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 L'essence de la férocité.

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MessageSujet: L'essence de la férocité.   Mer 30 Mai 2012 - 0:48

Quelle était la définition de la folie ? Aux yeux de Thorolf, il était facile d'y répondre : répéter une action encore et encore une fois, en espérant rencontrer un maigre détail qui pourrait annoncer un changement afin de briser ce cercle vicieux. C'est par ce mode de vie que le vieux colosse se forgea une sévère réputation ... Par la répétitivité de ses actions. En franchissant les limites du succès ou de l'échec, qu'importait. Que cela soit dans les conflits, dans les pillages ou dans le commerce d'esclaves ou de viandes, le seigneur des Drack ne pouvait plus se cacher et passer pour un simple et vulgaire étranger à l'apparence sauvage. L'ancien vagabond qu'il fut jadis s'était transformé en Maître de guerre pour arriver finalement à ce poste tant convoité : un chef de meute. Bien différent de ses semblables, il ne possédait pas les aptitudes pour acquérir la confiance d'un peuple par la persuasion, ni par la manipulation douteuse de la séduction ... Il dût donc se concentrer sur une intimidation féroce capable de faire pâlir le plus brave de ses guerriers. Il revoyait encore les images de son ancien peuple souffrant, malade ... La meute de Drack avait été une maladie atroce, un grave cancer. Thorolf n'a fait qu'annihilé toutes les cellules, sacrifier bons nombre de vie pour rebâtir une population nouvelle à son image. Personne ne pouvait comprendre qu'il venait de sauver une meute anciennement mourante. Mais peu lui importait, son objectif était un franc succès. Aucun lycanthrope n'avait osé s'interposer devant lui ... Aucun. Sauf peut-être deux. Deux mâles qui ont eu l'audace de prendre la fuite. Le vieux titan ne les avait jamais retrouvé ... Mais il sentait que tôt ou tard, c'était justement ces misérables fuyards, ses maudits déserteurs qui reviendront vers lui.

La neige épaisse et tempétueuse masquait l'horizon, les nombreux flocons tentaient d'étouffer les flammes de quelques bâtiments en ruines. Le feu crépitait en rongeant le bois des petites bâtisses, l'avant-poste n'avait pas tenu bien longtemps face aux assauts des Drack. Certains baraquements détruits s'écroulaient encore. Tout n'était devenu qu'une profonde désolation. Un conflit avait éclaté et Thorolf était définitivement l'élément déclencheur de cette situation. Malheureusement, il n'y avait pas de témoins capable de l'accuser rien qu'en pointant leur doigt sur sa propre personne ... Des cadavres horriblement mutilés jonchaient le sol comme un second tapis de terre boueux. La plupart étaient littéralement dépecés avec une férocité toute particulière, d'autres ressemblaient à des pantins désarticulés à la recherche de leur membre manquant. Une grande mare sanguinolente noyait le visage d'une famille entière. Les yeux écarquillés de la mère encore souffrante fixaient le crâne enfoncé de son seul fils. Un des Drack avait pilonné sa tête avec force à l'aide d'une masse métallique. Elle était à l'agonie, paralysé par la terreur et l'impuissance ... C'était avec cette dernière image qu'elle s'en irait rejoindre les siens. Ce n'est lorsque le vieux colosse s'assura qu'elle rendit son dernier souffle, que son regard quitta le corps de cette dernière victime. Alrik, un sergent qui mena toute une troupe avec lui, brisa le silence qui commença sérieusement à peser :

"Thorolf, nous avons un total de 48 survivants. Nous avons subis des pertes, mais avec un tel blizzard, cela est difficile d'estimé ..."

Thorolf lui coupa la parole d'une voix rauque :

"48 survivants. Bien, tu peux disposer Alrik."

Le sergent baissa la tête, puis fit un signe bref, démontrant qu'il avait compris. Il recula de quelques pas lorsqu'il agrippa une nouvelle fois l'attention du chef de meute.

"Et pour les blessés ?"

Le colosse sourit faiblement. Malgré la dureté de la tempête de neige, il fallait retrouver des forces avant d'arriver à leur prochaine destination.

"Quels blessés ?"

Alrik comprit immédiatement. L'heure n'était pas de les tuer, encore moins de les achever en les égorgeant purement et simplement ... L'estomac des victorieux devait être rempli pour poursuivre leur lutte. Et c'était donc à leurs frères éclopés qui possédaient ce mérite, ce privilège de nourrir son prochain en se sacrifiant. Un avant-poste venait d'être détruit, le blizzard leur offrait une couverture décente. Il fallait rapidement ingurgiter un bras ou une jambe, puis rapidement s'abriter avant de mourir de froid. Même un lycanthrope n'était pas habitué à de pareils prévisions météorologiques. Sa main entoura le manche de sa hache, puis la retira fermement hors du torse d'un défunt ensanglanté et décapité. Il marcha en direction de sa troupe et des survivants. Ces derniers étaient disposés en fil indienne, leurs chevilles étaient enchainées et meurtris par la pression des menottes. Beaucoup de ces hommes et femmes gémissaient et souffraient par rapport au vent glacial qui les frappait sans cesse comme des puissants coups de fouet. Ses fidèles, heureux, avaient déjà broyé les cervicales de leur frère avant de sectionner un membre entier. Leurs crocs avides se plantaient avidement dans la chair, laissant la gourmandise et le plaisir s'embrasser durant un éternel instant. Toute humanité avait disparu, le cannibalisme n'était plus jugé comme une monstruosité depuis l'arrivé de Thorolf au pouvoir.
Leur panse rassasiée, ses acolytes se remettaient debout. La marche pouvait continuer. Quelques prisonniers trop affaiblis avaient péri, et pour ne pas perturber la file en ôtant à chaque fois les menottes à l'arrêt, un Drack s'interposa pour trancher les chevilles de la nouvelle charogne. Thorolf était en tête, menant la marche comme n'importe quel meneur digne de ce nom l'aurait fait. Son oeil impassible et dur scruta attentivement les environs, tentant vainement de déceler l'abri tant souhaité. Ce n'est qu'après une bonne heure qu'il parvenait à trouver l'ouverture de cette grotte ...

La caverne de la nuit. Lieu de débauche où les vices qui demeuraient enfermés se rapprochaient facilement de ceux des Drack. La luxure et la gourmandise ... Des trafiques les plus douteux aux petits commerces renfermant des produits illégaux exploitaient ainsi des ressources financières d'une manière abondante. La caverne de la nuit formait un réseau de commerce, de produits et de marchandages ... La grotte pullulait de brigands et d'anciens vétérans de guerre qui n'hésitaient pas à démonter la mâchoire d'un quelconque individu pour se faire acclamer gratuitement. Le bruit de la foule et les hurlements inaudibles des bagarres d'ivrognes comme des marchands qui tentaient d'éveiller l'intérêt de leur client devenaient une seule et même sonorité. Ce n'est lorsque Thorolf fit son apparition avec toute sa troupe que le cahotement de la foule s'était légèrement dissipé. Le vieux titan continua son parcours en traversant divers étalages jusqu'à trouver un espace suffisant pour entreposer les survivants. Chose faite, il était inutile d'attirer verbalement les plus curieux en s'égosillant comme un animal car tous avait compris. La vente d'esclaves était rare, car les régions étaient dès à présent de plus en plus protégé. Une foule épaisse joua des coudes pour se rapprocher de plus près et interroger le géant avec diverses questions :

"Je la veux, je la veux elle !"

"Combien date leur fraîcheur ?"

"Celui-ci est pas tout gros ... Je vous le prends pour 40 pièces d'or !"

"Je l'ai vu en premier ! Je l'ai vu en premier !"

Les fidèles de Thorolf dût montrer les crocs pour reculer les futurs acheteurs en claquant leur épées suivis par des grognements furieux ... Alrik se lança dans les ventes sous l'oeil unique de son maître. La grotte était entièrement peuplée, il était difficile de voir percevoir tous les visages. Il remarqua de jeunes voleurs détroussés les plus intéressés sans que ces derniers ne s'en aperçoivent. Quelques disputes éclataient au loin par rapport à un marchandage qui tournait mal. Deux barbares copulaient violemment avec une marchande pour pouvoir acheter leur dû sous la bannière de la légalité et de la bonne entente. Rien de tout cela n'intéressa Thorolf. Il avait l'impression d'être chez les siens avec moins de tensions entre les habitants ... Tout semblait être normal, la transaction se faisait modestement. Les prisonniers entonnaient des jérémiades lorsqu'ils étaient arrachés par des clients affamés qui venaient de les acheter à un prix raisonnable. Leur destiné étaient totalement aléatoires. Certains clients appréciaient les maltraiter gratuitement, d'autres assouvissaient leur besoin sexuel au plus vite ... L'imagination débordait d'idées lorsqu'on avait une vie à portée de main. Oui ... Tout semblait normal.


Spoiler:
 


Dernière édition par Thorolf Gunnar le Sam 8 Sep 2012 - 7:10, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: L'essence de la férocité.   Sam 2 Juin 2012 - 3:32

Cerrarë avait été dépêché par l’Équilibre dans la Vallée nocturne. De drôles de choses, de sales choses, s'y déroulaient, apparemment dans une caverne où les brigands de tout Ephaëlya se réunissaient pour troquer leurs prises. La Caverne de la nuit. Le chasseur y était allé seul, ainsi pourrait il rester discret, lui le maître de la traque, le frère des ombres, préférant éviter le combat au profit d'une simple entrevue des forces qui y circulaient afin de prévoir une descente plus massive des forces de l’Équilibre. Il avait voyagé seul, profitant comme à son habitude de la compagnie simple et rassurante de la nature, quelques flocons de neige venant se cacher dans ses cheveux, le vent venant faire danser sa longue cape, le froid venant mordre dans son plastron de cuir. Mais rien ne l'affectait. Il avait avancé, Sên à ses côtés.
La caverne avait beau être connue de tous, personne n'avait encore osé tenter quelque action contre les brigands, leur nombre variant sans cesse et leur fourberie sans égale ayant bien souvent empêché les divisions de gardes d'Oryenna de s'en approcher de trop près en bon état. Nombre de pièges en tout genre, dissimulés dans la forêt, avaient été évité par le Lycan qui connaissait lui même l'art délicat du traquenard. Après tout, si aujourd'hui il était à même de se transformer en bête sanguinaire, assoiffée de sang et de violence, c'était grâce à l'un de ses nombreux pièges.
Anfauglir, le démon, cette face cachée du chasseur, l’apeurait plus qu'autre chose aujourd'hui. En temps normal, il évitait de se laisser aller à le libérer, craignant qu'il ne sème un nouveau chaos, tuant sans pitié et sans remord la moindre étincelle de vie qui pouvait briller. Le démon devenait incontrôlable, ainsi le chasseur ne le libérait qu'en cas d'urgence, lorsque sa vie était en jeu. Tuer des innocents ou des personnes auxquelles il tenait sous la domination du loup avait été monnaie courante ces derniers temps. Il ne voulait pas recommencer. S'il fallait verser du sang il avait son arc et ses épées jumelles, et il savait s'en servir !

Une violente tempête de neige s'était levée. Rapidement, les arbres revêtirent un manteau blanc, toujours plus épais, et la neige au sol, tendre et craquante, faisait s'enfoncer ses bottes, compliquant sa marche. Le temps lui manquait. Il ne fallait pas traîner, mais la puissance du vent qui venait faire s'écraser les flocons gelés sur son visage compliquait sa progression et son orientation. Au bout de quelques minutes de marche le Lycan était totalement perdu. Tous ses repères avaient disparu. Impossible de se repérer dans cette forêt où tous les arbres étaient identiques et où ses traces de pas étaient effacées en quelques secondes, le temps que la neige recouvre les cratères pour les faire disparaître. Le ciel était obscurcit par des nuages cotonneux et immaculés qui l'empêchaient de s'orienter par l'astronomie.
Cerrarë décida de s'arrêter, creusant à même la neige un abri de fortune qu'il abandonnerait lorsque le blizzard se serait calmé. Mais une odeur de brûlé vint réveiller ses narines transies. Qu'est ce qui pouvait bien brûler ainsi sous cette neige ? Une chose était certaine, quelque chose brûlait, et ce n'était pas l'oeuvre de Sên...
Tel un chien pistant l'odeur du gibier, le chasseur suivit la piste odorante et se retrouva rapidement devant les lieux. Des flammes gigantesques s'échappaient d'un baraquement. Au sol, de nombreuses traces de sang indiquaient qu'il y avait eu de féroces combats. Quelques cadavres pour certains dévorés jonchaient le sol blanc, l'éclaboussant de pourpre. Dévorés. Quelqu'un, quelque chose les avait dévorés ? Qui était capable de tels actes ?

Après une rapide inspection, le chasseur parvint à trouver une piste. Une traînée profonde dans la neige, arrosée de rouge, partait dans une direction qu'il ne pouvait déduire. Trouver la caverne de la nuit était maintenant le cadet de ses soucis. Il y avait eu une rixe et il fallait en déterminer les acteurs. Apparemment, les hommes avaient échoué à défendre l'avant poste face à leurs assaillants. Ces derniers avaient continué leur route et... Un flash, comme une coup de canon. Et si les traînées sanglantes appartenaient aux victimes ? Et si les vainqueurs avaient décidé de transporter les prisonniers vers la caverne pour les revendre ?

Sans plus de réflexion, Cerrarë suivit la nouvelle piste qui s'offrait à lui. L'odeur de mort qui régnait dans l'avant poste fit bientôt place à celle des assaillants. Une odeur qu'il connaissait bien. Une odeur animale. Celle de Lycans. Et par dessus tout, une odeur encore plus puissante, presque violente pour les narines du chasseur. Une odeur qu'il n'oublierait jamais. Une odeur emplie de violence et de carnage. L'odeur du chef des Dracks. L'odeur de Thorolf Gunnar. Ainsi donc, ils se retrouveraient en Oryenna. Pourquoi venir jusqu'ici pour vendre des prisonniers et des trophées ? Pourquoi venir chercher de l'argent aussi loin de Thaodia ? La réponse n'était pas importante. Thorolf était là et il était là où il devait aller. Son sang ne fit qu'un tour. La simple idée de recroiser son regard lui glaçait le sang en même temps qu'elle éveillait en lui une nouvelle soif de sang. La peur et l'excitation se mêlèrent en lui, lui communiquant quelques spasmes de plaisir. La simple vision d'Anfauglir bondissant sur le chef des Dracks pour lui enfoncer ses crocs dans la jugulaire, voir l'homme se vider de son sang sous le regard vicieux du démon, voir la bête éteindre l'étincelle qui brillait dans les yeux du Lycan comme il l'avait fait tant de fois l’excitait encore plus. Voir le corps se rigidifier quand la mort l'envelopperait de son froid linceul. Il se délectait à l'avance de ce moment. Une nouvelle sensation s'éveillait en lui.
Une sensation qu'il avait oublié depuis des lustres. Une sensation qu'il avait à nouveau caressé depuis qu'Anfauglir s'était éveillé. Ce plaisir de la traque, cette excitation devant la joute à venir. Cette volonté de tuer par simple plaisir, par pulsion.

La piste s'enfonçait dans le manteau neigeux. Longtemps, le chasseur pensait s'être à nouveau perdu, mais à chaque fois, un corps congelé venait lui montrer le chemin. Thorolf avait semé des cadavres sur la route, et, sans qu'il ne s'en rende compte, le Lycan souriait quand il en trouvait un autre, comprenant qu'il suivait la bonne piste et qu'il se rapprochait de son but. Il souriait de retrouver le chef de Drack. De la folie ? Peut être. L'amour du combat, du sang et de la douleur l'avait investit. Tuer ou être tué, tel avait toujours été son credo, et aujourd'hui, ce leitmotiv serait encore plus vrai. Le vieux Lycan ne lui laisserait aucune chance. Sanguinaire boucher, il n'hésiterait pas à exprimer toute sa violence contre le déserteur. Celui qui avait réussit à fuir son joug. Celui qui avait défié sa suprématie en s'échappant de sa poigne de fer resserrée sur la cité de Drack. Il lui avait échappé comme une anguille qui vous file entre les doigts, alors qu'il le tenait.

Aujourd'hui, les rôles ne seraient pas inversés, Thorolf serait encore en position de force. Mais le chasseur avait changé, grandement changé depuis leur dernière entrevue.

Au bout d'une demi heure de pistage, il arriva à destination. Devant lui, un trou béant se détachait du blanc cristallin du manteau neigeux recouvrant la plaine. Le noir de l'entrée de la caverne contrastait avec les alentours, formant une gueule béante. Le chasseur alla se poster non loin de l'entrée, improvisant une couverture à l'aide d'un rocher, surement écroulé de la paroi de la caverne, recouvert de neige qui lui permettrait de s'y cacher pour attendre la sortie du monstre.
En lui bouillait un autre monstre, un autre chasseur sanguinaire, de la pire espèce, un autre démon assoiffé de sang. Mais Cerrarë n'en avait plus peur. Le chasseur laisserait la bête faire face au Lycan. Il laisserait Anfauglir se présenter à Thorolf. Il laisserait les monstres s'expliquer entre eux.
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MessageSujet: Re: L'essence de la férocité.   Mar 5 Juin 2012 - 19:32

La plus minuscule idée dans cet univers capable de déchaîner une furie apocalyptique possédait un nom : Thorolf Gunnar. Et même avec ses maigres convictions, tous le voyait comme une entité unique. Un agent pathogène durement instable, une maladie constituée de bactéries néfastes prêt à exterminer son prochain sans le moindre scrupule, sans la moindre raison. Mais que se passait-il lorsqu'un loup comme lui rencontrait une tout autre entité qui n'était pas baigné dans la profonde illusion de ce monde ? La démence le frappa à nouveau en traître au milieu des acclamations et des rugissements sonores ... Il voyait sa famille enchainée sur la plate-forme où était normalement les esclaves. Toute la famille Gunnar s'y trouvait ... Sa mère éventrée était debout malgré l'ampleur de sa blessure. Elle larmoyait à se rompre l'âme, mais aucun son ne sortait de sa bouche. A côté d'elle se trouvait son symbole paternel constellé de flèches sur son corps et un museau littéralement broyé. Au milieu, parmi ses frères et ses sœurs dont certains étaient décapités et d'autres avaient le crâne défoncé, un jeune garçon qui ne possédait qu'un oeil. Il ne le reconnaissait que trop bien. Il était le symbole. L'étendard de sa folie. L'emblème de ses tourments. Le jeune Thorolf gardait toujours son oeil manquant au fond de son poing. Il gratta son orbite vide qui ce dernier ne cessa de dégouliner une substance noire et graisseuse dont il ignorait totalement l'origine. Il voyait son ennemi, sans même devenir l'accusé. Le vieux colosse portait un fardeau sans âme, un cauchemar sans vie mais qui gardait une identité. Tous ses délires se matérialisaient devant lui ... Il ne voyait rien. Non, il ne voyait rien du tout car il n'avait pas le temps de regarder. Son imagination anticipait chacune de ses pensées. Avant même de voir, tout était déjà assemblé et structuré dans sa tête : sa propre réalité. En regardant le monde tel qu'il pouvait le voir, tout était chamboulé. Même l'histoire d'Ephaëlya et ses nombreuses légendes avaient cessé de perdurer et d'être suffisamment entonner pour le garder à l'esprit. Tout n'était qu'une construction chimérique à l'intérieur d'une spirale de pyramides. La foule commençait à fondre, la lumière des chandelles virait dans une succession de multiples couleurs, sa vision devenait atrocement flou ...

Le corps de Thorolf plongea en avant lorsque le chef se rendit compte qu'il se laissait aller. Il put tout juste placer un pas devant lui pour retrouver l'équilibre ... Un tintement strident et insupportable lui resta au fond de son esprit. Des sueurs froides coulaient le long de ses tempes jusqu'à sa gorge, brillant discrètement avec la pâle lumière de la caverne. Personne ne semblait avoir remarqué le malaise du cannibale ... Tous n'avaient de yeux que pour les esclaves. Cela était mieux ainsi. Il porta une main sur son visage pour se calmer et regrouper sa concentration et son assurance de leader impitoyable. Un de ses acolytes remarqua la soudaine faiblesse de son maître. Il s'approcha et le questionna ... Mais sa voix était si lointaine. Il ne distinguait aucunement les mots qui ressortaient de ses lèvres. Uniquement l'intonation particulièrement ponctuée à la fin. Il grogna sourdement envers son sous-fifre, celui-ci comprit le message en baissant les yeux. Ses tourments devenaient une calamités, ce n'était pas nécessaire de le dévoiler à n'importe qui. A vrai dire, il supposait que seul Kimaya et Nina-Lou avaient assez de courage pour considérer Thorolf comme il l'était réellement. Trop peu de monde essayait de le comprendre. Il était si facile de le pointer du doigt et de le huer comme un tyran monstrueux. Drack était loin d'opter pour une identité chaotique. Personne ne recherchait à faire le mal. Personne ne désirait être mauvais. C'était le mode de vie des Drack qui ne convenait à personne, désigné comme une aberration inhumaine de ce monde. Comment ne pas haïr ces misérables ignorants ?
Sans même avertir un de ses molosses, il quitta le stand et dût écarter les brigands à coup d'épaules pour se frayer un chemin. Ses délires n'avaient cessé de reprendre le dessus, il l'influençait au plus haut point ... Mais jusqu'à quelle limite ? Il ne devait plus y penser. Il espérait que le fait de marcher un peu dans la caverne et de scruter les autres marchandises l'aiderait à surmonter cette angoisse. Il s'arrêta devant une boucherie ... Il ne connaissait que trop ce métier. L'odeur et les dépouilles de chairs qu'il dévoilait. Les humains se vendaient bien par ici, Thorolf n'était pas qu'une simple brute. Il avait aussi acquis un certain esprit pour le commerce, malgré que la plupart de sa richesse se base sur ses nombreux pillages. Mais les cadavres ne valaient rien du tout. Autant en faire quelque chose des vivants. Ces mêmes vivants, ces élus qui n'ont cessé de cracher sur les damnés du haut de leur trône doré. Des damnés comme Thorolf ou n'importe quel Drack, issu dans une situation misérable et un statut bien au niveau de la masse générale. En bref : des rejetés de la société.

Un employé humain gérait la boucherie. A l'aide de son hachoir, il découpa des tranches de viande en exécutant des grands mouvements de bras. Thorolf fit un geste pour attirer son attention. Il dût hausser la voix pour se faire entendre malgré la foule qui circulait derrière lui ... Il était amusant de voir que personne ne cherchait à le pousser d'un coup de coude. Ils avaient entièrement raison.

"Une côtelette de lycanthrope !"

Le fonctionnaire le regarda incrédule. Il hésita à savoir si le vieux colosse était sérieux ou pas. Il fit un geste de la tête pour signifier qu'il n'avait pas une telle chose en stock. Thorolf haussa d'un sourcil ... Puis brailla clairement :

"Soit. Une entrecôte d'homme allant dans la trentaine."

Désormais abasourdi, le boucher n'osait pas lui répondre d'aller se faire voir. Il voyait son client étant très sérieux quand à sa demande. Il secoua négativement de la tête en disant que non, mais qu'il restait du bœuf, de la volaille, du po...

"Un homme. Dans la trentaine. Maintenant."

Le boucher commença à s'excuser en rajustant maladroitement son tablier tâché de sang. Le bras du lycanthrope fut catapulté en avant pour agripper la tenue de l'humain. Ce dernier fut projeté directement sur la table de son stand. Sans même attendre, Thorolf arracha l'hachoir des mains de l'employé et commença à trancher grossièrement. Lui qui était bon boucher et découpait avec amour et une précision chirurgicale, ses délires additionnés à sa frénésie lui intimaient d'agir plus brutalement. Le couperet ne cessait de bouger. En haut, en bas, puis en haut et encore en bas. Le geste était successif, répétitif ... Le sang dégoulinait sur le stand, L'humain était en train de beugler à s'arracher l'âme. Le hachoir était trop petit pour le tuer deux coups ... Il fallait trancher la peau à plusieurs reprises. Quand finalement, un avant- mort et sanguinolent glissa hors de la table. Le boucher explosa ses poumons par des hurlements douloureux en tenant fébrilement son moignon fraichement découpé. Le seigneur des Drack planta d'un geste vif le couperet sur la table en bois, récupéra sa part et partit sans demander son reste. Hommes et femmes s'écartaient pour le laisser passer, terrorisés face à ce spectacle défiant les limites de l'humanité. Même les plus vigoureux ne pouvaient soutenir le regard empoisonné du chef des Drack.

Peu à peu, il sentit que quelqu'un était en train de l'espionner ... Quelqu'un qui voulait le voir mourir. Un être hostile, une entité aussi meurtrière que lui ... Il jeta un oeil par-dessus son épaule ... Mais il ne croisa personne.

"Tu as bien fais. Tu devrais recommencer."

Thorolf se retourna vivement. Non ... NON ! Lui ?! Le jeune Thorolf mâchouilla son oeil, ses lèvres déchirées laissaient ce liquide ébène et translucide couler le long de son menton. Puis il se matérialisa lentement en une flaque sombre et obscure qui disparut comme une vapeur de fumée. Thorolf avait de la chance ... Tout s'était passé très rapidement. Peut-être trop. Il ne s'était manifesté que pour l'applaudir. Encore une fois. Il devait trouver un remède chez un apothicaire ... C'était la seule faiblesse qu'il possédait. Il devait l'éliminer. Le colosse ne vivait pas, il survivait jours et nuits à ses émotions brisées par l'inconscience. Des mémoires de son passé qui ralentissaient toute progression de sa part en se tenant comme l'obstacle le plus difficile à traverser. Thorolf manquait d'air ... Il fallait sortir ...

Il couru vers la sortie de la caverne en jouant des coudes. Puis soudain, la neige fouetta ses joues. Un élan d'air, d'oxygène refaisait surface ... Comme cela était si magnifique. Presque autant que de devoir accrocher un prisonnier de guerre contre un crochet de son abattoir personnel. Il inspira profondément en se massant le haut de son crâne ... Il apporta le bras de l'humain à sa bouche et mastiqua goulument en arrachant grossièrement la peau. Le sang goutta encore et des fines rivières sanguines traversaient sur la surface de sa grande main. Il ne remarquait pas encore qu'un individu l'observait de très près ...
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MessageSujet: Re: L'essence de la férocité.   Mer 6 Juin 2012 - 1:59

Le blizzard avait beau s'être calmé, la température était toujours glaciale. Extérieurement, le chasseur luttait contre le froid, quelques frissons lui parcourant l'échine, venant combattre le froid en même temps qu'ils témoignaient de son excitation. A l'intérieur en revanche, le Lycan bouillait. L'odeur de Thorolf empestait l'air ambiant et Anfauglir devenait de plus en plus incontrôlable à mesure qu'il sentait le moment approcher. Les chaînes spirituelles qui maintenaient le démon en place fondait comme neige au soleil à mesure que sa furie consumait l'être de son hôte.
Cette excitation, Cerrarë l'avait déjà ressenti. Mais rarement à l'annonce d'un duel où sa vie serait en jeu. Le chasseur avait souvent été empli de pareille sensation lorsqu'il avait voyagé et découvert certains paysages d'une beauté sauvage et immaculée de toute souillure humanoïde. Il l'avait éprouvé lorsque le soleil avait pointé ses reflets dorés sur la surface de certains lac d'altitude reculés dans les hautes montagnes d'Angaïla. Il l'avait éprouvé lorsqu'il avait été aveuglé par les chefs d’œuvres que Sên avait dessiné dans les vastes plaines d'Evanya. Il l'avait éprouvé lorsque la nature toute puissante avait démontré sa vigueur renaissante dans les forêts de Thaodia. Mais jamais n'avait il été aussi pressé d'en découdre. Et encore aujourd'hui, il ne l'était pas.
Le seul qui brûlait de cette rencontre à venir, c'était la bête enfouie au plus profond de son corps, caché quelque part sur la face cachée de son être. Le démon, lui, avait déjà éprouvé tant de fois ce sentiment. Lorsque Nina l'avait éveillé, lorsqu'il avait enfin recouvré se liberté après son séjour dans les geôles de Croc-Noir, cette furie sanguinaire l'avait aveuglé. Il l'avait laissé le prendre lorsque les Titans avaient déferlés sur Ephaëlya, vagabondant de champs de bataille en champs de bataille, toujours avec un nouvel hôte, bondissant sur ses cibles qui changeaient à chaque réincarnation. Mais le démon savait que dans un combat, l'ennemi n'était pas le plus important. Ce qui importait lors d'un combat était l'adrénaline qui en découlait. L'excitation qui apparaissait avant le combat et la jouissance qui envahissait le vainqueur à la fin, lorsque le vaincu, au sol, gisait dans son propre sang, abandonnant le plus précieux des cadeaux pour un mortel, ne pouvant même pas contempler la flamme de Sên briller une dernière fois dans ses yeux, vacillant doucement comme un bougie laissée à l'abandon par grand vent, pour finalement s'éteindre dans un volute de fumée caractéristique de l'arrivée de la Mort qui vient chercher son client.

Cerrarë n'en pouvait plus de cette attente. Rester accroupi dans la neige à guetter sa proie n'était pas confortable. Aussi bien physiquement, commençant à ressentir des fourmis dans sa jambe droite. Mais aussi mentalement, luttant toujours pour garder le démon au chaud, cloîtré dans le fin fond de son esprit. Sans s'en rendre compte, il se fatiguait déjà avant le combat qui ne tarderait plus. Le chasseur commença en vain à tenter de calmer la bête. Il ferma les yeux, s'adossant à la lourde pierre, froide, qui lui offrait son couvert. Il allongea se jambes dans la neiges afin de calmer les douleurs qui s'amusaient à déambuler dans ses muscles transis. Il lui sembla rester dans cette position une éternité...

Devant lui s'étendait le caractéristique paysage onirique qui sert de refuge à Anfauglir. La neige avait recouvert l'immensité de la plaine qui lui faisait face. Haut dans le ciel, la lune semblait endormie, venant lentement se coucher sur l'horizon. Endormie, ou peut être voulait-elle simplement ignorer ce qui se passait maintenant et ce qui se passerait dans les secondes à venir. Même les étoiles disparaissaient petit à petit dans le ciel noir qui recouvrait le forêt immaculée devant lui. Autant le ciel pouvait être assombri devant lui qu'il était encore clair et accueillant derrière lui. Et, droit devant lui, à une dizaine de mètre, la neige fumait. Elle semblait brûler sous les pattes lourdes et noires du loup qui faisait face au chasseur. Sa fourrure habituellement noire avait été recouverte d'un manteau de neige qui pourtant se consumait lentement, inexorablement, révélant le ténébreux pelage du démon qui semblait émettre une telle chaleur... Ses yeux jaunes scintillaient, animés d'une flamme aux reflets changeants et capricieux, passants du jaune le plus clair, le plus précieux et le plus pur, à un rouge vif et agressif.
Autour des métacarpes du canidé démoniaque, des chaînes de neige, à l’apparence pourtant solide, semblaient le maintenir en place malgré la chaleur qui émanait du loup et qui commençait déjà à les faire fondre.
La bête était prête à être libérée, le sceau ne tiendrait pas longtemps avant que le démon ne reprenne de force sa liberté, catapultant le chasseur au fin fond des limbes de son propre esprit. Le plus dangereux des scénarios était déjà en marche. Anfauglir parviendrait à se soustraire au contrôle de son hôte, le tout était de retarder cette issue inexorable.
Le loup commença à grogner, menaçant, et plongea ses yeux infinis où se consumaient haine, violence et cruauté. Les deux petites citrines de feu se mirent à briller au fond de son âme comme deux petits foyers d'une incroyable puissance. Les feux grandirent rapidement faisant souffrir toujours plus l'infortuné chasseur.

Lorsqu'il rouvrit enfin les yeux, Cerrarë était en nage, le souffle court, les yeux écarquillés vers la plaine qui partait vers le sud. Il haletait, peinant à trouver l'oxygène vital et salvateur. Il lui semblait cuir sous son plastron. La vague de chaleur emplissait son corps avec la rapidité et la force d'un grand incendie. Son estomac en était le coeur. Tous ses intestins lui provoquaient de douloureux maux et sa tête lui semblait pareille à une cocotte, emplie de vapeur, prête à exploser sous la pression. Quelques veines sur son front se dilatèrent, certaines explosèrent sous la violence du combat interne qui se jouait, gravant quelques marques écarlate sur sa peau d'ordinaire claire. Instinctivement, il se prit la tête dans les mains, fermant à nouveau les yeux, avant qu'une nouvelle image de terreur ne vienne l'en tirer. Anfauglir. Il était aux portes de la libération.
Dans le silence assourdissant qui régnait, le chasseur pouvait entendre le souffle malsain de la bête, toute proche de l'éveil chaotique.

C'est alors que le pire des scénarios continua de s'écrire sous ses yeux. L'odeur du chef de Drack, l'odeur de la viande humaine fraîchement dévorée, l'odeur du sang et des mutilations. L'odeur de Thorolf parvint à ses narines, toujours plus puissante. Toujours plus agressive. Toujours plus proche. Ainsi, le moment était venu. Mais il était venu trop tôt. Cerrarë n'était absolument pas en condition pour pareil affrontement. Il n'était pas prêt pour pareille joute mortelle. Il n'était pas capable de jouer pareil duel.

Une panique annonciatrice vint lentement se glisser sur le chasseur, l'enveloppant délicatement de sa froideur. Il tourna la tête sur sa droite, puis sur sa gauche, se relevant doucement pour passer un oeil au dessus du rocher qui lui servait de cache. Son rythme cardiaque, déjà assourdissant, battant à une vitesse folle, accéléra encore à tout rompre.
Thorolf Gunnar, lui même, se trouvait à la sortie de la caverne. Seul. Étrangement, ce dernier ne semblait pas lui non plus dans son assiette. Il porta à sa bouche le membre avant d'un homme qui saignait encore, gage de sa fraîcheur, et mordit dedans de ses pleines dents de carnassier. Des dents mortellement affûtées. Un filet de sang se détacha de la gueule du monstre pour venir ruisseler comme un torrent sur le peu de chemin qui traversait sa mâchoire inférieur avant de tomber sur la neige, du blanc le plus pur avant que l'homme n'arrive, la tachant de rouge. Le bruits des dents, s'entrechoquant dans le silence glacial, les cris des muscles déchirés, la résonance de l'os face aux crocs de la bête venaient déchirer le calme et la quiétude religieux des lieux. Les bruits résonnèrent encore en échos, toujours plus ample et bruyants dans le crâne mutilé du chasseur qui se débattait toujours.

La vue du sang, l'écoute de la mastication, l'image de l'homme succombant devant Thorolf excitait encore et toujours le démon qui commença à gigoter dangereusement, un hurlement de rire venant pétrifier le chasseur.
Puis, plus rien. Le calme, le silence qui venait à nouveau se déposer sur la plaine. Les douleurs s'estompèrent. Le Lycan se senti incroyablement léger et en même temps, paradoxalement lourd. Il s’effondra dans la neige qui laissa s'échapper un grognement sourd et à peine audible. Il sentit sa tête heurter le rocher tout proche alors que son esprit partait vagabonder loin. Loin, bien plus loin, à des lieux de là où il se trouvait en réalité.

Le démon était pleinement éveillé. Il était encore allongé contre le sol, son propre sang venant coaguler sur la droite de sa gueule, créant un conglomérat de sang, de neige et de poils. Dans un sursaut, la bête se releva, se redressant sur ses quatre pattes. Un égouttement régulier perlait de sa tempe, là où le roche l'avait frappé. Il passa sa langue sur la piste sanguinolente, gouttant avec gourmandise à son propre sang, ce qui eu pour effet d'exciter encore davantage le monstre.
La noire créature sortit de son couvert, son pelage de geai dansant au gré du vent alors qu'il fixait de ses yeux jaunes son adversaire. Anfauglir avait attendu pour ce moment durant tant de temps. Depuis le jour où ils avaient fuit Drack et où Cerrarë s'était promis de revenir se venger et venger tous les morts, le démon avait rêvé de ce face-à-face. Il avait chéri cet instant où il pourrait enfin se mesurer à pareille créature. Il avait imaginer les mille-et-unes façons dont ils pourraient se retrouver, mais cette probabilité lui avait échappé, et cet inconnu dans lequel le combat allait se dérouler l’électrisait toujours plus. Enfin, enfin le démon croisait le regard de celui qui aurait pu être son semblable. Enfin il pourrait faire couler le sang de cette créature mortelle avec qui il partageait pourtant tant de similitudes. Enfin Anfauglir n'en était pas réduit qu'au doux rêve du moment où il pourrait lui sauter à la gorge, le mutiler de ses griffes, lui arracher la chair et faire coulez une fontaine de sang sur le corps du chef de Drack. Enfin la douce idylle d'apercevoir la vie quitter Thorolf dans un ultime souffle semblait lui tendre la main. Enfin, enfin le moment était venu de se battre, le moment était venu de faire couler le sang.

La bête se lécha à nouveau les babines, recueillant à nouveau le sang qui perlait. Un sourire bestial s'y dessina et grandit à mesure que l'agitation gagnait la créature infernale.
Anfauglir s'avança doucement de sa victime, faisant claquer ses mâchoires pour lui signifier sa présence. La jugulaire de sa victime lui apparaissait clairement et il pouvait y voir les afflux de sang aller et venir dans la veine gonflée. Ce sang, il voulait y goutter, et il y goûterait. Il lui semblait si appétissant...

Une fois posté à quelques mètres de chef, le loup s'arrêta, adressant un long hurlement au seul interlocuteur qui se trouvait là.
Il posa sa croupe dans la neige froide en attendant la réaction de Thorolf.
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MessageSujet: Re: L'essence de la férocité.   Ven 8 Juin 2012 - 18:18

Spoiler:
 

L'infortune était sorti du ventre de sa mère en même temps que lui. Il l'avait trainé comme un fardeau toujours trop lourd malgré les dimensions de ses épaules qui changeaient d'années en années. Cette malchance planait au-dessus de lui comme la peste. Et pour rendre les souvenirs douloureux à point vertigineux, autant qu'elle ne s'abatte pas directement pendant que Thorolf n'était qu'un chiot. Ce dernier devait apprendre à reconnaître sa famille, l'aimer, s'y attacher avec un cœur et une âme totalement saine. Les enlacements chaleureux de ses sœurs, les combats amicaux avec ses ainés, l'attention de sa mère qui ne cessa de le gâter un seul instant car il représentait le benjamin de la meute ... Il les voyait. Il les voyait tous. Mais sous une seule et même forme. Celle du jeune Thorolf. La brutalité de son père, l'extermination de sa meute et le racisme craché par les hommes sur sa personne n'étaient que le début d'une pénible et dramatique séries. Même si la chance ne lui avait jamais sourit, il devint plus malin en créant une illusion afin de parfaire le hasard dans un élan victorieux et positif. Un être normal appellerait cela de la folie. Le seigneur des Drack, lui, ne place pas de nom à ce phénomène tant ce dernier se montre naturel et immuable.

L'air extérieur parvenait à le calmer à un certain niveau. Il ne s'imaginait pas que pour la première fois de sa longue existence, quelqu'un était en train de le mettre dans la condition d'une proie. Ignorant totalement l'individu qui l'espionna en contenant rage et excitation, son esprit semblait être trop imbibé dans des mémoires brisées qui n'avaient plus de sens pour personne. Pas même pour les divinités d'Ephaëlya. Quelque chose restait caché dans l'ombre autant au-dessus que lui qu'au fond de sa tête. Un engrenage qui ne voulait pas fonctionner et qui attendait patiemment à ce qu'on lui roue de coups pour le remettre en marche. Trop occupé avec sa condition mentale, il n'avait nullement remarqué que l'être qui l'épiait avait chuté en bas de sa cachette. Un maigre tapis de neige recouvrit ses épaules et son crâne. De nouveau dans la réalité, il jeta un oeil au-dessus de son épaule en ouvrant les oreilles. Le vent était la seule mélodie qui fut chantée ... Un phénomène naturel paraissait avoir ouvert une brèche dans la neige. Le soleil lui faisait face, la chaleur avait sans doute réchauffer une masse épaisse sur une dénivellation en pente. En comparant le poids de ses délires avec cet événement si peu important, c'était ce qu'il y avait de plus logique à retenir pour le moment ... Mais il avait tord, car un grognement puissant et hostile attira son attention.
C'est avec lenteur qu'il se retourna, toisant d'un regard froid et las l'animal qui le tenait tête. Son identité ne lui revenait pas, mais il avait ce quelque chose au fond de ses yeux ... Comme un air de déjà vu. Un détail lui échappait sur le moment, il préféra se débarrasser de cette question toute aussi inutile. Que cela soit une ancienne connaissance ou un quelconque individu, il n'était pas n'importe qui pour oser s'interposer ainsi devant lui. La violence et la force submergeaient l'animal comme une seconde peau, il pouvait se jurer que lui connaissait le seigneur des Drack. A vrai dire, cela était facile ... Il n'avait pas une notoriété discrète même si la popularité est une fonction qu'il avait toujours voulu rejeter. C'est ainsi qu'il agissait en étant précédemment un traqueur, puis un maître de guerre ... Mais là, à cet infime instant, il savait que son statut de leader dominant ne pouvait cacher son terrible nom. Le loup resta immobile, ses yeux à la limite d'être injecté de sang l'analysaient sur toutes ses coutures. La fourrure blanche qui l'enveloppait était quasi identique avec le sol enneigé où ses pattes musclés demeuraient invisible pour le moment.

"Tu empestes la violence et une furie débordante. Des aptitudes à ne pas empaler en-travers d'un vulgaire crochet. Tu me ressembles ... Et ça je ne peux me le permettre."

Ce n'était pas la peur qui le conduisait à parler, mais la lassitude et la pénibilité de ses horreurs mentales. Des incertitudes l'accablaient, comme s'il voyait les fantômes de son passé revenir et entamer un autre génocide juste sous ses yeux. Revivre pour être déchirés à nouveau par des ombres brumeux. A n'importe quel autre moment, Thorolf se serait rué sur lui, la hache au-dessus de son crâne chevelu. C'était son genre, ne rien dire, seulement agir. Lui qui haïssait la conversation, voilà qu'il faisait partie de ses minables qui empestaient la défaite pour entamer des présentations. Thorolf n'en avait nul besoin. Ce qui l'animait était la lumière de ses délires incessants. Il suffisait que son interlocuteur entame le combat pour que le vieux colosse regroupe plus vite ses esprits et passe à la charge. Mais ce loup l'intriguait. Quelque chose ne collait pas. C'était ... comme si les liens qui les unissaient se montraient bien plus forts qu'une simple rencontre remplie de coïncidences. Il n'était pas d'humeur à se confesser, mais à relater la théorie de sa vie. Elle se répétait sans cesse comme une boucle infernale allant toujours plus vite, rencontrant les mêmes situations avec des visages nouveaux. Leur faciès était différent, leur couleur de peau était différent, même leurs cris résonnaient différemment ... Et pourtant la même douleur cuisante les noyaient dans les abysses de leur ignorance. C'est avec une voix caverneuse qu'il s'adressa à nouveau à la bête :

"Dès la première rencontre, peu de gens survivent à mes assauts ... Beaucoup meurent et le reste souffrent en silence. Ces nouveaux damnés ressentent l'envie de me revoir comme si je symbolisais leur rédemption. Comme s'ils pensaient retrouver un semblant de paix jadis perdu et oublié ... Les abrutis. Ce n'est seulement lorsqu'ils interviennent, lorsqu'ils recherchent à remplir leur existence que je leur ais si durement vidé, qu'ils parviennent à entrevoir leur suicide de me rencontrer à nouveau."

Un rire sans joie s'extirpa de sa gueule remplie de crocs. Tout en secouant négativement la tête, il murmura froidement :

"C'est amusant que les gens chargent lorsqu'ils me voient parce qu'ils ont trop peur de mourir, mais lorsqu'ils sont au sol en train d'agoniser, il se mettent tout à coup à avoir peur de survivre."

Il reporta son regard et son attention sur la bête noire qui n'avait miraculeusement pas chargé. Thorolf n'était réellement pas sûr de ses attentions ... S'il voulait un combat, il ne suffisait que de le charger maintenant et tout de suite.

"Et toi ... En quoi tu es si différents des autres ? Qu'est-ce qui te reste au fond ? Une part d'humanité qui se rebelle ? Une puissance vicieuse incontrôlable ? Et moi qui pensais être brisé ... "
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MessageSujet: Re: L'essence de la férocité.   Lun 11 Juin 2012 - 14:02

HRP :
Spoiler:
 

Sur son crâne, la coulée écarlate commençait à se solidifier. La légère brise qui se leva, accompagnée par quelque flocons de neige témoignant du froid qui régnait, souffla sur le petit espace dégagé qui créait un hall d'entrée devant l'ouverture de la caverne. Malgré cette gifle glacée, le loup ne ressentit rien sur sa joue. Et pour cause, le saignement s'était arrêté. Maintenant, une longue traînée de sang dévalait le long du crâne lupin, un long ruissellement pourpre cheminait depuis la tempe droite de l'animal jusqu'au bas de sa mâchoire, passant sous son oeil et venir déchirer sa gueule en deux parties clairement entrecoupées d'une démarcation sanglante. Cette coulée appétissante avait eu la mauvaise idée de s'écouler tout près de la truffe du loup, si bien que l'odeur sanguine parvenait sans discontinuité aux narines de ce dernier. Si Anfauglir n'avait su se contenir, gérer son excitation et s'empêcher de sauter à la jugulaire de Thorolf, c'était uniquement parce que ce dernier l'intriguait. Le démon semblait voir se dresser en face de lui une espèce de semblable, en tout cas, quelque chose avec qui il partageait de nombreux points communs, tout en étant suffisamment différents. Le loup voulait en savoir plus sur son interlocuteur, croiser pareille bête ne lui était pas arrivé depuis plusieurs générations et il ne laisserait pas le vieil homme lui échapper, ainsi qu'il ne laisserait pas Cerrarë refaire surface. S'il refaisait surface, ce serait pour tuer le chef de Drack, ou au moins essayer, ce qui impliquait dans les deux issues possibles un échec pour le démon qui ne pourrait pas converser avec le Lycan. Car, soit ce dernier mourait, et dans ce cas, il lui serait impossible d'en attendre la moindre réponse, soit c'est Cerrarë qui mourait et dans ce cas, il devrait attendre d'être réincarné tout en ignorant si l'époque dans laquelle il se trouverait était encore commune à Thorolf. En définitive, le démon ne laisserait pas Cerrarë reprendre le dessus, il ne lui laisserait aucune chance. Pour le moment, Anfauglir savait que le chasseur ne pourrait rien tenté, plongé dans une inertie salvatrice pour le démon.

Le chasseur, qui avait abandonné tout contrôle en même temps qu'il avait perdu conscience était plongé dans un monde à demi réel. Rien autour de lui ne semblait onirique mais pourtant, une petite conscience lui indiquait qu'il n'était pas à sa place. Quand il avait ouvert les yeux, il avait comprit rapidement ce qui était arrivé. Ce monde n'était pas la réalité, non, mais il le connaissait néanmoins très bien pour y être allé plusieurs fois, et même bien souvent.
Une lune blanche dans un ciel empourpré, une myriade d'étoiles y scintillant de concert, une large forêt se dessinant dans son dos, une vaste étendue de neige... Mais pas de loup. Pas de démon posté devant lui. Anfauglir n'était pas là. Et pour cause, le chasseur savait parfaitement où il était. Le démon avait prit le contrôle total de son corps, enfermant le chasseur là où il avait été emprisonné. Sa perte de conscience avait permit à Anfauglir d'agir comme bon lui voulait, et Cerrarë se retrouvait maintenant prisonnier de son propre corps, assistant totalement impuissant à ce qui se passait à l'extérieur.

Le loup se releva, se redressant sur ses quatre pattes, passant sa langue sur ses babines, la faisant glisser sur ses crocs aiguisés, avant de s'approcher du colosse. Nul doute, c'était bien lui que Cerrarë avait demandé à fuit il y a plusieurs mois. Le même être sanguinaire qui avait découpé un dissident, s'acharnant sur son corps démembré et sanguinolent même après sa mort.Anfauglir était excité. Mais il était en même temps tiraillé par deux excitations opposées. D'un coté, il était à portée pour le tuer, pour planter ses crocs dans son cou et déchirer jugulaire et trachée. Mais d'un autre coté, il se retrouvait face à un être qu'il jugea d’exceptionnel, voir d'extra-ordinaire. Et même si la soif de sang pouvait l’électriser, toujours rehaussée par l'odeur de son propre liquide vital qui avait tatoué une large partie de sa gueule, il parvenait toujours à rester maître de ses mouvements. Il se dressa alors sur ses pattes postérieur, jaugeant l'homme de toute sa hauteur. Un large sourire déformait sa gueule alors qu'il retomba sur ses pattes antérieur en faisant demi-tour.
Il poussa un hurlement sonore qui parvint aux oreilles de Thorolf comme une mélodie parfaitement compréhensible.

-Ce n'est pas moi qui te ressemble, Thorolf Gunnar... C'est toi qui me ressemble. Il faut croire que tu respires le même air, emplit de violence, que moi. Tu parles le même langage, celui de sang et des larmes, que moi. Tu as la même soif, soif de mort, que moi. Seulement, et c'est là ce qui fait de toi un simple Lycan, et ce qui fait de moi un être à des lieux de toi...

Le loup marqua un silence, retournant sa tête qui arborait toujours un sourire malin et vicieux vers le vieil homme. S'il en avait été capable, probablement que le démon aurait rit, probablement qu'il aurait fait résonner dans toute la vallée un échos malsain. Au lieu de cela, il claqua des mâchoires, faisant les cents-pas autour de Thorolf.

-Là où nous sommes différents, c'est que, vois-tu, toutes tes actions sont réfléchies. Tous tes actes même les plus violents, trouvent une motivation. Celle de rendre Drack meilleure qu'elle ne l'a jamais été. Là où moi, je ne tue que par simple plaisir.

Une étincelle s'alluma dans les yeux du démon, faisant briller des reflets de cruauté et de sadisme en ses yeux. On aurait pu dire que la face du loup avait changé, tant son sourire hideux, sa rivière de sang séché et ses yeux perfides transformaient sa gueule en une caricature raté d'un Lycan malade. Cependant, ce sourire disparu rapidement des babines d'Anfauglir. Il semblait alors déçu, comme si une pensée négative venait de lui traverser l'esprit. Mais en réalité, des pensées négatives, il y en avait des dizaines et des dizaines qui lui traversait l'esprit à chaque instant. L'inconscient du démon travaillait à plein régime, imaginant à chaque instant ce qu'il pourrait dire, ce qu'il pourrait faire, comment il pourrait le tuer en en tirant le plus de jouissance... Ainsi cette pensée troublante n'avait-elle été qu'une goutte de plus parmi les questionnements de la bête. Avait-il comprit à qui il s'adressait ? Est-ce que Thorolf s'était rendu compte que la personne avec qui il s'adressait n'était pas qu'une simple part de sauvagerie, enfouie dans un être tout ce qu'il y a de plus banal ?
Dans un profond désarroi, le démon continua.

-Je ne pense pas que tu ai compris à qui tu t'adressais, Thorolf Gunnar... En ce moment, l'être auquel j'ai emprunté l'enveloppe charnelle n'est plus. Ne penses pas t'adresser au faible Cerrarë, le déserteur que tu as laissé filé. Je suis, et de très loin, différent de tout ce que tu as pu voir de tes yeux de nouveau-né sur cette terre. Maintenant, je dois bien pouvoir te révéler mon nom...

Son hurlement s'était changé. D'un hurlement dur et virile, emplit de violence, il s'était transformé en une complainte. Le ton était presque triste, comme s'il faisait son deuil. Le démon hésita un temps avant de poursuivre. Cependant, ce n'était pas une hésitation quand au fait de révéler son nom à Thorolf, la question n'était pas là. Le démon était certain qu'il ne reconnaîtrait pas son nom, ayant été oublié dans les livres d'histoire, n'étant même pas chanté dans les poésies ou conté dans les légendes. Son questionnement était plus proche du mérite. Il se demandait si Thorolf était digne de connaître son nom. Après tout, s'il devait mourir aujourd'hui, quelle lui en serait l'utilité. Anfauglir ne partageait pas ce code d'honneur qui somme aux assassins de révéler leur nom à leur victime, juste avant que leur flamme ne s'éteigne et ne laisse la mort les emporter. Connaître le nom de celui qui vous tue ne fait pas partit des privilèges d'Anfauglir.
Le démon noir se retourna, faisant danser sa fourrure anthracite avec le vent et la neige, se retrouvant de nouveau face à Thorolf.

-Si tu en es capable, Thorolf Gunnar, retiens ce nom : Anfauglir, le dévoreur de mondes... Tel est mon nom.
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MessageSujet: Re: L'essence de la férocité.   Mer 13 Juin 2012 - 13:02

Le monde saignait au même rythme que la salive de Thorolf s'écoulant le long de ses crocs. Malgré ces nombreuses conquêtes, il n'avait pu trouver un ennemi à sa réelle portée ... Tous avaient trépassé. Ces derniers jours, il réussit sans trop de peine à convertir un humain, à recruter un chirurgien aliéné puis à emprisonner un assassin avant de le convertir en tant que véritable Drack. Beaucoup de têtes sont tombés, mais encore des milliers d'autres étaient réservés à ce sort funeste. Les cadavres mutilés des vaincus se reposaient sur l'existence du vieux titan, mais leur légèreté se montrait si importante que cela ne faisait que raviver la flamme meurtrière du cannibale. il ne se rendait pas encore compte qu'il faisait face à un prédateur d'un autre type. Autre qu'un lycanthrope assoiffé de sang, qu'un Vajura capable de dépecer un corps en un instant ... La réelle identité de son interlocuteur pouvait être dévoilé, mais cela n'aurait pas changé grand chose. Il s'attendait à ce que ce dernier évoque un nom auquel le vieux titan n'aurait jamais entendu, un nom disparu ou inventé pour tenter de l'intimider ... Il s'attendait même à ce que le loup charge enfin sur sa gorge. Mais l'appétit du sang devenait moins importante que la soif de connaissance. Le savoir était la raison de leur échange. L'un comme l'autre, leur intérêt s'était éveillé avant le combat. Un respect minime y était, mais la loyauté ainsi que la dignité devenaient des causes inutiles et non- nécessaires dans de tels dialogues. Une perte de temps, tout simplement.

Durant les explications, Thorolf la toisait d'un regard impassible et froid. Il la fixa ainsi sans sourcilier, sa concentration décortiquant chacun de ses mots en y ajoutant un sens. Il l'écouta avec attention et ne se laissa distraire par aucun autre élément de la pièce. Le colosse la laissa parler sans même l'interrompre ne ce fut qu'une seule fois. Ce n'était pas une question de politesse ... C'était une logique qui définissait un geste normal à accomplir. Thorolf avait trop d'ennemis pour les compter juste avec les doigts d'une seule main. Ce n'était pas une notion dont le lycanthrope dominant avait peur pour la survie de sa meute ... Il avait réussi là où les autres avaient échoué, même si les Drack portaient l'image de rongeurs vivants, des parasites affamés, des bactéries néfastes ... Tout comme un cancer, lorsqu'un Drack meurt, deux autres le remplacent. C'est le phénomène de l'Hydre. En découpant une de ses têtes visqueuses, la tête tranchée est multipliée par deux. Drack était cette multiplication. Drack était ce cancer et Thorolf y voyait là comme un système redoutable que personne ne pourrait achever au premier coup d'épée. Si ses ennemis voulaient causer sa perte, en finir avec le tyran ... Ils devraient s'en prendre à tous les lycanthropes de la meute. Même les femmes, même les petits louveteaux ... Et s'ils y arrivaient, si ses frères et sœurs des différentes meutes parvenaient à commettre ce génocide pour l'éliminer complètement, pour achever son ordre ... Ils ne vaudraient pas mieux que lui. Au contraire, ils deviendraient comme lui. Des animaux bestiaux et sans cœur. Ils auraient été l'origine d'un massacre brutal et sanguinaire. Juste comme Thorolf. Juste comme leur défunt adversaire. Oui ... La meute de Drack est quasiment invincible, à priori si elle était conduit par le code de dignité et d'honneur que ses confrères accordent avec tant d'importance. Les ignorants ... C'était l'essence même de leur faiblesse. Thorolf avait bien calculé la protection et la tenue de son propre règne avec succès. Et pourtant, ce nouveau loup serait capable de rompre cette défense mentale pourtant si solide.
Lorsque Anflaugir donna son nom, n'importe qui aurait tressailli, puis tétanisé... D'autres se seraient retenus de rire. Mais Thorolf acquiesça d'un signe de tête bref sans un mot. Ce n'était qu'un nom. Le fait que ce nom ait parcouru les veines d'un mythe légendaire ne l'influençait pas, voire ne l'intéressait pas. C'était les actions qu'il était capable d'exécuter avec sa toute puissance qui pouvait justifier en un geste tous ses dires. Néanmoins, il avait retenu assez de respect pour l'écouter jusqu'au bout sans l'interrompre une seule et unique fois. Mais également en ayant entendu un nom où des siècles les séparaient. Son maigre repas se consuma au fur et à mesure que le temps passait. Il arriva jusqu'à l'os où il le suçota avec avidité en retirant les miettes qui se trouvaient incrustés sur la partie osseuse du bras. Une fois terminé, il jeta l'os préalablement rongé au loin dans la nature avant de rétorquer d'une manière sarcastique :

"Un simple lycan ... "

C'était un terme qu'il n'apprécia pas un seul instant. Si seulement un autre lycanthrope pouvait posséder sa force de lever une armée dans l'ombre avant de prendre le contrôle d'une cité, de se relever à chaque fois que la folie le frappait en traître, d'assouvir ses fantasmes jusqu'à devenir cannibale et de s'afficher parmi tous ces aspects néfastes en tant que lycanthrope dominant ... Si encore un simple lycan pouvait rencontrer Triomphe après Défaite, et recevoir ces deux menteurs d'un même front. S'il peut conserver à nouveau son courage et sa tête quand tous les autres les perdront ... Si seulement tout était si simple, il aurait rencontré d'autres lycanthropes aussi aliénés que lui. Mais ça n'a jamais été réellement le cas. Eux sont morts. Thorolf est vivant. C'était la preuve que la différence était marquée au fer rouge. Néanmoins, si cet esprit démoniaque pensait que le chef de meute était un simple lycan, c'était pour le valoriser gratuitement. Le vieux colosse aurait eu du plaisir à voir sa véritable facette, mais pour le moment il se montrait décevant. Il pouvait parler de toute puissance, mais il était condamné à errer dans un corps qui n'était pas le sien. Un corps faible, un simple lycan ... Il était tout aussi vulnérable lui aussi. Son regard scruta l'horizon pendant qu'il prit la parole :

"Tu as raison. Nous partageons la même violence, mais notre objectif est différent. Mais tu relates une époque dans laquelle je suis passé jadis. Dorénavant, je possède un titre. Tu n'es pas chef de meute. Tu me parles au nom de la logique, non de la différence. Et je vais faire de même ..."

Thorolf Gunnar se mit face à lui, plongeant son œil valide dans les siens injectés de sang désormais. L'apparence de ce loup était si différente des autres ... Si seulement il pouvait dire vrai. Il l'espérait. Il espérait qu'un loup de sa trempe existe bel et bien. Une légende vivante, porteur d'une voracité nouvelle. Sa voix rauque résonna à nouveau :

"Je voudrai te croire. Le fait d'imaginer un prédateur de mon niveau, voire bien plus haut serait honorable. Ma délectation de te déchirer la peau atteindrait un nouveau paroxysme proche de l'euphorie et de la passion. Mais pour le moment, tu me prouves le contraire. Tu te définis comme une entité unique alors que tu es coincé dans la peau d'un fuyard, dont tu as également honte ... Tu demeures toi aussi un simple lycanthrope."

Le soleil lui tapa chaleureusement le crâne. Mais il ne s'attarda pas à ce que la saison pouvait lui apporter. Il apprécia cette rencontre, même si l'envie de le désosser à mains nues serait une idée très agréable. Durant ce moment précis, il le voyait comme un lycanthrope avec qui l'idée de lui offrir du respect se montrait justifié et raisonnable. Sa soif de savoir voulait être étanchée en continuant à converser avec le lycanthrope, même si l'esprit résonnait dans le corps d'un infidèle auquel il aimerait tant planter un javelot à l'intérieur de son gosier. Il ne pouvait pas accepter de l'accueillir différemment que par le respect. Il se réjouissait déjà de le rencontrer à nouveau dans un contexte plus hostile ... Rien ne valait mieux la connaissance d'un être durant un combat intense et sauvage. Et Cerrarë ? Pouvait-il l'entendre ? Est-ce qu'il était réellement là ou ... Non, le mensonge n'était pas l'origine de ce dédoublement de personnalité ... Il y avait trop de coïncidences et Anfauglir possédait le droit de régner dans un corps. D'une quelconque manière, il venait de sauver la vie à ce traître ... La voix du vieux titan continua sans s'interrompre :

]"A cet instant, tu es mon égal. A cet instant, tu risques autant que moi de te faire pilonner le crâne jusqu'à ce que tes entrailles ressortent par chacun de tes orifices. Mais rien ne me ferait plus plaisir que de te voir sous ton vrai visage, n'en doute pas. Mais dans ce cas, pourquoi partager un corps dont tu es constamment en conflit ? Pourquoi lui ? Pourquoi Cerrarë ? "

La curiosité de sa question était la plus sincère de toute. C'était à la limite du ridicule que d'entrevoir un démon capable de déchaîner la furie d'un monde coincé dans un corps si misérable ... Bien sûr, il n'avait jamais affronté Cerrarë auparavant. Mais sa traîtrise se dévoilait dans son premier jugement. Etait-ce lui qui avait osé brûler une tour de ravitaillements dans ses marais avant de s'échapper ? Lui ou l'autre jeune loup ... Dans tous les cas, il ne jugea pas nécessaire d'en reparler. Car l'auteur de ce crime était un meurtrier. Dans la hâte, la tour s'était effondrée sur une famille qui ne désirait pas être retrouvée par le cannibale.

"Je vais être franc, Anfauglir. C'est un nom que je n'oublierai pas. En retour, tu as intérêt à ce que notre prochaine rencontre se montre titanesque et colossale. Je ne veux pas te voir dans mes abattoirs tout de suite ... Pour le moment, tu m'as offert assez d'espoir pour que je te considère comme une entité qui mérite le plus de vivre comparé à n'importe quel lycanthrope. Tu as une force capable de changer un événement, un empire ou peut-être un monde. C'est un talent à ne pas détruire tout de suite ... Enfin, si ce que tu dis est vrai."

Thorolf se douta bien de l'origine de cette rencontre ... Anfauglir voulait le rencontrer pour converser avec un psychopathe cannibale qui avait presque parvenu à coincer Cerrarë ... D'une certaine manière, il l'avait défié lui aussi. Mais qu'attendait-il de lui ? Un changement de corps ? Une relation étroite à la limite fraternelle ? Un échange sur la valorisation de leurs exploits en extirpant une vie de multiples corps ? Ou simplement d'observer son prochain bourreau ? Thorolf murmura simplement :

"Tu ne m'as pas trouvé par hasard ... "

Il voulait le trouver depuis le début. Et c'est ce qu'il parvint à réussir aujourd'hui.
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MessageSujet: Re: L'essence de la férocité.   Jeu 14 Juin 2012 - 23:02

C'est vrai. Anfauglir avait beau être un démon au sourire malin et aux yeux vicieux, il était bel et bien coincé, emprisonné dans une prison de chair et d'os. Il n'y avait aucune raison valable à cela. Il n'y avait eu qu'un choix las de sa part. Ce n'était pas une erreur, non. Il ne considérait pas cette enveloppe charnelle comme une mauvaise chose. S'il se trouvait aujourd'hui captif de cet hôte et de cet hôte précisément, c'est parce qu'il l'avait voulu. A quoi bon habiter un être à l’ego déjà carnassier et destructeur quand l'on peut aisément pervertir une âme charitable mais un tant soit peu rebelle ? Sentir les liens de son hôte brûler toujours plus fort, sentir son âme, elle même, virer de bord. C'était comme un bateau auquel on faisait violemment changer de cap, toutes voiles dehors, la quille plaquée contre la coque. Violemment certes, car ce changement était inexorable et il serait impossible pour le chasseur de faire demi tour, mais doucement. Paradoxalement, pour effectuer une telle métamorphose, il ne fallait pas tourner bêtement la barre, la laissant libre de tourner encore et encore, libre de tout contrôle. Il fallait agir méthodiquement, consciencieusement. Il fallait d'abord ralentir la machinerie, perdre de la vitesse. Il fallait lentement guider le navire vers la direction opposée, sans chercher le combat, sans trouver de résistance. Et Anfauglir le savait. Cette rencontre avec Thorolf avait beau lui être remplie de surprise et d'excitation, elle serait capitale pour le chasseur.

Depuis qu'il avait été emprisonné, depuis qu'il s'était lui même emprisonné, le démon avait brûlé intérieurement, incapable de sortir. Incapable de goûter à l'air pur et au sang frais, bloqué par les chaînes d'argent que le sang elfique du petit Cerrarë avait modelé. Et cette flamme qui l'avait habité n'avait fait que brûler, encore et toujours, toujours plus fort, toujours plus vivace, comme une plante grimpant le long d'une façade délabrée et à l'abandon, ne l'avait qu'encore plus motivé dans sa soif de liberté destructrice. Car au début de la vie du petit Cerrarë, sa mère avait toujours entretenu le petit. Empêchant le démon de prendre fermement racine. Mais la bénédiction de la mort de cette dernière avait été une libération. Ou une semi libération du moins. Bien que libéré de cet entretient, le petit de sangs-mêlés n'avait pas le pouvoir de briser les chaîne de la bête. Et quelle ne fut sa jouissance lorsque la belle Lycane avait mordu son hôte, brisant d'un coup les liens qui l'avaient retenus autrefois ! Et quel ne fut cet incendie destructeur qui se manifesta, carbonisant toute humanité chez son pauvre hôte...

Aujourd'hui pourtant, les rôles semblaient inversés. Lui, le démon assoiffé de sang demeurait calme et impassible, alors qu'il sentait le chasseur brûler au fond de son âme tapissée des ténèbres les plus sombres. Tout se déroulait comme il l'avait voulu. Le chasseur s'abandonnait enfin à cette rage sauvage et bestiale que le parasite avait toujours semé. Comme un moustique il avait piqué le chasseur chaque nuit, infectant toujours un peu plus le dormeur inconscient de ce qui pouvait se tramer quand il fermait les yeux. Et chaque nuit, l'infâme créature avait débité encore un peu plus de son venin, attaquant toujours plus profondément l'esprit du chasseur. Et chaque matin, le Lycan s'était éveillé, ignorant tout de ce qui s'était passé. Et quelle satisfaction pour le parasite de se trouver enfin en symbiose avec son hôte. Quelle satisfaction que de voir son poison infectant la moindre parcelle du corps de Cerrarë, se cachant sous la moindre cellule, infectant chacune de ses pensées les plus nobles, empoisonnant son sang et ses muscles, gangrenant jusqu'à ses yeux, y faisant brûler une flamme dénuée de justice et de bonté. Et à l'instant présent, le démon en sourit.

Son sourire vint ponctuer le monologue de Thorolf. Pas qu'il ne l'ai ignoré, bien au contraire, mais même si son cerveau avait continué à prêter une oreille au vieil homme, son esprit lui, avait voyagé, et les informations auditives n'arrivèrent immédiatement et il fallut que le démon se recentre sur sa tâche pour enfin leur ouvrir les portes de sa réflexion. Il sourit à nouveau, dévoilant ses crocs d'où s'échappait une salive toxique, polluée par les millions de bactéries qui pullulaient dans sa gueule. Il passa sa langue sur ses babines, en contemplant les vieux chef qui venait de faire voler au loin la bras humain qui lui avait servit de casse-croûte. Mais il ne languissait pas sur l'os qui venait d'atterrir un peu plus loin dans la neige. Il brûlait d'impatience de planter ses crocs dans la jugulaire découverte de Thorolf. Il lui semblait voir le sang qui s'y écoulait et entendre les battements sourds qui résonnait dans tout le corps meurtri du Lycan. Calmant les ardeurs du chasseur qui venaient interférer avec son calme olympien il répondit à son interlocuteur de son hurlement caractéristique. Froid. Puissant. Long.

-"Ne crois-tu pas, Thorolf, qu'il est, et de loin, plus jouissif de pervertir une âme pure et d'en faire une machine sanguinaire et bestiale, que de venir partager simplement les pulsions d'un être déjà chaotique ? Ne crois-tu pas qu'il est bien plus pervers de jeter son dévolu sur quelqu'un de bon pour en faire la pire bête qu'Ehaëlya puisse porter ?"

D'une démarche lasse la bête au noir pelage s'approcha de Thorolf. Encore quelques minutes d'incubation et le virus serait prêt. Encore quelques minutes et la bête pourrait être lâchée. Mais avant tout cela, Anfauglir était encore curieux du personnage qui lui faisait face.

-"Si j'étais ton égal Thorolf, jamais je ne t'aurais laissé vivre autant. Du moins, je pense que j'aurais essayé !" Un nouveau rictus vient déformer les mâchoires d'Anfauglir. "Réfléchis un instant Thorolf... Si je me montrais sous mon vrai visage, si je te montrais le visage d'un démon, si je me laissais aller et si je laissais pleinement ma rage s'extirper du corps de ce Lycan, crois-tu un seul instant que je tirerais une quelconque gloire à te tuer ? Le combat n'est-il pas plus excitant ainsi, alors que nous pouvons nous battre à armes égales ? Voyons... Commences-tu à comprendre quel genre de Lycanthrope se tient en face de toi ? Comprends-tu que ce n'est pas un simple Lycanthrope, mais quelque chose qui vous dépasse, toi et tes semblables ?"

Durant ses explications, la bête s'était encore rapprochée venant toujours plus près de l'homme avec qui elle conversait. Elle se dressa sur ses pattes arrières, révélant une musculature tout autre que celle que pouvait arborer les "simples Lycans". Ses deux lourdes cuisses étaient légèrement arquée, ressemblant à deux faucilles, terminées par deux grandes pattes, plus allongées, lui permettant d’accéder à la posture bipède. Son torse se rapprochait plus de celui d'un singe que celui d'un chien. De grands muscles avaient pris position le long des côtes et sur son abdomen, créant des ersatz de pectoraux, d'obliques et d'abdominaux. Des épaules et de lourdes pattes avant lui donnaient un air de créature cauchemardesque, celle que l'on croise habituellement dans les contes et les légendes ou dans les rêves. Chimère d'un croisement improbable entre un homme et un loup.

-"Tu voulais me voir sous mon vrai visage Thorolf ? Et bien en voici le profil..."

Le démon plongea ses yeux dans ceux du chef de Drack. Ce qu'il y percevait maintenant l'emplit de bonheur. Là où les précédents hommes, ou femmes, enfants ou vieillards, qui avaient vu ses yeux de flammes d'aussi près avaient perdu toute confiance, toute envie de vivre, toute joie ou tout bonheur, laissant leurs yeux à la merci de la peur et de la Mort, Thorolf lui avait en son regard une lueur toute autre. Il y voyait l'animal, la bête sanguinaire. Il y voyait tant de nuances allant de la Mort à l’annihilation, en passant par le carnage et la tuerie. Le démon n'avait nulle envie de provoquer son adversaire avec cette manœuvre. Il n'avait à aucun moment recherché l'intimidation qu'il réservait aux faibles, ces faibles qui se retournaient terrorisés après avoir plongé leur regard dans celui de la bête, cherchant une vaine issue, une échappatoire inexistante, et qui finalement couraient dans la direction opposée avant de sentir le démon planter ses griffes dans leur dos, les clouant au sol, plongeant son regard dans leurs iris une dernière fois avant de plonger ses crocs dans leur jugulaire offerte. Mais Thorolf n'était pas de ceux là. Jamais il n'avait considéré Thorolf comme un faible. Et encore moins comme un fou, un décérébré, ou un imbécile. Peu de gens pouvaient comprendre l'intelligence cruelle et sanguinaire du personnage. Une intelligence bien plus dangereuse que nulle autre. Une intelligence qu'Aunfauglir savait apprécier.

À l’intérieur de lui il le sentait. Le chasseur devenait fou. L'excitation de voir cet ennemi d'aussi près, voir la vie de ses yeux sans pouvoir y toucher, sans pouvoir souffler la flamme qui y brillait. Et le démon le savait, il devrait bientôt laisser la main au chasseur. Après tout, l'ultime test que représentait cette rencontre scellerait leurs destins. A lui, comme à Cerrarë, et bien sur à Thorolf également. Le combat allait bientôt pouvoir commencer.
La colère bouillante, à la limite de l'explosion qui brûlait en Anfauglir lui provoquait une douleur sans pareille. À mesure que les secondes s'égrainaient, le foyer de violence qui se consumait chez le chaleur prenait toujours plus d'ampleur, toujours plus étouffant, laissant quelques flammes venir lécher ses entrailles.
Qui était la bête à présent ? Qui était l'homme ? Il n'y avait en réalité jamais eu autre chose que trois bêtes sanguinaires. Le terme d'homme n'étant qu'une invention de quelques hommes faibles cherchant à se démarquer de leurs ancêtres par un quelconque qualificatif obsolète. Pas d'hommes. Lui, Cerrarë et Thorolf, tous trois n'étaient que trois bêtes, libres et sauvages. Alors... Pourquoi continuer à lutter ? Pourquoi se battre pour cette humanité qui devrait les distinguer ? Il n'y avait aucune raison de se battre contre cela. Aucune raison de résister. Il n'y avait qu'une seule issue. Se battre avec. Accepter l'animalité. Accepter sa bête et se battre en tant que telle. Laisser l'instinct reprendre sa juste place et laisser l'animal asseoir sa furie.

-"Alors Thorolf... Dois-je encore te montrer autre chose pour que tu comprennes ? J'espère seulement que tu vivras encore suffisamment longtemps pour que je puisse te montrer à quel point il est amusant de détruire ce que les hommes créent. Je ne vais pas tarder à m'évanouir, Gunnar. Promets moi simplement que tu survivras."

Alors, dans le souffle de son hurlement, le démon se recula de quelques pas, retrouvant ses quatre appuis dans la neige molle. Il se reposa, assis sur le manteau gelé, ne quittant pas le Lycan de son regard. Il se délectait à l'avance de la joute qui allait suivre.
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MessageSujet: Re: L'essence de la férocité.   Ven 3 Aoû 2012 - 0:43

Spoiler:
 

L'animal en face de lui était amusant sans porter l'image d'un bouffon ridicule et inférieur. Il attisait un certain respect conventionnel qui demeurait particulier envers sa personne. Mais cette résignation a vouloir se considérer comme une entité puissante demeurait risible. Anfauglir refusait de porter le titre d'un dangereux guerrier, mais comme LE plus dangereux des guerriers. Une suprématie à lui tout seul, l'apocalypse enfermé dans un coeur partageant l'équivalent de deux esprits. Thorolf savait apprécier ce genre de bête, mais toujours à juste valeur. C'est-à-dire, en tant qu'égal. Lui-même se réserve généreusement la position la plus élevée de toute. Pas nécessairement parce qu'il l'a choisit de ses propres pensées. Mais des faits qui ont longtemps relaté les esprits des Drack en l'admirant comme une divinité vivante, l'apogée d'une nouvelle ère qui marquerait la vision du monde à coups de hache. Des fanatiques puisant leur énergie pour s'égosiller en acclamant le nom d'un boucher cannibale et de ses convictions les plus abouties. Le vieux colosse a tué en suivant quasi toutes les raisons les plus absurdes. Parce qu'il était amoureux. Parce qu'il avait faim. Parce qu'il en avait envie. Parce qu'il voulait dormir dans un corps. Une volonté absurde émanait de lui, comme ce non-désir de se plier à une quelconque croyance divine en respectant les mœurs d'Ephaelya. Anfauglir était pourtant la seule entité capable de pouvoir le comprendre, capable de pouvoir le connaitre et le percevoir mieux que quiconque. Cerner la nature de sa folie n'était qu'un pas, encore fallait-il comprendre dans quoi Thorolf reposait ses propres convictions facilement modelables. La maladie changeait son tempérament, ainsi que son idéologie au point par moment de ne plus savoir la nature et la raison de ses nombreux massacres. Le sang lui fait rappeler à quel point le meurtre est quelque chose de vital. Quelque chose d'attirant, une substance que le vieux lycanthrope voudrait sourire, embrasser, même baiser sauvagement dans la terre humide sans son pan de fourrure pour lui recouvrir les jambes.

Anfauglir n'était pas le remède de ses cauchemars. Encore moins la clé capable d'ouvrir son sanctuaire corporel dans le but de l'exterminer. Mais il représentait ce genre "d'agent du chaos" qui était bien plus que nécessaire durant ces temps incertains. En effet, beaucoup de changements s'étaient accomplis. L'apparition des centaures, une guerre prochaine entre elfes et lycanthropes auquel Thorolf se réjouissait d'y participer, avoir transformer un humain en animal alpha et enfin ce foutu blizzard qui commençait à devenir aussi pénible qu'une lame émoussée. Le sombre loup qui se tenait devant lui dégageait une force hors du commun. Il savait qu'en son fort intérieur, le vieux titan savait apprécier ce genre d'être. Pas seulement en vu de leur force et de leurs compétences ... Mais en observant leur vision de la vie. Ne pas être endoctriné par un esprit conciliant, prendre ce qu'il revient de droit, la fin justifiant les moyens, le summum du pragmatisme ... Tous ces traits de caractère devraient influencer chaque tribus de lycanthropes. Il ne le voyait pas comme un ennemi. Mais comme une espérance de vie. Thorolf n'était pas seul à être ce qu'il était, à faire ce qu'il savait faire en agissant gratuitement mais également avec beaucoup d'intelligence et de recul.
La première réponse de son interlocuteur percuta son esprit. Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt ... Même si c'était le cas, Thorolf aurait posé tout de même la question pour la simple raison qu'il voulait l'entendre lui dire une pareille chose. Lui avouer une explication si cruelle. Cerrare ne souffrait pas seulement. Il se transformait en quelque chose qui pourrait faire trembler les limites de sa conscience humaine et le plonger profondément dans une nouvelle personnalité qui lui serait étrangère. Un prisonnier de son propre corps, incapable de lutter. Il s'imaginait facilement l'influence et le contrôle d'Anflauglir sur sa personne ... Etre obligé de subir après chaque respiration, de jeter un œil sans voir, d'entendre sans écouter. Thorolf afficha un sourire bref mais sincère en répliquant froidement :

"Tu as raison, je t'ais mal jugé. C'est une raison suffisante pour ne pas te tuer."

Thorolf ne parlait pas dans le vide. Lui aussi était à l'origine de l'endoctrinement général des Drack. Chaque jour, une dizaine se rompait le crane contre le mur en se déchirait le cuir chevelu. Des guerriers stables ou instables, tous se convertissaient au final pour ne faire qu'un. La seule différence, c'est que Thorolf n'avait pas besoin de les emprisonner. Ils étaient déjà tous condamner. Des survivants de nombreux conflits jusqu'aux plus faibles qui perdent leur identité à force de se nourrir de la chair de leur voisin en passant par des esclaves qui brulent de haine et de désir de vengeance en achevant leurs maitres et ses esclavagistes. Les meilleurs guerriers, les élus, n'avaient pas de place dans ses rangs. Eux ne pouvaient être contrôlés. Leur savoir et leurs connaissances dans les arts de la guerre leur ont permis d'accepter la mort à n'importe quel moment. Impossible de les changer, ils ne servaient à rien d'autre que de remplir les abattoirs avant de se reposer dans la panse d'un Drack. Thorolf ne jetait rien. Il récupérait tout. Mais surtout, il transformait.
Son crane chevelu secouait négativement de la tête.

"Je te répète Anfauglir ... Tu me bassines avec des mots. Tu peux afficher la représentation de mon bourreau, voire de la mort elle-même, tu resteras une chose que j'ai toujours attendu à mes yeux. Tu sais, elle vit en moi jusqu'à porter mon nom. Même mon identité. Je suis en train d'endurer cette maladie néfaste et invisible qui entraine son lot de conséquences ... "

Il marqua une pause en affichant un léger sourire carnassier :

"... Jusqu'à affecter les autres."

Les actes de Thorolf aussi brutaux soient-ils ne tuaient pas. Ils transformaient avant tout. Ils convertissaient un simple artisan atrophié en un guerrier salivant de sang. On peut lui trancher un bras, puis une jambe. Lui crever les yeux, lui retirer la langue. Il ne cessera jamais d'attaquer son opposant. De se mouvoir comme un ver pour tenter de lui donner une définition plus juste du terme "souffrance". Mais pendant que le vieux titan réfléchissait hasardement à sa propre condition, le loup démoniaque arracha le silence avec deux seules phrases bien spécifiques. Le seigneur des Drack fini tout juste de l'écouter lorsqu'il se retrouva propulsé dans le néant. Ou plutôt dans un monde de désolation extrême où les goûts et les émotions demeuraient inexistants. Morts. Complètement dénués de vie. Mais cela ne faisait qu'égayer le géant qui admira le paysage fade et aussi noir que le coeur de Calydon. Il sentait l'oeil du démon le fixé dans ce monde fantaisiste, néanmoins il demeurait invisible à ses yeux. Mais l'image qu'il avait des alentours lui suffisait amplement à poser une définition sur Anfauglir. Un "Merces Letifer", comme dirait certain. Un Marchand de Mort. Mais encore bien plus que cela ... Le barbare était dans l'impossibilité de lui mettre une image. Une explication précise de sa personnalité.

Thorolf remarqua aussitôt que tout cela n'était pas réel car il secoua la tête ... C'était comme s'il avait été hypnotisé, en transe ou peut-être les deux. Mais il savait désormais que derrière la lueur de ce regard jaune se cachait un traître. Un maudis fuyard. Mais surtout, un condamné à ne pas tuer. Depuis longtemps, le loup blanc avait cherché à le traquer, à découvrir sa position pour enfin lui mettre la main dessus et le pousser dans un abattoir où lui-seul serait le boucher cette fois-ci. Tout cela avait disparu. Toute cette haine putride, cette colère amère remplie d'une pestilence nauséabonde ... Il savait désormais qu'il devait y renoncer. Cerrarë devait vivre. Et surtout vivre longtemps. Anfauglir avait sa bénédiction pour avoir commis un acte aussi terrible. Ses derniers mots lui parvenaient à l'oreille ... Déterminant enfin l'origine de sa venue et la seule issue qui devait s'ensuivre : un combat mortel. Thorolf sourit d'une manière complice à son interlocuteur :

"Je peux te promettre qu'IL survivra. Mais qu'il en souffrira beaucoup."

Le combat allait s'annoncer exaltant ... Il s'imaginait déjà Cerrarë affiché sa nudité devant lui et l'attaquer. Ou peut-être allait-il reprendre connaissance dans l'esprit de la bête noire qui lui faisait face ? Rien n'était sûr ... Anfauglir n'était pas seulement un personnage peu ordinaire. C'était avant tout un être qu'il ne connaissait pas encore aussi bien qu'il ne l'avait imaginé. Et pourtant, c'est devant ce seul être qui lui est totalement inconnu que le vieux colosse se serait agenouillé en lui offrant ses bras et sa tête s'il n'avait pas été chef d'une puissante horde décérébrée de toute humanité. Le destin en avait décidément autrement. Et pour dire la vérité, cela lui convenait parfaitement.
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MessageSujet: Re: L'essence de la férocité.   Mer 15 Aoû 2012 - 19:08

Hors de contrôle

Deux billes noires, emplies d'une nuit sans lune, sans étoile. Une étendues dénuée de toute lumière. Un frottement. Un craquement. Une étincelle nouvelle. Puis une odeur de souffre. Et une flamme. Une petite lueur incendiaire. Un petit foyer réconfortant. Et soudain, un grand incendie qui se propagea comme une vague. Inexorable. Imperturbable. Les yeux de la bête s'étaient éteints pour revivre sous un jour nouveau. Le loup n'avait pas bougé et était resté figé sur cette neige coulante. Comme le démon qui abandonnait peut à peut sa mainmise, la neige fondait laissant sa place aux étendues grasses qui devaient en temps normal régner sur ces terres. Rien ne semblait avoir changé. Et pourtant, les yeux de la bête, fixant inlassablement son adversaire, n'étaient plus animés de cette lueur jaune et vicieuse. Un bleu azur avait envahit ses iris grand ouverts.
Un grognement particulier retentit alors, s'échappant du plus profond de la gorge de l'animal. Un grognement nouveau. La bête se braqua sur ses pattes arrières, hérissant son poil stygien, fronçant ses yeux consumés de colère et de vengeance.

Dans un grondement assourdissant, Cerrarë s'élança, martelant le sol caoutchouteux de ses pattes musclées, démarrant difficilement sur ce sol boueux, prenant de l'allure, accélérant toujours plus, se changeant en une flèche filant au travers du paysage. Les muscles du loup se relayaient dans une synchronisation parfaite pour donner à l'assaillant l'allure ravageuse qui lui permettrait d'atteindre son rival.
Dans son esprit, les images s’enchaînaient à une allure folle, à la mesure que son corps filait. Que faisait-il ? Pourquoi s'était-il élancé ainsi, à découvert, contre cet adversaire ? Il n'en savait rien. Il n'avait agit qu'instinctivement. Il sentit au fur et à mesure un monstre nouveau se réveiller. Une soif inextinguible. Une folie sauvage.
La réflexion, l'analyse, la mesure. Tout cela n'avait plus aucun sens maintenant. La seule chose qui semblait encore avoir un semblant d'importance était cet être qui se tenait face à lui, droit comme un piquet. Quelque chose de nouveau se passait en lui. Il n'était toujours pas maître de ses mouvements et de ses pensées, mais il ne souhaitait pas s'en détacher. Il aimait cette ivresse nouvelle qui le désinhibait.

Arrivé à bonne distance, le loup décolla. Les babines, ouvertes sur des dents prêtes à mordre et à tuer, laissaient échapper une pluie de bave bestiale. Les pattes lancées vers Thorolf, les griffes aiguisées et acérées prêtes à lacérer la chaire et la peau. Toutes les images, si rapides furent-elles, semblaient à présent bien lentes. Toute l'adrénaline de son corps affluait maintenant dans son sang pour se rependre dans tout son organisme. Ses forces décuplées, ses sens en alerte, ses pensées fluidifiées. Le monstre était prêt à en découdre et tout son corps n'attendait que ça.

Qu'avait-il a gagner maintenant ? Qu'est ce que cet acte pourrait lui apporter ? Rien. Mais il le fallait. Il ne pouvait rien contre. Il ne voulait qu'une simple chose : faire jaillir un peu de sang du corps vieillissant de l'infâme boucher qui lui faisait face. Tout s'enchaîna vite, très vite, trop vite. Hors de contrôle.

Ses pattes entrèrent en contact avec le corps rugueux du monstre. La puissance décuplée lors de sa prise d'élan lui permit de renverser son adversaire pour le faire tomber sur une parcelle neigeuse qui amortit leur chute. Les griffes avaient lacéré les épaules du boucher, laissant un fin filet écarlate s'échapper. L'odeur, la vue. Le sang décuplait la rage et la bestialité qui fumaient déjà en son être. Ses iris bleus s'injectèrent de sang et rougeoyaient d'une fureur morbide. La bête, quelle qu'elle soit avait prit possession de l'homme de sang mêlé. La bête était maintenant une part de son être, elle ne cherchait plus à le défaire, et il ne cherchait plus à s'en libérer. Qu'était-ce ? La réponse semblait aussi futile que la question. Peu importait ce que c'était. C'était lui. Il mordait alors Thorolf et refermait ses mâchoires avec toute la force qu'il pouvait employer.
Sans perdre un seul instant, le loup se replia, sortant de la ligne d'attaque de son ennemi. Mais sa soif ne lui permit pas de rester immobile. Il aurait aimé attendre, regarder le monstre se relever, se prévenir de son assaut pour contre-attaquer. Seulement, il fondait à nouveau sur Thorolf, la gueule grande ouverte.
Il n'attendrait pas pour le tuer. Il n'attendrait pas pour goutter à nouveau sa chaire, son sang. Il n'attendrait pas pour libérer l'animal qu'il avait étouffé. Le Lycan était pleinement éveillé. Et quand un être se réveille, il ne veut qu'une chose : manger...
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MessageSujet: Re: L'essence de la férocité.   Sam 18 Aoû 2012 - 13:27



Thorolf ne quitta pas sa nouvelle cible des yeux. Pas un seul instant ses paupières n'osaient lui piquer pour couvrir sa vue durant une demi-seconde. L'image qu'il était en train de dévorer du regard était chaotique et désordonnée ... Certes le paysage encore enneigé illuminait les lieux de sa blancheur pure et sans grandes traces, mais l'image d'un loup noir ébène ne sachant à quel moment précisément ce dernier se retournera contre lui était un spectacle qui méritait toute son attention. Anfauglir ? Cerrarë ? Malgré leurs différences indéniables, les deux possédaient le rôle du Némésis autant l'un pour l'autre. La succession entre le démon et le lycanthrope était à peine visible, mais Thorolf parvenait à remarquer les maigres détails du moindre changement. Anfauglir avait raison : Il était bien plus qu'un simple loup. Un instrument de l'univers qui ne se résume pas à être l'auteur d'un chaos, mais en arborant bel et bien le visage du Nouvel Apocalypse. Mais à l'inverse, lui aussi avait compris que Thorolf, même en sachant cette vérité alarmante, ne faisait aucune différence. Hormis sans doute le respect qui lui était attribué à le voir comme un être égal, ce qui était déjà largement suffisant. Il espérait apprendre davantage de lui, mais il ne savait encore quel élément il lui restait pour remplir ses connaissances guerrières.
Autant apprendre à un pêcheur l'art de pêcher ... Tout deux sont parvenus à déshumaniser un être. Thorolf, une meute entière. Mais il ne possédait pas le même contrôle que la Bête Noire agissait sur Cerrarë.

Le fait d'affronter le fuyard affreusement détesté par le seigneur des Drack avait changé sa perception des choses. C'était comme apprécier l'image d'un fruit séduisant en sachant pertinemment que l'intérieur est totalement pourri et nauséabond. Anfauglir méritait son respect, peut-être bien plus. Mais jamais il ne pourra pardonner ce lâche qui a renoncé à soutenir sa cause dans des temps bien durs où le chaos et l'incohérence étaient rois. Si Drack tenait encore debout, c'était grâce au vieux titan. Et cela, personne ne pouvait encore le comprendre ... Au même moment où le lycanthrope retrouvait ses esprits les plus meurtriers, Thorolf ôta son armement et jeta l'équipement loin derrière lui. L'heure n'était pas d'assassiner un être, encore moins de célébrer une victoire. Il fallait dompter une fureur terrible en subissant le courroux d'un être abusé. Et s'il fallait l'anesthésier au corps-à-corps en usant encore et encore de coups de poings, jamais il n'oserait hésiter. Cerrarë et Thorolf avaient un compte à régler ... Une promesse qui ne pouvait attendre plus longtemps. C'était le lieu. C'était le moment.

Le sombre animal se mit à charger précipitamment, la nervosité handicapait ses mouvements dans la neige durant un moment. Thorolf resta immobile, les mains levés prêt à le réceptionner ... Mais le loup parvint non pas à franchir sa défense, mais à l'écraser brutalement. Le colosse chuta brusquement à terre, la confusion et l'adrénaline commençaient à baigner son esprit. Il pouvait sentir qu'il saignait déjà, mais la douleur refusait de l'aveugler et d'être trop présente. Il tenta de chercher l'animal des yeux pour retenir sa gueule, mais ce dernier fut bien plus rapide. Avant de pouvoir se défendre, des crocs tranchants pénétraient son avant-bras. La souffrance était si intense que même un être comme Thorolf ne put retenir un hurlement coléreux qui déchira l'air. Il chercha le crâne de son opposant pour le marteler de coups de poing, mais ce dernier le relâcha avant de prendre une certaine distance. L'agilité et la puissance de l'animal n'allaient pas arranger les choses ... Le guerrier barbu l'avait sous-estimé. Il se remit rapidement debout avant de percevoir à temps la charge de son ennemi. Ce dernier fit un bond majestueux pour atteindre son visage déjà handicapé, mais le colosse se baissa à temps. Il ne fallut qu'une brève seconde avant que le loup recommence à se propulser pour attaquer à nouveau. Mais cette fois-ci, Thorolf parvint à envoyer son poing sous le thorax de l'animal.

Les choses avaient tourné à son avantage, il fallait immédiatement l'enchaîner et redoubler les coups. Il s'empara donc de sa gueule et la souleva au-dessus de la neige. Mais avant de catapulter à nouveau son poing, le loup gigota comme un ver en lui envoyant un coup de griffes, puis un autre, encore, et encore un autre ... L'animal lui lacéra carrément toute la surface de son visage, le sang commença à dégouliner sans cesse comme une seconde peau. Le liquide s'introduit également dans sa bouche semi-ouverte, se collant contre les parois de ses lèvres. Les brûlures se multipliaient et devenaient atroces. Face à cet enchainement, le cannibale jeta son ennemi au loin avant de porter ses grosses mains sur les blessures douloureuses. Le sang s'extirpa timidement entre ses doigts comme des fines rivières. Mais il savait qu'après un passage comme celui-là, il ne rentrerait pas avec la même figure. La régénération n'allait pas pouvoir tout soigner. Il ne pouvait apercevoir tout de suite son ennemi, tailladé par de graves contusions. Fort heureusement, il pouvait encore voir ... Cerrarë lui avait laissé l'œil intact. Un geste miraculeux, il aurait pu devenir aveugle si rapidement ... Et surtout à cause de lui, un geste qu'il ne lui pardonnerait jamais.

Il pouvait entendre l'animal grogner et écouter le son de la neige qui se dispersait après chaque coup de patte. Thorolf expulsa son pied devant lui en atteignant son ennemi. Il n'avait pas encore vu où il l'avait frappé ... Mais il avait senti son contact. Ses mains tâchés de sang quittaient son visage pour tenter de voir plus clairement les éléments qui l'entouraient. Son regard rencontra celui de bête. Le loup s'était déjà redressé. Malgré ses profondes griffures, le cannibale lui sourit froidement. Il était prêt.... Le combat n'avait fait que commencer.
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MessageSujet: Re: L'essence de la férocité.   Mar 28 Aoû 2012 - 16:01

Le colosse l'avait violemment propulsé. Cerrarë retomba au sol dans un bruit étouffé par la neige. Fort heureusement pour lui, la fine pellicule nacrée amortit sa chute, mais quelque chose craqua, et une vive douleur remonta le long de ses côtes. Quelques chose s'était brisé, mais l'adrénaline et la capacité régénérante des Lycans lui permettraient de continuer le combat sans que cette vilaine blessure ne lui soit préjudiciable. Son assaut avait été trop prévisible et malgré sa masse importante, Thorolf possédait une réactivité étonnante. Il ne fallait pas laisser la moindre ouverture. Le boucher venait de lui montrer l'étendue de sa force monstrueuse. Il ne l'avait touché qu'une fois, il n'avait donné qu'un seul véritable coup, mais les répercutions de son attaque étaient terrifiantes, et pourraient se révéler handicapante si cela venait à se répéter.
Sans attendre, Cerrarë se releva, se dressant sur ses pattes arrières au moment ou le pied du géant le toucha en pleine peau. La respiration de la bête fut coupée un instant alors que le sang submergeait ses orbites. Elle ouvrit une large gueule, recherchant l'air ambiant qui s'engouffra dans sa poitrine, re-alimentant ses poumons et sa rage. Le loup étira ses pattes, attrapant le crâne de son opposant entre ses griffes et vint y fracasser son crâne. Un raisonnement sourd se fit entendre alors que les deux Lycans, sonnés, titubaient sur quelques pas, reculant légèrement l'un de l'autre. Thorolf avait la tête dure, au moins autant que lui, mais il espérait que son hébétement temporaire lui permettrait de placer une nouvelle attaque dévastatrice. La gueule couverte de son sang et de celui de son ennemi, le loup chargea à nouveau, claquant des mâchoire dans un hurlement de défi. Bien assuré sur ses pattes arrières, la bête avait pris l'avantage de la taille et de l'allonge qu'il avait abandonné à Thorolf lorsqu'il était à quatre pattes. Un nouveau coup de griffe sur le visage du montre déjà ensanglanté et la loup enfonça son épaule sous les côtes flottantes de son adversaire, tentant de le faire tomber à la renverse. Ce dernier l'agrippa, empoignant ce qu'il pouvait de poils, de peau et de chair alors que les deux monstres tombaient à la renverse. Projeté en arrière par la puissance de la charge, Thorolf parvint à soulever le loup et le projeta en arrière, gardant entre ses paumes quelques touffes de poils écarlates de sang.
Un glapissement de douleur envahit la gorge du loup alors qu'il heurtait violemment le sol. Encore une fois, Thorolf avait pu contrer son offensive. Encore une fois, la chute avait été lourde et douloureuse. Mais à mesure que le combat progressait, que le sang coulait, Cerrarë perdait toute notion de douleur. Il laissait son instinct commander ses moindres faits et gestes, abandonnant toute humanité en lui pour révéler la seule bête en lui.
Dans un bon, le loup se releva, fondant sur son adversaire encore au sol. La bête plongea ses mâchoires là où elle pouvait mordre, refermant ses mains griffues sur celles de son opposant pour éviter un coup de poing malencontreux.
Les deux Lycans se débattirent au sol. L'un tentant de mordre la moindre parcelle de chair qui pouvait s'offrir à ses crocs acérés, luttant avec ses membres postérieurs pour garder l'équilibre malgré le colosse qui se débattait en dessous.
L'autre...
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MessageSujet: Re: L'essence de la férocité.   Sam 1 Sep 2012 - 17:54





A dire vrai, n'importe qui aurait considéré ce combat comme un événement inutile puisqu'il n'y avait ni victoire, ni défaite à garder dans l'âme. Les deux loups se blessaient impitoyablement sans renoncer à la violence, tout deux voulaient se déchirer la peau et dessiner de nombreux plaies béantes à son adversaire. Mais est-ce que tout ceci avait un but ? Oui. Et le raisonnement se montrait bien plus important que n'importe quel duel. Thorolf ne voulait pas tuer Cerrarë, estimant que ce dernier soit à sa place à l'intérieur d'un corps partagé avec un tout autre esprit que le sien. Un esprit bien plus brutal et imperturbable, symbolisant sans doute la naissance d'un Mal nécessaire. Cerrarë semblait avoir besoin d'Anfauglir pour perdurer plus longtemps, tout comme l'ancien démon envers son propre "géniteur". Plus les multiples contusions se formaient sur le corps épais de Thorolf, plus ce dernier s'interrogea sur la réelle identité de Cerrarë. Mais il fut rapidement remis à l'ordre lorsque ce dernier lui donna des coups meurtriers qui lui obligea à rester réactif à ses moindres attaques. Le cannibale peinait à maintenir une certaine stabilité dans la lutte, le Second étant hors de contrôle, il était tout à fait impossible de l'arrêter ... Dû moins pour le moment.
L'imposante bête chargea dans sa direction, la haine animant le moindre de ses gestes. Très vite, la tête de l'animal percuta son propre crâne dans un impact sourd et terrible. Un craquement sourd et audible résonna discrètement dans l'air. Un voile flou et sombre lui masqua la vue ... Le cannibale désarçonné tenta de retrouver ses esprits mais tout se passa relativement vite. Le vieux colosse s'inclina légèrement vers le bas, tentant vainement de retrouver une certaine stabilité et de tuer cet atroce aveuglément. Mais un violent coup de griffe lui déchira la peau. L'attaque fut si terrible qu'il crut que la décapitation n'allait pas tarder à venir ... Mais sa tête resta sur ses épaules tant bien que mal pendant que le sang inonda son faciès d'une seconde couche de ce liquide de vie. Il posa un genou à terre en grognant sourdement, essayant de ne pas être paralysé par la douleur ... Une forme noire fonça à nouveau vers lui. A moitié aveugle, il jeta ses bras devant lui et parvint à empoigner le corps de son ennemi avant de le propulser au-dessus de lui. L'animal à la fourrure noir jais percuta brusquement le sol. Il entendit un glapissement endolori à quelques mètres derrière lui. Le cannibale resta un moment au sol, retrouvant son souffle en nettoyant de temps à autre le sang qui masqua sa vue dû à de multiples entailles au-dessus de son œil. Mais la paix n'était pas prêt de le recevoir ...

Une forme canine commença à le bousculer impitoyablement, la gueule si près de la sienne. Ses griffes pénétraient à l'intérieur de ses bras pour les immobiliser, mais le seigneur des Drack continua de s'agiter en ressentant les griffes plonger encore plus profondément dans la chair. Les deux lycanthropes essayaient de trouver une faille chez l'autre, par moment ils étaient dans l'obligation de se rouler l'un sur l'autre pour retrouver une position dominante d'attaque. Anfauglir ne lui avait pas menti. A deux, ils possédaient des ressources quasi-inépuisables en matière de combat. L'endurance et la force que transmettait Cerrarë devenaient des facteurs très développés. Peut-être trop pour un lycanthrope normal. Thorolf pouvait encaisser de nombreux coups avant d'être mis à terre et cela contre sa volonté, mais son opposant ne manqua pas de continuer à trancher impunément sa peau. Il estima que sa force n'avait même pas faiblit d'un, ses coups étaient toujours distribués avec autant d'acharnements et d'efficacités.

Pendant que l'animal dévoila une gueule ouverte constellée de canines et de crocs aussi longs et acérés qu'un poignard de qualité, Thorolf repoussa maladroitement son museau dans tous les côtés pour éviter qu'un sort funeste ne le fasse tomber définitivement. Il était difficile, voire impossible de se sortir de là ... Cerrarë l'avait parfaitement immobilisé en continuant à l'attaquer de la sorte. Le seigneur des Drack souffrait atrocement, la fatigue commença prendre le dessus ... Il essaya d'empoigner sa gueule pour la tordre, de le secouer de côté, de catapulter son propre crâne contre son museau ... Mais cela était trop risqué et ses griffes l'en empêchaient. Il n'était plus qu'une question de temps avant que Thorolf reçoive bien plus que son haleine de fauve dans la gueule. Mais quelque chose d'inattendu se produisit à l'intérieur de ses entrailles ... Les vertèbres se mirent à se déplacer, ses os lui rentraient dans le ventre comme s'il reçu un coup de poing d'un puissant titan. Une fourrure blanche et sanguine commençaient à sortir par les ports de sa propre peau, des crocs commençaient à s'allonger à l'intérieur de sa gueule. Puis aussi soudainement que cela, Thorolf acheva sa transformation. Une transformation qu'il n'avait plus été à l'ordre du jour depuis des années ... Ses origines ont repris le dessus. Et une bête bien plus grosse que la moyenne était apparu en-dessous du sombre loup. Mais pourtant, suite à ce changement si soudain, Cerrarë profita de le mordre méchamment. Un puissant grognement s'échappa des babines du cannibale, mais il parvint enfin à le repousser en l'attaquant avec ses griffes. Le corps de Cerrarë était dans l'obligation de quitter sa posture dominante. Le loup aussi blanc que la neige roula sur lui-même avant de se mettre à quatre pattes, fixant son adversaire de la même taille que lui. Au même moment où un profond rugissement déchira le silence, ses larges pattes arrières commençaient à se plier en arrière avant de repartir à l'assaut.
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MessageSujet: Re: L'essence de la férocité.   Dim 2 Sep 2012 - 15:53

La furie qui coulait en lui et qu'il venait vomir sur Thorolf aveuglait Cerrarë. Ses babines venaient claquer, manquant sa cible, repoussées par les poings du canibal qui se débattait encore avec une ferveur faiblissante. Immobilisé, incapable de contre-attaquer et de sortir des griffes de son adversaire, Thorolf trouva son salut au plus profond de son être. Alors que Cerrarë restait quelques secondes hébété par les convulsions du barbares, il en profita pour le mordre à l'épaule, première chair qui se présenta à ses crocs. Il mordait du plus fort qu'il pouvait, mais il sentait la chair se dérober, se plaquer contre ses crocs, se durcir... Les os se disloquaient pour s'incliner, sortir de leur axe. Le loup retira ses crocs et contempla la bête. Le loup blanc qui se trouvait sous son corps le rejeta violemment en arrière.

Ainsi, Thorolf n'avait eu d'autre choix que de se laisser aller à sa forme la plus primaire. Cerrarë ne lui avait donné d'autre solution que celle de se battre à armes égales. Et à présent, le combat qui allait s'ensuivre allait se révéler des plus titanesque.
Déjà, la bête immaculée chargeait, son pelage scintillait du sang séché et des reflets de l'astre. Les lourds membres de la bête le propulsaient sur le noir Lycan qui se campa sur ses pattes arrières. Les hurlements de défis des deux monstres sanguinaires déchiraient le silence de la bataille, bientôt suivit par les claquements de babine des deux loups. Thorolf bondit sur Cerrarë qui se redressa sur ses pattes arrières pour accueillir le cannibale qui le lacéra d'un coup de griffes. Les muscles et les os s'entrechoquaient dans un bruit sourd tandis que les deux monstres se faisaient face, dressés sur leur pattes arrières dans un bras de fer entrecoupé des coups de gueule et de griffes. Les deux loups se rendaient coup pour coup, éclaboussant leurs fourrures de taches d'hémoglobine mêlées du sang des deux combattants.

Les membres antérieurs des deux monstres vacillèrent et les deux adversaires se reposèrent sur leurs quatre membres continuant de se jauger à coup de griffes. Thorolf repartit à l'assaut d'aussi sec. L'homme fatigué avait laissé place à une bête vivace. La fatigue ne se laissait transparaitre des deux combattants et les assauts s'enchainaient, toujours plus violents, toujours plus meurtriers. Le sang se déversait autant sur leur pelage que sur la neige qui prenait une teinte une teinte écarlate au fil des secondes. Thorolf vint s'encastrer dans son adversaire, leurs crânes s'entrechoquant alors que leurs gueules s'ouvraient pour venir cueillir l'épaule de leur adversaire.

Le combat ne semblait pouvoir se finir qu'une fois les deux combattants morts. Ni la fatigue, ni la peur, ni les blessures ne pouvaient plus les arrêter. Ils étaient en proie à ce type de folie meurtrière qui ne s'achève que lorsque le sang quitte intégralement le corps sans vie de l'adversaire livide. Et malgré les effusions de sang, les deux loups ne perdaient pas de leur ardeur, repartant toujours avec plus d'entrain à l'assaut. Cerrarë se jeta sur son adversaire, faisant claquer ses mâchoires. Thorolf baissa la tête et fit revenir ses mâchoires sous le cou du Lycan. Il mordit de toutes ses forces alors que ce dernier vrillait pour se défaire de la prise. Cerrarë tomba lourdement au sol, tandis que Thorolf bondit sur lui, les pattes en avant, prêtes à lacérer la chair et les muscles. Les griffes se plantèrent au plus profond du loup qui hurla de douleur, se redressant dans un excès d'adrénaline. Piqué au vif, ce dernier fondit sur son adversaire.

Malgré toute l'adrénaline qui coulait dans ses veines, ses pattes devenaient lourdes et son corps se déplaçait avec plus de lenteur maintenant. Les nombreuses blessures qui lui avaient été infligées commençaient à le torturer, à brûler. Sa chair chauffait, son souffle devenait gelé. Ce dernier assaut devait lui permettre d'abréger le combat au plus vite.
Cerrarë bondit, ses pattes douloureuses lui permettant un ultime effort. Ses muscles semblaient se désagréger, mais sa furie l'empêchait de penser à ses douleurs. Seul importait le loup blanc qui se tenait en face de lui, en contrebas de son assaut.
Cerrarë atteint son adversaire avec violence, s'écrasant comme une pierre sur Thorolf. Tous son poids, démultiplié par l'énergie synthétique de sa course vint s'abattre sur le vieux cannibale dans un ultime rugissement qui déchira les alentours.
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MessageSujet: Re: L'essence de la férocité.   Mer 5 Sep 2012 - 18:50

Une bête gronda au fond de ses tripes, déchirant sa colère en alimentant les flammes de sa propre voracité. Son œil devint d'un jaune plus sombre, contrastant clairement avec ses poiles de la même couleur que le tapis de neige dans lequel il s'enfonçait. Son envie carnivore devint d'ailleurs bien plus difficile à maîtriser … L'idée de dévorer un confrère semblait être la seule possibilité qui se présentait devant lui : il avait l'obligation de manger Cerrarë. Autrement quoi ? Il ne savait pas … Les conséquences demeuraient simplement invisibles, mais il avait la nette certitude que s'il n'accomplissait pas cet acte capable de rompre définitivement son appétit, un mal se déclencherait en lui … Peut-être comme l'envie de se dévorer lui-même ses propres pattes. Il en avait peur s'il était capable d'arriver à de pareilles extrémités. La crainte le tenait … mais pas l'étonnement ou la surprise d'arriver à un tel acte, car ce dernier était rapidement jugé comme naturel. Ses membres recouverts de muscles avaient su garder leur épaisseur … Mais la fatigue du duel commençait déjà à entraver ses réflexes de combat. Il ignorait totalement si cela était le cas pour le second. Il lui avait démontré non seulement une endurance de fer, mais également une résistance et une volonté de vie incroyable. Dire qu'auparavant, Cerrarë était chez les Drack … Il n'aurait fallu que l'espace d'un instant pour que ce dernier, en imaginant qu'il ait accepté la doctrine du cannibale, soit jugé comme un symbole dans la hiérarchie lycanthrope. Et pourtant, cet idiot se tenait là, devant lui, le cœur amoureux d'une femelle supérieure à lui. Nina-Lou. Ce n'était pas non plus comme si le tyran ne connaissait pas ce nom. Il l'avait appris à force d'interagir et de partager avec elle, manquant de peu de la tuer par deux fois. Cerrarë gardait Angauflir. La bête avait un nom. Et c'était tout ce que le seigneur des Drack en avait pris conscience : Cerrarë n'était pas qu'un simple fuyard à éradiquer purement et simplement. Il représentait bien plus que cela.

Sans même se le permettre de l'avouer, Thorolf éprouvait des difficultés à le maîtriser. Plus grossièrement, il était en train de perdre, d'être légèrement dominé par son opposant … Une situation critique qu'il n'adhéra pas une seule seconde. Malgré le nombre d'attaque qu'il encaissa, la seule pensée de se dire qu'il fallait bien plus qu'un simple combat pour mettre un géant à terre parvenait à atténuer ses douleurs. Et le raisonnement se montrait logique. Les deux loups ne cessaient de s'attaquer depuis combien de temps maintenant … Un peu moins d'une heure ? Une heure de duel sans même un seul instant de répit ? Après tout, Anglaufir avait prédit ce moment … Thorolf ne pouvait gagner aujourd'hui. Mais il pouvait survivre. Encore plus, il pouvait avoir l'audace de riposter à une force qui surpassait la sienne. Cerrarë n'était pas dans son état normal … L'énergie nouvelle et concentrée coulait dans ses veines. Il savait que Cerrarë pouvait être maîtrisé … Mais pas dans ces conditions. Ni la victoire, ni la défaite n'étaient des facteurs à prendre en bonne considération. Il n'y avait que la violence. Un sentiment très familier pour Thorolf qui accepta cette punition sans même s'être rendu compte avant les premiers coups de griffes.

Plus la bataille durait, plus Thorolf avait la nette impression de frapper son double. En effet, plus il attaquait, plus il encaissait avec la même force que ses assauts. La gueule pivota en recrachant du sang avant de toiser à nouveau l'adversaire du regard un nombre incalculable de fois. Les pattes tremblaient entre la fatigue et la furie, désireux toujours de marquer la conclusion de ce conflit par un dernier coup de griffes. L'adrénaline commença à marteler toutes les pulsions qu'un corps était capable de posséder. Le sang gicla autour des deux loups, les grognements tranchants rugissaient sauvagement, plus rien ne semblait pouvoir les arrêter. Un coup partit, puis un autre, une morsure, un coup d'épaule pour se sortir de ce piège infernal … L'opération se répéta inlassablement sans même qu'une once de fatigue ne fut perceptible dans leur regard. Et pourtant, le corps réclamait de la paix, un repos d'un total de 12 jours minimum pour retrouver ses ressources … Mais le cri ne fut pas entendu ni par Thorolf, ni par Cerrarë. Les deux lycanthropes ensanglantés n'en pouvaient plus sans même y attacher de l'importance.

Puis finalement vint le choc. Un choc terrible, crâne contre crâne. Thorolf avait aperçu le loup noir ébène que durant un centième de seconde avant d'être plongé dans un voile complètement vide, suivit d'un bruit mat et sourd. Des roses noires dansaient devant ses yeux, les arbres et la neige devenaient des éléments extrêmement flous … Il s'écrasa par terre, le museau plongé dans la neige. Il ne pouvait plus rien sentir, pas même la douleur qui aurait pu se montrer très gourmande à cet instant précis. Thorolf était radicalement tombé dans un état semi-comateux, une espèce de somnolence profonde. Il savait qu'il était couché et que sa vision se réduisait à cette foutue pive écrasée à deux centimètres de son œil. Mais il ne pouvait bouger, ni même réfléchir. Cela lui faisait l'effet d'avoir eu le cerveau totalement déconnecté, seul la vue percevait encore des maigres formes … Plus rien n'avait d'importance. Pas plus que Cerrarë aurait pu lui déchirer la carotide en ce moment. C'était d'ailleurs le cadet de ses soucis. Plus aucune préoccupation n'avait le courage de perturber son esprit. Thorolf était paralysé, seul son cœur se montrait capable de cogner durement au fond de sa poitrine. Le rythme cardiaque était totalement instable … Mais au moins, il répondit présent.

Soudainement, un de ses fidèles fit son apparition. Normalement, le vieux titan aurait été soulagé d'apercevoir un membre de sa meute … Mais pas à ce moment-là. Pas en sachant qu'à l'intérieur du Second des Croc-Noir vivait une entité qui méritait de vivre. Et pourtant, malgré son air abasourdi de guerrier compétent, il retira son épée et la tint fermement. Thorolf essaya de gronder pour le tenir loin de sa proie, loin d'Anfauglir … Il essaya de bouger, de rouler sur lui-même … Mais en vain. Le soldat s'approcha avec une prudence d'une démarche très lente … Ses pattes commençaient tout juste à retrouver vie. Son museau commença à se frotter légèrement dans la neige. L'image du soldat quitta son champ de vision, ce qui ne fit qu'accentuer le stresse accumulé et l'angoisse. Une corne se fit entendre. Sa corne. Son hymne. Les autres allaient rappliquer … Thorolf ne pouvait se permettre qu'ils mettent fin à une vie aussi misérablement. Cerrarë l'appartenait. Anfauglir l'appartenait. Il parvint à se remettre debout en claudiquant très maladroitement, il repéra son fidèle qui avait repéré le loup allongé à la fourrure d'un noir jais. Le loup blanc claudiqua du mieux qu'il put avant de bondir de toutes ses forces et d'insérer la main de son allié entre ses crocs. Ce dernier s'égosilla à plein poumons avant de relâcher la lame. Le pommeau de cette dernière se planta verticalement dans la neige. Thorolf bascula en arrière pour tirer le soldat contre lui et le déstabiliser. Il ne fut qu'un temps pour que le cannibale s'acharne sur le visage à la bouche cousue d'un de ses fidèles … Un sacrifice. Un autre … Mais celui-ci était nécessaire.

A bout de force, le vieux colosse se transforma, incapable de tenir sa forme animale plus longtemps. Il était à genoux, ses mains plongées à l'intérieur d'une neige sanguine. Ses poumons lui brulaient, sa trachée était sèche, la respiration disparaissait … Thorolf était hors d'haleine et était à deux doigts de tomber à la renverse. Bien plus coléreux par la présence de ce chien fidèle, il jura en s'adressant au Croc-Noir :

"Fuis … Sombre … crétin."

Il recracha un peu de sang … Cerrarë avait failli le tuer. Il lui avait démontré la réelle valeur de ce qu'il représentait. Et même s'il était son ennemi … Il en retirait une certaine fierté. C'était ce que Thorolf désirait le plus. Que chaque lycanthrope soit apte à libérer sa folie meurtrière. Et Cerrarë ne l'avait pas du tout déçu … Il l'exprima d'ailleurs avec un sourire habituellement sauvage, mais tout à fait sincère et impressionné :

"On se retrouvera … je te le promets."
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MessageSujet: Re: L'essence de la férocité.   Sam 8 Sep 2012 - 1:20

-"Fuis … Sombre … crétin."

Les mots se détachèrent lentement dans son esprit. Les yeux à peine ouverts, Cerrarë avait pu admirer la manoeuvre de Thorolf pour empêcher son fidèle de l'achever. Il était encore incapable de bouger et pourtant, il voulait fuir. Le chef de Drack avait été clair. Il devait fuir. La corne qui avait résonné quelques secondes auparavant allait ramener trop de monde pour que le Croc-Noir puisse fuir. Et trop de Dracks pour que Thorolf puisse à nouveau les contenir et retarder l'inévitable. Lourdement, il déplaça ses pattes douloureuses et engourdies sous son corps massif. Il tenta d'insuffler un ordre à ses membres pour se relever mais ces derniers refusèrent. Le loup retomba dans un bruit étouffé dans la neige molle.

-"On se retrouvera … je te le promets."

De nouveau, la voix fatiguée du vieux chef résonna, chaque syllabe parvenant avec lenteur à ses oreilles. Le temps tout autour de lui avait semblé ralentir. Tout semblait se dérouler dans une douce bulle de chaleur malgré la neige fraîche sous son corps rouge de sang, une bulle où tout était doux et confortable, pareillement à un rêve. Cerrarë ne pouvait plus bouger. Tous ses muscles étaient endoloris. Il ne voulait plus bouger. L'étreinte glaciale le gardait en son sein chaud et délicat. Pourquoi bouger ? Il n'irait de toute manière pas loin dans son état et les suivants de Thorolf le rattraperaient rapidement. Tout allait se terminer ici. Thorolf avait tenu sa promesse, il ne l'avait pas tué. Mais il ne survivrait pas.
Alors que le Lycan tenta une dernière fois de se soulever, rassemblant toutes ses forces dans un ultime effort salvateur. La bête pris une grande inspiration et un vent chaud, presque brûlant s'engouffra dans sa gorge, remplissant ses poumons congelés et tétanisés d'une douce chaleur. La bête ouvrit grand la gueule, émettant une sorte de hurlement étouffé, inspirant la plus grande quantité de cet air bienfaisant, revivifiant.

-"Ton heure n'est pas venue, Cerrarë..."

Dressé sur ses pattes tremblantes, le loup venait de se statufier. Terrorisé. Une douce sensation traversa tout son corps, partant de son museau qui perçu de nouveau les odeurs, submergeant ses yeux rougis de l'effort et de la douleur pour laisser place à un jaune sans tâche, dépassant ses oreilles qui remuèrent et se soulevèrent, pivotant pour entendre les pas et les cris des Lycans qui approchaient. La douce vague se propagea jusqu'à ses muscles qui se contractèrent à sa simple volonté pour le faire reculer dans un bond. La marée s'étala jusqu'au bout de sa queue touffue et il en sentit les poils se raidir sous la température encore gelée qui régnait. Son pouls résonna dans ton son corps, emplissant ses veines sèches de sang frais et chargé d'oxygène.
Anfauglir venait d'insuffler au Lycan suffisamment de sa force vitale pour qu'il puisse de nouveau se mouvoir sans peine.

Surpris, le Lycan tourna la tête tout autour de lui, posant son regard sur le sang qui se répandait toujours plus dans la neige collante. La bête semblait désespérément chercher quelque chose du regard. Pourtant, le temps s'égrainait maintenant bien plus rapidement, et les hommes de Thorolf n'allaient pas tarder à débarquer sur la scène ensanglantée. Il n'y avait pas de temps à perdre.

-"Fuis... Imbécile..." Répéta le cannibale dans un toussotement accompagné de caillots de sang.

Le sang de la bête ne fit qu'un tour. Cette dernière se précipita d'instinct vers le rocher qui l'avait dissimulé. Il attrapa dans sa gueule ses armes et disparût entre les arbres. Les cris de défi résonnèrent rapidement, indiquant que les autres de Drack venaient d'arriver sur le lieu de leur joute. Quelques grognements accompagnèrent les jurons de Thorolf devant l'aide désemparée de ses suivants, tandis que d'autres hurlement commençaient à résonner parmi les arbres alors que certains Lycans perçaient la forêt à sa rencontre. Son rythme cardiaque accéléra et Cerrarë poussa encore un peu plus fort sur ses pattes qui le transportaient à une allure folle au plus loin de la caverne de la nuit. Bientôt, les cris disparurent. Les poursuivants avaient abandonné.
Cerrarë s'arrêta, reprenant son souffle en s'adossant nu à un arbre qui avait déjà perdu son fin manteau neigeux. Sa trachée nouée par l'effort se desserra alors que le démon accordait une nouvelle fois une petite transfusion de son pouvoir au chasseur. Ce dernier attrapa sa gorge de ses deux mains, mimant un étranglement face à cette nouvelle coulée vitale qui se déversait dans sa gorge. Il ne voulait pas de cette aide d'Anfauglir. Il ne voulait pas que le démon sente qu'il avait besoin de lui pour survivre.

-"Allons Cerrarë... Je ne suis pas ton ennemi..."

Le chasseur se statufia. Il n'était pas son ennemi. Il lui avait permis de s'enfuir en lui accordant cette vitalité soudaine. Il aurait pu le laisser là, le laisser mourir et se réincarner dans un corps plus avenant. Seulement, le démon n'avait pas souhaité sa mort en cet instant. Il le maintenant en vie malgré ses multiple blessures. Ce combat aurait été mortel pour n'importe quel autre Lycan. Ses blessures béantes laissaient encore s'échapper des quantités astronomiques de sang. Et pourtant, Cerrarë ne ressentait aucun contrecoup. Il était toujours vivant, en pleine possession de ses moyens.
Il relâcha son étreintes autour de sa gorge et laissa retomber ses mains pleines de sang.

Le Lycan se releva. Ses jambes ne le faisaient aucunement souffrir. Ses pas étaient assurés. Par quel miracle pouvait-il être encore aussi vivant ?

-"Je te donne une partie de ma vitalité pour que tu ne meurs pas Cerrarë. Mais cela ne veut pas dire que tu es immortel. Je ne pourrais pas continuer la transfusion éternellement, cela m'en coute et je commence déjà à fatiguer... Reposes-toi. Dors, plusieurs jours s'il le faut. Récupères. Tu ne dois pas mourir maintenant, ton heure n'est pas encore venue."

Cerrarë rejeta la tête vers son armement. Ses vertèbres se braquèrent alors que le chasseur prenait à nouveau l'apparence du loup. Il attrapa ses armes de ses mâchoires et disparu à l'horizon, filant vers un endroit sûr où il pourrait se poser et récupérer sans danger de ses blessures...


HRP :

Spoiler:
 
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L'essence de la férocité.

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