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 L'histoire se répète, ne serait-ce que dans les rêves [Terminé]

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Dertar Émérisque
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MessageSujet: L'histoire se répète, ne serait-ce que dans les rêves [Terminé]   Mar 9 Juil 2013 - 1:28


Quand la conscience renaît du néant et qu’il faut redécouvrir chaque pan de sa vie afin de se remémorer qui on est et comment réagir aux différentes situations auxquelles on peut faire face au cours de la journée qui s’éveille. Alors, malgré tous les choix qui se présentent, on reconstruit notre personnalité exactement comme elle a sombré la veille lorsque la lucidité a laissé place au repos obligatoire. Les rayons du soleil à son zénith perçaient les paupières du centaure avec une lueur diffuse d’une teinte rouge-orangée. Pourquoi ne s’était-il pas éveillé plus tôt avec une telle lumière qui n’était visiblement tamisée par aucun nuage? Dertar était étendu sur un sol sec et inconfortable, mais il ne ressentait aucune douleur à ses viscères compressés par le poids de son corps équestre. Il risqua un entrebâillement de ses paupières, mais l’intensité lumineuse était trop forte pour percevoir quoi que ce soit. Lorsqu’ils s’y acclimatèrent enfin, ses yeux s’ouvrirent tout grands sur une prairie à perte de vue. Ce paysage magnifique était un peu embrouillé, mais il était incapable de se rappeler avoir bu la veille. D’ailleurs, il ne se rappelait pas du tout la veille. Et puis, il ne reconnaissait pas cette plaine, mais c’est comme s’il y avait toujours vécu. Comme s’il avait grandi avec chaque brin d’herbe, senti chaque fleur, grincé avec chaque cigale, dormi sous chaque pierre… Il avait beau cligner des yeux, sa vision n’était pas plus claire et pourtant, la certitude de n’avoir jamais connu autre chose grandissait en lui. Mais comment pouvait-il apprécier autant un paysage s’il y avait toujours vécu?

L’ongulé s’apprêtait à se lever et dégourdir ses pattes ankylosées lorsqu’il sentit un poids qui ne faisait pas partie de son corps appuyé sur son flanc. Alors qu’il aurait dû se retourner vivement, son torse pivota doucement et ses yeux se déposèrent délicatement sur la cascade de cheveux dorés qui reposait sur la poitrine discrète d’une jeune femme. Elle dormait à l’ombre de son imposante stature. Qui était cette magnifique créature recroquevillée dans son sillage? Comment avait-il pu oser s’endormir auprès d’une beauté aussi enchanteresse, alors qu’il aurait dû veiller et ne perdre aucune seconde d’un temps si précieux? Le visage de la déesse se tourna vers Dertar avec ses yeux d’un bleu indécis entre la représentation du ciel et celle de l’océan. Elle ne dormait pas. Évidemment, puisque c’était une elfe! Un sourire révéla ses dents trop blanches.


-Oh, tu es éveillé?

Cette voix chantante… c’était elle. La beauté de son passé. La perfection inatteignable. S’il l’avait retrouvé la veille, comment avait-il pu oublier cette rencontre tant espérée, tant appréhendée? Il ne lui répondit pas, c’aurait été tout à fait dérisoire et tous deux le savaient.

-Il serait temps de retourner au campement… Je crois que ton cousin m’aime bien, ce serait un mal inutile qu’il nous aperçoive ensemble.

Bien que Dertar n’avait pas la moindre idée de quel cousin elle voulait parler, il eut une soudaine envie de badiner un peu pour ainsi détourner le sujet tabou entre eux deux et revoir le sourire éclatant de l’elfe.

-Tu n’as pas assez de place pour deux grosses bêtes dans ta vie?

Les coins de la bouche de Dertar se redressèrent, puis il répondit à son instinct qui insistait pour qu’il prenne une mèche blonde et la glisse entre ses doigts. L’elfe ferma les yeux un instant, puis un nouveau sourire se dessina sur son visage parfait avant qu’elle ne les rouvre.

-C’est plutôt toi qui serait incapable de me partager.

Se rapprochant du torse de Dertar, elle plaça la paume de sa main sur la joue creuse du centaure qui ressentit une vague de chaleur dans la poitrine. Elle se blottit ensuite dans ses bras comme une perle au creux d’un coquillage et le sentiment d’être l’unique protecteur d’un tel joyau modéra la respiration du centaure en lui apportant une quiétude qu’il ne se savait pas. Elle ajouta d’un ton doux, mais décidé :

-Je ne veux plus repartir. Les elfes se croient tellement au-dessus de tout. Je ne me suis jamais sentie aussi à ma place qu’auprès de toi.

-Tu sais bien qu’on ne pourra jamais se dévoiler au grand jour.

-Alors partons. Allons au campement chercher tes effets et partons sans esclandre.

-Je ne crois pas que… Ce serait… Je ne désire rien de moins, mon amour.

Les grands yeux bleus affichèrent un air plutôt surpris, comme si les paroles qu’elle venait de confier concernaient un projet irréalisable que l’approbation de son compagnon élevait en l’unique solution possible. Avant que l’elfe ne change d’idée, Dertar se leva sur ses quatre sabots. Il ne ressentit aucune faiblesse au tendon qu’il avait récemment blessé. D’ailleurs, il n’avait ni bandage ni plaie. Ni douleur ni solitude. Ils s’observèrent un moment qui parût aussi long qu’une vie elfique. Un sourire perça le silence, un éclat de rire y répondit. Nul besoin de confirmer leur intention, puisqu’elle avait germé dans leurs deux cœurs depuis leur toute première rencontre, aussi récente soit-elle. Sans hésitation, ils se mirent en marche. Dertar prendrait ses armes au campement avant de quitter l’endroit pour toujours, faisant croire qu’il allait chasser, alors qu’une déesse l’attendrait à la sortie du campement. Depuis quand était-il revenu dans sa tribu? Tout était si flou et limpide à la fois. L’ombrage sous les arbres obscurcit les idées du centaure qui, plus il avançait sur l’étroit sentier, s’inquiétait que leur plan ne soit percé à jour par un membre de la tribu. L’histoire ne se répète-t-elle pas éternellement?

-Qu’est-ce qui te tracasse ainsi?

Il n’eut guère le temps de répondre à cette interrogation avisée que trois bêtes apparurent sur le sentier. Comment se faisait-il qu’elle n’avait pas senti leur présence auparavant? Le malaise fut d’autant plus grand quand Dertar reconnut son cousin, Filam, au milieu de deux confrères. Mais c’était impossible, Filam était mort depuis si longtemps et de toute évidence, il jouait justement son rôle. Les éclairs que les yeux de son cousin jetaient lui rappelaient son propre surnom. Il venait de réveiller le tonnerre assoupi, mais ne devait pas le fuir. C'était son destin et l'unique solution. L’orage fut bref et ravageur. Un simple coup de sabot et le monde s’effondra avec tous les rêves légitimes qui l’accompagnait.

...

Le monde tourna en un ouragan de pensées jusqu’à ce que Dertar rouvre l’œil. Il venait de s’éveiller dans la prairie des murmures, seul, et sa patte lui élançait. Un autre rêve qui ne lui appartenait pas… Mais ce rêve lui avait permis de voir les actes de son cousin d’une toute autre façon, alors qu’il avait emprunté sa place. Est-ce que Filam avait réellement vécu tout cela? Dertar avait-il gâché plus qu’il ne le pensait la lueur d’une braise qui ne demandait qu’à s’embraser?
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