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 Parce que, parfois, il faut battre le fer tant qu'il est chaud

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MessageSujet: Parce que, parfois, il faut battre le fer tant qu'il est chaud   Mar 13 Nov 2012 - 2:52

La liste des choses qu'Ësna avait à faire allait en s'allongeant chaque fois qu'elle y pensait. Aller étudier plus en détail ce qui se passait dans la Forêt d'Evanya. Essayer de trouver d'autres Rôdeurs du Savoir pour discuter de leurs propres conclusions sur le sujet. Trouver un bon forgeron pour réparer sa lance et son armure. Vendre ses dernières créations. Aller donner son rapport sur l'activité des monstres en Thaödia. Faire refaire des flèches. Plus elle y songeait, moins elle avait le courage de retourner en ville, au milieu de tous ces gens qui s'éloignaient sur son passage sans même se rendre compte qu'elle faisait ça pour les aider. Ah oui, et racheter une cape.

Elle avait encore un grand nombre de bleus résultant de sa rencontre inopinée avec un Géant des Forêts et sa démarche, si elle paraissait souple même pour une Elfe, était encore loin de celle qu'elle pouvait avoir habituellement. Secouant la tête, elle s'arrêta quelques instants devant la grande arche d'entrée d'Ardamirë, le Joyau du Royaume des Elfes, tout de faste et de volupté, de flèches élancées vers le ciel et de faiblesse intrinsèque. Elle observa les toits rouges et les murs blancs, puis les rues pleines d'Elfes oisifs trop proches et bruyants.

Vêtue de ses chausses de cuir et d'une chemise lâche en lin , un baluchon cliquetant sur le dos, ses deux grandes épées au côté, son arc passé dans son dos et un carquois plein à portée de main, plusieurs dagues dépassant de ses bottes, de sa ceinture, d'attaches de poignets et le long d'une bandoulière, elle marchait, la tête haute, dépassant la plupart des femmes, du haut de son mètre quatre-vingts trois, sa musculature roulant visiblement sous le cuir tendu. Elle commença par s'arrêter dans une auberge où elle savait pouvoir trouver plusieurs autres Rôdeurs. Elle en profita pour se rafraîchir, rassemblant les multiples tresses ornées de perles d'argent pour dégager sa nuque, puis les laissant retomber jusqu'à effleurer sa ceinture.

Après une dizaine de minutes, elle repartit non sans avoir demandé au tavernier une bonne adresse de forgeron. Elle n'aimait pas la ville, et encore moins Tharbäd, particulièrement bondé et bruyant, la changeant de façon désagréable de la solitude et du calme de la Forêt dont elle sortait. Le ballot contenant son armure et sa lance à la hampe maladroite à la main, la lame tournée vers le sol pour paraître moins menaçante, elle esquiva le plus de gens possible, sa peau dorée contrastant avec celle, presque translucide, de la plupart des citadins. Elle finit par arriver devant la Forge qui lui avait été indiquée, apercevant l'Elfe brun qui devait probablement tenir boutique. Secouant la tête, elle déposa sur le comptoir le baluchon constitué d'une cape déchirée rendue raide par une grande quantité de sang, et en sortit difficilement les morceaux d'une armure complète partiellement écrasée, laissant imaginer les blessures subies par la personne qui était à l'intérieur, avant de poser dessus la lance qui avait besoin d'être remontée sur une hampe, et ses épées qui avaient perdu quelques éclats.

Patiente, les mains posées à plat de part et d'autre de l'armure, elle salua le forgeron d'une voix forte pour couvrir le bruit du marteau et attendit, calmée par cette ambiance familière, ses yeux d'un vert tendre légèrement plissés, le visage neutre, qu'on lui réponde.
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MessageSujet: Re: Parce que, parfois, il faut battre le fer tant qu'il est chaud   Mar 13 Nov 2012 - 3:17

Chaque matin, alors qu'il reprenait le travail laissé la veille ou de nouvelles commandes, Valar repensait à la même discussion qu'il entretenait chaque soir avec sa soeur. Toutes ces études pour être forgeron. C'était un discours plutôt drôle venant d'une jeune fille qui ne connaissait rien des aléas de la vie. Il ne s'en offusquait d'ailleurs pas. Il aimait plutôt son travail qui, pour un jeune homme de son éducation et de sa stature, était plutôt simple.

Les heures passaient vite près de la chaleur écrasante des métaux chauffés et rouges vifs. Et bien qu'il ne s'agissait que d'armures, de lances, de flèches et d'épées, chaque pièce qu'il fabriquait était unique à ses yeux. Non seulement parce qu'il avait beaucoup appris sur elles pendant ses études, sur leur provenance et sur les meilleurs forgerons que l'on puisse trouver en terres elfiques, mais aussi parce qu'il se plaisait à apposer sa marque sur chacune d'elle, créant des arabesques et des volutes différentes à chaque fois. Il s'inspirait parfois des illustrations de sa soeur, parfois de gravures anciennes, mais aussi de graphiques qu'il avait pu voir dans les terres des autres espèces.

La matinée avait été plutôt chargée. En effet, les études auxquelles Diane assistait lui permettaient de rencontrer ce que l'on appelle du "beau monde". Et ces personnes avaient fini par entendre parler du talent et du savoir faire de Valar pour la forge .Les commandes s'étaient alors mises à pleuvoir et ce qui les faisait à peine vivre leur permettait aujourd'hui d'agrandir leur modeste maison et d'acheter à Diane des toilettes neuves presque aussi souvent que ces camarades de bonne naissance. C'était une grande fierté pour Valar, de voir que grâce à cela, Diane n'était pas en reste par rapport aux autres élèves. Que grâce à cela, on ne la jugeait plus et qu'elle pouvait laisser libre cours à son intelligence et son talent.

Le jeune forgeron était en pleine action, la sueur ruisselant le long de sa musculature et de ses tatouages nombreux. Il replaçait de temps à autres le morceau de tissu qui retenait ses cheveux pour ne pas le gêner. S'essuyant le front avec un tissu poussiéreux dont le premier usage était de nettoyer les épées avant de les rendre à leur propriétaire, Valar se retrouvait souvent le visage couvert de traces noires, venant du charbon ou des poussières métalliques.

Alors qu'il était en train de fermer la pointe d'une flèche, il sentit une présence au devant de la forge, qui fut bien vite confirmée par une interpellation orale. il releva alors la tête, enfila une chemise à manches courtes pour se rendre un peu plus présentable et marcha au niveau de la jeune femme qui l'attendait.
C'était une grande première pour lui, à vrai dire. Les armures qu'on lui demandait étaient souvent des cadeaux, du moins quand il s'agissait d'armures féminines. Jamais de femmes ne s'était présentée à lui. Du moins pas de cette allure altière et combattante. Il ne put s'empêcher de noter le teint hâlé de la jeune femme, ce qui lui fit penser qu'elle n'était pas de la ville.

-"Je peux vous aider?"

Demanda-t-il d'une voix posée. Il lui semblait que nombreuses de ses armes visibles avaient bien besoin d'un soin particulier, et il scrutait celles-ci pour tenter d'en déceler la provenance. Cependant, il ne pouvait s'empêcher de détailler l'allure de la jeune elfe qui semblait bien plus étrangère au fonctionnement citadin que lui.

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MessageSujet: Re: Parce que, parfois, il faut battre le fer tant qu'il est chaud   Mar 13 Nov 2012 - 19:02

Le visage toujours serein, elle regarda s'avancer le forgeron. Un Elfe, d'environ son âge, même si c'était toujours difficile à évaluer au sein de leur race. Brun, il portait plutôt bien, et son métier devait le pousser à travailler plus encore ses muscles. Il avait l'air altier de nombre d'entre eux et paraissait un peu surpris par l'allure qu'elle devait avoir, les bandages encore apparents sur ses bras, les tatouages sur son front et sa poitrine, les dagues et ses tresses. Autant de choses qui pouvaient faire d'elle une barbare chez les civilisés. Ce dont elle se moquait éperdument par ailleurs, du moment que personne n'essayait de profiter de ce fait.

D'un hochement de tête, elle évalua sa question puis répondit affirmativement avant d'ouvrir la bouche pour préciser, de sa voix éraillée tout aussi surprenante que son allure générale:


"D'après ce que l'on m'a dit, vous pouvez effectivement m'aider. Il n'y a plus qu'à espérer que cette réputation n'était pas usurpée. Comme vous pouvez le constater, j'ai fait une mauvaise rencontre lors de mon dernier voyage et c'est mon armure qui a pâti. La lance a brisé... Pendant la même rencontre dirons-nous. Les lames, en revanche, c'est un Lycan qui leur a fait ça. J'ai toujours tendance à oublier à quel point leur mâchoire est puissante quand ils sont transformés. Enfin bref... Tout cela pour dire que mon travail dépend en grande partie de ces armes. Je n'ai pas forcément besoin que l'armure soit jolie, pleine de fioritures et de gravures, du moment qu'elle n'entrave pas mes mouvements. Vous pensez que ça peut être fait en combien de temps?"

Comme d'habitude, elle n'était pas polie. Pas agressive non plus, mais pas exagérément aimable. Simplement elle-même. Cependant, lorsqu'elle regardait son armure, qui avait été faire par son oncle, ou ses épées, transmises par son père, son visage s'adoucissait, et elle ressentait presque l'ambiance étrange de l'île d'Athël, sa forge qui fonctionnait toujours à plein régime, les hurlements des monstres et des hommes, l'odeur du sang qui recouvrait tout. Avec le regard d'une vieille amie, elle étala l'armure fine de grande qualité. Il était apparent qu'elle avait vécu. Elle était éraflée de partout, les gravures qui avaient dû agrémenter le métal sobre à une époque désormais invisibles, le cuir des jointures élimé, le bras et la jambe gauche déformés, écrasés, comme si un arbre, ou quelque chose de plus gros encore, leur était tombé dessus. De la même façon, elle caressa les épées, leur poignée de cuir usé, formé à sa main, titillant de l'ongle les éclats qui avaient sautés lors de sa confrontation avec... Non, elle n'avait pas envie d'y penser maintenant, c'était encore un peu trop frais dans sa mémoire. Peut-être, lorsqu'elle aurait eu le temps de véritablement y réfléchir, de faire son rapport, de guérir de ses blessures. Mais en attendant, elle avait d'autres choses à faire.

Un sourcil haussé, elle regarda l'artisan, à nouveau concentré sur ce qu'il pourrait lui dire. Tout ce qu'elle espérait ne pas entendre était que l'armure était totalement fichue et qu'il fallait en faire une nouvelle. Elle en avait les moyens, certes, mais vraiment pas l'envie...
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MessageSujet: Re: Parce que, parfois, il faut battre le fer tant qu'il est chaud   Mar 13 Nov 2012 - 21:36

Alors que la guerrière expliquait sa situation, Valar remarquait à quel point elle pouvait être différente des gens de cette cité. Elle ne se perdait pas en formules de politesses ou en sourires condescendants. Le genre de sourire qu'il devait maîtriser à chaque fois que sa soeur le lui demandait. Il l'écoutait parler tout en évaluant de sa propre expérience les dégâts sur l'armure et l'artillerie.

On pouvait deviner une armure, bien qu'il n'en reconnaissait pas la forge d'origine, était très bien assemblée et taillée, ne serait-ce que pour avoir survécu a des impacts qui auraient du achever le métal et la personne le portant. Le cuir, bien qu'il ait porté des traces de combat et de crocs lycans, restait lisse et ne s'effilochait pas. Le chantier de cette jeune femme lui paraissait énorme, compte tenu du travail qu'il avait déjà. Mais c'était assez inhabituel de voir quelqu'un demander des réparations lorsqu'il pouvait de toute évidence s'offrir du nouveau. Il réfléchit un instant à l'envoyer chez une connaissance forgeron. Mais celui-ci n'aurait sans doute même pas l'idée de reprendre la forge selon les structures de l'armure et risquerait de la dénaturer totalement. Alors qu'il s'apprêtait à lui refuser cette commande, il remarqua l'air pensif qu'elle avait face à ces armes et nota que ses tatouages ressemblait étrangement aux gravures presque effacées de son artillerie.

Bien qu'il fut déjà submergé de travail, son instinct lui dit de tenter le coup. Il regarda alors derrière lui, vérifiant qu'il avait à disposition tout ce qu'il lui fallait et qu'il n'aurait pas à lui imposer de délai supplémentaire.

-"Je peux la réparer. Mais il va falloir rester en ville deux bonnes semaines en attendant. Si je veux changer le cuir, reprendre la forme originale pour renforcer l'armure, ça va me demander du temps. Et je vais devoir refondre le bras et la jambe gauche. Si je les redresse, ils se planteront dans vos muscles au prochain impact. Pour ce qui est des armes, c'est pas un problème, elles sont fondues dans un bon métal, je pourrais reprendre le tout. Si le délai vous convient, c'est d'accord pour moi."

Il parlait sans vraiment regarder la jeune femme, toujours un peu la tête ailleurs, le visage poussiéreux et suant. Il prévoyait déjà des nuits très courtes et des courbatures à n'en plus finir. Mais ce serait un travail différent des autres fois, et probablement apprécié à sa juste valeur. Il s'étirait le bras tout en continuant d'examiner l'ampleur du travail, surveillant l'heure pour ne pas oublier sa soeur à la sortie de l'école. Celle-ci avait pris l'habitude de suivre quelques camarades dans des endroits peu sûrs de la forêt.


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MessageSujet: Re: Parce que, parfois, il faut battre le fer tant qu'il est chaud   Mer 14 Nov 2012 - 0:42

Le forgeron avait l'air embêté. Il allait lui annoncer une mauvaise nouvelle, elle le savait, elle le sentait. Et s'il lui disait qu'effectivement il fallait faire refaire son armure, elle allait serrer les dents, puis s'énerver et aller s'entraîner un peu à la caserne, quitte à mettre quelques jeunes soldats à genoux pour se défouler. Le guérisseur avait qu'elle devait ménager son dos, mais franchement... Il lui faudrait retourner à Athël si elle voulait espérer avoir une armure d'une telle qualité, suffisamment légère pour autoriser les mouvements les plus extravagants, et en même temps suffisamment solide pour encaisser un coup proprement monstrueux sans se briser ou entraîner la mort du porteur. Ce serait pire encore pour les armes. La lance, ce serait gênant, mais sans plus. La lame n'était pas abîmée, il fallait juste remettre une véritable hampe et resserrer un peu la base. Mais les épées... Aucune ne serait aussi adaptée à sa main, avec un équilibre aussi parfait. D'un autre côté, elle les maniait depuis plus d'un siècle, et elle devrait peut-être essayer autre chose, pour ne pas rouiller.

Elle le vit jeter un coup d’œil derrière lui, comme s'il évaluait sa charge de travail, ce qui la fit reconsidérer sa position. Elle savait qu'il y avait du travail, mais elle fréquentait tellement peu les villes qu'elle avait des difficultés à concevoir le point auquel les commandes pouvaient s'accumuler, jusqu'à ce que cela en devienne envahissant. Lorsqu'il lui dit qu'il pouvait la réparer -réparer pas remplacer- elle retint un soupir de soulagement. Décidément, peut-être avait-elle eu de la chance en venant ici. Deux semaines n'étaient pas un délai trop long, cela lui laisserait le temps de faire son rapport et d'acheter ce dont elle allait avoir besoin pour sa prochaine expédition. Hochant à nouveau la tête, elle prit finalement la parole:


"Très bien. Deux semaines, ça me paraît tout à fait acceptable. C'est une bonne chose de pouvoir garder la forme d'origine, j'ai fini par m'y habituer à force. Les armes... Oui, ce sont de bonnes armes, elles m'accompagnent depuis longtemps, mais je crains de me retrouver démunie si elles venaient un jour à casser, j'y suis peut-être trop habituée. Vous n'auriez pas une bonne arme de rechange à me conseiller, par le plus grand des hasards, pendant que vous êtes là. Oui, j'aurais dû faire changer le cuir la dernière fois que je suis passée en ville, l'année dernière, mais je ne pensais pas me faire jeter contre un arbre aussi tôt... Enfin, si vous pouvez faire quelque chose, c'est bien."

Satisfaite, Ësna attendit une réponse à ses questions, observant le forgeron qui ne la regardait pas vraiment, un peu dérangée. Il était plutôt sympathique, malgré tout aussi retint-elle sa langue. D'un mouvement inconscient, elle releva sa tunique, dévoilant la démarcation de ses chausses, exposant une bande de peau dorée à la musculature parfaite, ses abdominaux barrés par une grande cicatrice qui se perdait sous un large bandage. Ses blessures la grattaient, surtout les griffures qu'elle avait récoltées. Franchement, elle aurait dû lui envoyer un second poing dans la figure juste pour ça. Souhaitant sortir cette pensée de son esprit, elle posa trois doigts sur les feuilles de l'Arbre-aux-Lucioles tatouées sur son front, puis reposa les mains à plat sur le comptoir pour résister à la démangeaison....
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MessageSujet: Re: Parce que, parfois, il faut battre le fer tant qu'il est chaud   Mer 14 Nov 2012 - 1:09

Le jeune forgeron était content qu'elle accepte les termes de leur affaire, et bien que la charge de travail lui semblait titanesque, il devait admettre qu'il voyait peu de gens ainsi attachés à leurs "compagnons de combat". Travailler sur un objet personnel prenait donc une dimension particulière, qui n'était pas coutumière au métier de forgeron.

-"Il faudra passer disons une petite heure chaque jour. La forge d'un métal peut le rétrécir et je ne voudrais pas travailler deux semaines sur une armure qui vous entraverait. Je dois aussi prendre des mesures pour réinstaller le cuir, celui-ci est -il tira sur les lanières- détendu. Ca fausse les repères et déplace le niveau des articulations. Et pour vos armes, j'aimerai votre avis sur le point d'équilibre. Il a tendance à varier selon les guerriers et le type de combat. Et puis, je ne voudrais pas la faire trop lourde pour..."

Il ne finit pas sa phrase car il se rendit compte que celle-ci était un peu machiste. En effet, il avait peur de fabriquer une épée trop lourde pour "une femme". Il semblait moins farouche lorsqu'il "parlait boulot". Il mimait même ses dires afin que la jeune femme puisse comprendre exactement de quoi il en retournait. N'osant pas demander ce qu'était vraiment son métier, il en déduit tout de même qu'elle vivait un quotidien brutal et parfois loin de toute civilisation qui l'empêchait de faire réparer ou polir régulièrement son matériel. Touché par l'attachement qu'elle témoignait à son armure, il réfléchit un instant avant de reprendre.

-"Si ça vous intéresse, je peux aussi vous donner deux trois astuces pour rafistoler votre armure et vos armes quand vous serez seule et éviter qu'elles ne deviennent un danger pour vous .Rien de miraculeux, mais des solutions qui vous feront tenir jusqu'au prochain forgeron. Je peux aussi vous montrer comment rééquilibrer une épée tordue, pour ne pas être désavantagé en combat. C'est pas grand chose mais vu votre... Métier -évoquer la vie de ses "clients" le faisait se sentir intrusif- , ce sont des petits riens qui pourraient vous sauver la vie. Vous avez eu vraiment beaucoup de chance -il montra la partie presque aplatie de l'armure- de pas restée incarcérée là-dedans."

Alors qu'il rangeait les affaires de l'Efle dans une caisse en bois pour les apporter un peu plus tard au fond de la forge, il ne put s'empêcher de noter l'application qu'elle mettait à ne pas toucher ses blessures, qui étaient assez nombreuses. Elles lui rappelèrent les siennes lors de ses années d'études et de ses voyages interdits. Mais celles de la jeune femme semblaient dérangeantes au plus haut point. Elles devaient sans doute la démanger. Il haussa les épaules puis remarqua l'état intérieur de l'armure et se tourna vers elle.

-"Vos démangeaisons, elles ont changé l'aspect de vos blessures?"

Celui-ci avait une idée en tête mais, ne voulant pas passer pour un prétentieux ou une fouine, il se contenta de poser la question avant de voir si son idée était fondée... Car, même si celle-ci semblait un peu plus âgée que lui et probablement très instruite, il était de certaines choses que l'on apprenait par hasard, au gré des aventures et des mauvaises rencontres. Il pinça néanmoins ses lèvres, n'aimant pas poser de telles questions.
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MessageSujet: Re: Parce que, parfois, il faut battre le fer tant qu'il est chaud   Mer 14 Nov 2012 - 5:38

Passer une heure par jour? Ça risquait de compliquer considérablement les tâches qu'elle avait à accomplir. Cela dit, Elle devrait réussir à s'en sortir. Oui, chacun de ses arguments paraissait cohérent. Cela dit elle n'avait jamais véritablement fait attention des difficultés ou des déplacements de son armure. Elle s'était habituée, au fur et à mesure, à combattre avec le handicap de ces articulations déplacées, de ce cuir trop lâche, de cette protection en berne. L'équilibre de ses lames, quant à lui, était parfait, et s'il ne l'était pas, elle y était habituée. Cependant, ses armes étaient déjà lourdes, et elle était suffisamment musclée pour les manier et elle avait entendu la fin de sa phrase sans qu'il la prononce. Elle ne put donc s'empêcher de grimacer, dévoilant légèrement ses dents. Elle savait qu'elle était parfois trop fière pour son propre bien, mais elle avait survécu et survivrait encore, quand certains hommes ne l'avaient pu. Elle n'aimait pas cela, mais elle ne dit rien... pour l'instant.

Il lui montrait, mimait ce qu'il comptait faire, ce qu'il entendait pas chaque terme. Il était enthousiaste et cela jouait en sa faveur. D'ailleurs, de lui proposer de lui apprendre quelques petites astuces qui pourraient l'aider dans sa vie de tous les jours, dans ses missions et ses expéditions... Oui, très sincèrement, cela pourrait la sauver. D'ailleurs, si elle avait pu rafistoler son armure avant que... Non! Elle s'était dit qu'elle ne voulait pas y penser! Mais malgré tout, ç'aurait été un atout non négligeable. Lorsqu'il montra la partie enfoncée de l'armure en lui disant qu'elle avait eu de la chance, elle haussa un sourcil ironique. C'était une façon de le dire. Elle n'aurait pas eu besoin d'avoir de la chance si personne n'avait été dans la ligne de mire d'un Géant des Forêts. Fichu Erian. Mais malgré tout, elle l'aimait bien, ce qui était compliqué pour elle.

Elle était en train de réfléchir à ses relations compliquées aux gens en général et à ce Lycan en particulier, tout en essayant de ne pas gratter ses blessures. C'est alors que le forgeron, dont elle ne connaissait d'ailleurs toujours pas le nom -mais elle ne s'était pas présentée non plus, cela dit- lui posa une question étrange sur ses blessures. Elle n'en comprenait pas vraiment la teneur, et surtout l'aboutissement. Les sourcils froncés, elle le regarda donc, décidée à répondre à toutes ses questions d'un coup:


"Aësnaya, maître Forgeron, c'est mon nom. Je dois t'avouer que je n'ai aucune idée de ce que je peux te répondre. Mes blessures sont dans mon dos et je n'ai pas croisé de miroir depuis... depuis trop longtemps pour la plupart de nos concitoyens, en règle générale. Celles que mes bras et mes jambes vont assez bien, mais j'ai été plaquée contre des arbres plusieurs fois depuis et ça n'a pas vraiment arrangé leur aspect. D'autant que je n'étais pas censée bouger et que je refuse de me priver d'entraînement. Les guérisseurs et moi ne sommes pas amis. Cela dit, n'hésite pas trop sur les lames, tu te rendras compte par toi-même qu'elles sont déjà assez lourdes, même si elles ne sont maniées que par une femme. Si tu en as besoin, je te montrerai comment je combats. Par contre, je ne suis pas contre quelques conseils, effectivement. Normalement je n'affronte que très rarement plusieurs créatures à le suite, mais les surprises sont mon lot quotidien, semble-t-il, et tout ce qui me permettra de survivre et de faire mon rapport sera bon à prendre. Ah, pour information, en dernier lieu... J'ai eu beaucoup de chance de m'en sortir sans me faire écraser la jambe. Mais personne n'a jamais loué les Géants des Forêts pour leur intelligence, c'est peut-être ce qui m'a sauvée."

D'un haussement d'épaule, Ësna, fataliste, savait bien que la chance seule n'était pas en jeu. Des années d'entraînement, de préparation physique, de combats, d'abnégation. Baignant dans le sang des monstres et du peuple d'Athël, c'est ainsi qu'elle avait grandi, et c'est probablement un monstre qui mettrait faim à ses jours, lorsque l'heure serait venue et qu'elle ne pourrait plus porter ses armes avec fierté. Mais si elle avait la possibilité de ne pas se jeter dans la gueule du monstre, elle prendrait ce qu'elle pourrait...
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MessageSujet: Re: Parce que, parfois, il faut battre le fer tant qu'il est chaud   Mer 14 Nov 2012 - 12:18

Alors qu'elle répondait à ses questions, le jeune forgeron se rendit compte qu'elle avait bien compris la phrase qu'il n'avait pas voulu finir. Il aurait pu lui expliquer que, vivant seul avec sa soeur, protéger les femmes était presque un mode de vie pour lui, mais il n'en fit rien. Il n'était pas du genre à se justifier de choses et d'autres. Il savait qu'il n'était pas mal intentionné envers la guerrière, et cela lui suffisait.

Lorsqu'elle évoqua par contre l'équilibre parfait de ses armes, ce dernier ne put s'empêcher de lui montrer que lorsqu'il faisait tenir en équilibre l'épée contre son doigt, à l'endroit sensée être le point de balance, chaque arme basculait vers l'avant ou l'arrière.

-"L'arme est bonne, mais c'est le problème des lames précises. Il faut beaucoup les entretenir, sinon elle vous font perdre en capacité de dégât, et vous prenne deux fois plus d'énergie. Quand vous reviendrez demain, je vous montrerai quelque chose. Et, je m'appelle Valar."

Ce qu'il faisait pouvait passer pour de la prétention, en effet. Mais il était simplement sûr de lui. Il n'accusait nullement la jeune femme de ne pas "s'y connaitre". Ce serait bien stupide d'accuser un guerrier de ne rien entendre aux armes. Elle s'était simplement habituée et n'avait de toute évidence pas le temps de se tenir au courant de toutes les petites nouveautés en technique de forge.
Alors qu'il l'écoutait parler, il ne put s'empêcher de s'étouffer avec son verre d'eau lorsque, sans grand détail, elle laissa entendre la raison pour laquelle elle avait fini dans cet état. Il avait, au cours de ses études, entendu parler de certains combattants solitaires. Des créatures à mi chemin entre guerrier et chercheur, de ce qu'il s'en souvenait. Il avait toujours imaginé des rustres barbus pour ce genre d'emploi. "Je lui poserai la question", se dit-il.

Il fut sorti de ses pensées et de la liste de choses qu'il souhaitait rapidement montrer à Aesnaya -elle apprendra vite, pensait-il-, lorsqu'il la vit de nouveau grimacer à cause de ses blessures.

-"Sans vouloir paraître indiscret, vous me montreriez vos blessures?" il poursuivit rapidement sa phrase pour s'expliquer "Je suis pas médecin, juste forgeron, mais je sais que certaines armures, lors de leur confection, sont enduites de certaines substances pour les rendre moins fragiles au froid, ou à l'eau. La vôtre a légèrement rouillé à l'intérieur. Ca veut dire que l'enduit s'est craquelé. Vous pourriez faire une réaction, comme votre peau est à vif. Ca peut devenir vilain."

Il espérait qu'en lui disant ça, elle ne se sente pas une fois de plus jugée par un macho qui la pensait incapable de s'occuper d'elle. Mais il avait déjà vu l'un de ses frères manquer de succomber à une fièvre violente à cause de ce genre de blessures, et l'armure avait pourtant subi des dégâts moins impressionnants. Il était par contre amusant de constater à quel point Aesnaya ne semblait pas en colère contre son assaillant comme l'avait été son frère envers ce Lycan.
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MessageSujet: Re: Parce que, parfois, il faut battre le fer tant qu'il est chaud   Mer 14 Nov 2012 - 15:01

Eh bien de toute évidence, l'équilibre de ses armes était faussé depuis un moment. Mais ce n'était pas véritablement une surprise, elle n'aimait en règle générale pas confier ses lames à qui que ce soit et son dernier voyage au pays était trop ancien. Il semblait logique que les armes soient désormais plus raffinées, et les techniques de forge plus élaborées qu'auparavant. Au moins, elle connaissait désormais son nom. Cela dit, lorsqu'il évoqua la rouille à l'intérieur de son armure, Ësna fut plus que surprise. Elle huilait l'armure très régulièrement, malgré les conditions extrêmes dans lesquelles elle devait parfois la porter, comme les Marais de Thaodia, où elle se serait bien passée d'aller avec quoi que ce soit en métal au vu de l'humidité intense qui y régnait, et des chutes régulières dues à un monstre ou à un autre. Quand elle y pensait, elle avait vraiment une vie formidable comparée à celle de ces oisifs des villes. Crapahuter dans la boue et les forêts pour s'assurer que les être non humanoïdes ne chercheraient pas à s'organiser ou n'étaient pas exploités par des gens peu scrupuleux.

Elle songeait d'ailleurs à acheter une monture, un jour ou l'autre, pour transporter son équipement et se sentir un peu moins seule. Mais il faudrait que celle-ci puisse se défendre toute seule pour qu'elle n'ait pas cette charge supplémentaire. Et elle y perdrait le contact direct avec le sol. Non en fait, ça ne présentait que des désavantages... Il faudrait bien qu'elle continue à marcher par monts et par vaux. D'ailleurs, cela lui rappela son dernier rapport. Et la prochaine mission qui allait lui être assignée. Probablement un endroit où personne ne voulait aller et surtout où personne ne s'était rendu depuis longtemps. Donc les Marais, très probablement. Avec un peu de chance, elle trouverait un Rôdeur des populations pour l'accompagner chez les Lycans, histoire qu'elle ne se retrouve pas avec de nouvelles cicatrices qui s'ajouteraient à celles-ci. Et pourtant, elle n'arrivait pas vraiment à en vouloir à Erian. Il avait accepté une de ses sculptures, après tout.

Lorsque le forgeron proposa de regarder ses blessures, elle haussa les épaules et retira sa chemise, dévoilant un large bandage qu'elle retira, dévoilant de nombreuses cicatrices déjà formées sur son dos, son ventre, ses bras, alors que ses avants-bras étaient toujours couverts de bandages serrés. Sous son omoplate gauche et en diagonal vers la droite s'étiraient les marques de quatre griffures assez profondes tranchant sur sa peau uniformément dorée et sculptée par des heures d'entraînement quotidien et une vie éloignée de la bonne chère. Sa "pudeur" était préservée par une bande de lin noire serrée sur sa poitrine dont les bretelles croisées assuraient un bon maintien tout en laissant apparent les trois autres feuilles tatouées sur son torse. Très loin d'être gênée, Ësna se tourna, exposant son dos à Valar, avant de reprendre la parole:


"Très honnêtement, ça me paraîtrait surprenant qu'il y ait un lien quelconque. Je n'avais pas mon armure quand j'ai reçu ces blessures, et je ne l'ai pas remise depuis. Et j'avais changé de chemise et m'étais lavée... D'autant plus que le guérisseur qui a fait ce bandage a nettoyé la blessure avec certaines herbes astringentes. Ce n'est pas la première fois que cet homme me soigne et je n'ai jamais eu de problèmes, malgré... eh bien leur grand nombre et mon style de vie, en somme."

D'un geste de la main un peu vague, elle engloba toutes ses conditions de vie, son métier difficile et dangereux, les terrains extrêmes, les rencontres inamicales... Et le combat. Il fallait vraiment qu'elle aille voir si son père était toujours vivant. Et son oncle aussi. Et... Décidément, ces derniers jours, elle se rappelait de beaucoup trop de choses qu'elle voulait oublier, et surtout lui. Secouant la tête elle attendit le verdict du forgeron, observant nonchalamment les gens qui passaient dans la rue et jetaient un œil effaré à l'Elfe à demi-nue bardée de dagues et de cicatrices. Tout ce qu'il purent voir sur son visage fut un sourire inamical et carnassier, inquiétant.
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MessageSujet: Re: Parce que, parfois, il faut battre le fer tant qu'il est chaud   Mer 14 Nov 2012 - 16:09

Bien qu'elle semblait convaincue du contraire, Valar avait déjà mené ce genre de vie nomade et savait qu'il était difficile de savoir avec certitude si il n'y avait pas eu telle ou telle situation qui aurait pu créer un environnement favorable à une infection quelconque. Il alla donc jeter un oeil sur les blessures, et hausse les épaules.

-"Pour moi, c'est l'armure qui vous donne des démangeaisons. Vous la portiez au moment où vous avez été percuté et l'enduit a du craquer au même moment. Mais je suis pas spécialiste."

Bien que certain de ce qu'il avançait, il n'aimait pas aller sur ce genre de terrain de discussion. Il lui conseilla alors simplement d'aller consulter l'Alchimiste non loin de chez lui, pour vérification. Mais l'aspect de la peau environnant les blessures lui semblaient ressembler trait pour trait à celles qu'il avait pu voir sur son frère. Il avait lui même de nombreuses cicatrices qui avaient failli mal tourner, par manque de soins ou par négligence. Certains de ses tatouages cachaient d'ailleurs par chance ces mauvais souvenirs qu'il n'aurait su expliquer à sa soeur si elle était venue à lui en parler. Il préférait rester à ses yeux le grand frère dévoué qui n'avait jamais commis d'erreur ou affronté des situations inavouables. Ou même, jamais aimé.

Il se contenta ensuite de récupérer les affaires d'Aesnaya puis se tourna a mi-chemin

-"Au fait. Elle vient d'où, l'armure?"

Il souleva la lourde caisse en bois pour la placer en hauteur et ainsi ne pas la mélanger avec ses autres commandes, bien qu'une telle erreur eut peut de chance de se produire, laissant sa courte chemise mouler son torse très bien dessiné et apparaître quelques pièces des tatouages qu'il avait sur le torse. Il balança sa tresse en arrière pour ne pas abîmer la racine de l'Arbre aux Lucioles dont elle était constituée. L'anneau autour de son cou roulait sur ses clavicules et son pantalon en cuir laissait voir la naissance de ses hanches. Son regard vert d'eau, qui bien qu'expressif, lui donnait toujours l'impression d'être pensif, sans pour autant laisser croire à son interlocuteur qu'il n'était pas impliqué dans la discussion, ou lassé.

Il revint ensuite vers la jeune femme pour entendre sa réponse, appuyé sur le comptoir de la petite forge. Il savait que l'armure et les armes étaient d'importance familiale et que donc, la personne et l'artillerie venait du même endroit. Ce qu'il n'arrivait pas à savoir avec précision, c'est quelle forge avait produit ces objets. Cette question était sans doute a double curiosité. Celle pour l'armure, mais aussi celle pour les origines de la jeune elfe. Il avait, dans son village natal, vu plusieurs femmes occuper des rangs militaires mais aucune n'en avait pour autant abandonné son besoin d'être féminine, parfois à l'extrême. Or, et bien qu'elle ne lui paraisse en rien masculine, Aesnaya n'avait hésité à se faire plusieurs tatouages, même sur le visage, et affichait une musculature mieux dessinée que les autres guerrières de sa tranche d'âge.
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Parce que, parfois, il faut battre le fer tant qu'il est chaud

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