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 L'effondrement... [Caractère violent] - Clos -

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MessageSujet: L'effondrement... [Caractère violent] - Clos -    Sam 5 Mai 2012 - 22:27

Frederik, installé sur un coffre de bois usé partiellement couvert de sang noirâtre, pensait à tout ce qui venait de se dérouler, dans un état de déroute si intense qu'il ne parvenait plus à réflechir correctement, des centaines de pensées parasites, plus horribles les unes que les autres, s'accumulaient dans son crâne comme un millier d'insectes, rongeant avec voracité la moindre parcelle d'apaisement de son esprit déjà torturé par les événements... Aiguisant la lame qu'il venait de voler à sa victime, il paraissait étrangement calme et concentré. Mais le silence qui régnait dans le campement vidé de tous ses habitants et le liquide écarlate qui maculait son visage fin ne laissait aucun doute sur ce qui s'était réellement passé. Cette nuit, Frederik avait été à l'origine d'un véritable massacre.

Deux mois plus tôt, Frederik était parti en quête d'une proie sur les sentiers oubliés. La forêt des Damnés, un endroit bien peu fréquenté, mais cela plaisait au nordique. Ce dernier ajoutait au plaisir de la chasse celui de la solitude. Certes, il accordait une pensée à son aimée, Nina-Lou, qu'il avait épargné par le passé, allant à l'encontre de son devoir et qui désormais, était devenue une jeune louve pleine de potentiel, mais cette partie de chasse constituait surtout une occasion de se ressourcer, d'oublier les tracas de son existence. Il tuait pour maintenir sa stabilité mentale, afin de ne pas céder brutalement, en détruisant par la même occasion tout ce qu'il avait bâti. En ces temps perturbés, Frederik n'avait plus autant d'assurance qu'auparavant. Tout d'abord, il avait ouvert son coeur à une femme et, bien que cela l'emplisse d'une joie sans limite, son inconscient, tel un être maléfique enfoui dans les tréfonds de sa psychée, lui indiquait qu'il avait fait preuve de faiblesse en embrassant ses douces lèvres...

Alléché par l'odeur d'un gibier relativement conséquent, l'habile prédateur s'était lancé sur la piste de sa cible, et bientôt ses crocs acérés iraient s'abattre avec force et précision sur la nuque du grand herbivore. Il courait, sous sa forme lupine, à travers les bois, frôlant de ses flancs les troncs sombres des arbres morts, aussi noirs que son pelage d'ébène. Ses pattes foulaient silencieusement les feuilles qui tapissaient le sol en émettant un son étrangement faible, en comparaison de la taille de la bête. Frederik se rapprochait, il en était convaincu. Et alors qu'il croyait entrevoir le pelage d'un cerf, c'était une flêche pointue qui s'abattait devant lui, le manquant de justesse. Frederik s'arrêta net pour l'esquiver en poussant un grognement, et son esprit tactique reprit immédiatement le pas sur la surprise. Le tir était parfaitement ajusté, l'agresseur souhait l'arrêter. Une telle précision lui aurait permis de le toucher et de le blesser. L'individu caché dans l'ombre désirait que le loup mette fin à sa course folle, afin de le pièger. Il s'agissait là d'une embuscade.

Pourtant, Frederik aurait dû s'en douter. Toujours sur ses gardes, le loup noir se serait normalement douté que s'aventurer si loin attirerait à lui l'infortune, mais en ce jour bien particulier, il n'avait pas sû écouter quoi que ce soit d'autre que son instinct bestial, primaire, sans s'inquiéter des conséquences. Un projectile balistique constitué d'une corde dont chaque embout se terminait d'une pierre le cloua au sol en sortant des buissons, où l'ennemi se cachait, tandis qu'un filet achevait de le paralyser. Avant même de s'en rendre compte, Frederik s'évanouit, frappé au crâne par une massue.

Lorsqu'il se réveilla, le corps engourdi et le crâne endolori, il ne se souvint pas immédiatement de ce qui s'était déroulé. Un lieu sombre, particulièrement humide, constituait sa cellule, et des barreaux de bois très épais le maintenaient enfermé dans cette cage minuscule, à peine assez haute pour tenir debout. De toute évidence, elle était conçue pour un animal, et rien d'autre, ceux qui avaient commis cet acte l'avaient planifié. C'est alors qu'il remarqua un détail qui lui glaça le sang. Il ne portait plus son masque, ni autour du cou, ni sur le visage. On le lui avait subtilisé. Frederik se palpa, et c'est ainsi qu'il reprit ses esprits et qu'il réalisa qu'il était nu, dans le sens où ses ravisseurs l'avaient simplement recouvert d'un morceau de tissu déchiré par endroit. Il était sale, trempé, mais il s'avérait utile dans l'optique de son évasion. N'importe quel objet, aussi rudimentaire soit-il, pouvait servir à s'échapper d'une manière ou d'une autre. Pour l'instant, seul son masque l'inquiétait, l'héritage de ses ancêtres, la seule chose qui le rattachait à son passé. Une voix féminine, à la foix douce et étrangement inquiétante, l'incita à se retourner en un éclair.

"C'est ça que tu cherches, chien ?"

Une jeune femme, vêtue d'une combinaison d'assassin et au visage en partie masqué par une capuche rouge, le dévisageait avec un air amusé, en arborant ses crocs aiguisés dans un rictus malsain. Une suceuse de sang. Pour l'heure, Frederik n'accordait pas la moindre importance à l'identité de cette jeune femme. Tout ce qui importait, c'était qu'elle détenait son précieux masque du bout de ses griffes, tel un déchet, en le secouant allègrement de droite à gauche. Elle ricana une fois encore, Frederik perdit son expression surprise pour reprendre un air sérieux, mais une haine sans nom transparaissait dans ses yeux de diamant.

"Tu dois te demander pourquoi tu es en vie ?" Tout en disant cela, la jeune vampire se leva en jetant avec négligence le masque sur son bureau, ou un crâne humain faisait office de décoration. A la vue de cet élément de mobilier, Frederik jeta un coup d'oeil aux alentours et constata qu'il se trouvait sous une tente, d'où la forte humidité. Elle avait été installée peu de temps avant qu'il ne soit capturé, pensa t-il.

"Non pas que je te garde ici par clémence, pas plus que pour mon plaisir personnel..." Elle s'interromput une seconde, prenant une mine faussement pensive, éclata d'un rire de petite fille et reprit : "Quoique j'ai toujours rêvé de posséder un animal de compagnie. Pas de ce genre, je l'admets, mais tu fais l'affaire... Ne nous égarons pas. Si je te garde ici, c'est avant tout car tu peux nous être utile. Nous prévoyons de lancer un assaut sur une meute de sacs à puces tels que toi, et tes informations pourraient nous servir..."

Elle se lêcha les lèvres, sa langue venant toucher les pointes mortelles qui ornaient sa jolie bouche, et approcha son visage à quelques centimètres de celui du lycan. A la différence près qu'elle n'était pas enfermée, elle. La vampire clotura sa phrase avec une pointe de jovialité morbide, en chuchotant presque :

"Croc-Noir, tu connais ?"

En entendant ces mots, Frederik poussa un grognement clairement bestial, qu'un être humain normalement constitué n'aurait sû accomplir avec tant de hargne et de puissance, ses crocs se dévoilèrent partiellement et l'éclat de ses pupilles s'intensifia un court instant. De rage, il avait bien failli amorcer sa transformation. Sans s'en rendre compte, il s'était lancé vers l'avant, venant agripper de ses mains les barreaux de sa prison, trop rapprochés les uns des autres pour qu'il y passe le bras. La vampire se recula en gloussant.

"Tu vois ? C'est pour ça que je n'aime pas les animaux, ils sont si instables et colériques. Heureusement, j'avais prévu que tu le prennes comme ça. Je vais te l'expliquer clairement, si tu restes à ta place et que tu nous racontes ce qu'on veut savoir, cette histoire se déroulera correctement. Mais si tu te montres désobéissant, cela risque de mal tourner. J'ai cru comprendre que tu tenais à ce bibelot, peut être consentirais-je à te le rendre si tu te montres plus coopératif qu'aujourd'hui."

Le chef vampire s'eclipsa, quittant sa tente et venant plonger Frederik dans le noir le plus total. Pour le punir de son comportement, elle décida de ne pas le nourir cette nuit-là. Le calvaire du lycan ne faisait que commencer.

...

Beaucoup de temps avait passé, mais les jours se ressemblaient tous dans cette prison abjecte constituée de bois froid. Malgré l'humidité, et les tentatives du lycan pour le ronger, le matériau résistait. L'élaboration de cette cage était loin d'être simpliste, le tressage des lianes s'avérait fort complexe et particulièrement optimal. Mais à ce stade d'épuisement moral et physique, Frederik n'en était plus à s'extasier devant les prouesses techniques des bandits de la forêt. Les interrogatoires se multipliaient, mais le lycan ne se décidait jamais à parler. Au lieu de l'achever, purement et simplement, la jeune chef du camp continuait de le torturer, nuit et jour. Elle disait qu'il finirait par craquer, que même les carapaces les plus solides comportaient des failles... Frederik ne considérait pas cela comme de l'acharnement, mais comme du sadisme pur et dur. Elle désirait le voir souffrir, très clairement, mais le nordique se refusait à lui faire le plaisir de gémir pour elle. Néanmoins, son esprit perdait en résistance, chaque jour. Pour survivre, Frederik siégeait désormais dans l'univers de ses souvenirs, et tentait d'oublier le présent autant que possible. Cependant, l'éventualité qu'il ne s'échappe n'avait jamais été exclue, il se préparait pour ce jour...

Tristana, puisque c'était le nom de la tortionnaire qui le maintenait enfermé comme un animal domestique, se plaisait à l'humilier afin qu'il ne cède. Mais Frederik, loin de s'avouer vaincu, demeurait de marbre face à son comportement, ce qui avait le don d'agacer la belle. Il voulait la persuader qu'elle n'arrivait à rien, afin qu'elle ne l'extirpe de cette cage. Il suffirait d'une seconde, une simple seconde, et il la vaincrait. Certes, il ne pourrait l'achever si facilement, mais lui arracher la tête constituerait un moyen efficace de la mettre hors d'état de nuire. Frederik, dans son état mental, considérait cette ablation du crâne comme une pratique efficace, et non comme un acte monstrueux. Autre élément intéressant que son ouïe lui avait permis de déceler, la jeune Tristana était la seule suceuse de sang du campement de mercenaires. Il était prêt...

...

Puis vint la fameuse nuit.

Cette nuit où Frederik, lorsque la lune fut haute, prit la parole pour la première fois en deux mois. Même lorsqu'il était convaincu d'être seul, le lycan n'avait pas prononcé le moindre mot, afin de ne pas risquer de se dévoiler. Son personnage était parfait, il avait su jouer la comédie avec brio, du début à la fin. Ecroulé sur le sol de sa cage, Frederik était roulé en boule, en position foetale, le regard vide. Il s'était débarassé de son tissu et il tremblait... Des larmes s'étaient même manifestées aux coins de ses yeux, et même après qu'elles aient séché, des marques demeuraient visiblement sur sa peau imprégnée par la saleté.

Tristana pénetra dans la tente, pivota, et un sourire radieux illumina son visage lorsqu'elle entendit pour la première fois une voix masculine, à la fois grave et particulièrement faible, apeurée même. Enfin, elle y était parvenu. Le loup était devenu fou, et elle l'avait fait céder, désormais il constituait un véritable livre ouvert, et lire dans son passé allait devenir un jeu d'enfant. A cette pensée, elle ne put réprimer un rire.

"Je vais parler... Je... Je vous dirai tout."

Quelques minutes plus tard, trois hommes furent mobilisés pour libérer le cadavre partiellement éveillé qu'était Frederik. Les mercenaires humains le traînèrent sur le sol boueux, dans la froideur de la nuit, et le déposèrent devant une chaise, se préparant à le ligoter pour l'interrogatoire habituel. Ils entendirent Frederik marmonner, et tournèrent la tête. D'une voix noyée de sanglot, Frederik souffla :

"Non... J'ai si mal aux poignets... Je ne veux plus..."

Les deux mercenaires éclatèrent de rire simultanément, et s'éloignèrent un peu pour s'entretenir avec Tristana. Ils parlèrent de la façon dont ils allaient procéder pour l'interrogatoire, et la dirigeante du campement leur annonça que la nuit suivante, ils partiraient pour s'occuper des chasseurs de nuit de Croc-Noir et rassembler les autres chefs de camp afin de lancer une attaque massive. L'ordre d'assaut remontait à si longtemps désormais que la vampire avait cru ne jamais le voir venir, mais ce soir, c'était le grand soir ! Enfin, elle verrait autre chose que ces ivrognes puants de mercenaires bourrus. Elle leur rappela qu'il était temps d'attacher la loque à sa chaise, avant qu'il ne rampe jusqu'à la sortie, ils s'amusèrent tous de cette plaisanterie et Tristana partit prévenir certains de ses subordonnés.

Les deux gardes retournèrent dans la tente, mais quelque chose clochait. Là où quelques secondes plus tôt se trouvait un lycan nu, transi, et pleurant, il n'y avait plus que le vide. Les deux gardes eurent le temps de se regarder, d'avoir chacun un haut-le-coeur en se demandant mutuellement ce que Tristana allait leur faire en apprenant la fuite de son chien, et leurs gorges furent tranchées, venant asperger violemment la toile de la tente. Frederik lâcha ses couteaux, rattrapa les deux gardes dans leur chute et, appuyant leurs têtes respectives sur ses épaules, il plaqua ses mains sur leurs bouches pour leur éviter de glapir trop fort dans leur agonie. En deux mois, il n'avait rien perdu de ses compétences, il le réalisa avec une certaine fierté.

*C'est bien normal Frederik, un meurtrier ne saurait oublier le plaisir sauvage d'ôter la vie, n'est ce pas ?* Un sourire déforma son visage à cette pensée...

D'une voix calme, il souffla :

"Vous vous inquiétez de ce que votre traînée de capitaine risque de vous infliger alors que vous venez de libérer le diable de sa cage ? Mes amis, faites preuve d'un peu d'intelligence, pour une fois..."

Suite à quoi, il abandonna les deux dépouilles sur le sol et s'affaira dans la tente. Quelle idée de laisser un meurtrier tel que lui dans une pièce remplie d'instruments de torture. Lorsqu'il songea à cela, Frederik ricana. Enfin vêtu d'une armure, Frederik s'empressa de retrouver le bureau de Tristana, afin d'y reprendre son masque. Mais le fameux artefact avait disparu, sans doute le conservait-elle à ses côtés, en guise de trophée. Quelle infame créature. Il fit tournoyer ses dagues dans ses mains et s'attaqua à la première tente, venant assassiner tous ses occupants dans leur sommeil. Un hurlement d'intense souffrance déchira la nuit, se répercutant dans toute la forêt, et faisait office de cloche annonciatrice d'une bien sinistre messe.

Tristana fut la dernière à tomber. Et en l'honneur de la jeune vampire, Frederik s'était surpassé. Une mise en scène parfaite pour un être aussi pathétique. Lui ayant sauvagement arraché les jambes à l'aide d'une hache à double tranchant, profitant de sa puissance physique lupine pour envoyer un coup aussi violent que précis, il lui avait attaché le cou au pilier qui soutenait autrefois sa tente par l'intermédiaire d'une chaine, cette fameuse tente que Frederik avait d'ailleurs enflammé pour exorciser le mal qu'elle avait contenu jadis. Ainsi, la vampire incapable de fuir tentait de ramper en plantant ses ongles dans le sol, suppliant Frederik de la libérer alors que le soleil allait bientôt se lever. Elle pleurait, hurlait, l'insultait à s'en arracher les poumons, et ce son paraissait aux oreilles de Frederik aussi doux que le chant matinal des oiseaux. Il n'en avait cure, pour l'heure.

Et c'est ainsi qu'il se retrouva assis sur ce coffre maculé de sang, l'épée elfique de Tristana entre les mains, avec pour feu de camp les cadavres de ses ennemis calcinés et pour compagnie une vampire condamnée à mort. Frederik se décida à quitter les lieux lorsque la demoiselle commença à brûler au contact des rayons du soleil.

Le ciel était si beau aujourd'hui... Mais la Lune, quant à elle, avait été témoin de l'oeuvre du mal. Le diable s'était mis à danser sur ce champ de bataille au rythme des flammes, et il avait accompagné Frederik dans cette macabre valse. Il songea une fois encore à Nina-Lou, et il se mit à sourire.

Rien n'avait changé, il en était convaincu. Elle l'attendait, et pleurerait à chaudes larmes en le voyant arriver. Il conterait sa mésaventure à Sadko, son allié et Capitaine, et tout redeviendrait comme avant. Il le savait.

Oui... Aucune chance que cela se déroule autrement...
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