelle autre créature se terre dans les bois si près de nous, je ne peux même pas la voir. Mais à la différence de l'elfe, mon instinct me crie cette fois-ci que nous sommes en danger. Il n'est donc plus temps d'hésiter.

"Accroche-toi aussi fort que tu peux. Surtout, ne me lâche pas."

Dès que j'ai prononcé ces mots, je tourne les talons et me mets à courir comme je le peux vers la maison du Lac. La neige englue mes bottes et entrave mes pas mais heureusement pour nous, la jeune femme est légère et mes efforts parviennent finalement à nous extraire en partie de l'épaisse couche blanche. Mes mains serrées sur le corps de l'elfe et sur la torche que je refuse de lâcher, je cours aussi vite que je le peux, sans réfléchir. Aucune pensée ne vient perturber ma course. Ni notre lenteur comparée à la vivacité de notre adversaire, ni la distance qui nous sépare encore de notre abri, ni même la solidité éventuelle de celui-ci n'instille de peur en moi. Si je laisse la peur m'envahir maintenant, c'est la mort assurée. Alors je reste focalisée coûte que coûte sur le moindre de mes mouvements.

Enfin, la maison du Lac se dresse devant nous. Encore quelques enjambées et nous pourrons l'atteindre. Mais dans notre dos, la chose qui nous traque gagne du terrain. Je ne me suis pas retournée pour l'apercevoir mais je l'entends. Le grondement bestial qui roule au fond de sa gorge me parvient nettement. Allons-nous y arriver ? Alors que je me pose cette question, mon pied droit glisse sur une plaque de verglas masquée par la neige. Passée la surprise, je réagis aussitôt en poussant la jeune femme devant moi.


"Ouvre la porte ! Vite !!"

Je bascule en avant, en sachant déjà que je ne me rétablirais que trop tard. Plutôt que de tenter de retrouver l'équilibre, je pivote sur moi-même en tombant et lance à l'aveuglette le flambeau sur notre poursuivant, en espérant que ça le ralentira assez pour que je puisse me relever...
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Mar 1 Mai 2012 - 21:18

Mes yeux peinaient à rester ouverts tandis que la femme m'entraînait vers la Maison du lac. Je pouvais sentir la chaleur de son corps à travers son épais manteau, et cela m'apportait un réconfort immense, et peut-être même un peu d'énergie. Je me sentais presque bien : je n'étais plus seule. Je n'avais pas réalisé à quel point la solitude était angoissante, à quel point j'avais besoin de contact humain ou elfique. Plongée dans mon état ébahi, je ne prêtais pas attention aux étranges bruits de course et de chocs violents que j'entendais au loin. Puis, les bruits se rapprochèrent, et peu à peu mon cerveau finit par réagir. Il y avait une créature puissante pas loin, qui était à notre poursuite. A ce train-là, nos chances de lui échapper étaient bien minces. Mes yeux s'ouvrirent alors en grand et mes pupilles captèrent le peu de lumière provenant du flambeau de la femme ; la scène m'apparut alors avec beaucoup plus de clarté, et les sons causés par notre poursuivant également. Peut-être cette réaction était-elle ce que l'on appelait « l'instinct de survie »...
J’accélérai le pas. L'humaine parut soulagée de me voir m'activer un peu, et se mit à courir en me disant de m'accrocher. Elle avait dû sentir le danger, elle aussi... Les bruits se rapprochèrent peu à peu, des bruits sourds qui faisaient battre mon cœur plus fort d'angoisse. Malgré tous mes efforts, je ne parvenais pas à marcher plus vite encore. Heureusement, ma salvatrice ne paraissait pas trop gênée par mon poids, et parvint à nous extraire en partie de la neige épaisse et collante qui ralentissait notre progression. La maison n'était plus qu'à une dizaine de mètres... cinq mètres... Trois mètres. Je soupirai de soulagement : nous y étions, la sécurité était là, en face de nous. Derrière, notre poursuivant se rapprochait. Je perçus sans peine son grondement sourd, et les bruits de chocs s'étaient arrêtés. La créature courait dangereusement vite.
Le salut était là, nous le tenions... Mais soudainement je sentis le soutien de la femme disparaître. Je vacillai un instant, puis me retournai avec horreur. Avait-elle été rattrapée ? Lorsque je vis qu'elle était simplement tombée, ma terreur ne me quitta pas : je pouvais désormais voir ce qui nous traquait. C'était un jeune vampire qui se précipitait vers nous, les crocs découverts, une lueur sanglante et sauvage dans le regard. J'aurais voulu crier, mais je n'y parvins pas. Les vampires étaient ma phobie, ce que je craignait le plus au monde, ce qui hantait mes pires cauchemars, ce que je considérais comme l'image de la Mort elle-même.
Brusquement, je me sentis poussée.

« Ouvre la porte ! Vite !! »

Mon sang ne fit qu'un tour. Je n'avais pas le droit de m'abandonner à la peur. Je n'avais pas le droit d'abandonner cette femme qui m'avait secourue. Je me précipitai sur la porte, l'ouvrit d'un seul coup. Une bouffée d'air chaud me monta au visage. Je revins vers la femme pour l'aider à se relever. Celle-ci venait de lancer sa torche sur le vampire, et je pouvais lire la détermination sur son visage, découvert lors de sa chute. Le flambeau voltigea, laissant une traînée écarlate et brûlante dans l'air glacial, pour finir sa course sur la hanche du monstre, qui ne cria même pas de douleur, mais détourna le regard vers le projectile. Le lancer avait eut l'effet escompté : l'homme s'arrêta un court instant, l'espace de moins d'une seconde.
Cela était suffisant. J'attrapai la femme noire par le bras et la relevai dans un effort suprême. Puis, je plongeai dans l'intérieur obscur de la Maison du Lac, claquant la porte au passage. Juste à temps : un choc sourd retentit, m'indiquant que notre attaquant s'était heurté à la porte. Je craignis un instant que celle-ci ne vole en éclats, mais il ne se passa rien. Un silence tomba, brisé seulement par nos halètements épuisés. Une dernière pensée me traversa l'esprit, juste avant que je m'évanouisse de terreur et d'épuisement : je n'avais pas verrouillé la porte.

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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Mar 1 Mai 2012 - 22:37

A mesure que je me rapprochais des deux silhouettes, je pus distinguer en partie leurs traits.
Je reconnus une elfe, et l’autre était probablement humaine. Elles semblaient largement plus âgées que moi, du moins en apparence. Mais ça ne suffisait pas à me rassurer quant à l’issue de l’affrontement imminent. La lumière de la torche tenue par l’une des deux silhouettes se rapprochait vite durant ma course rapide. A cette cadence-là, je serais sur elle en moins d’une minute. Certainement affaiblies par le froid, elles n’avançaient pas assez vite à mon goût dans l’épaisse couche de neige qui gênait leur course. A plusieurs reprises, je fis une tentative acharnée pour reprendre le contrôle de moi-même. Mais la promesse de la prochaine mise à mort rendait la bête trop forte. Ses pulsions n’étaient pas maîtrisables. Je ne pouvais rien faire. Mais bon sang ! Qu’est-ce qui m’avait pris de venir dans cette direction !

Elles se rapprochaient de la cabane, et j’étais maintenant à quelques mètres.
La bête jubilait déjà, poussant un nouveau grondement sourd. Et pour couronner le tout, l’une de des jeunes femmes chuta, et elle n’arriverait certainement pas à se relever à temps. Alors que j’étais sûr de savoir comment tout cela allait se terminer, la jeune femme au sol se défendit, envoyant sa torche dans ma direction. Je me sentis alors submergée par un mélange de soulagement et d’angoisse. Soulagement car elles avaient enfin une chance de s’en sortir. Angoisse parce que je craignais les flammes, moi ! Cependant, ceci était probablement ma seule chance, à moi aussi. Usant du peu de contrôle que j’avais, je tins bon et ne m’écarta pas de la trajectoire de la torche, qui m’occasionna une brûlure au flanc, avant de s’éteindre en touchant le sol. Cet imprévu déstabilisa la bête, mais pas assez pour que je puisse agir en tant qu’humain. J’étais encore à leur poursuite lorsqu’elles entrèrent toutes les deux dans la Maison. Je sautai les marches d’un seul bond. Et me pris la porte en pleine tronche.

Ouais ouais, riez, mais c’est précisément ce qui acheva de déstabiliser la bête pour me permettre de la faire reculer. Tout se passa alors très vite. C’était le moment ou jamais ; je portai brusquement une main à ma ceinture, sous le pan gauche de ma veste, pour en tirer une longue dague acérée. Mais je ne voulais pas m’en servir contre l’humaine ou contre l’elfe, ni même contre la porte. Saisissant fermement l’arme à deux mains, je tournai la lame face à moi, et me l’enfonçai sans ménagement au milieu du ventre. La douleur qui irradia mon corps m’arracha une plainte, très humaine cette fois, alors que je m’effondrai à genoux sur le plancher de bois recouvert de neige. Partagé entre la vive douleur physique, et le soulagement de sentir enfin l’influence de la bête s’estomper, je restai prostré là, à genoux, tête baissée, la respiration rapide et heurtée, tenant fermement la lame du poignard enfoncé dans ma propre chair, et ce durant plusieurs minutes, ne réagissant même pas lorsqu’une pluie grêleuse se mit à tomber. Entre temps, la Lune s’était montrée dans ce ciel particulièrement noir.

Enfin, je retirai le poignard de mes entrailles, le laissant tomber dans la neige rougie par mon propre sang.
Le processus de cicatrisation commença dès que je retirai l’arme des chairs. Je me relevai doucement, secouant la tête pour débarrasser mes mèches noires de l’eau glacée qui y dégoulinait, et inspirai profondément, soulagé que ce soit enfin terminé. Et surtout soulagé de ne pas les avoir blessées, à vrai dire. Je posai mon regard sur la porte, hésitant. Je décidai finalement de ne pas toucher à cette poignée, et préférai une méthode plus discrète et moins directe ; plongeant une main dans la petite besace de toile accrochée à ma ceinture, arrachai une page vierge de mon calepin et me saisis de mon crayon. Même mon écriture paraissait hésitante. « Mes sincères et plus plates excuses. Les moins plates ne passaient pas sous la porte. » Je glissai la petite feuille sous la porte de la maison, avant de m’en éloigner de quelques mètres, prenant soin d’éviter d’être vu par les fenêtres sans même m’en rendre compte, levant un regard vague vers la Lune presque pleine.
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Mer 2 Mai 2012 - 15:50

Pendant la seconde où je demeure en suspension avant de heurter le sol gelé, la torche que je viens de lancer éclaire à demi le visage de notre poursuivant. Malgré l'urgence de la situation, je ne peux m'empêcher d'être surprise. Je m'étais attendue à une créature sauvage, avide de chair fraîche et de sang chaud et en un sens, je ne suis pas déçue : ces traits contractés par la rage, ces longues canines reconnaissables entre tous, ces iris rubis étincelants de folie meurtrière et ce grondement bestial sont bien ceux d'une bête affamée. Mais je ne m'attendais pas à reconnaître dans ce vampire assoiffé de sang un jeune homme à peine sorti de l'enfance. L'espace d'une seconde, nos regards se croisent et bien que ce soit peut-être ma mort que j'observe ainsi, je ne peux m'empêcher de trouver un air humain à ce garçon, au-delà de sa sauvagerie. Qui es-tu donc ? Est-ce vraiment toi qui nous pourchasses ainsi ? Tu sembles pourtant si jeune... Nous ne sommes peut-être que des proies à ses yeux mais je ne peux pas croire que ce prédateur bestial soit la seule chose qui réside dans ce petit corps. Toutefois, je n'ai pas le temps d'en penser plus.

Je tombe lourdement sur le dos, la torche atteint la hanche du vampire avant de s'éteindre dans la neige et ce dernier s'arrête quelques instants, en ayant l'air d'hésiter, ou de lutter, je n'arrive pas très bien à savoir. Je ne perds pas de temps à m'interroger et me relève prestement avec l'aide de la jeune elfe revenue sur ses pas pour m'aider. Nous courrons vers la maison du lac et nous jetons à l'intérieur avant de refermer la porte. Moins d'une seconde plus tard, un choc violent contre le bois nous fait reculer et nous apprend que le vampire s'est heurté contre le battant. Puis, plus rien. Tremblantes et sur le qui-vive, nous essayons de retrouver notre souffle. Je m'attends presque à voir la porte exploser sur la petite silhouette mince et mortelle lorsque soudain je vois l'elfe à mes côtés s'effondrer d'un coup. J'ai suffisamment de réflexe pour la rattraper mais, malgré sa légèreté, je ne peux la soutenir en restant debout et m'agenouille pour la mettre sur le côté, en espérant qu'elle reprenne vite ses esprits. Au même instant, un bref cri de douleur se fait entendre au dehors.

Cette jeune voix encore presque enfantine me porte un coup au coeur. Je me redresse à demi, prête à aller aider cet enfant qui pourrait être le mien, du moins physiquement, mais je me domine juste à temps. Je ne peux pas faire ça. En temps normal, risquer ma vie de cette façon en venant en aide à n'importe qui ne me pose pas de problème mais aujourd'hui je ne suis pas seule. Je ne vais pas abandonner cette jeune femme à ce qui demeure un prédateur dangereux. Comme le calme semble revenu, je retourne auprès d'elle sans cesser de tendre l'oreille. Elle est toujours inconsciente mais sa respiration est régulière, quoiqu'un peu faible. Avec rapidité et précaution, je retire son gant et examine sa main blessée. Une coupure de faible profondeur avec quelques minuscules gravillons sur les bords. Un rocher, sans doute. Je regarde autour de moi. Ce n'est qu'un poste d'observation mais il y a au moins une cheminée, je devrais pouvoir m'en sortir.

Alors que je m'apprête à m'y diriger, un petit crissement me fait sursauter et je me retourne à toute vitesse, le coeur battant. Un petit bout de papier a été glissé sous la porte. J'hésite un peu. Et si c'était un piège ? Pour plus de sûreté, je m'approche avec précaution d'une des fenêtres et jette un coup d'oeil au-dehors, à la lueur de la lune qui a enfin daigné apparaître. Rien. Pas même l'ombre d'une silhouette. Serait-il parti ? Aucun moyen de le savoir. Autant prendre ce papier. Les mots que j'y lisent m'émeuvent. Je ne me trompais pas : il y a bien autre chose qu'une créature sanguinaire dans le corps de ce jeune garçon. Peut-être pas si jeune que ça d'ailleurs. L'humour quelque peu caustique de ces deux lignes un peu hésitantes me font plutôt l'effet d'appartenir à un adulte. Après tout, c'est tout à fait possible au regard de la "longévité" des vampires. Je regarde à nouveau à l'extérieur. Je sais que je suis trop téméraire mais ce jeune homme m'intrigue. Enfin, j'ai autre chose à faire pour le moment.

J'ignore de quand date le dernier passage mais il reste quelques bûches à moitié consumées dans l'âtre. Parfait. Je sors mon briquet d'amadou de ma poche et souffle sur la misérable flammèche ainsi obtenue, jusqu'à parvenir plus ou moins par hasard à enflammer un des morceaux de bois. Tout en surveillant ce petit feu du coin de l'oeil, je dégage de mon dos mon sac de voyage et en sors une écuelle en étain ainsi que deux petits pots de bois. En récupérant la neige sur mes bottes, je mets de l'eau à chauffer dans l'écuelle. J'émiette aussi finement que possible dans un des pots quelques brins de lavande, dans l'autre j'écrase une racine de consoude. Le premier mélange me servira à désinfecter, l'autre à accélérer la cicatrisation. Après tout, c'est l'odeur du sang qui a attiré ce vampire à nous. Autant la supprimer au plus vite. Lorsque tout est prêt, je reviens auprès de la jeune elfe. Son visage reprend peu à peu des couleurs lorsque je la soigne. Elle devrait bientôt revenir à elle. J'attends patiemment qu'elle reprenne conscience tout en ne cessant de jeter des coups d'oeil vers les fenêtres, dans l'appréhension (ou l'espoir ?) de voir réapparaître la silhouette du jeune vampire...
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Mer 2 Mai 2012 - 20:33

Le noir. Le noir profond, infini, si vide, et pourtant si rempli d'énergie invisible, d'énergie prête à se libérer au moindre mouvement du rien. Par flashes, des images m'apparurent. De longs crocs d'un blanc étincelant. Un mince filet de sang à la commissure de lèvres enfantines. La neige, remplie d'ombres vivantes. Peu à peu, la chaleur s'infiltra dans mon corps gelé. Elle entra par le bout des doigts et des pieds, puis se propagea dans tout mon corps avec maints picotements, pour arriver à mon visage. Plus aucune image ne se formait à présent dans ma tête. Je sentis une odeur de bois qui brûlait, puis l'odeur un peu étrange de ce qui devait être une pommade. J'entendis une personne s'affairer, un glissement sur le sol, puis plus rien, si ce n'était un lent bruit de respiration, et un autre bruit sourd, régulier et qui semblait provenir non pas de l'extérieur mais de l'intérieur même de moi. Je ne tardai pas à comprendre que ces battements étaient ceux de mon cœur.
Ma respiration s'accéléra, et j'ouvris mes yeux, dont les iris devaient avoir tourné au vert, comme toujours après un moment de détente. La pièce était plongée dans une demi-pénombre plutôt agréable. Le plafond était soutenu par de lourdes poutres à l'air ancien. Je me redressai silencieusement, et aperçus la femme qui m'avait aidée, entrain de regarder pensivement à travers les fenêtres obscures de la Maison du Lac. Car, en effet, je me rappelais à présent qu'il s'agissait de cette Maison, et les événements de la nuits m'étaient revenus. Un sourire étira mes lèvres : le cauchemar était passé, nous étions en sécurité. J'observai ma main blessée, et constatai qu'elle avait été pansée pas l'humaine. A présent qu'elle s'était un peu découvert le visage et le corps, je pus observer qu'elle était particulièrement belle. Avec ses formes généreuses mais équilibrées, la cascade de sombres boucles qui lui coulait dans le dos et lui encadrait le visage, son visage doux et ses yeux en amande d'un noir profond dans lequel on avait envie de s'abîmer, la jeune femme noire était d'une beauté exotique agréablement dépaysante qui me poussait à l'apprécier. En me voyant me redresser, elle tourna son regard déterminé mais empli de sollicitude vers moi.

« Merci. De m'avoir soignée, et de m'avoir sauvée, je veux dire. Sans vous je serais morte, à l'heure qu'il est. »

Je baissai les yeux, puis les tournai vers la fenêtre. Je ne pus alors empêcher un frisson de me couler dans le dos.

« Le vampire est-il... parti ? »

Lorsque je prononçai ces mots, ma voix n'exprimait rien, si ce n'était une légère angoisse à peine perceptible. Je détestais vraiment les vampires. Que quelqu'un pût se nourrir de l'essence de la vie – le sang – d'une autre personne me dépassait, même si je savais que certains vampires n'avaient pas choisi leur condition, et ne pouvaient qu'obéir à leur nouvel et violent instinct. Le visage de notre poursuivant de tout-à-l'heure s'imposa alors dans ma conscience. Terrorisée que j'étais par son expression sauvage et avide de sang, je n'avais pas remarqué qu'il était si jeune... Il avait tout au plus l'apparence d'un jeune garçon de treize ou quatorze ans. Cela me fit un certain choc : je n'aurais jamais pensé qu'une expression si terrible pût s'afficher sur un visage aussi innocent. Je me demandais alors comment il avait été transformé en cette créature abominable. Quel âge avait-il en réalité ? Je me levai et m'étirai, et un certain soulagement envahit mes membres. En attendant la réponse de ma salvatrice, je m'approchais du carreau glacé de la fenêtre, pour apercevoir la lente chute si paisible des flocons.

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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Mer 2 Mai 2012 - 22:38

Malgré la pluie battante et glacée, je me sentais apaisé.
Debout sur un angle de la petite terrasse de planches couvertes de neige, je contemplais le lac gelé, dont la glace reflétait la lumière blafarde de la Lune. Respirant profondément, je fourrai mes mains dans mes poches, comme si je pouvais encore craindre le froid mordant. En effet, il faisait froid, et j’étais trempé, mais ça, ce n’était pas quelque chose qui pouvait m’être fatal. La pluie sembla se calmer au bout d’un moment. Bientôt, elle laissa place à de paisibles chutes de neige. Je levai la tête, laissant quelques flocons me tomber paresseusement sur les joues ; la blancheur des cristaux se détachait sur la noirceur du ciel nocturne comme sur celle de mes cheveux d’ébène encore mouillés. Ma main bougea presque toute seule dans un geste étrange ; je touchai la neige accumulée sur la rambarde de bois, l'agglutinant pour en faire une boule compacte avec laquelle je jonglai distraitement d'une main.

Une voix me tira de mes pensées, et la boule de neige rejoignit le sol dans un chuintement léger.
Deux voix féminines, plus précisément. Même si je ne pouvais pas comprendre ce qu’elles se disaient de là où je me trouvais, j’étais content de les entendre ; la blessure qui m’avait attiré vers elles ne devait pas être très grave, finalement. Tant mieux. D’ailleurs, l’odeur du sang avait disparue, remplacée par d’étranges effluves de végétaux, certainement des plantes médicinales. Je pouvais également ressentir la chaleur qui émanait de la cabane ; les deux jeunes femmes avaient certainement allumé un feu. En parlant de feu, la brûlure de la torche que l’une d’entre elles m’avait envoyée me tiraillait encore. La plaie sur mon ventre n’était plus qu’un mauvais souvenir, et n’avait laissé de son existence qu’une tâche rouge sombre, mais j’étais bien plus sensible au feu qu’aux plaies ouvertes.

Une main sur mon flanc droit encore douloureux, je finis par me détourner du lac gelé pour longer lentement le mur de la cabane.
Ce devait être ma curiosité naturelle qui me poussa à vouloir m’approcher d’une fenêtre à ce moment-là. Je voulais seulement m’assurer que tout allait bien. Il n’était pas question pour moi de leur dire quoi que ce soit ; après ce que j’avais failli leur faire, la conversation me paraissait impossible, et elles étaient certainement du même avis. Je restai à une distance d’environ deux mètres par rapport au mur, car après tout, comme je l'avais remarqué, elles avaient allumé un feu, et je ne tenais pas à me recevoir une seconde torche. Je fis donc quelques pas en avant. Et me retrouvai face à deux yeux couleur or brillant dans la faible luminosité de la cabane, juste de l’autre côté de la fenêtre. Je me figeai, comme si je venais de me faire prendre en plein délit, les yeux arrondis, plongeant mon regard dans celui de l’elfe sans vraiment savoir quelle réaction je devais adopter, et encore moins quelle serait la sienne.
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Jeu 3 Mai 2012 - 19:41

Alors que j'admire toujours le lent ballet des flocons par la fenêtre, un bruit et du mouvement ramènent mon attention à l'intérieur. La jeune elfe se réveille et les flammes jettent de chauds reflets roux dans ses cheveux dorés alors qu'elle redresse la tête. Ses yeux croisent les miens et je contemple un instant l'éclat d'émeraude qui fluctue dans son regard. Au moins, elle n'a plus peur. Elle est peut-être encore un peu pâle mais elle semble avoir retrouvée ses forces car elle se relève et me remercie humblement. Je lui réponds d'un sourire :

"C'est mon métier de soigner les gens. Merci plutôt à toi d'être revenue à mon secours alors que rien ne t'y obligeait."

Je n'estime pas qu'elle me doive quoi que ce soit. Il m'arrive parfois de demander ou d'accepter une compensation pour les soins que je donne mais c'est uniquement pour subvenir à mes propres besoins. Apaiser la souffrance est à mes yeux bien plus important que les biens matériels que je peux en retirer mais j'accepte sa gratitude avec plaisir. Je n'ai parfois pour mes soins aucun remerciement sincère comme ceux qu'elle vient de m'offrir. Je m'écarte un peu pour la laisser prendre place à la fenêtre lorsqu'elle s'approche. Son regard se perd au dehors et son souffle vient jette un voile de buée sur le reflet de son visage laiteux.

"Je ne sais pas. Je ne le vois plus, en tout cas. Mais je me demande sérieusement s'il était réellement malfaisant. Il a glissé un mot sous la porte et il semblait désolé..."

Je lui tends le morceau de papier que j'ai gardé avec moi. Un papier granuleux, plus épais que celui que l'on utilise habituellement pour écrire. Peut-être provient-il d'un carnet à dessin ou de quelque chose comme ça. Un artiste... Je souris pour moi-même. Je suis de plus en plus imprudente. A peine venons-nous d'échapper à notre poursuivant que je voudrais déjà l'approcher mais je n'y peux rien. Cela causera sûrement ma perte mais j'ai toujours été fascinée par les parcelles d'humanité qui survivent en chacun, si bestial ou maléfique puisse-il être. J'aime les découvrir et en prendre soin, quitte à souffrir lorsqu'elles sont enfouies trop loin. Les personnes tendres et douces comme cette petite elfe sont faciles à apprécier. Bien que nous ne nous connaissions que depuis quelques minutes, je sens déjà que nous avons des choses en commun et qu'il me serait sans doute facile de m'attacher à elle. Mais dans les cas intriguants et périlleux comme celui de ce vampire, je suis plus intrépide que de raison...

Je n'ai pas le temps d'y songer plus longtemps car je vois soudain les yeux couleur jade de l'elfe devenir rouges. Saisie, je ne réagis tout d'abord pas. Pourtant, ce sont bien deux pupilles rubis que je vois se refléter dans la vitre... jusqu'à ce que je réalise que ce ne sont pas les siens. Ces yeux sont de l'autre côté du carreau, au milieu d'un jeune visage au teint pâle et au front encombré de sombres mèches folles. Un petit visage tout surpris de se retrouver nez à nez avec nous de cette façon, alors qu'il nous pourchassait dix minutes plus tôt. Oui, c'est bien de lui qu'il s'agit et j'avoue que j'ai un instant du mal à reconnaître notre sauvage agresseur dans ce jeune adolescent, dont le corps a l'air d'avoir moins de quinze ans. Que faire ? L'elfe risque d'avoir peur mais quelque chose en moi me pousse à essayer de l'approcher. Je pose une main sur l'épaule de la jeune femme et lui dis d'une voix ferme :

"Tu peux verrouiller la porte derrière moi, si tu veux. Ne t'inquiète pas pour moi."

Je me dirige vers la porte et l'ouvre à peine une seconde, juste le temps pour moi de me glisser au dehors et la refermer aussitôt. Après la douce chaleur de la maison, le froid glacial me saisit mais je cherche immédiatement du regard le vampire.

"Bonsoir."

Je pourrais difficilement en dire plus avec mes dents qui claquent. D'une main tremblante, je réajuste mon écharpe, histoire de cacher ma gorge. Mieux vaut ne pas tenter le diable. Sans rien dire de plus, j'observe ce jeune garçon mince et farouche, au regard si profond et méfiant, si adulte par rapport à l'âge qu'il semble avoir. Une tâche sombre souille sa chemise au niveau du ventre et il me semble percevoir vaguement une odeur de chair brûlée. J'entends mon coeur battre à tout rompre alors que les flocons s'accrochent à mes cheveux. Je ne sais pas exactement ce qui m'a poussé dehors à tenter de lui parler mais maintenant que j'y suis, je ne peux pas m'empêcher de le regarder. Est-ce vraiment la créature qui a failli nous ôter la vie ?

"Je t'ai blessé tout à l'heure. J'en suis navrée..."
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Jeu 3 Mai 2012 - 21:11

Plusieurs souvenirs affluèrent en moi en même temps que les flocons tombaient à l'infini. Je n'avais pas perdu la mémoire, seulement le froid m'avait abrutie et j'avais du mal à assimiler les événements récents. De plus, j'étais assez déboussolée, à cause de l'obscurité qui régnait au-dehors... Et c'était sans doute pour cela que l'idée de m'abriter dans cette cabane ne m'avait même pas effleurée un instant avant que je ne rencontre l'humaine guérisseuse.
Je me rappelais que j'avais une monture. Mélopée... où était-elle donc ? Je me souvins qu'elle s'était blessée avant mon départ pour Oryenna, et que j'avais dû la laisser se faire soigner en Evanya. Je tenais à explorer la contrée des hommes, et elle n'aurait pas supporté le voyage... Je réalisais seulement maintenant que je n'aurais jamais dû me séparer d'elle : ce périple que j'avais entrepris était insensé sans monture pour braver les tempêtes de neige inlassables et répétitives. Et surtout – surtout – c'était un périple que l'on ne pouvait accomplir sans un ami. Comme mon cerbridé me manquait...
La nuit profonde, glaciale et mortelle était toujours là. Je pouvais sentir le froid émaner du carreau de la fenêtre devant laquelle je me tenais.

« Je ne sais pas. Je ne le vois plus, en tout cas. Mais je me demande sérieusement s'il était réellement malfaisant. Il a glissé un mot sous la porte et il semblait désolé... »

C'était la femme noire qui venait de m'adresser la parole, en réponse à ma question légèrement angoissée à propos du vampire qui nous avait agressées. Silencieusement, d'un geste empreint d'une certaine grâce naturelle, elle me tendit un morceau de papier un peu humide, mais d'une blancheur pareille à la neige. Sa texture est granuleuse d'un côté, plus lisse de l'autre. Je reconnais ce genre de papier : c'est le papier que j'utilisais pour dessiner, quand j'avais les moyens de me le payer. A présent, je devais me contenter du papier fin et fragile utilisé pour écrire, mais cela me suffisait : du moment que je pouvais dessiner... Je retournai le parchemin et y lus quelques mots griffonnés au crayon. C'était une écriture gracieuse en un certain sens, mais rendue malhabile par la main hésitante qui l'avait tracée. L'humour du mot m'arracha un léger sourire, qui s'effaça très vite. Le vampire était-il vraiment désolé ? Ou était-ce un piège pour nous attirer à sa rencontre ? Je souris un peu amèrement devant la paranoïa dont je faisais preuve, moi qui étais d'ordinaire si prompte à accorder ma confiance aux gens, si prête à pardonner... Peut-être même trop ? Je jetai un dernier coup d’œil aux excuses du si jeune homme, et décidai d'un coup de les accepter. S'il avait réellement voulu nous nuire, il aurait pu enfoncer la porte, ou casser la vitre pour venir nous massacrer dans notre refuge. Un élan de compassion pour lui m'envahit, et j'en eus presque les larmes aux yeux. Qu'aurais-je fait si j'avais été transformée, moi ? Si j'étais devenue une créature assoiffée de sang et aux instincts incontrôlables ?

« Je... je ne crois pas qu'il soit malfaisant non plus. »

Je fourrai machinalement la lettre dans ma poche et me retournai vers la fenêtre, ce trou noir béant qui m'attirait étrangement et dangereusement, comme un papillon était attiré par le feu. Je m'apprêtais à demander son nom à cette femme mystérieusement belle, dont la peau sombre rougeoyait, fascinante, à la lueur du brasier, quand deux pupilles écarlates se matérialisèrent, dans lesquelles la lumière de la cabane ainsi que la couleur de mes propres yeux se reflétaient.
Ce regard s'écarquilla en même temps que le mien tandis que son propriétaire s'immobilisait. Le vampire n'était pas parti, finalement. Le rythme de mon cœur s'accéléra immédiatement sous l'effet de la peur qui me paralysa d'abord. Puis, celle-ci s'estompa pour laisser place à une léger sourire amusé. L'expression surprise et indécise du vampire avait réussi à me dérider, et j'avais oublié le monstre sanguinaire qui nous avait attaquées pour ne plus voir devant moi qu'un adolescent à l'air ébahi. La femme noire prit alors la parole. Elle devait avoir remarqué le vampire lorsqu'elle me dit :

« Tu peux verrouiller la porte derrière moi, si tu veux. Ne t'inquiète pas pour moi. »

Elle sortit de la maisonnette en quelques secondes, laissant un léger courant d'air froid s'infiltrer dans la pièce. Je fronçai les sourcils, ne pensant pas une seconde à la laisser s'aventurer seule au devant du vampire, et risquai un nouveau coup d’œil vers la fenêtre. La guérisseuse se trouvait à présent face au vampire, qui avait détourné son attention sur elle. J'enfilai rapidement le manteau que j'avais quitté après mon réveil à cause de la chaleur ambiante, et me précipitai vers la porte, que je refermai derrière moi. Je me dirigeai alors lentement vers les deux personnages, mais restai un peu en retrait, un mélange d'angoisse et de curiosité me rongeant.

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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Ven 4 Mai 2012 - 0:59

Le face à face perdura.
L’expression apeurée de l’elfe termina de me convaincre qu’il valait mieux que je parte d’ici. Mais alors que j’allais faire un pas en arrière, je vis un sourire apparaître sur son visage. Un sourire amusé. Je ne réagis pas, pour le moins surpris qu’elle trouve ça drôle... En général, c’étaient les prédateurs qui s’amusaient, et les proies qui tiraient la tête que j’avais en ce moment. Est-ce que d’une certaine façon, j’étais devenu la proie ? L’instinct de survie aidant, cela m’incita à me méfier. Peut-être qu’elles comptaient se venger, après tout ? Mais évidemment, comment leur en vouloir ? Ce scénario ne me surprendrait pas, cependant aucune des deux n’avaient l’air d’être venue armée, si on omettait le feu, chose que je craignais plus que n'importe quelle arme. Je restai donc sur le qui-vive, restant là où j’étais.

Un léger sursaut m’échappa lorsque la porte s’ouvrit.
Faisant cette fois un pas en arrière, je ne quittai pas du regard la personne qui venait de sortir pour venir à ma rencontre. Je plissai légèrement les yeux en fixant ses mains ; pas de feu, c’était déjà ça. Mon regard revint ensuite au sien. J’avais perdu une part de ma méfiance, mais je restai néanmoins tendu. Pas forcément parce que je m’attendais à une attaque, mais bien à cause de ce que j’avais fait. De ce que j’avais failli leur faire. Alors qu’elle s’approchait de moi, je détaillai enfin la jeune femme. Son regard était sombre, mais brillait d’une vivacité chaleureuse qui contribua probablement à me mettre en confiance. Sa peau était hâlée, et des boucles noires descendaient sur ses épaules, en partie retenues par l’écharpe qu’elle rajusta autour de son cou. Le geste m’aurait fait sourire si je ne m’étais pas senti aussi honteux. Ce qui me surpris le plus, c’est qu’après m’avoir salué, elle s’excusa de m’avoir blessé. Ceci en revanche, étira timidement l’une de mes commissures.

« C’est... c’est pas grave, ça disparaîtra vite... »

Ma voix hésitait encore, malgré mon léger sourire.
Un sourire qui disparut lorsque la porte s’ouvrit une deuxième fois, laissant maintenant sortir l’elfe avec qui j’avais échangé un regard à travers la vitre. De longs cheveux blonds s'accordant parfaitement avec la couleur or légèrement émeraude de ses yeux couvrait ses épaules graciles. Je la sentais beaucoup moins assurée que la jeune femme, mais le moins assuré, ce devait être moi. J'aurais peut-être mieux fait de partir sans rien dire, sans regarder par la fenêtre, finalement... Ça m'aurait épargné ce face à face, dont je n'osais rien attendre de bien. Je déglutis, mal à l’aise. Avant de baisser légèrement la tête, le regard au sol, non seulement pour appuyer mes paroles, mais aussi sous le coup de la honte que je ressentais.

« Ce n’est pas à vous de vous excuser. Je suis vraiment désolé, je... je ne voulais pas faire ça. Vraiment. »


Je gardai la tête baissée durant quelques secondes, avant de les regarder à nouveau, attendant le verdict.
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Sam 5 Mai 2012 - 15:46

Passée la première frayeur, le petit sourire de la jeune elfe ne m'a pas échappé et je me réjouis qu'elle parvienne, pour le moment du moins, à aller au-delà de la peur. Je ne lui ai pas proposé de m'accompagner au dehors parce que je sais que ce que j'apprêtais à faire était tout sauf prudent et je ne voulais pas qu'elle se mette en danger juste parce que je le lui demandais. Mais lorsqu'elle me rejoins à l'extérieur, je me contente de lui adresser un petit sourire. Après tout, elle est libre de ses choix et je suis contente qu'elle m'ait suivie. Puisque nous sommes deux à penser que ce jeune garçon n'est pas un monstre assoiffé de sang, nous devrions parvenir dissiper son trouble. Car pour l'instant, le vampire est à moitié sur ses gardes et à moitié penaud de nous avoir attaquées. Malgré la neige qui perturbe un peu mon champ de vision, je crois avoir vu un petit sourire sur ses lèvres lorsqu'il me rassurait au sujet de sa brûlure. Mais c'est surtout la honte que je peux lire sans peine sur ses traits juvéniles, malgré les mèches sombres et brillantes qui masquent son visage baissé. Je sens un élan de compassion m'envahir tandis que je lui regarde et lui souris à mon tour avec chaleur. Le regret de son geste, ses excuses humbles et sincères, et le regard qu'il pose sur nous après un instant de silence... Rien de tout cela n'est le fait d'une bête malfaisante. C'est bel et bien un jeune garçon, dont les sentiments lui font honneur d'ailleurs, qui se tient face à nous.

"Tu n'as pas à te sentir coupable. Ça appartient déjà au passé et nous sommes bien vivantes. Autant s'en réjouir."

J'ignore ce qu'il en est pour la jeune elfe mais moi-même je ne lui en veux pas le moins du monde. Jamais je ne pourrais être à sa place, ni comprendre à quel point il serait douloureux de devoir partager son corps et son esprit avec un monstre sanguinaire et je ne permettrai donc pas de le juger. Mais je sais aussi qu'il existe des vampires beaucoup moins scrupuleux à l'égard de leurs proies. Même si ça aurait pu mal finir, nous avons eu de la chance de tomber sur lui et et en ce qui me concerne, je suis plutôt heureuse de pouvoir parler un peu avec lui maintenant.

"Je m'appelle Opale Ischäand mais tu m'appeler simplement Opale. Je n'ai jamais soigné l'un des tiens et j'ignore si ce sera efficace mais je peux peut-être m'occuper de ta brûlure, si tu le désires."

J'ai aussi adressé un regard à l'elfe derrière moi alors que je me présentais. Il est vrai que je n'avais pas pensé à lui dire mon nom et que j'ignorais moi aussi le sien. C'est impoli mais je n'y avais tout simplement pas pensé jusqu'à présent. Je repose les yeux sur le jeune vampire. J'ignore s'il acceptera ma proposition et étant donné que son corps a en partie cessé de vivre, je ne sais pas non plus si mes plantes lui seront du moindre secours mais s'il me le permets je désire quand même essayer. Enfin, il n'est pas dit qu'il accepte d'entrer. Le feu est néfaste pour les vampires et il pourrait croire à un piège. Ceci dit, je serais soulagé qu'il décide de nous croire car le froid commence à me transir et mon corps est parcouru de frissons. La jeune elfe a été plus prévoyante et a pensé à prendre son manteau avant de sortir mais je ne veux pas prendre la liberté d'inviter ce garçon si elle s'y oppose.

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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Sam 5 Mai 2012 - 17:09

La neige crissa sous mes pas qui s'y enfonçaient, laissant des traces régulières sur le sol, tandis que je m'approchais, ma curiosité l'emportant sur mon anxiété. Le vampire n'avait après tout pas l'air agressif, mais plutôt sur la défensive. Mais était-ce bien de l'inquiétude que je lisais sur son visage ? Je ne comprenais pas ce sentiment qu'il semblait éprouver : n'étions-nous pas en position de faiblesse ? Deux femmes désarmées et vulnérables contre un vampire immortel et dont la vitesse et la force étaient ô combien plus grande que les nôtres réunies ; il n'était pas bien difficile de deviner qui l'emporterait en cas de combat. Criss, criss, criss. J'étais à présent au côté de la guérisseuse, tous mes sens en alerte : un vampire restait un vampire, et s'il ne se contrôlait pas, autant dire que nous étions mortes. Mes yeux s'arrondirent de surprise quand le vampire baissa les yeux de... de honte ? C'était étrange, jamais je n'avais vu un vampire éprouver de la honte. Du regret, certes. Mais de la honte ? L'adolescent en apparence s'excusa, d'une phrase maladroite. Lorsqu'il releva la tête, ses yeux rouges étaient pleins d'incertitude, mais aussi d'un regret sincère. Je pris alors conscience que j'étais âgée de cent ans, cent années qui, chez les elfes, me valaient un statut d'adolescente. Comme celui qui se tenait en face de nous.
Une expression si sincère ne pouvait pas être jouée. La femme noire affirma qu'elle n'en voulait pas au vampire ; pour elle, l'attaque appartenait au passé. Pour moi... je ne parvenais pas à oublier l'expression meurtrière que le visage innocent de notre agresseur était capable de prendre, mais je n'éprouvais aucun ressentiment, et ma méfiance s'était endormie. Ne restait plus que de la curiosité. Je souris :

« Je ne t'en veux pas non plus. »

Ma phrase était simple, et j'avais une petite voix, mais je ne voyais pas quoi dire d'autre. Je n'étais pas douée pour ça. Avant qu'un ange ne passe, la guérisseuse à la peau sombre reprit la parole, m'adressant au passage un regard, comme pour me demander mon accord.

« Je m'appelle Opale Ischäand mais tu m'appeler simplement Opale. Je n'ai jamais soigné l'un des tiens et j'ignore si ce sera efficace mais je peux peut-être m'occuper de ta brûlure, si tu le désires." »

Elle était entrain de proposer l'hospitalité et les soins au vampire. Un fort sentiment d'admiration naquit en moi pour cette femme courageuse et déterminée, toujours prête à aider son prochain. Elle ne semblait considérer personne comme son ennemi, et elle désirait soigner ce vampire comme elle m'avait soignée moi, alors qu'elle n'avait aucun motif de le faire. Elle aurait très bien pu m'abandonner à la mort dans la neige, mais elle avait préféré me porter secours. Elle aurait très bien pu laisser le vampire à sa culpabilité, mais elle avait préféré lui demander l'autorisation de panser ses blessures. Oui, Opale était vraiment une femme remarquable. A présent qu'elle s'était présentée, je me décidai à faire de même.

« C'est vrai que nous ne nous étions pas encore présentées... Pour ma part je m'appelle Astralÿs Mae-noTelii. Un nom long, n'est-ce pas ?", souris-je.

Je me tournai vers le vampire, attendant sa réponse. L'idée de me retrouver enfermée dans la même pièce que l'une de ces créatures me mettait un peu mal-à-l'aise, mais rien de comparable avec la terreur que j'aurais eu face à un vampire différent – sadique, et pas le moins du monde bien intentionné. Je rabattis ma capuche sur ma tête, saisie par le froid qu'apportait une bourrasque qui me soufflait au visage. Je regardais Opale, qui n'avait pas pris son manteau et qui commençait à trembler, et décidai de prendre la parole, comprenant que mon silence pouvait être interprété comme un signe de refus d'hospitalité. Mais que dire ?

« Pour ma part je ne peux rien proposer d'aussi utile que des soins, mais il me reste peut-être un peu de vin elfique dans mon sac. C'est très bien contre le froid, même si la neige ne semble pas vraiment te gêner... »

Décidément, je n'étais vraiment pas douée pour parler...


[pourquoi désolée ? c'est très bien ^^ d'ailleurs c'est un plaisir de rp avec vous, vous écrivez bien et vous êtes actif, c'est super :) ]

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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Sam 5 Mai 2012 - 19:10

Je savais qu’il y avait encore de la tension dans l’air, et après ce qui venait de se passer, ce n’était pas comme si j’allais m’en étonner.
Néanmoins, je sentais de la chaleur dans leurs voix, chose que je ne croisait pas tous les jours. Elles ne semblaient pas tenir à une quelconque vengeance, après tout. L’elfe me paraissait toutefois plus méfiante, et semblait plus mal à l’aise avec moi. Je comprenais, et si ça pouvait la rassurer, moi aussi j’étais mal à l’aise. Quant à Opale, la jeune humaine, elle avait l’air réellement bienveillante, et ma méfiance s’estompait à mesure que je l’entendais parler. Avais-je tort ? Non, pour une fois. La gentillesse ne se détectait pas aussi facilement que la piste d’un animal blessé, mais c’était quelque chose que je sentais facilement. Ce qui m’étonna en revanche, fut qu’Opale me propose d’aider la brûlure à cicatriser. Mes yeux s’arrondirent légèrement ; je n’avais décidément pas fini d’être sur le derrière ce soir... Avoir réussi à ne pas tuer sur un tel coup de tête était déjà un soulagement immense pour moi, même si je ne l’avais pas fait de la manière la plus élégante qui soit. Mais que la jeune femme me propose son aide, je n’avais pas osé l’espérer. Ça ne m’avait même pas traversé l’esprit, à vrai dire. Mais il fallait avouer que c’était une aide non négligeable ; une blessure par le feu mettait parfois des mois à disparaitre, et cela pouvait s’avérer assez handicapant. C’était peut-être égoïste de ma part après ce que j’avais fait, mais j’avais envie d’accepter. Peut-être pas simplement pour me débarrasser de la blessure, mais aussi de la solitude.
Je souris légèrement.

« Je m’appelle Raven. Et... j’accepte votre aide. »

La solitude était ma condition depuis environ un demi-siècle, alors comprenez bien qu’à la longue, c’est gonflant.
Cependant, je craignais davantage la réaction d’Astralÿs. Elle n’avait pas dit qu’elle souhaitait m’aider, et si elle ne voulait pas se retrouver dans la même pièce que moi, je respecterais son choix et me débrouillerais par moi-même pour la brûlure. Cependant, bien que mal à l’aise, elle ne semblait pas vouloir me dire de partir. Mais à sa réponse, on devinait qu’elle ne côtoyait pas les vampires tous les jours ; sous peine d'indigestion plus ou moins désagréable selon l'aliment ou le liquide en question, il m’était malheureusement impossible d’ingérer autre chose que du sang. Mes proies n’étaient d’ailleurs pas les seules à le regretter.
Je me frottai l’arrière de la tête dans une mimique gênée alors que mon sourire redoublait, tout à fait amicalement. J'aimais autant prendre les choses de façon humoristique.

« Je doute pas des vertus du vin elfique sur les elfes, et je comprends aussi que tu m’en veuilles au point de vouloir m’empoisonner, mais je recommencerai pas. Promis. »

Du moins, je le promettais dans la mesure du possible ; si jamais je me trouvais face à une plaie, je n’étais vraiment pas sûr de pouvoir me maîtriser. Mais je considérais maintenant qu’elles savaient ce qu’elles risquaient, et qu’elle seraient prudentes.

[Evidemment que c'est un plaisir ^^ vous avez un bon style d'écriture et le RP est bien parti.]
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Dim 6 Mai 2012 - 20:03

Je tourne légèrement la tête lorsque la jeune elfe arrive à côté de moi en faisant crisser la neige sous ses pas. Un simple coup d'oeil sur sa silhouette et son visage me suffit pour comprendre qu'elle est encore méfiante. Au fond de ses iris bleues, où d'envoûtants reflets d'or continuent de danser malgré l'absence de lumière autre que celle de la lune, un reste de peur refuse encore de partir. C'est compréhensible. Après tout, nous avons frôlé la mort et, bien qu'elle compte certainement beaucoup plus d'années que moi, j'ai suffisamment côtoyé son peuple pour deviner qu'elle est encore jeune. Pourtant, lorsque je l'entends déclarer d'une petite voix mal assurée qu'elle non plus n'en veut pas au vampire, je ne peux retenir un sourire. Elle est jeune, certes, mais elle est courageuse. Il faut du courage pour pardonner et je suis heureuse qu'elle soit parvenue à le trouver. Astralÿs... un joli prénom, peu courant chez les elfes mais qui se marie à la perfection avec les étoiles qui paillettent ses yeux. Face à nous, l'adolescent a l'air un peu surpris de nos réactions. C'est vrai qu'en y réfléchissant, les proies qui s'excusent de se défendre et lui propose leur aide ne doivent pas être nombreuses. Il semble hésiter un peu mais après quelques instants de patience, il finit par sourire à son tour et se présenter en acceptant notre proposition. Et comme je le pensais, même si elle ne paraît pas très à l'aise à l'idée d'héberger ce vampire dans notre abri de fortune, Astralÿs finit par céder à son bon cœur, d'une manière adorablement maladroite. Je ne peux pas retenir un rire bref en entendant le trait d'humour de Raven, puisque tel est son nom, et renchérit aussitôt :

"Je ne pourrais guère soigner un empoisonnement au vin elfique mais, si tu le veux bien, je ne serais pas contre une gorgée."

En effet, les frissons qui me parcourent sont de plus en plus violents et maintenant que tout est réglé, je m'empresse de retourner à l'intérieur. Astralÿs et Raven me suivront de toute façon. Tout en frottant énergiquement mes mains pour les réchauffer, je me diriger à nouveau vers mon sac, en sort plusieurs petits sacs et en examine les différents contenus. Je décroche aussi une des bourses qui pendent à ma ceinture, légèrement contrariée. J'ai encore un ou deux mois de marge mais je ne tarderai pas à manquer de certaines plantes. Pourvu que la neige s'en aille rapidement. Nous sommes au début du printemps et je devrais normalement commencer à recueillir de toutes jeunes pousses et des bourgeons mais le froid interdit à tout végétal de pousser. Enfin, mieux vaut ne pas y penser. Après tout, je n'y peux pas grand-chose et pour le moment, j'ai largement de quoi m'occuper de mon patient. Je saisis quelques fleurs d'hysope et de verge d'or, les réduis en poudre dans un petit mortier en pierre tiré de mon sac et y ajoute un peu d'eau. Tout en mélangeant jusqu'à obtenir une pâte onctueuse, je reviens vers Raven.

"Montre-moi ta blessure. Astralÿs, il y a des bandes de tissu dans mon sac. Tu veux bien m'en préparer quelques unes ?"

Il faut éviter que le cataplasme sèche à l'air libre, ça ralentit l'effet. Et comme elle avait l'air gênée de ne pouvoir être plus utile, je peux bien m'offrir le luxe d'une infirmière, au moins pour cette fois. Le vampire découvre son flanc blessé. Hormis les chairs rougies de la brûlure encore à vif, sa peau fine est incroyablement pâle et lorsque j'y étale délicatement ma préparation avec une petite spatule, je m'étonne de la sentir si froide là où ma main l'effleure. Je savais que les vampires étaient plus ou moins des non-morts mais je n'en avais encore jamais fait l'expérience. Mais j'ai quand même bon espoir que mon emplâtre puisse l'aider. Si les siens parviennent à cicatriser si vite et s'ils ont besoin de se nourrir, c'est que quelque part ils vivent encore. Et il n'y a dans ce cas pas de raison pour que la médecine des vivants n'ait aucune prise sur eux. Lorsque la plaie est entièrement recouverte, je prends les bandelettes que me tend la jeune elfe et confectionne un bandage en quelques gestes rapides et précis.

"Voilà pour ce soir. Il faudra l'humidifier régulièrement pour que ça reste efficace. L'idéal serait de renouveler le cataplasme tous les jours pendant un demi-cycle mais je ne compte pas m'attarder ici pendant tout ce temps. Je peux te laisser quelques unes de mes plantes pour le faire toi-même si tu le souhaites."

C'est bien là tout ce que je peux faire. Alors que je m'enveloppe dans ma cape de voyage pour chasser les derniers tremblements de froid, je me demande soudain ce qu'ils faisaient dans cette région tous les deux, avant que l'on ne se rencontre. Raven ne craint pas le froid et il ne peut se déplacer que la nuit mais en ce qui concerne Astralÿs, qu'est-ce qui a bien pu la pousser à s'aventurer si loin dans la forêt par ce temps peu clément ?
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Dim 6 Mai 2012 - 21:49

Le vampire sourit en plaisantant, et cela eut pour effet de me détendre un peu. Mais il avait refusé le vin. Pourquoi ? Je ne tardai pas à comprendre : Raven était un vampire. Et que buvaient les vampires ? Du sang. Le vin était-il du sang ? Non, bien sûr. L'erreur que j'avais fait me fit lâcher un petit rire.

« Haha, oui, suis-je bête ! »

Je disais vraiment n'importe quoi, parfois.
Opale, tremblante, se dirigea avec empressement vers la Maison du lac, et je la suivis avec peine à travers la neige, en trébuchant, m'assurant que le vampire faisait de même. Arrivée au chaud, j'attendis qu'il entre à son tour pour refermer la porte et poser mon manteau quelque part. Puis, je regardai la guérisseuse s'activer, sortant de ses diverses besaces des plantes que je reconnaissais pour les avoir vues durant mes nombreuses balades. Elle commença à préparer le cataplasme et, Raven ayant découvert sa blessure, elle le lui étala dessus. Je restai à côté, un peu gênée de ne pas pouvoir aider. Que savais-je faire ? Rien d'utile dans ces moments-là. La vue de la brûlure me dégoûta un peu, et je fus soulagée quand Opale me demanda d'aller lui chercher des bandages : cela m’occupait les mains, et m'empêchait de me dandiner sur place. Je lui rapportai ce qu'elle m'avait demandé, et l'observai finir ses soins et donner des conseils au vampire pour l'évolution de la blessure. La guérisseuse partit ensuite s'envelopper dans sa cape, et je détournai mon regard vers le feu pour me perdre dans sa contemplation.

Le brasier, si lumineux et chaleureux, dont les flammes flamboyantes paraissaient immatérielles, mais qui était redoutablement dangereux. Le feu. Un élément sauvage, presque incontrôlable, qui avait permis aux humanoïdes d'évoluer, mais qui avait fait ô combien de ravages. Une force de la nature accueillante, mais lunatique. Oui, le feu était un élément magnifique, et je rêvais de lui ressembler, moi qui étais effacée, discrète, timide. Moi qui pardonnais dangereusement vite, et qui étais si facilement apeurée. A quoi pourrais-je me comparer ? A la neige. Mais pas la neige légère et immaculée qui régnait sur les cimes, et qui tournoyait dans un ballet de flocons. Non, j'étais plutôt la neige des chemins, celle qui est jolie au départ, mais qui finit par entraver les voyageurs, celle qu'on piétine et qui fond pour former une boue gelée. Voilà ce que j'étais. Je soupirai et m'arrachai à ma contemplation, pour tourner mon regard vers le vampire, qui semblait ne pas trop savoir quoi faire. Je me souvins d'un coup du vin elfique, me mis en quête de mon sac, qui traînait dans le coin où j'avais laissé mon manteau tout-à-l'heure, et en sortit la flasque. Je vis avec consternation que l'alcool avait gelé, et n'avait pas eu encore le temps de fondre. Je fis une moue désolée et montrait le récipient à Opale.

« On dirait que nous allons devoir attendre un peu... »


Je retournai vers l'âtre de la cheminée, et déposai la boisson à proximité. Le silence s'installe. La guérisseuse paraissait pensive, et quant au vampire, je ne parvenais pas à déchiffrer son expression dans ses yeux sanglants qui détaillaient la pièce. Il sembla remarquer que je l'observais, car il tourna son regard vers moi, mais je m'étais déjà détournée. Je tentai de meubler le silence, m'adressant au vampire aussi bien qu'à la femme, et espérant que mes paroles ne seraient pas aussi stupides que les précédentes.

« Alors, qu'est-ce qui vous amène à voyager la nuit dans la neige, ainsi ? »


Et voilà, j'avais encore dit n'importe quoi. Je rectifiai aussitôt, en souriant et en secouant la tête :

« Enfin, la nuit... Pour Opale, je voulais dire. »

Je résistai avec peine à la tentation de me perdre une nouvelle fois dans le brasier, et ôtai mes bottes pour réchauffer mes pieds encore un peu bleuis à la chaleur du feu. Je me sentais bien mieux, pieds nus.

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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Mar 8 Mai 2012 - 1:56

Opale, que le froid semblait gêner bien plus que moi, ne tarda pas à se diriger vers la porte pour retourner dans la Maison.
Alors que nous entrions, je sentais encore le malaise d’Astralÿs en ma présence. J’aimais en général taquiner les gens, mais actuellement je savais que je devais m’abstenir. Je me contentai donc de parcourir la pièce du regard une fois entré, envahi par un bien-être certain lorsque je sentis la chaleur qui régnait dans la cabane. Pourvu que le feu restait assez loin de moi pour ne pas me brûler, la chaleur était quelque chose que j’appréciais. Evidemment, en ces temps-là, elle était encore plus rare que les proies. C’était bien dommage.
Avec la curiosité qui m’était propre, j’observai attentivement Opale dans son curieux manège alors qu’elle préparait le nécessaire pour soigner la blessure, jetant également des coups d’œil à l'elfe. Mon attention ne se relâcha pas lorsque je découvris mon flanc rougi par le feu, frémissant légèrement lorsque la guérisseuse le toucha. Mais je ne bougeai pas davantage jusqu’à ce qu’elle eut fini.

« Merci beaucoup, mais je crois que je vais me débrouiller seul à partir de maintenant. Tu pourrais avoir besoin d’un remède pour quelqu’un d’autre. »

Je m’étais toujours débrouillé jusqu’à maintenant. La preuve, j’étais en vie.
Mieux valait qu’Opale conserve les plantes qu’elle avait ; tout le monde ne cicatrisait pas aussi vite que les vampires. Ce qu’elle avait fait pour moi allait déjà m’aider, et ça n’aurait pas été correct de ma part d’en demander plus. Je fis quelques pas vers le foyer, appréciant la chaleur qui s’en dégageait. Cela faisait bien longtemps que je ne m’étais pas retrouvé devant des flammes amicales. D’habitude, elles étaient utilisées pour me blesser, lorsque les habitants d’un village cherchaient à se défendre d’une de mes intrusions. Celles-ci, bien sûr, étaient les plus rares possible. Mais au bout d’un moment sans me nourrir, j’étais bien obligé de partir en chasse. Il m’était pour l’instant impossible de me contenter exclusivement de sang animal. D’un côté, j’avais hâte d’atteindre cette maturité, qui me permettrait de chasser moins fréquemment. D’un autre côté, il était possible que je n’atteigne pas cet âge.

La question d’Astralÿs me fit réfléchir trois petites secondes. J’étais là pour plusieurs raisons, pratiques comme personnelles. Encore une fois, la maladresse de l’elfe, qui évitait mon regard depuis que nous étions entrés, me fit sourire. Le genre de sourire qui voulait mettre à l’aise, même si c’était plus facile à dire qu’à faire pour elle.

« Màvreah est en vrac ces derniers temps... Attaque de Dragons et prise de contrôle du pays par les Marcheurs, en somme. Mais le vrai problème pour moi, ce sont surtout les conséquences du froid. Alors j’ai préféré m’exiler sur ma terre natale, pour un certain temps. »

Mon ton était devenu un peu plus sérieux en évoquant ma « terre natale », Oryenna. C’était comme un réflexe.
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Mer 9 Mai 2012 - 23:40

Je hoche la tête en entendant la réponse de Raven. C'est son choix et il a ses raisons, je ne m'y opposerai pas. Mais en règle générale, je ne réfléchis pas de cette façon. Je ne me soucie pas des gens que je soignerai demain, ou dans un cycle ou dans une année. Même si je cherche à parer à toutes les éventualités, je ne peux savoir de quoi demain sera fait et priver un malade de remède sous prétexte que je risque d'en manquer pour le malade suivant serait aller honteusement à l'encontre de tous mes principes. Qu'importe que mes plantes viennent un jour à manquer. Pour l'instant, ce n'est pas le cas et Raven est le seul patient dont je doive m'occuper actuellement. Mais tout cela, le jeune vampire ne peux pas le savoir et je ne veux pas l'importuner avec des considérations de ce genre. Je ne vais quand même pas l'obliger à me laisser le guérir, ce serait ridicule. Pendant que je range mes affaires et m'enveloppe à nouveau dans ma cape, mon regard tombe sur Astralÿs. La jeune elfe contemple le feu d'un air mélancolique. La lumière rougeoyante des flammes vient danser sur son visage, faisant jouer toute sa riche palette sur la rivière dorée de ses cheveux, et pourtant il me semble que les paillettes de ses yeux se sont un peu ternies. Je ne suis pas à même de deviner ses pensées mais tout son être me dit qu'elles ne doivent pas être des plus joyeuses. Je me détourne pour ne pas la fixer trop longtemps. Après tout, chacun a son combat à mener.

Elle sort peu à peu de sa torpeur de toute façon et, se rappelant soudainement du vin elfique, je ne peux m'empêcher de rire à sa mine déconfite lorsqu'elle découvre l'alcool gelé dans sa bouteille. Je lui fait signe que ce n'est pas grave alors qu'elle la dépose au coin du feu. C'est plutôt amusant, je trouve. Le silence qui s'est installé semble la gêner et, bien qu'elle ne soit pas encore tout à fait à l'aise en présence de Raven, elle tente courageusement de nouer la conversation... avant de rattraper sa nouvelle maladresse. Cette fois, je me retiens de rire pour ne pas ajouter à sa honte mais je ne peux m'empêcher de sourire. Cette jeune elfe est tout simplement adorable. Timide et peu assurée bien sûr, mais sa bonne volonté et sa gentillesse ne peuvent que la rendre attachante, en plus d'être drôle. Le vampire répond à sa question le premier. Il est vrai que Mavréah est très troublée en ce moment. Ça m'a renforcé dans ma conviction de ne pas y mettre les pieds. Cependant, sa dernière phrase retient mon attention.

"Tu es né en Oryenna ? Je m'en doutais..."

Je ne saurais d'ailleurs pas dire pourquoi. Peut-être parce que les rares autres vampires de pure souche que j'ai pu croiser étaient autrement plus arrogants, Raven me paraît complètement dépourvu de cette morgue envers les autres races. En tout cas, il est à ce jour le seul membre de sa race que j'ai vu baisser les yeux de honte devant deux de ses proies. Mais je ne vais pas le forcer à se dévoiler s'il ne le souhaite pas. Ce genre de transformation étant particulièrement douloureuse, je doute qu'il ait envie de la revivre spontanément. Je réponds donc moi aussi à la question d'Astralÿs :

"Pour ma part, je suis partie du village de Lïm, enEvanya, où j'ai été bloquée pendant toute la Période du Grand Froid. Avec le printemps qui arrive, la route étant un peu plus praticable, je voulais gagner le désert du Zénith en quête de chaleur. Ce soir, j'ai tout simplement mal évalué la distance et je n'ai pas établi de campement avant la tombée de la nuit."

Et comme m'arrêter signifiait la mort, j'ai pris sur moi pour parvenir jusqu'ici. Ceci dit, les choses devaient sans doute être ainsi. Si je n'avais pas eu cette négligence, je n'aurais pas rencontré Raven et Astralÿs et je ne partagerai pas la chaleur d'un bon feu et d'une conversation agréable.

"Et toi Astralÿs ? D'où viens-tu pour t'être laissé surprendre par la neige et la nuit ?"
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Jeu 10 Mai 2012 - 19:00

Opale et Raven sourirent devant ma maladresse, et voyant leur amusement je ne pus m'empêcher de sourire de plus belle, sensible à leur humeur, en particulier à celle d'Opale. J'écoutai avec intérêt le récit du vampire, qui avait étrangement pris un air un peu plus sérieux en prononçant sa dernière phrase. Il était donc né en Oryenna... C'était bien ce que je pensais. Mes yeux se perdirent dans le vague, tandis que je réalisais l'âge auquel il avait dû être transformé. Si jeune... ! Ma méfiance s'éteignit alors, et je me détendis. Si Raven avait été un vampire de sang-pur, je me serais au contraire crispée. Peut-être était-ce à cause de son aura... L'aura d'un vampire transformé était-elle naturellement moins maléfique ? Ou bien Raven était-il un vampire particulièrement peu assoiffé de sang ?
En tout cas, j'avais entendu parler du chaos qui régnait en Mavréah, mais j'avais pris cela pour de simples rumeurs. Par contre, je ne savais rien des Marcheurs, si ce n'était leur nom. Ce peuple viendrait d'une île qui s'était récemment échouée, selon les dires, mais je n'y croyais pas.

Je me ramenais à la conversation, et au discours que tenait la guérisseuse. Mes sourcils s'arquèrent légèrement de surprise.

« Alors tu viens du village de Lïm ? Moi aussi ! »

Nous nous étions sûrement croisées au moins une fois, sans le savoir. Ou peut-être pas... En effet, j'avais probablement commencé mon voyage plus tôt qu'elle, puisque je revenais de la capitale lorsque nous nous étions rencontrées. Opale me retourna la question que je leur avait posée, et je fis une moue un peu gênée. Elle m'avait retrouvée à moitié congelée dans la neige, ce n'était déjà pas glorieux, mais les raisons de ma détresse l'étaient encore moins... Cependant je fus franche.

« Moi, je suis partie d'Evanya à peu près pour les mêmes raisons qu'Opale : je voulais voir s'il faisait plus chaud au sud, et en particulier dans le désert du Zénith. »
Je me tournai vers Opale, pour lui éviter de marcher jusque là-bas :
« C'était inutile, il y fait aussi froid que dans le nord. Le sable en est gelé... En voyant cela, j'ai rebroussé chemin et fait une courte escale à la cité de l'Aurore, avant de poursuivre ma route. J'avais pour idée de passer la nuit ici... »

Ma voix faiblit, le temps de me laisser réfléchir à ma phrase suivante.
« Peut-être était-ce le froid, ou l'obscurité qui avait engourdi mes sens, mais j'étais tellement confuse que je n'ai pas vraiment remarqué la Maison. Sans Opale je serais morte gelée. »

Je sourit à la guérisseuse, à qui je ne savais pas vraiment comment prouver ma reconnaissance, et que je ne pensais pas avoir assez remerciée. Si je me tenais à présent au chaud et au sec, c'était uniquement parce qu'elle avait eu la générosité de venir à mon secours, puis de me soutenir jusqu'ici au péril de sa propre vie. Je savais que d'autres n'en auraient pas fait de même, et ne préférais pas penser à ce qu'il serait advenu de moi si elle n'avait pas été là.

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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Jeu 17 Mai 2012 - 0:37

La neige continuait de tomber à l’extérieur, le vent en faisant tourbillonner des bourrasques.
Finalement, j’étais bien content d’être entré. Le froid et la tempête n’avaient peut-être pas le pouvoir de me tuer, mais ils avaient celui de m’énerver prodigieusement. J’aimais autant être au sec, écoutant avec attention aussi bien Opale qu’Astralÿs. Visiblement je n’étais pas le seul à me retrouver dans l’embarras à cause du froid ; elles aussi avaient eu des difficultés à cause de cela. Mais contrairement à moi, peut-être avaient-elles quitter un lieu où elles s’étaient sédentarisées avant la vague de froid ?
Je n’en savais fichtre rien, et je me contentais de les écouter pour l’instant. Opale disait avoir mal évalué la distance à parcourir, et s’était laissée surprendre par la nuit. Une pensée ironique me traversa l’esprit ; il fallait vraiment que je prenne garde à ne pas me laisser surprendre par l’aube, moi. C’était pour cette raison que je m’y prenais à l’avance pour chercher un endroit totalement noir et assez sûr pour m’abriter de la lumière mortelle du jour. En général, il s’agissait d’une grotte assez profonde, ou plus rarement, d’un bâtiment abandonné. Lorsque j’étais sûr et certain qu’il était abandonné.

La dernière remarque d’Astralÿs m’amena une pensée à la fois ironique et cruelle.
En effet, sans Opale, elle serait morte. Mais probablement pas gelée, tout simplement parce que je l’aurais rattrapée avant que ça n’arrive. Oui, dans ce genre de situation, il y avait de quoi avoir honte. Et ça, je le ressentais souvent. Comment ne pas avoir honte d’être devenu ça, et d’être obligé de faire ce que je faisais pour survivre ? Et pour couronner le tout, cette situation allait durer une éternité. L’immortalité faisait parfois rêver les mortels. Mais, parole de vampire, ce cadeau était empoisonné. Ce n’était autre qu’une horrible malédiction. Une malédiction à laquelle j’avais l’intention de mettre fin, une fois que j’aurais accompli ce que j’avais à faire. A savoir venger ma famille.

Je passai donc ma remarque sous silence.

« Vous étiez établies quelque part avant votre fuite ? Le froid vous a obligé à quitter beaucoup de choses ? »

Je posais cette question car moi, j’étais un électron libre que rien ne retenait nulle part.
Cette situation avait ses avantages, et ses inconvénients. Le prix de la "liberté" (à vrai dire je ne me sentais pas vraiment libre) était bien souvent la solitude, les choses étaient ainsi. Mais en ce qui concernait Opale, peut-être avait-elle un endroit où elle se sentait plus ou moins chez elle. Quant à Astralÿs, je savais que les elfes étaient très attachés à Evanya. Je ne pouvais pas en dire autant de mon sentiment envers Màvreah.
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Dim 20 Mai 2012 - 0:18

Je souris en entendant l'enthousiasme d'Astralÿs à l'évocation de sa contrée natale. Même s'ils nous arrivaient de nous rendre à Ardamir pour y rencontrer de fins connaisseurs en herbes médicinales, c'est surtout au village de Lïm que Fa et moi nous rendions, pour y retrouver chaque année ses amis. Un couple d'elfes qui vivent humblement de pêche et de la culture des plantes. J'ai en partie grandi au sein de ce village, au milieu d'elfes qui m'ont vu grandir sans que le temps ne paraisse avoir de prise sur eux. Lorsque j'y retourne, les camarades avec qui je jouais petite fille sont toujours plus ou moins des enfants. Peut-être ai-je déjà croisé Astralÿs là-bas, sans le savoir. Elle affiche un air gêné lorsqu'elle expose les raisons de son départ et je fronce les sourcils en l'entendant. Ainsi, même le désert du Zénith est sous l'emprise du froid... Dans ce cas, je n'y ai que peu d'espoir de trouver des plantes qui auraient pu profiter de la chaleur de ses abords. Mon voyage perd son but à cette seule nouvelle. Je hausse les épaules. Qu'à cela ne tienne, ce n'est pas si important que ça. Je compte m'y rendre de toute façon, pour poursuivre ma route, même si je ne sais plus où elle me mène. Je ne crois pas m'en être jamais préoccupée de toute façon.

Je rends avec plaisir son sourire chaleureux à la jeune elfe, tout en secouant la tête. Elle ne me doit rien. Je l'ai sauvé parce que je le voulais et je n'estime pas qu'elle me soit redevable de quoi que ce soit. Ou plutôt, je m'estime largement récompensée par sa présence. Sa timidité touchante, sa sollicitude et sa gentillesse naturelle me rendent heureuse et me font oublier en un clin d'oeil la rude traversée de ce pays glacé. Son existence à elle seule les risques que j'ai pris pour lui venir en aide. Raven, lui, ne dit rien et se contente de nous écouter avec attention. Je ne fais aucun commentaire mais j'ai comme l'impression que son silence est lourd de pensées qu'il préfère garder. J'observe son jeune visage, ses grands yeux rouges à l'étrange gravité et je me demande une fois de plus quelle peut bien être la nature de son fardeau. Chacun a le sien sur cette terre, c'est sûr. Mais celui d'un non-mort condamné à se repaître du sang des vivants doit être bien particulier, hors de portée de ce que je peux concevoir, à l'évidence. Je me contente donc de répondre à sa question :


"En ce qui me concerne, pas vraiment. Je n'ai pas de véritable foyer où je puisse rentrer, ni personne qui m'attende réellement. Je me contente de voyager d'un pays à l'autre pour recueillir des plantes et apporter mon aide à ceux qui la désirent. Mavréah est le seul où je n'ai pas osé m'aventurer, d'ailleurs."

J'ai beau être imprudente, je ne souhaite pas m'aventurer trop près des buveurs de sang. Je sais que tous n'ont pas la sollicitude de Raven vis-à-vis de leurs proies. Pourtant, il doit y pousser quantité de plantes utiles. Un jour, peut-être... En me tournant vers Astralÿs, je me permets d'ajouter :

"Si je devais considérer un endroit comme mon chez moi, ce serait sans doute la route qui relie Oryenna et Evanya. D'une façon ou d'une autre, mes pas me ramènent toujours dans ces deux pays. Aux dires de celui qui m'a élevée, je suis même née ici, dans cette maison."

L'évocation de Fa ne me rend pas malheureuse. Je l'aime encore trop pour lui en vouloir de quoi que ce soit. Et puis je suis bien trop heureuse d'être ici, au chaud avec deux compagnons si singuliers, pour me laisser aller à la tristesse. Après avoir écouté la réponse d'Astralÿs, je ne peux m'empêcher de demander :

"Et toi, Raven ? Y a-t-il quelque chose que le froid t'a contraint à laisser ?"
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Astralÿs Mae-noTelii
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Dim 20 Mai 2012 - 14:33

Au sourire d'Opale, je devinai qu'elle estimait ne rien me devoir. Cela atténuait mon sentiment de dette, mais il ne s'effacerait jamais totalement. La mort... Je n'y avais jamais pensé, jamais je n'avais envisagé que ma vie pût se terminer aussi brusquement, et cette idée me faisait comme un choc. Il me restait tant à vivre ! J'entrais à peine dans l'âge adulte, et cela impliquait des responsabilités, des prises de risques et des moments de lutte. Si je ne faisais pas un peu plus attention et si je ne gardais pas un peu plus ma tête sur mes épaules, je ne risquais pas de faire long feu en Ephaëlya. Ces pensées m'entraînèrent à d'autres réflexions, plus profondes, que tout un chacun se posait sûrement au moins une fois dans sa vie.
Si Opale ne m'avait pas secourue, et que j'avais péri dans la neige ou dans cette autre option à laquelle je refusais de penser, que se serait-il passé ? Quelqu'un se serait-il rendu compte de ma disparition ? Mon corps serait-il demeuré à jamais ici, conservé par le froid, ou quelqu'un m'aurait-il retrouvée et offert une sépulture digne de ce nom ? Une tombe gravée de l'épitaphe « Ici repose en paix l'elfe inconnue » ? Et moi, aurais-je trouvé quelque chose après la mort, une vie dans l'au-delà ? Ou, tout simplement, mon esprit aurait-il disparu, se mêlant à la toile du monde elle-même ?

Je m'infligeais une pichenette mentale pour me ramener au présent. Ce que ne s'était pas passé ne se passerait jamais et appartenait à l'imaginé.
Sous son masque presque impassible, que l'éclat de ses yeux écarlates trahissait, Raven paraissait perdu dans des pensées apparemment peu joyeuses. Une expression bien grave qui choquait sur son visage jeune. Curieuse, je m'interrogeai sur lui, avant de décider que cela ne me concernait sans-doute pas et appartenait à son jardin intérieur personnel.

Le vampire relança la conversation d'une question, à laquelle Opale répondit aussitôt. Elle était donc une de ces voyageuses qui parcouraient le monde. Un peu comme moi, qui avais pris ce chemin plus récemment. Savoir que la guérisseuse était née ici me rendit un peu rêveuse. Que pouvait-elle bien ressentir, alors qu'elle se tenait à l'endroit où son existence avait commencé ?
Elle prétendait ne pas oser s'aventurer en Mavréah, mais je ne doutais pas qu'elle le ferait un jour, curieuse et courageuse comme elle était. Le domaine des vampires était inconnu pour moi, et je comptais bien à ce qu'il le reste.
Je souris tranquillement en me souvenant de mes parents, un sourire un peu nostalgique et peut-être teinté d'un soupçon presque imperceptible d'ironie.

« J'ai pour ma part quitté ma famille, mais ce n'est pas le froid qui m'y a obligée. Je peux toujours retourner à la demeure familiale, mais je ne préfère pas. J'expérimente la liberté, et je dois avouer que c'est plutôt plaisant ! Je n'avais plus grand chose qui me retenait lorsque j'ai commencé à voyager par curiosité, et Oryenna est la première contrée étrangère que j'explore. »

Je ne me dévoilai pas plus, jugeant cela non nécessaire, et préférai attendre la réponse de Raven. Peut-être en apprendrions-nous plus sur ce qui causait tout-à-l'heure ce regard empli d'ombres - peut-être.
Dehors, la neige continuait sa chute infinie. Je me sentais bien mieux, à l'observer de l'intérieur de la maison... et je n'étais pas pressée de reprendre ma route. Le temps, depuis quelque temps, semblait comme suspendu, et j'avais l'impression de pouvoir rester une éternité ici, à attendre qu'il reprenne sa course. J'agitai mes orteils dénudés, dont la couleur bleue s'était estompée sous l'effet de la chaleur du feu.



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Dernière édition par Astralÿs Mae-noTelii le Dim 20 Mai 2012 - 16:45, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Par une nuit sans Lune [Terminé]   Dim 20 Mai 2012 - 16:27

Opale semblait être à peu près dans la même situation que moi, pour ainsi dire.
Je n’avais pas un endroit en particulier où je me sentais chez moi. Ou du moins, je n’en avais plus. J’avais toujours été sur la route, dans les forêts, et ne traînais pas tant que ça en Màvreah, surtout ces derniers temps. Lorsqu’Opale dit que cette maison était son lieu de naissance, je regardai autour de moi d’un air étonné comme si j’allais la voir naître. Comme un idiot, oui. J’étais tout simplement surpris qu’on se trouve à cet endroit précis. J’ignorais ce que cela lui faisait, de revoir son lieu de naissance, mais personnellement, je n’aurais jamais le courage de retourner sur le mien. Je le craignais comme si j’allais en être chassé dès mon approche. Evidemment, il n’y avait plus personne.

Ce que déclara Astralÿs me troubla quelque peu.
Elle avait la possibilité de retourner vers sa famille, pourtant elle ne semblait pas pressée de les revoir. La liberté semblait lui réussir, et c’était tant mieux pour elle. Moi aussi j’étais libre d’aller où je le souhaitais, pourtant j’étais loin de me sentir « libre ». Plus encore que pour voir de nouveau l’aube se lever, j’aurais donné n’importe quoi pour revoir les miens. Mes vrais semblables, ceux avec qui j’avais de vrais liens.

Lorsqu’Opale me retourna la question, je passai une main dans mes cheveux noirs qui commençaient à sécher, mimique que j’avais toujours eu en cas de gêne.

« Il n’y a strictement rien qui me retienne en Màvreah. Je ne me suis jamais senti proche des vampires. De personne, à vrai dire, depuis que... »

Je stoppai. J’en avais peut-être trop dit, sans vraiment m’en rendre compte. Je n’aimais pas me dévoiler d’habitude. Peut-être était-ce à cause de l’atmosphère bienfaisante que procurait la présence d’Opale et Astralÿs ? L’aura qu’elles dégageaient m’avait mis en confiance plus vite que ce que j’avais imaginé. Cependant, je savais que je ne pouvais pas en dire trop, au risque de passer vraiment pour un monstre à leurs yeux. C'était pour cette raison-là que je ne disais jamais rien au sujet de mon passé. Mais elles m'avaient parlé du leur. Alors j'estimais qu'il était juste de leur parler du mien.

« ... depuis que j’ai été forcé de quitter ma famille. Mais ce départ-là est loin d’être une conséquence de la météo. »

La dernière phrase fut ponctuée d’un sourire ironique qui manquait de conviction. Ce genre de situations, j'étais incapable de les détendre.
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