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 La beauté est un jardin sauvage...

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Abygaël De Szentes
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MessageSujet: La beauté est un jardin sauvage...   Sam 2 Mar 2013 - 1:16



La beauté est un jardin sauvage...

La nuit avait déjà bien commencé et s’était déroulée petit à petit. La lune avait fait son apparition doucement mais sûrement et éclairait enfin la contrée des vampires. Ils n’étaient peut-être pas faits pour vivre dans la lumière, mais Abygaël ne pouvait s’empêcher d’aimer celle de la lune. Le seul astre qu’elle verrait toute sa vie. Plusieurs fois, elle s’était demandée ce que pouvait bien ressentir un humain ou un elfe ayant sur sa peau la douceur des rayons du soleil, sensation qu’elle ne connaitrait jamais au risque d’en mourir ou d’en devenir folle. La vampire devait donc se contenter de la seule lumière qui éclairait les nuits ainsi que des bougies. Rien d’extraordinaire pour ceux de sa race. Elle semblait elle-même être la seule à envier temps les races mortelles. En effet, cliniquement parler, elle était déjà morte, même si elle était née ainsi. Seul un monde sombre était destiné à son regard…

Après une heure passée en charmante compagnie, Aby avait quitté le parc régional de Màvreah. Là-bas, elle avait fait la connaissance d’un homme des plus étonnants. Seul fou capable de se promener à une telle heure dans la contrée des sanguinaires, il se promenait, accompagnée d’une chèvre, ou plutôt brebis. Exerçant le métier de fromager, il ne se séparait jamais d’elle. Rien que d’y repenser, un petit rire s’échappa des lèvres de la belle. Marchant d’un pas léger, sa silhouette féline se détachant sur le fond des arbres du parc qu’elle laissait derrière elle. Le but de sa soirée était simple : retrouver sa famille ou du moins le domaine sur lequel elle avait vécu. Soufflant comme pour se donner du courage, elle s’élança au pas de course, courant tel un prédateur derrière sa victime.

Quelques branches et racines semblèrent lui barrer la route, voulant l’empêcher de découvrir la vérité. Ses parents étaient-ils toujours en vie ? Et sa sœur ? Comment était-elle ? Belle ? Grande ? Lui ressemblait-elle ? Des milliers de questions se bousculèrent dans l’esprit d’Abygaël. Cela faisait si longtemps qu’elle attendait ce moment précis qu’elle n’était pas certaine de savoir quoi dire si elle se retrouvait directement en face de ceux qui portaient le même nom qu’elle, de ces géniteurs. Mâchouillant une de ses mèches de cheveux, stressé et en pleine réflexion, la guerrière se rendit à peine compte qu’elle arrivait dans le lieu où se trouvait tous les domaines des familles vampires les plus connues. Sauf qu’à priori, depuis quelques temps, les résidences étaient rachetées par d’autres races. Des non-vampires étaient donc assez fous pour venir s’installer ou passer leurs jours de repos dans Màvreah ? A cette pensée, Abygaël sourit légèrement. Certains d’entre eux ne finiraient pas leur vie à des centaines d’années… Cherchant du regard un indice qui pourrait indiquer à la jeune vampire lequel des manoirs était au De Szentes, elle remarqua un membre de sa race, assis sur un rocher. La belle s’avança, ajustant ses deux lames dans son dos et demanda où se trouvait donc le lieu qu’elle cherchait. Le blond ne leva même par le regard et pointa du doigt un long chemin qui cheminait vers une grande maison.

Abyga soupira pour se donner une fois de plus du courage et s’engagea dans l’allée qui était entourée de grands arbres majestueux. La bâtisse qui s’offrait à ses yeux était magnifique, grande et digne des vampires. Un sourire s’afficha sur son doux visage. Une fois le grand portail passé, le pas de la belle se fit plus lent, malheureusement, elle finit tout de même par atteindre la porte en bois qui était d’une taille impressionnante. Saisissant la poignée entre ses doigts, elle tapa celle-ci contre le bois trois fois et se retourna vers le parc du manoir. A cette heure-ci, au beau milieu de la nuit, elle ne réveillerait pas des vampires. Soufflant toujours plus, prête à se dégonfler, la porte grinça dans son dos. Avant même de se retourner, la belle prit la parole.

" Bonsoir. Puis-je parler à un membre de la famille de Szentes ? "

Pivotant sur elle-même, Abygaël fit enfin face à l’inconnu…


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Jeremiah l'Hirondelle
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MessageSujet: Re: La beauté est un jardin sauvage...   Lun 11 Mar 2013 - 0:39

    Deux semaines déjà que la propriété des Szentes était passé sous le contrôle de Jeremiah, dans le village proche on la désignait déjà entre initiés sous le nom de « Nid de l'Hirondelle ». L'appui silencieux des villageois était précieux pour le mage elfe, qui pouvait compter sur leur surveillance discrète du domaine en son absence et sur leur complicité pour éloigner les curieux. Il n'y avait guère que les rares voyageurs de passage qui approchaient la propriété, et bien souvent ces derniers étaient envoyés dans la direction opposée. Il faut dire que la présence de Jeremiah était bien moins contraignante pour les habitants de la région que les anciens occupants. Les serviteurs sanguinaires des Szentes avaient subi la redoutable flétrissure du temps, et c'est dans le sang qu'ils tentaient de se montrer les plus dignes de leurs anciens maîtres. Aujourd'hui grâce à la ruse sournoise de l'Hirondelle, les corps des serviteurs des Szentes avaient brûlé au fond des bois et leurs cendres dispersées aux quatre vents, comme pour lever la malédiction qui avait frappé la région.

    Après de longs travaux de nettoyage pour effacer les traces du terrible combat qui avait décimé les familles de serviteurs, Jeremiah avait passé un dernier coup de balai dans les pièces un temps souillées de rouge, en avait exploré et admiré les longs couloirs, puis s'était lancé à l'assaut de l'énorme bibliothèque de la propriété. Œuvre interminable, mais qu'il savait nécessaire et pleine d'enrichissements.
    Un soir, après avoir dîné, il vint s'asseoir sur les marches du grand porche. Le domaine était fantastique. Ses bâtiments superbes, les intérieurs magnifiquement entretenus, les jardins immenses, les grandes prairies ornées de superbes ruines qu'il lui tardait d'explorer, tout cela laissait envisager de fascinantes découvertes, des trésors enfouis, oubliés des plus vieilles familles. L'avenir était beau pour Jeremiah, mage de son état, pour qui ce domaine gigantesque constituait certes une charge de travail immense, mais surtout une mine inépuisable de savoirs antiques. Assis à contempler l'horizon rougeoyant au coucher du soleil, Jeremiah caressait le globe de cristal ornant le sommet de son bâton d'argent d'une mine pensive. Depuis son arrivée, il sentait un flux magique autour de lui, quelque chose qui semblait venir de la terre elle-même. Il y avait alentour un mystère, une chose de magie indistincte et floue, mais dont il se faisait fort de percer le secret. Tout en réfléchissant, il plongeait son regard dans la sphère de cristal, observant l'éclat blanc qui y luisait. Le bâton d'argent des mages de guerre d'Evanya était à la fois un symbole, un instrument de magie et un catalyseur, attirant à lui les fils de magie pour les mettre à la disposition de son porteur. Il ne pouvait s'y tromper, il y avait ici plus de magie qu'il ne devrait y en avoir. Jeremiah se promit de mener sa petite enquête. Le soleil s’abîma derrière l'horizon dans une dernière explosion de couleurs flamboyantes puis disparut, laissant progressivement place aux ténèbres et aux ombres dévorantes. Un instant plus tard, Jeremiah se levait, franchissait la grande porte et en referma les lourds battants. La nuit n'était pas son domaine, il jugeait plus prudent de se retirer et faire profil bas durant ces instants, tout en sachant qu'au cours de la nuit, ses amis veilleraient pour lui. Sur ses pensées rassurantes, Jeremiah alla se coucher, dans une chambre quelque peu à l'écart, au premier étage et à l'extrémité de l'aile droite. Il n'osait pas encore coucher dans l'immense chambre des anciens maîtres de lieux et son lit gigantesque, aux lourdes tentures et aux superbes boiseries. Le contraste avec ses modestes quartiers au Palais du Conseil était trop important. Mais il s'y risquerait sans problème dans quelques temps sans doute, jouir un instant du luxe le plus ostentatoire n'étant pas prohibé par sa fonction ni par ses principes. Arrivé dans la pièce qu'il avait investie, Jeremiah déposa son bâton d'argent contre le mur, suspendit sa pèlerine au dos d'une chaise puis s'assit devant l'imposant bureau qui constituait, avec le lit en bois sombre, les deux éléments du mobilier de la pièce les plus notables. C'est d'ailleurs pour ce grand bureau que Jeremiah avait choisi de s'y installer, sa vieille habitude de poursuivre fort tard ses études dans la nuit ne l'ayant pas quitté. Religieusement, il ouvrit le grand livre qui y était posé, celui dont il avait entamé la lecture l'avant-veille, prépara ses feuilles de note, sa plume et son encrier, puis reprit sa lecture au point où il l'avait laissé. Cet ouvrage, tiré de l'imposante bibliothèque du domaine, avait attiré son attention par la place qu'il occupait dans les collections, bien en vue sur un piédestal, et par son titre, brodé en lettres d'or sur la couverture de cuir rouge : « Histoire de la très noble et très illustre famille Szentes ». Le texte, n'ayant que peu d'attrait littéraire, était très certainement d'écriture récente, et selon toute probabilité écrit par l'un des domestiques du domaine, sans doute pour glorifier la mémoire de ses maîtres. Mais ce texte, aussi partisan soit-il, devait forcement receler une part de vérité, et faute d'une meilleure source d'informations sur les anciens occupants des lieux, Jeremiah s'en contentait. En relevant les points les plus cruciaux et en éliminant les plus imprécis et improbables, il parviendrait bien à produire un récit cohérent, dans lequel il espérait bien trouver des éléments de réponse à ses questions. Au bout d'un long moment, alors que la mèche de la lampe près de lui diminuait considérablement, Jeremiah fut brutalement arraché à sa lecture. On venait de frapper à la porte.

    Aussitôt, l'elfe se leva et tendit l'oreille, à l’affût du moindre bruit. Mais plus rien, hormis ces coups ayant rompu le profond silence qui régnait sur les lieux. La nuit était déjà avancée, il s'agissait très probablement d'un vampire. Mais de qui cela pouvait-il bien s'agir ? Sûrement pas une menace, qui ne s’embarrasserait pas d'une politesse excessive si le but de sa visite était de chasser l'usurpateur elfique. En revanche, il pouvait s'agir d'un message l'en avertissant. En effet, chaque nuit, un habitant du village se tenait négligemment au bord du chemin menant à la propriété, et au moindre signe suspect avait pour consigne de venir en avertir le mage. Il pouvait donc s'agir de cela, aussi Jeremiah se hâta d'aller ouvrir. Chaussant ses grandes bottes noires, il descendit les vastes escaliers en pantalon de toile et chemise, laissant dans sa chambre son bâton d'argent, peut-être imprudemment, puis, parvenu devant les imposants ventaux, il tira sur l'anneau de métal et ouvrit.
    Généralement, en ouvrant une porte, l'on s'attend à découvrir une personne, quelle qu'elle soit, mais généralement de face. Or, cette fois, Jeremiah se trouva face à un dos. Enfin le dos d'une personne, mais cela avait de quoi le surprendre. Observant d'un coup d’œil ce dos, il en déduit d'après ses courbes qu'il s'agissait d'une femme, d'apparence jeune et plutôt séduisante, même si en cet instant la bagatelle ne faisait pas partie de ses préoccupations. N'ayant jamais vu ce dos il en déduit immédiatement que si personne ne l'avait averti, c'est que la sentinelle en poste ne la considérait pas comme une menace, mais à n'en point douter, l'on veillait dans l'ombre sur eux. Alors qu'il faisait ce raisonnement, la jeune femme parla, puis se retourna vers lui.

    Les traits de son visage étaient beaux et doux, son teint de porcelaine suggérait effectivement une vampire, mais il n'y avait dans son ton ni dans son visage de l'animosité. Il n'y lisait que de la surprise, la même qui devait peindre son propre visage très probablement, la surprise de se trouver face à un membre de la race elfique à la porte d'un domaine vampirique au cœur de Màvreah, ce qui était compréhensible. Malheureusement pour l'elfe, la question que la jeune femme venait de poser était très embarrassante. Que répondre ? Que répondre en ignorant tout des motivations de sa visiteuse du soir ? Devait-il se faire passer pour un serviteur des Szentes en attendant d'en savoir plus ? Lui lancer la vérité la plus crue au visage ? Cette question était si soudaine, et il avait si peu réfléchit à ce qu'il pourrait dire dans de telles circonstances, qu'il se retrouvait totalement pris au dépourvu. Après un long instant de silence, durant lequel les yeux du mage demeurèrent plongés dans ceux de la jeune vampire, comme pour y chercher des éléments de réponse, Jeremiah se résolut pour un faux-fuyant, la vérité la plus stricte, sans information superflue, d'une voix neutre et amicale :

    « Voilà bien des années que les Szentes ont déserté la région. Je suis le nouveau propriétaire des lieux. En quoi puis-je vous être utile ? »


    Il avait dit cela d'un ton poli et souriant, mais tout son esprit était en éveil, aux aguets, prêt à interpréter la moindre réponse de la part de la jeune vampire. Son charmant visage n'avait rien d'hostile, il y lisait presque au contraire un certain trouble. Elle ignorait sans doute qu'il n'en était pas moins troublé, et qu'une grande part de son avenir se jouerait dans les prochains instants. Les pires scénarios se présentaient à son esprit, il envisageait à toute vitesse comme les éviter, mais tout dépendait de la réponse que lui ferait cette charmante vampire, dont l'éclat les yeux avaient décidément un éclat fort étrange. Ces yeux-là avaient quelque chose d’infiniment complexe, comme si le fait de frapper à cette porte était l’aboutissement d’une longue, très longue suite d’évènements, dont Jeremiah ne pouvait encore deviner la portée. Pourvue qu’il parvienne à en savoir d’avantage sans se compromettre… Et après tout, tout ce qui touchait au domaine le touchait aussi, car c'était son domaine à présent. La curiosité gagnait la première manche, sur un argument bien bancal il est vrai.
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Abygaël De Szentes
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MessageSujet: Re: La beauté est un jardin sauvage...   Mar 26 Mar 2013 - 13:34



Les questions se bousculaient dans les pensées de la vampire. L’espace d’un instant, elle ferma les yeux et imagina sa vie comme elle aurait dû l’être…

* La jour venait de se lever sur la contrée des vampires et rapidement, tous ceux faisant parti de cette race avaient pris la fuite, traqués par leur pire ennemi, le soleil. Les portes des domaines se refermèrent et les quelques rares humains qui osaient habiter le territoire profitaient de la journée pour vaquer à leurs occupations sans avoir peur de finir en repas surprise pour les assoiffés de sang. Dans le domaine de la famille de Szentes, des rires enfantins s’échappaient par les fenêtres bien que calfeutrées. La lumière était allumée et des ombres passaient rapidement sur les murs. Une folle course-poursuite venait d’être lancée à travers la demeure. Deux petites filles couraient, souriantes, cherchant à s’attraper l’une comme l’autre, râlant car la plus grande était plus rapide, râlant quand la plus petite était plus agile. S’échangeant les rôles à chaque toucher, trébuchant dans les tapis et se cognant à chaque meuble dépassant un peu trop dans les couloirs, les deux vampires encore jeunes étaient totalement différentes mentalement, ou plutôt, complémentaires. Les sœurs s’amusaient ensemble, comme elles pouvaient se disputer quelques minutes auparavant. Tout cela sous le regard attendri de leurs parents. Le jour avait déjà bien débuté que les deux fillettes se glissaient dans leur grand lit, un baiser sur le front de leur père et de leur mère. Dans les bras de l’une et de l’autre, les petits démons fermèrent les yeux pour faire de beaux rêves... *

Abygaël rouvrit les yeux, alors que ceux-ci étaient pleins de larme. Sa vie aurait pu être comme cela, malheureusement ce ne fut pas le cas. Elle avait été heureuse, certes, mais ce n’était pas ce que le destin lui avait réservé en la faisant naître dans la famille de Szentes. Elle soupira alors que la porte venait de s’ouvrir et qu’elle avait prononcé quelques mots, essuyant les larmes sur ses joues. Sauf qu’elle s’attendait à croiser le monde, mais pas un elfe. Il se tenait dans l’encadrement de la porte, le détaillant du regard, paraissant aussi surpris qu’elle-même le fût. Que pouvait bien faire un elfe au beau milieu de la contrée vampirique et surtout dans le domaine de sa famille ? Une fois de plus, la vampire fut complètement déstabilisée. Bouchée bée et ses grands yeux dorés surpris, elle regarda cette personne qui n’aurait pas dû être là. Quelques secondes passèrent, voir minutes sans qu’aucun des deux individus ne prononcent un mot. L’ignorance était une de pires choses qui pouvait exister pour la belle, toujours pleine de curiosité et d’avidité de connaissances. Alors ils restèrent là, plongeant leurs regards l’un dans l’autre. L’elfe parut se ressaisir avant Aby alors qu’il prenait la parole d’une voix douce et posée.

" Voilà bien des années que les Szentes ont déserté la région. Je suis le nouveau propriétaire des lieux. En quoi puis-je vous être utile ? "

Alors là c’était la cerise sur le gâteau. Abygaël crut qu’elle allait se sentir mal. Son cœur se mit à battre la chamade devant les révélations de l’inconnu. Il affichait un sourire se voulant certainement rassurant mais la panique pouvait certainement se lire dans le regard de la belle. Pourtant, l’elfe semblait aussi peu certain qu’elle. Franchement, elle semblait réellement en état de lui sauter à la gorge et d’aspirer son sang ainsi que sa vie ? Elle n’avait pas l’esprit pas à cela et d’ailleurs ne l’avait jamais eu. Si elle tuait, c’était de ses armes et des gens qui le méritaient. Une vampire justicière, beaucoup auraient trouvés cela drôle. Son regard se porta à droite puis à gauche comme si elle recherchait les vestiges d’un passé qu’elle aurait voulu connaître. Mais ce domaine était-il réellement dans l’état où ses parents l’avaient laissé ? Peut-être que l’elfe avait tout démoli ? Peut-être que l’elfe n’avait rien gardé ? Aby ne comprenait toujours pas. Pourquoi sa famille n’était pas là et pourquoi avaient-ils quitté la contrée vampirique ? Déjà que la belle n’était pas en pleine confiance lorsqu’elle était arrivée, voilà maintenant que tout semblait s’effondrer autour d’elle.

" Je… "

Juste un mot, un son, rien de plus. Abygaël était incapable de sortir quelque chose de plus de ses lèvres. A vrai dire, elle ne savait même plus quoi dire. Elle avait préparé tellement de scénarios et de discours dans sa tête, pour toutes les situations, sauf celle-ci. Bien qu’elle n’ait pas la besoin de respirer, son souffle se coupa et la panique prit le dessus. Rapidement, la vampire décida de s’asseoir sur les marches du perron, les coudes appuyés sur ses genoux et le visage enfoui entre ses mains. Il y avait forcément une explication logique à tout cela. Premièrement, sa famille ne pensait plus qu’elle était en vie d’après ce qu’elle avait entendu dire. De plus, retrouver une petite vampire après la guerre aurait été une tâche complètement folle, les terres étant dévastées et les peuples séparés. Les yeux fermés, une larme roulant sur sa joue, la tension des quelques jours qui venaient de passer et de toute sa vie se relâchait enfin. Aby n’aimait pas se donner un spectacle, mais là, elle se fichait bien de l’avis et du regard que l’elfe pouvait poser sur elle. Quelques minutes passèrent, peut-être deux ou trois, puis elle redressa la tête, jetant un coup d’œil au nouveau propriétaire des lieux.

" Que restent-ils d’eux ? Puis-je voir les lieux ? Je ne vous dérangerais pas longtemps et je serai discrète. Dormez si vous le voulez, j’aimerai juste apprendre à les connaître par leurs biens s’il y en a encore… "

Assise sur ses marches, son regard se perdit un instant dans la voûte stellaire, cherchant parmi les étoiles les réponses à ses questions…


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Jeremiah l'Hirondelle
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MessageSujet: Re: La beauté est un jardin sauvage...   Dim 9 Juin 2013 - 23:17

    Les mots prononcés par Jeremiah avaient été judicieusement choisis. Par rapport à sa situation très complexe face à une vampire venue s'enquérir des anciens propriétaires des lieux, l'elfe se disait qu'il avait choisit très habilement les termes à employer. En dire assez sans se compromettre, c'est là l'art très délicat du négoce. Mais malgré cette satisfaction il n'en menait pas large. L'effet de ses paroles fut toutefois bien différent de celui escompté.
    Devant ses yeux il vit le visage de la jeune vampire se décomposer, comme ravagée par une déception indescriptible, un choc terrible, l'anéantissement d'un espoir sans doute très ancien, tant de fois fragilisé, mais qui venait par ses mots à lui de recevoir le coup de grâce. Jeremiah en était extrêmement déstabilisé. Il vit les lèvres de la demoiselle trembler, un son indistinct s'échapper de ses lèvres, puis ses jambes ne semblèrent plus pouvoir la supporter et elle s'assit sur les marches en lui tournant le dos, le visage dans les bras. Pleurait-elle ? Jeremiah ne saurait le dire, mais cette visite nocturne si impromptue pour lui semblait sonner le glas de tout un pan de l'existence de cette jeune vampire, et il ne pouvait nier sa responsabilité. Tandis que la jeune femme reprenait ses esprits, celui de Jeremiah fonctionna à toute allure, et peu à peu un frisson glacé s'installa le long de sa colonne. Il allait sans dire que l'unique responsable du malheur de la jeune vampire était lui-même, puisque si les domestiques étaient demeurés en vie, ils auraient sans doute pu aider la jeune femme. Son trouble extrême tendait à démontrer qu'elle était proche de cette famille, peut-être en faisait-elle même partie. Cette pensée acheva de terroriser Jeremiah. Comment réagirait-elle si elle apprenait que l'elfe qui occupait à présent les lieux avait été l'instigateur du meurtre des derniers témoins vivants de cette époque où les Szentes régnaient en maitres sur les environs ? Jeremiah réprima un frisson, s'imaginant livré à la fureur de cette vampire, qui bien que peu menaçante, n'en demeurait pas moins un prédateur né, se nourrissant de sang, et tout à fait capable de venir à bout d'un elfe adulte, surtout un piètre combattant comme lui. Qui sait si sa fureur n'allait pas se retourner contre lui, même sans connaitre toute la vérité ?
    Mais alors qu'il se faisait ces sombres réflexions, un éclair de lucidité traversa son esprit engourdi par l'angoisse. Si cette jeune femme connaissait les Szentes, elle savait très probablement des choses sur leur histoire, et peut-être même sur leurs secrets. Aussitôt l'avidité de connaissances reprit le dessus, et un sourire qui s'apparentait plus à une grimace de convoitise et de sournoiserie. Une seule chose comptait vraiment pour lui, découvrir cette source de magie cachée quelque part, et pour cela il était prêt à tout, y compris à manipuler une jeune femme en proie à une grande douleur émotionnelle. Il se le reprocha lui-même, mais il y avait tant à gagner en redécouvrant la magie, qu'il ne comptait pas laisser passer une telle occasion.

    La demoiselle releva vers lui des yeux brillants et demanda à voir l'intérieur, et en voyant ces yeux pleins d'une douleur sincère et déchirante, Jeremiah sentit son cœur se briser et il se maudit d'avoir des pensées aussi cruelles que de profiter du chagrin d'une demoiselle. Il sentit sa poitrine se gonfler d'une grande bouffée d'air et c'est avec de grands yeux où luisaient une émotion sincère et une voix vibrante qu'il lui répondit en ces mots :


    "Mais bien entendu, je vous en prie entrez donc. D'ailleurs je crois pouvoir vous aider. Suivez-moi."


    Tandis qu'il s'effaçait pour la laisser passer, il vit dans les fourrés proches du porche un visage qui les observait dans les ténèbres. Il s'agissait en effet du fils du maréchal-ferrant du village, un garçon très débrouillard, à qui il adresse un discret geste tranquillisant de la main, pour le rassurer sur le statut de sa visiteuse du soir, qui devenait de fait son invitée.
    La guidant à travers le hall monumental obscur, puisqu'il ne restait plus de lumières allumées, jusqu'à la grande bibliothèque avec son si haut plafond et ses immenses rayonnages. Dans la grande cheminée grillagée finissait de se consumer les braises d'un feu, que Jeremiah raviva en passant d'un geste de la main et d'une brève incantation psalmodiée. L'instant d'après un feu puissant ronflait dans l'âtre, diffusait sa lueur mouvante sur les tranches dorées des ouvrages. Sans s'arrêter, Jeremiah poursuivit son chemin jusqu'au centre de la pièce où trônaient plusieurs fauteuils ouvragés autour d'une table basse et invita la jeune vampire à prendre place sur l'un d'eux. Tout en s'inclinant légèrement, il lui dit :


    "Veuillez m'excuser quelques instants, je reviens tout de suite avec quelque chose qui devrait vous intéresser."


    Tandis qu'il s'éclipsait puis qu'il montait deux par deux les marches menant à sa chambre, Jeremiah réalisa que son inclinaison du buste et son empressement trahissaient sa nervosité. Malgré lui il avait toujours peur de la vampire, peur qu'elle apprenne ce qui était réellement advenu aux précédents occupants, peur qu'elle s'en prenne à lui. Se secouant, il s'empara du lourd et volumineux volume, de son carnet de note puis redescendit, plus lentement et plus difficilement les mêmes escaliers, avant de réapparaitre dans la bibliothèque avec son fardeau. Il le posa sur le pupitre où il reposait précédemment puis le présenta à la jeune femme :

    "Voici l'histoire des Szentes, des origines fantasmées jusqu'à il y a peu. Le récit est très romancé je vous l'accorde, mais il devrait pouvoir vous apporter des réponses."


    Jeremiah voulait en dire plus, mais il se retint, et, croisant les mains dans le dos, s'écarta du grand livre pour laisser la jeune femme s'en approcher. Pourtant, une question lui brulait les lèvres depuis bien trop longtemps, et il la posa tandis qu'il ne quittait pas des yeux la demoiselle, guettant sa réaction :

    "Si je puis me permettre, pourquoi désiriez-vous tant rencontrer les anciens propriétaires ? Seriez-vous affiliée à la famille Szentes ?"


    Il avait posé cette question poliment, mais cela avait une importance capitale pour lui. Il espérait toujours que la demoiselle se dévoile la première et lui permette de préparer ses réponses en conséquence. Pour cacher son intérêt pour sa réponse, il poursuivit avec précipitation :

    "Veuillez m'excuser, je manque à tous mes devoirs. désirez-vous boire quelque chose ?"




Spoiler:
 
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Abygaël De Szentes
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MessageSujet: Re: La beauté est un jardin sauvage...   Ven 25 Oct 2013 - 18:15



Tout allait si vite, tout n’était qu’incompréhension pour la belle vampire. Que le destin semblait cruel avec elle. Celui-ci avait semblé lui mettre des bâtons dans les roues toute sa vie, il avait parsemé son chemin d’embuches et voilà qu’il venait l’achever avec un dernier coup qui aurait pu lui être fatale. Pourtant, Abygaël était forte, même si cela semblait difficile à croire à ce moment précis. Son cœur semblait être pris dans une prison d’argent qui se resserrait peu à peu tant la douleur était puissante. Toute une vie de recherche et de doute, toute une vie qu’elle avait eu mais finalement n’était que du vent. Tout cela venait de s’évanouir dans un nuage de fumée qu’elle ne pouvait plus saisir, dans un morceau de temps qu’elle ne pouvait plus rattraper. La quête qu’elle avait entrepris n’aurait certainement pas dû se terminer ainsi, aucun de ses scénarios n’avaient été envisagés. La fin heureuse, le rejet mais pas l’absence de réponse. Cependant, ce n’était pas une simple mission mais bien un moyen pour Aby de savoir qui elle était, d’où elle venait. Ne pas connaître ses origines était pour elle un véritable fardeau et depuis qu’elle avait appris son adoption, elle n’avait plus guère l’impression de se connaître…

L’elfe qui vivait maintenant dans le domaine des parents de Szentes ne devait pas comprendre. Pourtant, ce n’était pas ce sentiment-ci qui avait pris possession de son corps l’espace de quelques instants. Abygaël avait pu ressentir la crainte qui l’avait pris à la gorge. Il avait peur de quelque chose, mais de quoi ? Etait-il responsable de la mort de ses parents ? Ce n’était pas possible, un simple elfe ne pouvait pas avoir causé la perte de cette famille vampirique et de sang noble. L’histoire de la lignée devait être longue et peut-être que le destin et la malchance s’étaient aussi abattus sur elle, peut-être que tout cela n’était qu’une vieille malédiction héritée de la famille. Le nouveau propriétaire se sentait certainement mal à l’aise et il avait bien raison. Abygaël se noya dans son esprit sous une centaine d’injures. Quelle honte pour elle de se donner ainsi en spectacle. Sa mâchoire se serra ainsi que son cœur pour une dernière fois. A présent, elle était seule, définitivement seule et elle devrait vivre ainsi.

Abygaël s’était redressée, chassant les dernières larmes de ses joues de porcelaine et posa son regard sur l’elfe. Qui était-il ? Accepterait-il de l’aider, même si ce n’était pas grand-chose ? La question qu’elle lui avait été posé semblait si simple, si primaire mais tellement important à ces yeux. L’hôte des lieux mit à son tour quelques secondes à répondre, certainement désorienté face à ce surplus d’émotions qui pouvaient se lire dans le regard doré de la vampire. Avait-il peur d’elle ? Il ne devait pas. Aby s’était nourri et n’avait en aucun cas l’intention de s’attaquer au nouveau propriétaire du domaine. L’homme aux oreilles pointues inspira avant de lui répondre le visage et la voix pleins de compassion.

" Mais bien entendu, je vous en prie entrez donc. D'ailleurs je crois pouvoir vous aider. Suivez-moi. "

Ce fut comme un soulagement pour la justicière armée qui sentait déjà un léger poids se retirer de ses épaules. Si elle avait l’impression que la masse du monde pesait sur son frêle corps, l’elfe semblait décidé à l’aider. Il y avait peut-être encore des gens bien sur ces terres. Abygaël sentit comme du baume se mettre sur son cœur l’espace de quelques instants. Si le domaine de ses parents était entre de bonnes mains, elle ne pouvait qu’en remercier le dieu qui avait déjoué les forces de ce destin qui semblait si cruel. Un mince sourire se dessina sur les lèvres de la belle qui hocha doucement la tête lorsque l’elfe se recula pour la laisser entrer dans la bâtisse. La douce avait senti une autre présence dehors à cet instant précis mais ne s’en soucia pas, elle n’était pas ici pour mettre le domaine à feu et à sang, alors être surveillée ne la dérangeait pas plus que cela. Attendant l’hôte dans le hall, la buveuse de sang le suivit dans une obscurité qu’elle affectionnait tout particulièrement jusqu’à ce qu’ils pénétrèrent dans une pièce qu’Abygaël aurait adoré lorsqu’elle était enfant. L’elfe invita sa nouvelle invitée à s’asseoir avant de s’excuser et de filer.

La vampire laissa son regard glisser sur les murs, découvrant la salle avec des yeux de gamine, un regard émerveillée et la bouche légèrement bée. Le plafond était très haut et les étagères de livres étaient si immenses qu’elles devaient certainement atteindre cette voûte de pierre. Il y avait tant de livres, tant de nouvelles connaissances à lire, tant de nouvelles choses à apprendre. La belle aurait pu passer des heures ici, assise sur les grands tapis, entourée de dizaines, voire de centaines de bouquins narrant différentes histoires imaginaires ou non. Un sourire triste se dessina sur son visage à ces pensées, elle aurait tellement bien grandi ici, vivant dans l’amour et le bonheur de ses parents. L’odeur des vieux parchemins était mêlée à celle du foyer qui se trouvait dans la grande cheminée de pierre. Le regard d’or de la vampire se plongea dans la danse des flammes jusqu’à ce qu’elle réalise ce qu’avait fait l’elfe. D’un simple geste de la main et dans une parole marmonnée, le feu avait été ravivé et s’était remis à gesticuler sous les assauts des différents courant d’air. L’homme qui avait décidé de l’aider était-il ce que les livres appelés des mages ? Ce fut une étincelle de curiosité et d’avidité qui se mit à briller dans les pupilles d’Abygaël, volant la place de la tristesse l’espace de quelques instants. Tendant l’oreille pour écouter l’elfe, la vampire se posait une multitude de questions et surtout, comment marchait la magie ? Les marches de l’escalier craquèrent alors que le maître des lieux revenait au pas de course et vint poser un lourd manuscrit sur le pupitre qui se trouvait non loin d’Aby.

" Voici l'histoire des Szentes, des origines fantasmées jusqu'à il y a peu. Le récit est très romancé je vous l'accorde, mais il devrait pouvoir vous apporter des réponses. "

La vampire sentait bien que l’elfe avait encore pleins de choses à dire mais il n’en fit rien. Il avait certainement lu certains passages de ce bouquin, voir l’intégralité. Il se recula légèrement, croisant ses mains dans son dos et suivant du regard la belle. Celle-ci venait de se lever, la curiosité se dessinant sur les doux traits de son visage. Pourtant, ses pas étaient lents et peu assurés, même si la distance qui la séparait du livre était des moindres. Abygaël se pencha légèrement sur le pupitre, faisant glisser le bout de ses doigts sur la couverture en cuir du livre, attendant qu’il lui révèle tous les secrets de sa famille. Elle ne savait rien de son nom et ce simple objet pourrait certainement lui apprendre énormément de choses. A peine avait-elle ouvert le manuscrit sur une page blanche que l’elfe reprit la parole.

" Si je puis me permettre, pourquoi désiriez-vous tant rencontrer les anciens propriétaires ? Seriez-vous affiliée à la famille Szentes ? "

" En effet, je suis la dernière de leurs filles. Enfin, d’après le peu de choses que je sais. Je suis Abygaël de Szentes, et vous ? "

La vampire venait seulement de se rendre compte qu’elle avait pénétré dans la maison d’une personne qui lui était totalement inconnue. Elle ne connaissait rien de cet elfe, ni prénom, ni nom. Pourtant, son hôte ne répondit pas à la question de suite, s’empressant de reprendre la parole.

" Veuillez m'excuser, je manque à tous mes devoirs. Désirez-vous boire quelque chose ? "

C’est là que ce mystérieux inconnu parvint à faire sourire franchement la vampire depuis son arrivée. Quoique, cela pouvait être effrayant car ses crocs venaient de se dévoiler dans un éclat de blancheur. Abygaël ne voyait pas ce que l’elfe pouvait bien lui proposer. Du jus de citrouille ? Très peu pour elle. Feuilletant le livre doucement, le titre apparut enfin aux yeux de la belle : « Histoire de la très noble et très illustre famille Szentes ». Quelques secondes de silence vinrent répondre à l’elfe qui semblait attendre une quelconque réaction de la part de son invitée. La belle fixait les lettres qui semblaient exprimer tant de choses. Le cœur d’Aby était tiraillé entre joie et tristesse. Joie car elle tenait dans ses mains le livre de sa famille, le livre qu’avaient certainement tenus ses parents avant elle. Tristesse car ce bouquin serait certainement le seul lien qui l’unirait à jamais avec ceux qui l’avaient mis au monde. Relevant son regard doré vers l’elfe, elle lui fit un léger sourire bien que dans ses yeux brillaient quelques larmes.

" Non merci. J’ai bu avant de venir, je ne savais pas sur qui je pouvais tomber, j’ai bien fait on dirait. De toute façon, je doute que vous ayez ce qu’il faut pour des vampires. Mais ne vous en faîtes pas pour moi, servez-vous donc ce que vous voulez, je me ferai petite. "

Voilà qu’elle faisait un peu d’humour avant de se replonger dans les lignes du bouquin, l’histoire commençant à défiler devant ses yeux…

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Jeremiah l'Hirondelle
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MessageSujet: Re: La beauté est un jardin sauvage...   Lun 10 Mar 2014 - 3:37

    Un silence des plus pesants venait de tomber sur la grande bibliothèque. Seuls les mouvements de pages venaient troubler ce silence, lourd comme une chape de plomb. Mais il y avait une chose que seul Jeremiah pouvait entendre, et c’était les battements de son propre cœur, qui frappait comme un tambour. Il pouvait presque l’entendre résonner dans tout ce vide et ce silence. Le visage blême, reculé contre le dossier d’un fauteuil, il fixait avec des yeux agrandis par la peur la demoiselle qui lui tournait le dos, plongée dans le livre des origines de cette famille. Sa famille !

    Anéanti, Jeremiah voyait déjà sa fin arriver. Quelle émotion avait été celle de la demoiselle quand il lui avait raconté la terrible vérité, l’absence de ceux qu’elle espérait probablement trouver ici, seule et malgré tout se raccrochant à l’espoir. Il avait tout brisé en lui racontant leur départ. Et maintenant voilà qu’elle lui apprenait qu’elle en était la dernière descendante, celle qui pouvait légitimement prétendre à la propriété de ce domaine que lui, Jeremiah, venait de conquérir par la ruse, et occupait dans la clandestinité, avec la complicité coupable des habitants du village voisin. Et cette ruse avait impliqué la mort des derniers témoins vivants du règne des Szentes sur ces terres, des témoins que lui, Jeremiah, avait poussé à s’entretuer. Il n’y avait que lui qui était responsable d’un tel carnage, dont il avait dissimulé les traces comme un meurtrier. Il n’osait penser à ce qu’elle lui ferait subir si elle venait à l’apprendre, surtout si la famille Szentes était aussi terrible que ses serviteurs tentaient de le montrer. C’est alors que, répondant à sa dernière question, la belle vampire acheva de faire courir un frisson d’effroi le long du dos de l’Hirondelle.

    « Bu avant de venir » ? Ces quelques phrases étaient terrifiantes pour qui se sait totalement à la merci du coup de colère d’un vampire. Jeremiah trembla de tous ses membres, observant ce dos si dangereux. Il se voyait déjà réduit en pièces, lui l’usurpateur, le meurtrier, le bétail. Et soudainement, il se ressaisit.


    Non, il ne devait pas céder à la panique, cette vibration le long de la colonne, celle qui fait perdre ses moyens, et surtout se trahir. Soyons calme, se dit-il. La jeune vampire n’avait manifesté aucune agressivité pour l’instant, ses manières étaient même timides et délicates, elle n’était décidément pas de la veine des monstres sanguinaires qu’il redoutait, bien qu’elle ait les mêmes goûts pour l’hémoglobine que ceux de sa race. Et tant qu’il ne paniquerait pas, il ne se trahirait pas involontairement. S’inclinant brièvement comme s’il s’absentait un moment, Jeremiah salua, laissant la jeune femme plongée dans sa lecture puis sortit discrètement, gravissant à nouveau quatre à quatre les escaliers menant à sa chambre et s’empara de ses nombreuses pages de note, prenant au passage son grand bâton d’argent orné de son globe de cristal enchâssé, comme pour se rassurer. Il tira de ses provisions un flacon de liqueur de fruits, de deux verres en cristal puis redescendit. En traversant le grand hall plongé dans l’obscurité, il se demanda s’il pouvait réellement dire la vérité et renoncer à tout ceci. Mais en entrant dans la bibliothèque il chassa cette pensée. Rien ne l’y forçait pour l’instant, et il y avait tant à apprendre ici qu’il ne ferait certainement pas machine arrière. Il attendrait de voir se profiler les évènements. Une fois de retour il sourit poliment, pour ne pas déranger sa lecture, et lui tendit ses feuillets en déclarant doucement :


    « Voici mes notes, peut-être vous épargneront-elles une lecture fastidieuse. Je n’ai pas encore étudié la période récente toutefois. »


    Laissant cela sur le coin du pupitre, il alla s’asseoir un peu en retrait, saisit distraitement un livre de poésie vampirique, puis faisant mine de le feuilleter, il observait cette jeune vampire dont les yeux brillaient pendant la lecture. Il s’interrogeait beaucoup sur elle, sur ses origines, son parcours. Ce qu’il lui avait appris l’avait bouleversée, il était profondément ému par cette tristesse qui avait submergée ce charmant visage, le débordement d’un trop-plein émotionnel. Il devait absolument l’aider, il s’en faisait un point d’honneur. Mais il ne pouvait pas non plus se trahir. Jeremiah était tiraillé entre son esprit chevaleresque et son instinct de survie. Mais dans le fond il y avait cette petite voix avide qui lui commandait d’en apprendre plus, de briser ce silence et de la faire parler, elle savait peut-être des choses sur la source de magie… Il chassa cette idée comme une monstruosité, il n’avait pas le droit de faire cela. Il ne s’empara pas moins de son bâton et, doucement, sans dire un mot, il en caressa le globe d’un air pensif. Ce dernier se mit à briller d’une faible lueur en son sein, il répondait à la magie et à sa main. Il demeura ainsi un long moment, il revoyait dans sa tête la structure du bâtiment, par moments en fermant les yeux il voyait presque la source de magie briller quelque part près de lui.

    Il s’écoula ainsi de longues minutes, tandis que la jeune vampire, absorbée par sa lecture, gardait le silence. Quand elle releva enfin la tête, Jeremiah était prêt. Au cas où il avait avancé un fauteuil face au sien, de l’autre côté de la table basse sur laquelle il avait posé, sait-on jamais, la carafe et un verre de liqueur, tenant l’autre à la main, son bâton de l’autre posé sur ses genoux. La partie allait être serrée, mais il espérait bien aider cette personne, même s’il y jouait sa vie.

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