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 Un regard empreint de tristesse [En cours]

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Izilbêth R. Faelivri
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MessageSujet: Un regard empreint de tristesse [En cours]   Lun 22 Juil 2013 - 15:46


Un visage empreint de tristesse


Il existe de nombreuses différences entre les personnes peuplant notre monde. Des différences inexplicable, que certaine personne se contente d'observer, tandis que d'autres, passent à côté sans même prendre le temps de les remarquer. Tout ce qui fait la complexité de notre monde est parfois oublié, ignoré de tous. Izilbêth faisait désormais partie de cette partie du monde auquel personne ne faisait attention. Les Hommes l'ignoraient. Tous passaient à côté d'elle sans même se soucier de sa présence. Désormais, le monde tournait, sans même que les personnes y habitant prennent le temps de s'en rendre compte. Tel était devenu l'expression de la solitude de l'elfe qui se contentait de coucher par écrit l'étendue de sa peine. Ses plaies avaient été bandées, mais la souffrance qu'elles engendraient ne s'était que très peu atténuée. Tout ce qui l'entourait lui paraissait désormais bien moins fade et insipide que lorsqu'elle s'était engagée dans cette guerre qui avait failli la tuer. Tout ce sang qui avait coulé pour si peu. Désormais, elle ne se souciait plus de tout cela. Elle ne souhaitait plus que de la tranquillité et du calme.

« Cela fait de nombreux jours que je n'ai plus écrit. J'ai presque perdu la notion du temps et il est difficile pour moi de savoir si oui ou non, encore quelqu'un sur cette terre pense à moi. Voilà de nombreux jours que je n'ai plus de nouvelles de Faolan. La chouette n'a pas fendu le ciel depuis des lunes et je commence à douter. J'ai peur qu'il ne soit arrivé quelque chose à mon petit Faolan. S'il lui était arrivé quelque chose, comment pourrais-je le savoir ? Je n'en ai aucune idée. Et je crains qu'il ne se soit blessé ou qu'il n'ai pas trouvé de nourriture. Je n'ai reçu que très peu de lettre de sa part et je ne crains que ses poursuivants ne l'aient retrouvé et qu'il ne lui soit arrivé malheur. Mais je garde espoir.. Je tente de garder espoir.. Le hululement des chouettes me fait parfois sortir de mon sommeil, tant je rêve qu'il ne s'agisse de celui de notre petite protégée qui nous permet d'avoir encore quelques contacts. Mais rien. Uniquement le bruissement des feuilles, les cris des animaux, courant parmi les racines. Ou le bruit de ma monture, grattant le sol de son sabot. Chaque jours, nous nous déplacions dans les bois, sans véritablement savoir où nous allions, mais au dessus de nous, planait l'ombre d'Arkania, veillant sur nous. D'où elle était, nous ne l'entendions pas, mais elle, nous voyait. Elle pouvait continuer de veiller sur nous, malgré les nuages, l'obscurité. Un lien particulier m'unis à cette créature. Mais désormais, il me faut avancer, continuer ma route sans plus regarder en arrière, sans quoi, je ne parviendrais plus à vivre. Il me faut garder de l’encre si je veux pouvoir répondre à Faolan..»


Tels étaient les derniers mots qu’avait couché l’elfe sur son parchemin avant de le ranger dans sa besace qu’elle nouait à la selle de son cheval. Ses effets personnels étaient tous noués à la selle de sa monture. Parcourant les bois, parfois à pied, parfois à cheval, l’elfe se contentait de parcourir la contrée sans véritable but, espérant inconsciemment croiser la route de l’enfant alors que petit à petit ses blessures guérissaient. Malgré tous les soins qu’elle s’était prodigués, les plaies restaient profondes et difficiles à soigner et l’état de fatigue dans lequel elle se trouvait ne lui permettait pas de récupérer aussi rapidement qu’elle aurait pu le faire en temps normal. Lentement, sa conviction l’abandonnait. Elle continuait de prendre soin de la nature, des animaux qu’elle pouvait croiser, mais même son cheval semblait avoir perdu toute envie d’avancer. Et c’est à la tombé de la nuit que, de ce qui semblait être un commun accord, ils établirent leur campement en pleine forêt.
Posant un pied à terre, la jeune femme dessella sa monture qui s’ébroua un bref instant avant d’aller brouter. Posant la selle et la bride sur le sol, l’elfe s’affaira alors à préparer un campement confortable afin de pouvoir passer une nuit correcte. La monture qui s’était quelque peut éloignée ne tarda pas à revenir afin de garder un œil sur sa maîtresse. Un battement d’aile puis un grand silence fit comprendre à l’elfe que sa protectrice était posée, quelques centaines de mètres plus loin. Il était compliqué pour la dragonne de se poser sans être remarquée. Mais dans cette épaisse forêt, elle ne craignait rien. Ou du moins, c’était ce qu’elle et sa maîtresse pensaient.

Assise sur le sol, sa cape étendue sous elle, l’elfe prenait un repas bien mérité. Son cheval, lui, toujours aux aguets, se contentait de brouter, quelques mètres derrière. Nul besoin d’éclairage, la lune, en ce soir de grand cheminement. L’air était doux, agréable et la fraicheur nocturne était grandement appréciable après une journée chaude comme celle d’aujourd’hui. Le hululement des chouettes et le bruissement des feuilles au passage des biches et autres animaux forestier, faisaient tendre l’oreille à Izilbêth. Vétue uniquement de sa chemise, l’elfe avait laissé son corsage de cuir près du harnachement de son cheval, laissant ainsi tous ses effets rassemblés. Une fois son repas terminé, elle irait se baigner dans la rivière qui se trouvait tout près de son campement de fortune.

Laissant sa monture seule, au sein du campement, la jeune femme se dirigea vers la petite rivière qui coulait non loin, sans se douter de ce qui allait se passer. Une ombre pleine de malice planait. L’elfe, blessée, ignorante des risques que provoqueraient un conflit  ou un duel, l’animal qui s’était tapis au fond du cœur de la jeune femme restait présent. La résignation sur son visage ne laissait pas présager une telle chose. Les bandages étaient camouflés par sa chemise alors que sa longue tignasse était lâchée en de longues boucles luisantes au clair de lune. Il était difficilement imaginable quel martyr elle souffrait lorsqu’elle réalisait un mouvement trop brusque. Cependant, elle allait rapidement le savoir.

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Dante McAllister
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MessageSujet: Re: Un regard empreint de tristesse [En cours]   Sam 27 Juil 2013 - 4:34

Le hasard. Une entité exceptionnelle, un concept qui pouvait revêtir bien des noms selon les cultures: destin, fatalité, providence, œuvre des divinités. Il est l'outil principal de la nature, il permet de créer des conséquences inédites à partir de causes inopinées. Ces derniers temps Dante McAllister s'interrogeait sur ce fabuleux outils mis à la disposition de l'univers. Pourquoi ce dernier s'acharnait-il à s'en servir contre lui, à le balader d'une situation étrange à une autre ? Le vieux vampire s'inquiétait pour son avenir, il savait qu'il aurait peu de chance de mourir d'une fin heureuse et sa petite vie tranquille dans la prairie avec femme, enfants et bétails était partie en fumée depuis deux siècles. Le mercenaire savait, au fond de lui même, qu'il ne devait plus chercher le bonheur dans une vie stable. Son existence d'immortel le condamnait à errer jusqu'à la fin des temps – ou sa mort, violente sans aucun doute. Il devait sans cesse aller de l'avant, affronter la providence et ses machinations pour les briser. Cette nuit là, elle avait bien failli y arriver. Les forces obscures du destin semblaient s'être jointes pour l'achever mais il en fallait bien plus pour venir à bout d'une telle engeance. Nous n'étayerons pas ici les détails de sa précédente histoire. Tout ce que vous devez savoir commence dès maintenant.

Lorsque le vieux vampire revint à lui, il sentit une vive douleur lui paralyser le bras gauche. Sa tête le faisait encore souffrir, l'odeur du sang obstruait ses narines, sa vision était trouble. L'air humide irritait son nez, flagellait sa chair nue, le sol dur et frais avait martyrisé ses os, ses jambes étaient douloureuses. Il se releva avec peine. L'air hagard, il promenait son regard sur la grotte où il semblait avoir trouvé refuge. Aucun souvenir de la nuit précédente. Il se rendit rapidement compte qu'il était torse nu, le bras droit parcouru par une chaîne en argent qui donnait l'impression de dévorer sa chair. Sans trop y réfléchir, la créature nocturne pris une grande bouffée d'air puis se saisit vigoureusement de l'arme dont les maillons lacéraient son bras. Il tira de sa main gantée l'argent, poussant un hurlement de rage qui sembla inhumain. Quelques gouttes de sang perlèrent, il posa un regard fatigué sur la roche humide qui lui avait fait office de lit pour s'apercevoir qu'il y avait là du sang caillé en quantité importante, il avait abondamment saigné. La nuit dernière avait dû être rude pour le vampire. Haletant, il jeta dans un tintement métallique l'arme en argent. Soudain, un éclair lui traversa l'esprit. Il tapota confusément sur ses hanches et ses jambes avant d'étouffer un juron. Un éclat de lumière attira son attention, il poussa un soupir de soulagement en retrouvant son glaive. Il était d'une rareté inestimable, ouvrage finement ciselé, forgé par les nains avant la Grande Guerre dans un savoir aujourd'hui oublié, il était parsemé de runes elfiques enchantées. Des rumeurs circulaient sur son épée, on disait que lorsqu'elle fendait l'air, elle entonnait un chant victorieux pour acclamer son porteur. Dante n'entendait que le son de la lame qui déchire l'air et la chair. Sa lame scintillait d'une lueur carmin peu rassurante. Le vampire se saisit du drap en laine qui lui avait servi de couverture pour envelopper son arme. Prenant une lanière en cuir de ses chausses, il attacha habilement son arme dans son dos et décida de quitter son antre pour aller chasser. La faim commençait à tirailler le vieux vampire, il avait perdu du sang en grande quantité et ses blessures avaient mis du temps à guérir. Il regarda une nouvelle fois son bras gauche meurtri, il mettait encore plus de temps à cicatriser même si cela lui avait été infligé avec de l'argent.

La lune éclairait les environs. Quelques images se bousculèrent dans la tête de Dante, le vampire soutint son crâne de ses deux mains pour apaiser la vive douleur qui lui perforait la caboche, en vain. Si le corps d'un vampire pouvait guérir en quelques heures, son esprit pouvait mettre plus de temps. A en juger par la traînée de cadavres devant la grotte, ses poursuivants lui en avait voulu jusqu'ici. Il savait qu'ils en avaient après lui et que c'est lui qui avait décimé cette troupe. Le mercenaire connaissait peu de gens dont le tranchant du glaive était si aiguisé et la frappe si précise, chaque coup avait été donné pour tuer. L'odeur des cadavres en putréfaction le ramena sur terre, l'extirpant des méandres de son esprit. D'après le paysage, il était en Angaila. Le crépuscule venait de s'achever, la nuit pouvait commencer. Le vampire fit quelque pas lorsque les hennissements plaintifs d'une jument l’interpellèrent. Il s'approcha calmement de l'animal, ses yeux azurés luisaient dans l'obscurité. La bestiole trépignait, apeurée, elle avait été témoin du massacre. D'un voix suave il susurra :

- Doucement ma belle, tout doux …

La monture se mit à taper du pied mais sous l'effet des tapotements de Dante et de ses paroles, elle se calma. Elle était solidement attachée avec une corde, de son attitude craintive le mercenaire jugea qu'elle devait être là depuis la nuit dernière. L'animal n'avait pu se nourrir ni boire depuis une journée, elle était exténuée. Sa robe grise tachetée de noire, ses membres frêles et ses dents mal entretenues indiquaient qu'elle n'avait rien d'un destrier. Dante se disait qu'elle ferait sûrement l'affaire pour un bout de chemin. Et puis, il n'y avait aucun mal à prendre un animal que ses maîtres ne pourraient plus réclamer plutôt que de le laisser mourir ici. Détachant la bête du tronc d'arbre abattu que la corde ceignait, le cavalier monta en selle et donna le galop expressément. L'animal n'avait pas fière allure et rechigna à donner de la vitesse mais les coups d'éperons répétés finirent par fournir de la fougue à la monture. En trois quarts d'heure, il avait traversé la frontière et s'aventurait déjà dans les terres elfiques. Reconnaissables à leurs senteurs exceptionnelles, il sentit une aura bienveillante qui émanait de la terre. Aucun doute là-dessus, il avait quitté la montagneuse Angaila pour rejoindre Evanya. Un soupir, puis le silence. Une forêt s'annonçait à l'horizon. Des forêts comme celle-ci, il y en avait des dizaines en Evanya, pas d'âmes qui y vivent. Le vampire sentait que sa monture allait le lâcher et passer la nuit en forêt sans trouver un abri correct n'était pas une bonne idée. Lorsque la bête flancha, il était à la lisière de la forêt. Mécontent, le vampire se releva sur la selle puis plongea ses crocs dans l'immense cou de la jument sans plus de cérémonie. Les jambes flageolantes, la monture posa genou à terre puis s'écroula à terre, inerte, tandis que son cavalier essuyait le sang qui coulait de ses lèvres. Requinqué, il se mit en quête d'un endroit accueillant dans la forêt, les nuits étaient courtes et il n'aurait peut-être pas le temps de traverser la région jusqu'à une nouvelle contrée.

Dante s'était déjà aventuré dans cette forêt plus d'une fois. Il en connaissait certains secrets mais pas tous, il n'était pas un elfe ni un érudit. Ce qu'il savait, c'est que cette gigantesque forêt pourrait bien vite se transformer en tombeau s'il ne s'activait pas. Dissimulé dans les ténèbres, le vampire se fondait dans le décor. La faune l'avait accepté, ils se tenaient mutuellement en respect. Dante remarqua des orbites brillants et des crocs acérés se dévoiler dans l’obscurité. Le mercenaire déglutit puis passa son chemin tranquillement, sans éveiller le courroux des bêtes alentours. Son nez se retroussa subitement, il avait flairé une piste. Une odeur bien particulière, très familière. Celle du sang. Il effectuait gracilement ses mouvements, avec une prestance digne des plus grands danseurs. En quelques minutes il s'était frayé un chemin parmi les branchages de bouleaux, les écorces tombantes et les feuilles mortes. Le cadavre n'échappa pas à son œil affûté. L'odeur du sang lui indiquait l'heure de la mort, c'était extrêmement récent. Le vieux vampire posa genou à terre et retourna le cadavre revêtu d'un mantelet blanc en mouton qui se trouvait face contre terre. D'après ses oreilles démesurées c'était un elfe ou un vampire. Le mercenaire souleva sa lèvre supérieure après avoir retiré le sang coagulé qui obstruait sa bouche, il n'y trouva pas de canines plus longues que la normale. Un elfe. Aucune trace de plaies ou de traumatisme sur le visage, les temps et le crâne, le corps en revanche avait été méticuleusement lacéré mais ce n'était pas l’œuvre de bêtes sauvages. Du moins, pas des bêtes capables de s'exprimer avec des mots. Ces plaies correspondaient à des griffes et des crocs mais la disposition des plaies laisser entendre une certaine connaissance de l'anatomie elfique. Ceux qui lui avaient fait ça connaissaient leur affaire. Le vampire scrutait attentivement le cadavre de l'elfe, des bijoux traditionnels, pas d'arme, pas de signes distinctifs qui pourraient expliquer sa mort dans la plus grande forêt d'Evanya. Une légère perturbation dans l'air et le frémissement du sol avertirent Dante, des gens approchaient. Des clameurs s'élevaient. Sans demander son reste, le vampire arracha la bourse sur la dépouille du malheureux, elle ne contenait que quelques pièces, juste assez pour trouver où loger ce soir si jamais il quittait cette enfer boisé.

Un battement d'aile fendit l'air. Un bruit assourdissant, terrifiant. Le vampire écarquilla les yeux, ce dernier venait d'assister à l’atterrissage d'une bestiole gigantesque. Durant sa vie d'immortel, il lui était déjà arrivé de rencontrer des dragons. Pas des vouivres, qui étaient aux dragons ce que les chats sont aux lions, mais de vrais reptiles légendaires. Lorsque vous rencontriez un dragon, il valait mieux prier tous les dieux d'Ephaelya et si vous étiez athée, alors il fallait courir, plutôt vite. Dante faisait parti de ces rares guerriers capables de tenir en respect un tel animal, se méfiant particulièrement des dragons de feu. Pourtant, il n'en faisait rien, considérant que ces majestueuses créatures douées d'intelligences et extrêmement rare ne méritaient pas ce funeste destin. Le mercenaire n'avait jamais dit non à un duel contre un combattant de valeur mais contrairement aux croyances populaires, les dragons étaient des créatures paisibles. Du moment qu'on évitait de trop fricoter avec elles. Le vampire n'observa pas plus longtemps le formidable reptile, soucieux de l'intimité de la bête et de sa propre survie, il traversa les bois dans une direction bien précise en évitant de se faire remarquer. Quelques centaines de mètres à peine le distançaient de ce qu'il cherchait.

Le vampire avait de nouveau flairé une odeur de sang. Cette fois, les effluves étaient plus faibles et plus anciennes, la piste était ténue. Lorsque le vampire trouva sa proie, il s'attendait à tomber nez à nez avec un cadavre dans un pire état que le précédent. Néanmoins, il avait remarqué que l'odeur habituelle des macchabées à un stade de pourrissement avancé n'était pas présente et pour cause, c'était le sang d'une femme bien vivante qu'il avait pisté. Derrière un arbre au tronc massif et noueux, le vampire observait d'un œil espiègle l'elfe dénudée. Elle se baignait avec insouciance dans la rivière. La clarté de sa peau était mise en exergue par les rayons de la lune, l'eau scintillait et remuait avec douceur à chaque goutte qui retombait. Si un sourire salace se dessinait sur les lèvres du vieux vampire, ses pensées n'étaient manifestement pas en reste. Il lorgnait avidement, du coin de l’œil, les somptueuses courbes qu'il pouvait apercevoir, trop peu malheureusement. Les reflets de l'eau l'empêchaient de distinguer le galbe de ses hanches. De dos, il ne pouvait rien voir de sa poitrine. Quelques blessures, fraîches, attirèrent son attention. Des bandages imbibés de sang se trouvaient sur le bord de la rivière, posés négligemment. La femme se retourna délicatement, ce qui permit au vampire d'entrevoir plus qu'il ne l'aurait espéré. Étonnement, le mercenaire ne s'attarda pas sur les détails futiles et inintéressants – toute femme normalement constituée pouvait prétendre à l'obtention d'une poitrine, plus ou moins belle. Non, quelque chose d'autre avait une plus grande importance pour lui. Un nez fin, continu, des lèvres charnues et rosées qui contrastaient avec un teint diaphane, de longs cheveux ternes qui tombaient en cascade le long de délicates épaules, des sourcils parfaitement dessinés qui mettaient en valeur des yeux de biche, envoûtants, prolongés par de longs et séduisants cils, sertis de deux perles grises teintées d'un bleu pâle. Le vampire avait perdu son sourire, ses pensées n'étaient plus les mêmes à présent. Il aurait aimé faire la connaissance de cette nymphe mais il savait par expérience qu'une aussi jolie femme, dans les bois, une fois la nuit tombée, ça s'appelait un guet-apens orchestré par des coupes-jarrets ou une sorcière déjantée qui vivait dans les bois. Soucieux de ne pas finir en nourriture pour poisson, en ingrédient essentiel pour philtre d'amour ou tout simplement dans un chaudron pour être le plat principal d'un sabbat réussi, le vieux vampire décida de ne pas s'attirer de problème. Sa vision lui permit de distinguer un feu quelques mètres plus loin.

Il s'était déplacé dans la plus grande discrétion, il n'était plus qu'une ombre parmi tant d'autres dans cette lugubre forêt. Le vieux vampire observa attentivement le bivouac, à n'en pas douter celui de la charmante inconnue, surtout nue, croisée plus tôt. Trifouillant dans sa fine barbe blanche, le vampire tira ses propres conclusions. S'il s'agissait d'une magouille, il n'y avait pas assez de place pour elle et sa confrérie d'assassins prêt à lui tomber dessus s'il avait cédé à ses charmes. S'il s'agissait d'une sorcière, ma foi, quelle piètre sorcière vivrait dans un campement pour l'éternité. Autant se construire une cabane bien douillette pour garder les corps de ses victimes au chaud. Le vampire plissa les yeux et serra son menton dans un simulacre de réflexion puis décida de retourner à la rencontre du délice de cette forêt. Alors qu'il rebroussait chemin, un reniflement bruyant attira son attention. Le vampire tourna les talons et se dirigea vers la source du bruit, juste derrière le campement. La monture de cette demoiselle renâclait à cor et à cri, ses hennissements étaient puissants et dérangeants. Elle n'appréciait visiblement pas la présence du vampire. Ce dernier chercha à la calmer, comme fait précédemment avec la jument. Celui-ci était plus imposant que la dernière monture qu'il avait eu. Sa robe sombre comme les ténèbres, son impressionnante crinière, ses jambes musculeuses en faisaient un parfait étalon. Esthète, le vampire apprécia la beauté irréprochable de son prochain destrier. Quelle aubaine il y avait là ! La monture était même fournie avec certains effets personnels de la belle demoiselle. Des livres, une bourse, un corsage de cuir, de la paperasse …

- Une femme intéressante dit-il à voix basse.

Le vampire caressait la crinière du cheval mais ce dernier tapait frénétiquement le sol de ses sabots, renâclait avec acharnement. Le vampire pesta et tenta de dompter la bête. Après tout, il dépassait bien l'animal d'une quinzaine de centimètres. D'un bond, il enfourcha la selle du destrier pour le soumettre à son autorité. Sans autre effet que de provoquer sa colère. Encore attachée, la bête ne songea pas à se débattre de ses liens mais uniquement à provoquer la chute du cavalier qui s'accrochait avec difficulté à la monture. Sa palpitante aventure s'acheva dans la douleur, par une éjection parfaite. Légèrement sonné, de la poussière et de la terre dans la bouche, le vampire se mit à tousser avachi sur le sol. Lorsqu'il rouvrit les yeux, ses pupilles azurées se posèrent sur les fins pieds qui se trouvaient juste derrière lui. Il se retourna rapidement, dos face au sol dans un premier temps, il remit son abdomen contre le sol à la manière d'un serpent qui gigote habilement pour reprendre sa posture naturelle. Il leva lentement le regard, parcourant des jambes magnifiques qui parurent interminables, un ventre et une poitrine avec qui il avait déjà fait connaissance, puis des iris d'une couleur peu commune : bleu barbeau. Le vieux vampire n'avait pas eu la chance de croiser ce regard bleu aux teintes grisâtres. Il leva les mains au-dessus de la nuque, toujours affalé sur la terre dure. D'une voix assurée il ajouta sans quitter des yeux la belle inconnue :

- Je peux tout expliquer, tout ! En fait je suis un pauvre hère en cavale, mon beau-frère a tué notre oncle pour l'héritage ! On m'a jeté à la rue ! J'ai travaillé dans un cirque pour survivre. Regardez ce que je sais faire !

Le vampire se tortillait - il tentait vainement d'effectuer un mouvement qui rappelait les battements d'un poisson dans l'eau, toujours torse nu et l'épée dans le dos camouflée par un drap, sur le sol, comme un ver lubrique avant de pouffer de rire, un sourire enfantin aux lèvres. Ses yeux étaient toujours plongés dans le regard d'acier de la jeune femme qui s'avéra être une elfe. Il se releva avec une certaine prestance, le port altier. Il ne savait pas encore dans quel pétrin il venait de se foutre.

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Gripoil



Dernière édition par Dante McAllister le Dim 4 Aoû 2013 - 3:12, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Un regard empreint de tristesse [En cours]   Sam 27 Juil 2013 - 20:29


Une telle rencontre était difficilement envisageable pour l'elfe qui n'avait pas croisé âme qui vive depuis déjà des lunes. Il était devenu rare pour elle de prononcer ne serait-ce qu'un bonjour alors, imaginer qu'elle allait croiser la route d'un vampire comme Dante, n'était pas probable. Elle avait connu quelques elfes par le passé. Quelques hommes aussi, mais depuis quelques temps, elle préférait éviter de croiser des humanoïdes, afin de s'éviter toute souffrance ou toute déception. Des déceptions qu'elle avait eu bien trop souvent. Bien trop souvent, elle s'était vue bafouée, manipulée. Et avait cru aveuglément en les promesses qui lui avaient été susurrées à l'oreille. Désormais, à ses yeux, chaque homme n'était qu'un obstacle à éviter. Toutes les personnes qu'elle avait pu rencontrer par le passé n'étaient présentes que pour railler ou bien tenter de tuer l'elfe qui n'aspirait qu'à une vie de tranquillité. Nomade malgré elle, elle ne parvenait pas à rester en place et n'avait pas visité sa demeure depuis le départ de Faolan. Il lui fallait alors éviter au maximum les brigands. Surtout aux vues de son état physique actuel. Elle ne se pensait pas capable de résister à une attaque de mercenaires qui tenteraient de lui voler ses effets. Mais l'ombre planant dans le ciel, portait un regard protecteur sur sa maîtresse.

Une maîtresse qui, alors qu'elle se baignait tranquillement dans une rivière à l'eau tiède, était scrutées sans même le savoir. Ses bandages étaient abandonnés sur la rive, l'eau lui arrivant jusqu'au dessus des hanches. Silencieuse, comme invisible dans les bois, l'elfe profitait de cet instant de plénitude. Le reflet de la lune illuminait les quelques poissons de rivière, à l'écaille argentée, qui nageait non loin d'elle. Lentement, elle se mouilla l'épaule, donc la blessure n'avait de cesse de s'infecter. Soupirant un instant sous la douleur lancinante que lui provoquait le contact de l'eau fraiche sur sa plaie, elle fronça les sourcils avant de doucement mouiller ses épaules, une par une.  Ses cheveux, humides, gouttaient sur ses reins alors qu'elle se tournait, sans même se rendre compte du regard lubrique qui était posé sur elle. La plaie sur son bras étaient somme toute, assez laide. Bien que soigneusement nettoyée, la profondeur de la plaie était non négligeable. Le visage de l'elfe était toujours aussi neutre. Pas même un sourire ne fendit son visage.

Soudain, un bruissement parmi les feuilles lui fit tendre l'oreille. Sur ses gardes, elle s'approcha lentement de la bordure de la rivière. L'elfe sortir de l'eau sans un bruit. Certaines de ses aptitudes pouvaient parfois être confondues à celle des animaux, tant elle pouvait être silencieuse. Sortant de l'eau sans même prendre le temps de se sècher, l'elfe ne fit qu'enfiler sa chemise. Celle-ci, suffisament longue, tombait sur ses cuisses et protégeait suffisamment de peau pour que sa tenue ne soit pas jugée comme trop indécente. Le fourreau de son poignard était caché sous ses bandages qu'elle avait abandonné sur le bord de la rivière et c'est très rapidement que l'elfe, aux aguets s'en saisit. Et sa méfiance fut rapidement prouvée. Sa monture, piaffant, attira son attention. L'animal, d'une nature déjà indomptable, était visiblement dans une colère noire. Izilbêth se déplaça alors à pas de loups, vers son campement de fortune alors qu'elle tenait son poignard caché derrière son dos, trempé par ses cheveux. Inutile de dire que sa chemise de lin n'avait plus vraiment d'effet, aux vues de l'humidité de sa peau. Cependant, la colère de Wilwarin fit oublier à Izilbêth sa pseudo nudité.

La scène sur laquelle elle tomba ne la surpris pas pour le moins du monde. Un homme, aussi téméraire que tous ceux qui avaient tenté d'effectuer la même chosé par le passé était en train de tenir en selle face à la monture qui n'avait de cesse de ruer et de se cabrer, agitant l'encolure avait une force sans pareille. L'étalon faisait preuve d'une force non négligeable et même un vampire, était incapable de tenir en selle face à une telle puissance et surtout une telle rage. Les cheveux étaient en général d'une nature docile. Mais Wilwarin avait un caractère à la hauteur de celui de sa maîtresse. Impétueux, colérique et indomptable. C'était exactement l'identique à sa maîtresse.

C'est avec un plaisir manifeste que l'elfe, mains sur les hanches, regarda le vampire s'écraser au sol, éjecté par une monture qui, sommes toutes semblait tout aussi satisfait que sa maîtresse qui s'approcha alors lentement, le poignard toujours caché dans le dos, fixant le vampire d'un œil méfiant, mais surtout emplis d'envie de vengeance. Il avait osé tenter de voler l'une des rares choses qui étaient précieuses au cœur de l'elfe. Cette jeune femme au coeur de glace, n'avait trouvé du réconfort qu'auprès de son cheval et de sa dragonne qui portait un regard méfiant sur la scène. Cependant, la bête semblait raisonnable et ne s'apprêtait pas à sauter à la gorge de l'attaquant de sa maîtresse que si celle-ci ne se trouvait en mauvaise posture.

L'homme, allongé sur le sol, aux pieds de l'elfe, se tortillait tel un misérable ver alors que l'elfe, toujours aux aguets -bien que paraissant détendue- le scrutait attentivement. Rapidement, elle remarqua que quelque chose était caché dans son dos. Méfiante, l'elfe fit un pas en arrière avant de n'être surprise par le discours, aussi improbable que loufoque du vampire. Haussant un sourcil, l'elfe ne cacha pas sa surprise à de tels propos alors qu'elle gardait toujours un bras caché dans son dos.

- Je peux tout expliquer, tout ! En fait je suis un pauvre hère en cavale, mon beau-frère a tué notre oncle pour l'héritage ! On m'a jeté à la rue ! J'ai travaillé dans un cirque pour survivre. Regardez ce que je sais faire !

L'elfe, plus amusée par la parade du vampire qu'agacée, s'approcha avec un sourire mutin. Tirant la lame d'argent de son dos, l'éclat de celle-ci devrait permettre au vampire de comprendre très vite de quoi était fait la lame de cette dague. Elle se pencha alors légèrement vers lui, perdant son sourire alors qu'elle pointait la dague en direction de l'homme qui était toujours allongé sur le sol.

- C'est donc ainsi que son les vampires ? Voleurs et menteurs ? Vous avez autant travaillé dans un cirque que j'ai un jour été membre du sanctuaire aux lucioles. Me voler ma monture ? N'avez vous pas d'autre occupation ?

Le ton de l'elfe était devenu de plus en plus dur à mesure qu'elle blâmait le comportement du vampire. Sourcils froncés, une modification de la température ambiante put rapidement se faire sentir. Le vent se leva et le ciel sembla s'obscurcir. Un nuage venant cacher la lune, l'elfe serra ses doigts sur la dague alors qu'elle levait le nez vers le ciel, déclarant alors d'un ton encore plus accusateur que précédemment.

- Vous êtes fier de vous ?! Votre bêtise à provoqué quelque chose dont vous ignorez tout, je devrais vous couper les mains pour avoir osé tenter de me voler !

L'expression du visage de la jeune femme montrait désormais une crainte inexplicable. Elle semblait profondément effrayée de la tournure que prenaient les choses. C'est alors que, de son bras valide, la jeune femme se dirigea alors vers sa monture qui continuait de renâcler, frappant du sabot sur le sol en lançant des regards emplis de mépris au vampire. La bête, toute aussi effrayée que sa maîtresse par la modification du temps, couchait les oreilles en lançant des coups de dents furieux en direction du vampire. L'elfe posa alors une main sur l'encolure de la bête qui s'apaisa immédiatement. La dague à la main, l'elfe tourna les yeux vers le vampire et lui lança sur un ton acide.

- Si votre objectif est de me dérober ne serait-ce qu'un seul de mes effets, préparez vous. Je ne me laisserait pas intimider sous prétexte que vous êtes un homme. Vous devrez m'abattre avant de me voler, je ne suis pas de ce genre de personne qui se laissent faire.

Dans le silence de la nuit, brisé par le sifflement du vent, un hurlement déchira le ciel. Les battements d'ailes de la créature du ciel firent plier les branches des arbres qui s'agitèrent sous la bourrasque puissante provoqués par la dragonne qui s'agitait légèrement sans pour autant pointer le bout de son nez. Izilbêth, soucieuse du bien-être de son amie, fronça les sourcils et tendit l'oreille -qu'elle avait fine- vers le bruit, vérifiant que personne ne tentait de s'en prendre à Arkania. Puis, dans un regard plein de défi, la jeune femme tourna la tête vers le vampire, la dague, toujours serrée entre ses doigts alors qu'elle le fixait. D'un regard silencieux, elle l'invitait à s'approcher, si toute fois, il souhaitait continuer ce qu'il avait tenté de faire. L'elfe elle, était loin de se démonter.

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MessageSujet: Re: Un regard empreint de tristesse [En cours]   Dim 4 Aoû 2013 - 3:20

Le sourire acéré du vampire s'estompa graduellement. Ses yeux chatoyants suivaient les mouvements de la dague d'argent dont l'éclat mortel ne présageait rien de bon. Dante n'appréciait pas les menaces, encore moins lorsqu'elles étaient proférées avec l'une des rares armes capables de le terrasser pour de bon. Ensuite l’envoûtante créature lui demanda s'il était dans la nature de tous les vampires d'agir de la sorte, par fourberie. Ces elfes et leurs généralités ! Il remarqua que son expression faciale reflétait ce changement de comportement. Si elle avait eu l'air de rire précédemment, elle se révéla ostensiblement hostile au vampire. Ce dernier s'aperçut de la modification de la température et haussa un sourcil, étonné. A mesure qu'elle le blâmait, les étoiles qui décoraient le firmament disparaissaient, englouties par des ténèbres abyssales. Le vent siffla dans les oreilles du vampire. C'est comme si l'environnement faisait écho à la colère de cette elfe. Dante continuait de la regarder, un sourire béat aux lèvres, il faisait rouler ses yeux devant l'agitation de cette bonne femme qui s'excitait pour pas grand chose. Le vampire observa la nouvelle expression de cette elfe. Un visage où pouvait se lire de la crainte, une crainte inexpliquée. Elle fit le tour du vampire pour rejoindre sa monture. Le mercenaire à la chevelure d'albâtre la suivait du regard, tournant lentement sur lui-même pour ne pas la perdre des yeux. Sa folle monture, qui avait manqué de tuer Dante pour de bon, renâclait et frappait nerveusement la terre de ses sabots. Ses gémissements plaintifs laissèrent place à des hennissements violents. Une nouvelle fois, sur un ton toujours plus fielleux, l'elfe menaça le vampire. S'il voulait cette monture, il devrait se battre. Dante, d'une voix grave mais mielleuse, reprit la parole :


- Allons, allons. Vous me traitez bien vite de menteur. Il est vrai que je n'excelle pas dans les arts du cirque, bien que j'ai fait parti d'une troupe itinérante dans ma jeunesse. En revanche, je vois que vous avez percé ma nature à jour. Si vous savez que je suis un vampire …


Son regard se fit plus dur. Il plissa légèrement le nez et renifla de façon ostentatoire pour bien faire comprendre à son interlocutrice où il voulait en venir. Ses lèvres se murent pour dévoiler un sourire carnassier, un horrible sourire qui annonçait la suite de la conversation :


- Vous devez également savoir que ce n'est pas une femme, blessée, armée d'un cure-dent qui va réussir à m'effrayer.


La nuit s'épaissit. La dague en argent luisait faiblement dans l'obscurité de la forêt. Cette elfe était décidée à respecter ses convictions : s'il voulait récupérer son butin, il devrait lui passer sur le corps. Cela tombait bien, le vampire n'était pas de ceux qui intimidaient ou tergiversaient longtemps. Les négociations s'achevèrent ainsi par l'obstination des deux parties à poursuivre dans la direction du conflit. Le vampire soupira avant d'amener lentement sa main vers son dos. Il plaça délicatement sa main au niveau du manche de son arme qui dépassait du drap épais l'enveloppant. Le mercenaire enroula fermement chacun de ses doigts autour de l'arme dont le pommeau finement ouvragé scintillait au creux de la nuit. Avait-elle conscience que la dernière chose qu'elle verrait dans cette forêt pourrait bien être le tranchant de sa lame ? Le vampire haussa un sourcil et détourna le regard vers la gauche, par là où il était arrivé. Sa main lâcha le manche de son arme tandis qu'il étouffait un juron. Le murmure du vent, le chuchotement de la brise indiquaient la présence de plusieurs individus dans les broussailles. Ils avaient réussis à s'approcher aussi prêt à cause de la trop grande attention que Dante avait accordé à cette conversation. Le vampire mit ses doigts entre ses lèvres et siffla avec tant d'ardeur que les buissons touffus dansèrent dans l'obscurité. Les bêtes dissimulées dans l'obscurité comprirent que ce sifflement leur était destiné. Ils décidèrent alors de sortir, tout penauds d'avoir été si facilement remarqué. La surprise de Dante fut grande lorsqu'il remarqua que dans les fourrés derrière lui, une petite bande de gars à la mine patibulaire émergeait de l'ombre. Il y avait donc Dante, une elfe colérique, 3 voyous de cuir vêtus et une demi-douzaine de lycans à en juger par l'odeur. Le vampire soupira à nouveau lorsque tout ce beau monde échangea des regards interloqués. Lui-même ne comprenait pas ce qui se passait. En observant attentivement, il remarqua que les trois bandits confus qui chuchotaient dans leur coin étaient des vampires. Alors qu'il échafaudait un plan à la va-vite, basé sur sa capacité à bondir jusqu'au destrier indomptable de l'elfe et à s'enfuir le plus vite possible, un des lycanthropes brisa le silence qui régnait de sa voix âpre :


- Euh … je sais pas trop qui vous êtes vous tous, mais nous c'est l'gars avec les cheveux blancs et à moitié à poils qu'on veut. Disons qu'on doit lui faire sa fête.


Le vampire blêmit lorsqu'il aperçut le groupe de loup débordant de testostérone qui le regardait avidement. L'immortel leva les mains devant son visage en les agitant, essayant de clarifier la situation :


- Vous m'excuserez mais je ne suis pas de ce bord là.


- Mais il raconte quoi le saligaud ? T'as été embauché pour éliminer ma bande et hier, on a bien failli te coincer dans ton repère ! Sauf que t'as fait un sacré carnage. J'suis là pour finir le travail rétorqua l'homme bourru dans un grognement bestial.


- Oh je vois, dans ce cas il n'y a rien de personnel.


Le vampire lança un regard à l'elfe puis au groupe de vampires. Ils ne semblaient pas disposés à s'interposer. Après un bref soupir, le mercenaire avança tranquillement vers le groupe de sauvageons, les décrivant du regard tour à tour. Il y avait uniquement trois des six loups qui méritaient d'être décrits. Celui qui avait pris la parole, le plus costaud, celui-là même avec la plus grosse barbe et la plus grosse hache à la fois. Le chef à n'en pas douter une seule seconde. Des braises frétillaient dans ses yeux à mesure que Dante s'approchait de lui. Une louve également qui n'avait rien à envier en matière de testostérone et de muscles à ses camarades masculins. Décorée d'une hideuse cicatrice, elle en imposait et dévisageait avec hargne le vampire. Chacun de ses pas était souligné par un mélodieux accompagnement de grognements. Le dernier était surprenant. Un couard, et non des moindres, dont les jambes flageolantes et les bras tremblants firent apparaître un sourire mesquin sur les lèvres de Dante. Il sera le dernier à mourir. Après un court instant qui parut durer une éternité, le vampire se retrouva à hauteur de celui qui dirigeait cette vendetta. Les souvenirs du mercenaire commençaient à revenir, des bribes de souvenir plus exactement. Il se rappelait avoir été engagé pour décimer une meute de loup qui sévissait en Angaila. La traque avait été longue. Il finissait son travail maintenant. Les deux hommes, face à face, se jaugèrent longuement avant que, subitement, Dante se mette à éternuer une première fois puis une seconde fois sous les yeux écarquillés des loups, des vampires et probablement de l'elfe. Sur un ton très sérieux et de sa voix grave, le vampire rompit le silence :


- Excuse moi, je suis allergique aux enculés.


Fier de sa raillerie, le vampire afficha un sourire narquois. Ses prunelles dansaient dans leurs orbites alors que son interlocuteur fulminait de rage. Ce dernier se saisit de sa hache par le manche et la fit tournoyer au-dessus de sa tête. L'arme vrombit en s'abattant sur Dante. C'était sans compter les réflexes de tueur du vampire qui avait aisément anticipé l'action prévisible du loup. Une attaque vaine que le mercenaire esquiva d'une pirouette, profitant de son geste pour faire jaillir son glaive de son dos et se placer habilement derrière son adversaire. Sous les regards stupéfaits de ses acolytes, le vampire fit hurler l'air et trancha la nuque du lycanthrope. L'homme à la stature imposante lâcha son arme dans un tintement métallique puis posa les genoux à terre. Il passa une main derrière ses cheveux puis la plaça sous ses yeux, contemplant avec effroi le liquide carmin qui teintait sa chair. Il leva les yeux au ciel avec difficulté avant de s'affaisser dans un bruit sourd. Le vampire secoua vivement sa lame pour la sécher, des gouttelettes éclaboussèrent le visage des compagnons du défunt loup. Ce geste les réveilla, ravivant la flamme ardente qui brûlait en chaque bretteur, la passion du combat. Quatre loup se ruèrent sur l'homme ou plutôt vers le monstre à l'apparence d'homme. Ils avaient un avantage numérique certain, ils l'avaient encerclé tandis que lui se contentait de les observer du coin de l’œil et pourtant ils ne pouvaient pas l'emporter. Ils n'avaient aucune chance. Les quatre comparses se jetèrent sur le mercenaire comme une seule et même personne, attaquant avec fougue. Ils poussaient des hurlements, battaient l'air de leurs sabres, donnaient l'impression d'être fous, d'être emportés par l'ivresse du combat. Le mercenaire, lui, ne s'était pas enivré de cette confrontation. On aurait dit une danse, une danse mortelle que Dante menait avec eux. Il était calme et froid, il tuait méthodiquement. Chaque coup était mortel, il n'avait pas de lame d'argent sur lui, il devait par conséquent mettre en défaut le facteur de guérison des lycanthropes. Un premier corps s'effondra, inerte et sans vie, la gorge et le buste transpercés de part en part. Un second s'écroula, les tendons calcanéens tranchés par une lame d'acier et le crâne fendu du sommet au menton. Un troisième chancela, une gerbe de sang à la commissure des lèvres et une ouverture béante à la place du torse, les organes à l'air libre. Même lorsqu'elle fut la dernière en vie, la louve ne chercha pas à s'enfuir. Le vampire ne lui adressa aucune tendresse. Il para adroitement la lame de la jeune femme, profitant de son geste pour créer une ouverture il souleva sa jambe et l'envoya cogner contre le flanc de son adversaire, lui brisant quelques côtes. Sous les yeux effarés du pleutre qui n'avait pas bougé depuis le début de la rixe, le monstre à la chevelure d’albâtre trancha le bras de son adversaire depuis le coude avec une facilité déconcertante, la désarmant par la même occasion. Alors que la jeune femme poussait des hurlements de douleur et fixait de ses yeux humides son membre amputé, le vampire se glissa derrière elle, attrapa son épaisse chevelure pour relever sa tête, glissa sa lame sous son menton et trancha sans hésiter sa gorge pour arracher sa tête du tronc de ses propres mains. Le couard avait fermé les yeux pour ne pas assister à ce meurtre de sang-froid. Lorsqu'il les rouvrit, le monstre à la chevelure d'albâtre se tenait là, juste devant lui.


Le loup haletait, la sueur s'échappait par le moindre pore de sa peau. Il examinait de ses grands yeux noisettes le mercenaire qui lui faisait face. Adossé contre un arbre, il voulut se relever mais chaque tentative se soldait par un nouvel échec, ses jambes chancelantes ne pouvaient pas le porter. Le vampire s'approcha lentement, paraissant à chaque pas plus grand encore. Ses prunelles azurées accablaient de craintes le louveteau dont les dents claquaient. Le loup détourna les yeux, il ne pouvait plus supporter ce regard terrifiant. Il scrutait le sol, ses mains terreuses étaient recouvertes de sang, le sang de ses camarades étendus, raides morts, qui avait coulé jusqu'ici. Il murmura quelques mots :


- Je t'en supplie … ne me tue pas …


Une main solide se posa sur son épaule, une autre sur son bras et ces deux mains le soulevèrent de sa position pathétique pour le poser sur ses deux jambes. Il manquait de s'écrouler à chaque seconde qui s'écoulait. La sueur avait tant coulé qu'il n'arrivait plus à pleurer malgré ses efforts pour y parvenir. Le vampire passa une main sur son visage pour essuyer le sang de ses victimes. Sans émotion, il passa sa main ensanglantée sur la joue du loup qui grinçait des dents. Le jeune loup ne devait pas avoir plus de 17 ans, c'était sûrement sa première bataille. D'une touche rapide, il éviscéra le louveteau et passa sa main libre dans plaie afin de la combler. Le sang jaillissait par saillies de la blessure tandis que le jeune homme réprimait un cri de douleur. Le vampire prit un air surpris et trouva de bon aloi de  se montrer sarcastique :


- Attends … c'est tes tripes que je tiens, là ? J'étais convaincu que t'en avais pas.


La gorge du jeune homme sa noua, ses yeux se révulsèrent tandis qu'un gémissement de soulagement s'échappa de sa bouche. Le vampire retira sa main, arrachant les tripes du malheureux par la même occasion. Il posa un regard perplexe sur les viscères qu'il tenait dans la main avant de les jeter sans ménagement dans un buisson, ils nourriront les bêtes sauvages. Maculé de sang, le vampire se dirigea vers l'elfe et les 3 vampires. Ces derniers n'avaient pas pipé mot et s'étaient contentés d'observer la scène. Une fois qu'il eut repris sa place d'origine, entre les vampires et l'elfe, il reprit la parole :


- Et vous ? Vous êtes aussi là parce qu'on m'a embauché pour vous massacrer ?


- Non non … Rien de tout ça, mon frère ! On a été embauché par les mêmes barjots que toi pour enlever cette salope !


La «salope» n'avait pas l'air d'avoir apprécié. Le vampire affichait un sourire espiègle. Il haussa les épaules et répondit avec franchise :


- Vous devez faire erreur, mes « frères » dit-il avec une pointe d'ironie. C'est par hasard que j'ai croisé la «salope». Puis-je vous conseiller de dégager ajouta-t-il sans que cela ne sonne comme une question. Maintenant.


A défaut de connaître son prénom, Dante utilisa le nouveau sobriquet de la gracieuse elfe, qu'il voulait délester de ses effets personnels, à bon escient. Après tout, ils n'avaient pas eu le temps de se présenter. Vraisemblablement ils n'auraient pas le temps pour l'instant. Les trois vampires se mirent à glousser avant d'extirper des lames brillantes de leurs fourreaux. Le plus bavard des trois fit un signe de tête à Dante puis ouvrit la bouche :


- Hé l'ami, on est trois, tu ferais mieux de pas trop la ramener.


- Ils étaient six répliqua froidement le vampire. Ils sont morts.


Le vampire se mit à gigoter dans tous les sens, il se rendit bien vite compte qu'il était dans une impasse et qu'il n'avait plus beaucoup de choix. Il pouvait repartir avec ses deux camarades, la queue entre les jambes ou mourir ici, en vain. Soudain, un éclair de génie traversa son esprit. Il se souvint des instructions à faire si l'on retrouvait la jeune elfe. Il ne comptait pas les appliquer pour être le seul à mettre la main sur la prime mais maintenant que les choses s'étaient corsées, il fallait revoir son plan. Il sorti un cor de sa besace et  souffla à l'intérieur de toutes ses forces. Il attendit quelques minutes avant de commencer à crier à plein poumons. Le vampire soupira en lorgnant sur son glaive ensanglanté. Il fit un pas dans leur direction ce qui se traduisit par un recul de trois pas de leur part. Le vampire s'amusait de la peur qu'il pouvait lire sur leur visage. Cette expression de peur se mua rapidement en des sourires narquois et odieux. Le vampire comprit la raison de ce changement lorsque le grondement que font les sabots d'un cheval se fit entendre. Le mercenaire grinça des dents de rage, ces lâches avaient appelé à l'aide. Un seul cavalier mais Dante savait qu'une bataille n'était pas remportée par la quantité mais par les hommes eux-mêmes. Il avait point depuis les broussailles, un destrier à la robe d'ébène, paré d'une tenue de guerre et surplombé d'un cavalier en armure noire étincelante. Au sommet de son heaume se trouvait une queue d’écureuil teinte en vert. Ce heaume, orné d'une aigrette, enserrait une tête énorme et donnait un aspect terrifiant au cavalier. Ses yeux poudroyaient dans l'obscurité de son casque de fer, des yeux sanguinaires à vous glacer le sang. Le vampire ne se démonta pas. Il observa la monture, sortie des enfers, dont les immenses naseaux dégageaient une mince fumée blanche. Une hache et une épée longue rutilantes se trouvaient de part et d'autre de la taille du cavalier. Une absence de bruit surnaturelle avait suivi l'apparition de ce chevalier. Sans y réfléchir à deux fois, le mercenaire prit la parole :


- Comme je le disais à vos fidèles compagnons, je vais vous livrer gratuitement cette elfe et m'en aller sans demander mon reste !


Le vampire afficha un sourire franc tandis que la bande de mercenaire, abasourdie, lançait des regards hagards. Comment ce vampire pouvait mentir ainsi et espérer s'en tirer à bon compte ? Sans trop se presser, le vampire se dirigea vers la monture de l'elfe en la dévisageant toujours, un sourire moqueur aux lèvres. Le bruit lourd et métallique d'une armure en mouvement, la vibration du sol lorsque le colosse de fer posa le pied à terre et sa voix caverneuse mirent fin à la petite mascarade de Dante :


- Nous l'avons enfin retrouvée … Le sang ancien. Je peux enfin le voir, le toucher … Le sang est puissant … Occupez vous de la fille, mais ne l’abîmez surtout pas. Je m'occupe de ce parasite.


Dante se retourna lentement puis lança un regard noir à ce chevalier en armure d'ébène. Le mercenaire soupira et regarda tour à tour les trois autres coupes-jarrets qui n'avanceraient pas tant que leur commandant ne se serait pas occupé de Dante. Las d'avoir à se battre alors qu'il désirait trouver un endroit confortable pour passer la nuit, le vampire décida de couper court à cet affrontement en dissuadant ses adversaires de faire quoi que ce soit. Il reprit la parole :


- D'aucuns m'appellent «Gwynbleidd » mais dans la langue commune on m'appelle « le Boucher de la Rivière de Sang » ou encore Dante McAllister. Je pourrai vous assommer, vous ficeler puis vous torturer jusqu'à la mort avec facilité. Ou bien vous tuer rapidement et simplement, sans le moindre effort ajouta le vampire avant de marquer une courte pause pour les faire méditer sur ses paroles. Je vous donne l'opportunité de sortir indemnes de cette forêt et de rentrer chez vous retrouver vos gosses ou prendre la première catin qui passe pour vous réjouir d'être toujours en vie.


- Tu parles beaucoup, Loup blanc répliqua le chevalier noir. Je sais qui tu es, je sais de quels crimes les elfes t'accusent depuis plus d'un siècle et je sais aussi que d'aucuns disent qu'il n'y a pas meilleur épéiste que toi dans tout l'ouest d'Ephaelya. Pourtant j'ai déjà entendu de ta propre bouche ces mots : «Un guerrier ne fait pas de menaces, il se contente d'écraser son adversaire ». Tu es devenu risible, Dante.


Le vampire fut ébranlé par cette tirade. Le chevalier d'ébène avait raison, ce n'était pas dans sa nature de fuir le combat face à un adversaire de sa trempe. Un sourire mauvais se figea sur son visage, un rictus diabolique le défigurait exposant ses canines immaculées à la vue de tous. Dans un grognement sourd, il fit luire sa lame qui reflétait les rayons de la lune. Le chevalier jeta sa hache à terre et s'arma de son épée. Les deux bretteurs se dévisageaient avec hargne, on pouvait lire une certaine forme de respect dans leurs yeux. Le silence céda la place aux cliquetis des armes, le tintement de l'acier, le bourdonnement des lames qui fendent l'air. Bottes et parades s’enchaînaient à un rythme effréné. Les deux bretteurs étaient d'un niveau équivalent mais Dante avait certains avantages évidents sur son adversaire. Premièrement, il n'était pas recouvert d'une épaisse armure qui ralentissaient ses mouvements. Il est vrai que l'armure protégeait son porteur mais un escrimeur doté du talent et de l'expérience du vampire était capable de déjouer de telles protections. Une pirouette rapide pour éviter une estocade suivie d'une volte-face contre laquelle le chevalier noir n'était pas préparé. Dante fit rugir l'acier, son coup porta infailliblement entre les tôles de sa cuirasse. Un mince filet carmin s'écoula sous l'épaulette du chevalier qui bondit sur son adversaire dans un mugissement terrible. Le vampire dansait gracieusement autour de son adversaire, évitant la pointe effilée de sa lame et son tranchant acéré. Le vampire effectua deux pas de retrait qui déstabilisèrent l'équilibre de son opposant, ce dernier s'attendant à être paré avait mis tout son poids sur sa jambe droite. Attentif à cette ouverture, le mercenaire se détendit tel un ressort pour bondir jusqu'au chevalier noir et inciser son genou là où l'armure permettait la rotation de l'articulation. Le chevalier étouffa un juron puis fendit l'air de sa lame car Dante avait déjà reculé. Le chevalier se tenait plus difficilement sur ses deux jambes, le combat était remporté par le mercenaire. Il retira son heaume et dévoila son visage. Une longue tignasse brune fièrement ramassée en queue de cheval, coiffure traditionnelle de certaines tribus elfiques, mettait en avant un teint blafard. Certains disaient que les elfes naissaient naturellement beaux et que c'est ainsi que les dieux avaient décidé de leur accorder une longévité exceptionnelle, pour qu'ils puissent partager cette beauté. Cet elfe là était sûrement né beau lui aussi. Aujourd'hui, il ne lui restait que des yeux verts chatoyants comme seuls vestiges de cette beauté passée car une affreuse trace de brûlure défigurait l'intégralité de son visage. Le sang du vampire se figea dans ses veines. Le chevalier reprit la parole :


- Tu commences à te souvenir, Loup blanc ? L'incendie, l'odeur de la chair en feu, le sang, la mort …


- Toi !


Dante se souvenait, comment l'oublier ? Avec un commando de vampires, il avait mis le feu à un petit hameau tranquille sous les ordres de Sophie-Anne. Il se souvenait des cris inhumains, de l'odeur horrible de viande calcinée, la vision d'horreur qu'il avait composé de ses propres mains. Il se souvenait aussi de cet elfe qui avait défié le groupe entier pour faire gagner du temps à son village. Dante lui avait ri au nez et voilà quel triste sort il lui avait réservé, le visage à jamais marqué par les flammes. Le vampire déglutit, il serra ses doigts sur le manche de son épée, fronça les sourcils et crispa ses muscles faciaux dans un rictus haineux. L'elfe se mit à scander des phrases dans un dialecte elfique fort mélodieux. Dante était pétrifié par le chant qu'entonnait le guerrier à l'armure d'ébène. Il ne fit aucun mouvement. Ses yeux s'écarquillèrent lorsque l'épée de son adversaire s'embrasa magiquement. Le guerrier poussa un hurlement vindicatif et se rua sur le mercenaire qui ne dut sa survie qu'à ses réflexes surnaturels. Il évitait les coups difficilement, la sueur perlait de son front, les flammes léchaient sa peau à chaque frappe du chevalier dont le visage s'était figé dans un sourire effroyable. Le vampire était terrorisé, les flammes, cette apparition du passé. Il était encore sous le choc jusqu'à ce qu'il sente le dur contact de l'écorce contre son dos, il venait de heurter un arbre en évitant la lame de son adversaire. Soudain, tout lui revint naturellement. Les techniques qu'il avait mises plusieurs vies à perfectionner, son entraînement qui lui avait permis de dépasser le stade de simple épéiste. Le vampire s'accroupit pour éviter la lame de son adversaire, effectua une pirouette en se relevant et dans un coup fourré, il parvint à trancher la jugulaire de son adversaire en faisant glisser sa lame dans l'infime espace que son armure découvrait. Pour porter un tel coup, il avait dû payer un certain prix. La chair encore fumante de son épaule gauche le faisait atrocement souffrir mais la douleur ne se voyait pas sur son visage, uniquement un fin sourire de satisfaction. Le chevalier interrompit son sort précipitamment et, sans hésiter, porta sa lame rendue blanche par le feu magique  à son cou pour cautériser la plaie. Il ne mourra pas mais il n'était pas en état de combattre pour le moment. Le vampire non plus. Profitant de la pagaille générale, il se jeta vers la monture de guerre de l'elfe et la talonna brutalement, ne lui laissant pas d'autres choix que de presser l'allure. Il emporta la jeune femme à la volée avant de la jeter adroitement sur sa monture indomptable en tranchant les liens de cette dernière. Il hurla :


- Chevauchons et plus vite que ça, enfonçons nous dans la forêt !


Le vampire lança sa monture au galop dans les broussailles. Elle l'emmenait à vive allure à travers la forêt tandis que les cris confus de leurs poursuivants s'évanouissaient pour ne laisser place qu'au sifflement grisant du vent. Le vampire affichait un sourire narquois, il suait à grosses gouttes et n'avait pas l'air au meilleur de sa forme. L'immonde plaie avait du mal à se régénérer. Il avait besoin d'herbes et de soins mais pour le moment leur fuite était primordiale. Après une vingtaine de minutes à chevaucher, le vampire ralentit l'allure. Alors qu'il s'apprêtait à prendre la parole pour demander des explications à l'elfe et en fournir à son tour, il se pencha malgré lui et chuta dans un bruit lourd. Ses yeux mi-clos ne distinguaient plus grand chose. Il avait besoin d'une petite sieste à priori …

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MessageSujet: Re: Un regard empreint de tristesse [En cours]   Mar 6 Aoû 2013 - 0:15


Depuis toujours, fuir les ennuis étaient une chose que l'elfe avait pris l'habitude de faire. Cotoyer le moins de personnes pour éviter tout soucis pouvant occasionner une gêne dans sa vie. Elle préférait vivre seule, recluse, dans le simple but d'éviter de croiser la route de personnes dont elle ignorait tout et ne voulait rien savoir. Le peu de personnes dont elle avait croisé la route, avaient fini par être devenus, soit des ennemis mortels, soit des inconnus notoires lorsqu'elle les croisait. Bon nombre de personnes l'avaient déçues, alors qu'elle plaçait en eux des espoirs qu'elle avait très peu souvent pris le droit d'avoir. Désormais, pour elle, tout n'était que fuite. Elle évitait d'avoir trop de contacts humains, elle ne voulait plus de tout cela. Son regard qui auparavant était tourné vers l'avenir, n'était plus que désolation sur le passé. Tout ce qu'elle avait vécu n'avait fait qu'endurcir l'elfe au cœur de pierre. Désormais, la froideur de son regard n'était que la pâle représentation de celle de son cœur. La jeune femme était désormais devenue un roc. Plus rien ne l’attendrissait. Elle était désormais devenue imperméable à toutes les fourberies humanoïdes.

Mais cet homme face à elle, était moins un pleutre qu’elle ne le pensait. Imaginant qu’elle avait face à elle un vulgaire mercenaire, volant chaque petite chose trouvée sur son chemin, pour ensuite l’échanger contre une choppe dans une taverne miteuse. Mais c’était sans compter sur l’effet de surprise que lui réservait le vampire qui, bien qu’il ne soit du genre qu’Izilbêth avait l’habitude d’éviter, beau garçon. Mais la lueur malicieuse dans ses yeux, à mesure qu’il tentait d’intimider la jeune elfe ne la faisait pas rire. Il était totalement ridicule pour sa part de provoquer un vampire en duel. Elle n’avait aucune chance, c’était évident. Mais elle refusait de se laisser abattre, quitte à mourir dans cette forêt, pour simplement défendre son honneur, elle le ferait. De plus, elle avait omis de mettre en garde le vampire sur son avantage de taille. La dragonne, toujours paisiblement allongée plus loin dans les bois, observait la scène de son regard perçant. Rien ne lui échappait, elle ne pourrait rater le moment où le vampire oserait lever la main sur l’elfe qui, encore une fois, n’avait rien demandé à personne. Observatrice, prête à éviter toute attaque, l’elfe ne lâchait plus son adversaire du regard. Elle avait courbé l’échine, pliant les genoux d’un air étonnement prédateur. Elle semblait prête, prête à se jeter sur lui pour rendre sa dernière bataille, par simple honneur.

Les mots moqueurs du vampire n’avaient fait qu’énerver un peu plus l’elfe qui le toisait d’un regard sévère. Ses dents apparentes firent frémir la jeune femme de dégoût alors qu’elle avançait d’un pas, tendant légèrement la dague vers son adversaire, lèvres pincées. Ses sourcils étaient froncés, elle regardait attentivement le vampire, tentant d’appréhender la potentielle attaque de celui-ci. Son souffle était plus puissant dans sa poitrine alors qu’une mèche de cheveux bruns tombait sur son nez, venant chatouiller ses lèvres. Mais bien rapidement, son attention fut détournée. Un chuchotement, un bruissement de feuilles. Ils n’étaient plus seuls. Immédiatement, les idées fusèrent dans l’esprit de la jeune femme qui pensait qu’elle allait bien rapidement tomber sur les acolytes de l’énergumène qui se trouvait face à elle. Mais visiblement, cet homme avait de nombreux ennemis. Dans un premier temps, elle se vit ravie de voir que cette troupe était venue donner la correction que méritait cet homme. Ce fut une joie de courte durée, bien évidemment. Elle avait reconnu les vampires qui avaient participé à son enlèvement dans la taverne. Ils n’étaient pas présents lors de la tentative de sacrifice, mais l’un d’entre eux c’était occupé d’elle durant une nuit. Mais leur silence n’annonçait rien qui vaille. Gardant un regard méfiant sur les deux groupes, l’elfe se recula de quelques pas, attrapant son pantalon de cuir qui traînait non loin de là.

Son attention avait été détournée et désormais, le vent s’était calmé, les nuages avaient fuis et l’air était moins lourd désormais. Levant le nez vers le ciel, l’elfe posa une main délicate sur l’encolure de sa monture qui avait cessé de piaffer. Tournant la tête en direction de l’endroit où se trouvait Arkania, l’elfe pria Sên et toutes les autres divinités s’il l’avait fallu pour qu’elle ne prenne la fuite avant qu’un carnage ne survienne. La perte de sa créature si précieuse n’aurait été qu’un énième coup dur pour l’elfe qui désormais ne parvenait plus à exprimer l’étendue de sa peine. Les yeux rivés sur les vampires qui ne bougeaient plus, l’attention de l’elfe fut détournée lorsqu’une rixe éclata entre le vampire et les lycans qui apparemment étaient venus le chercher. Izilbêth n’avait pas voulu écouter plus longtemps leur discussion, elle n’en avait que faire et désormais il lui fallait essayer de trouver une solution pour échapper à ce pétrin. Détachant sa monture sans un bruit, l’elfe ne pouvait désormais plus bouger. Fixant la scène avec effrois, Izilbêth resta de marbre lorsqu’une épaisse gerbe de sang lui gicla en plein visage, recouvrant sa chemise de ce liquide carmin à l’odeur ferreuse.  Plissant le nez, elle passa une main dégoutée sur son œil afin d’en évacuer toute trace de sang. Et bien plus rapidement qu’elle ne le pensait, la rixe fut terminée. Sans en oublier les gémissements terrifiés du lycan que le vampire acheva le dernier, l’elfe détourna les yeux en regardant le corps sans vie s’écrouler sur le sol. Lançant un regard sur le visage de l’enfant, elle ne pipa mot. Sans la moindre réaction, elle tourna les yeux vers les vampires. Elle avait vu bien pire. La guerre et ses horreurs. Le pisteur qui les avait suivit, Faolan et elle, lors de leur fuite en Ardamirë. Sans la moindre pitié, elle lui avait tranché la langue, froidement.  Il ne fallait pas qu’il parle, mais elle n’était pas assez barbare pour lui ôter la vie. Telle avait été la vie de l’elfe qui, bien en comparaison de ses confrères pouvait se montrer être une femme froide, barbare et sanguinaire.

Lorsque les vampires prononcèrent le mot « salope » la jeune femme plissa le nez. Elle ne s’attendait pas à mieux venant de ces vampires bourrus. Elle s’était un jour battue avec l’un des vampires qui l’avaient enchaînée. Il avait tenté de toucher des parties du corps de la jeune femme que peu de personnes avaient eu l’honneur de voir. Et c’est sans réfléchir que le coup était partit et qu’elle avait asséné le coup qui avait écrasé le nez du vampire. Sa régénération avait bien sur été très rapide, mais avait calmé toutes les potentielles pulsions des autres vampires présents.

Le silence de l’elfe n’annonçait rien qui vaille et c’est avec un léger sourire mutin qu’elle écouta le mercenaire dont elle ne connaissait pas le nom, tenter de protéger sa vie. Elle s’approcha alors d’un  pas, sans un mot, comme si désormais, elle se plaçait en tant qu’alliée du mercenaire. Elle savait que s’ils avaient à se battre, elle ne serait pas d’une très grande aide, mais elle ne pouvait tout de même pas se positionner en jeune femme sans défense. Elle avait une sainte horreur de ce genre de choses. Elle voulait donc faire face, aux côtés de son « protecteur ». C’était sans compter sur le côté versatile du vampire qui ne tarda pas à changer de discours lorsque les vampires, qui étaient au nombre de trois, soufflèrent dans une corne au son grave. Le cor était puissant et résonna dans les bois. La dragonne n’en rata pas une miette et c’est en se rendant compte du grabuge qu’elle releva la tête. Sa maîtresse ne semblait pas en mauvaise posture, mais il valait mieux éviter de ne trop s’en prendre à elle, sans quoi, elle ne tarderait pas à arriver de sa grosse masse sur les pauvres vampires. Mais le danger était tout aussi grand pour la dragonne que pour Izilbêth. Ces vampires, assoiffé de sang et surtout du sang de l’elfe seraient prêt à tout pour obtenir ce qu’ils voulaient ; son sacrifice.

L’apparition glaça le sang de l’elfe qui resta figée, quelques pas derrière le vampire. Fixant l’homme en armure sur sa monture, la jeune femme ne parvint pas à le quitter des yeux. Il était évident que la donne venait clairement de changer maintenant qu’elle se trouvait face à celui qui cherchait son sang depuis si longtemps. Elle ne pouvait plus fuir. Elle était cernée et lorsque le vampire qui avait, à la base, voulu la protéger, proposait désormais de la livrer aux vampires, elle put retenir un juron alors qu’elle lançait un regard noir à ce vampire à la chevelure blanche qui était de nouveau redevenu son ennemi. Sur ses gardes, l’elfe ne put rien contre les trois vampires lorsque ceux-ci se jetèrent sur elle. Le vampire qui avait tenté de la voler s’appelait Dante, elle avait entendu son nom juste avant que les mercenaires du chevalier noir ne se jettent sur elle. C’était sans compter sur son tempérament de feu. L’elfe ne se laissa pas faire. Se jetant en arrière d’un bond franc et agile, elle évita un premier homme de main qui ne fit que s’effondrer sur le sol avant qu’un second ne l’attrape. Les bras tirés vers l’arrière, l’elfe tenta le tout pour le tout. Sa dague était tombée sur le sol et dans une pagaille sans pareille, la poussière ne tarda pas à la recouvrir. Son bras saignait désormais de plus en plus à mesure qu’elle pressait dessus pour tenter de fuir l’étreinte des deux vampires qui tentaient de l’attacher fermement. Agitant les pieds, l’elfe parvint a envoyer un coup de talon dans une mâchoire qui avait malheureusement atterris sous sa botte.  Mais sa fougue ne parvint pas à lui éviter d’être fermement attachée, les fesses posées sur le sol. Les mains solidement liées dans le dos, l’elfe fronça  les sourcils, tentant de se détacher comme elle le pouvait.

Gardant un œil distrait sur la bagarre qui avait explosé entre les deux combattants de haut niveau, l’elfe tentait d’atteindre sa dague, enterrée dans la poussière qui se trouvait à quelque centimètre d’elle. Assise sur le sol, elle tenta de découper la corde qui liait ses poignets. Mais c’était sans compter sur le regard attentif des trois hommes qui surveillaient la jeune femme. Cessant bien vite son petit manège, l’elfe glissa la dague dans son pantalon comme elle le pouvait alors qu’elle fixait d’un air mauvais ses trois ravisseurs. Elle avait horreur de cette sensation de captivité qui avait tendance à la rendre encore plus hargneuse qu’elle ne l’était déjà. Ses pieds n’avaient pas été attachés, elle avait pris la sage décision de cesser de gigoter. Au moins, si elle parvenait à se lever, elle pourrait courir, ou du moins tenter de le faire. Au milieu du boucan des épées qui s’entrechoquaient, une bourrasque de vent puissante fit plier les arbres. Elle venait de prendre son envol. Dans l’obscurité de la nuit, la bête planait au dessus de la scène, fixant les trois vampires qui avaient attachés sa maîtresse, tel un rapace, elle fixait ses proies, qu’elle se voyait déjà rôtir, pour avoir osé s’en prendre à l’elfe. Mais les choses prirent une tournure tout autre sans même que la jeune femme ne comprenne véritablement ce qui lui arrivait. Alors qu’elle fixait d’un œil méfiant les trois hommes, elle fut soulevée par le mercenaire qui avait visiblement profité d’un instant de répit dans la bataille pour prendre la fuite. Attrapant l’elfe sur la monture qu’il avait dérobé aux chevalier noir, ils se lancèrent dans un galop effréné. Galopant à toute vitesse, l’elfe leva le nez vers le ciel lorsqu’elle vit l’ombre planant au dessus de la cime des arbres.  Elle était trop près, trop visible, il fallait qu’elle remonte ou se cache avant que quelqu’un ne la remarque. Mais bientôt, les hurlements de leurs poursuivants s’effacèrent dans le silence de la nuit. Le seul bruit était celui des sabots du cheval qui frappaient le sol, à chaque foulée de galop effectuées. De temps en temps, un battement d’aile agitait les feuilles des arbres, laissant penser à une bourrasque. L’elfe était satisfaite. Elle avait réussis à s’éloigner de tout ce grabuge et elle pouvait entendre de loin, son cheval, galoper derrière eux.

Soudain, elle sentit un poids sur son dos. L’homme semblait s’affaisser. Grimaçant et lançant un juron alors qu’elle tentait de le pousser, elle le sentit glisser le long du flanc du cheval et s’effondrer sur le sol terreux de la forêt. Stoppant net la monture qui ne broncha pas, visiblement ravie d’avoir quelques instants de répits. L’homme avait tout l’air de quelqu’un qui s’était assoupis. Il était tout sauf l’heure de dormir, il leur fallait fuir. Grinçant des dents en posant pieds à terre, l’elfe lâcha un soupir en posant une légère claque sur la joue du vampire qui ne répondait plus de rien. Se penchant alors instinctivement pour chercher un quelconque poul, la jeune femme ne fit que toucher une peau glacée et qui avait tout de quelqu’un de mort. Il était évident qu’il n’y avait pas plus mort qu’un vampire, lorsque l’on y réfléchissait bien. Cependant, ce fut l’odeur de brûlé qui éveilla l’attention de l’elfe. Lors de leur bataille, le chevalier noir avait fait usage de magie et avait enflammé sa lame, assenant des coups bien plus redoutables au mercenaire. Passant une main sur son visage, l’elfe attacha la monture à un arbre alors qu’une soudaine rafale lui fit froncer les sourcils. Elle était là, tout près. Posant un genou au sol, Izilbêth observa un instant autour d’elle. Quelques plantes étaient présentes, et malgré l’obscurité, les distinguer n’était pas compliqué. Attrapant quelques feuilles de sauge, la jeune femme palpa ses hanches. Elle n’avait aucun de ses effets, et il était compliqué de préparer un onguent sans le matériel nécessaire. Le souffle de la dragonne attira son attention. Tapie dans l’obscurité, elle s’approchait à pas de velours, vérifiant que sa maîtresse était toujours saine.

Ma foi, laisser le vampire quelques instant pour aller rassurer l’animal, ça ne pourrait pas lui faire de mal. Doucement, elle passa une main sur la tête écailleuse de l’animal qui ferma les yeux sous la caresse. Izilbêth murmura quelques mots en elfique à la créature qui observait toujours le mercenaire. Méfiante elle aussi, elle semblait se demander pour quelle raison, cet homme était-il endormi sur le sol. Cependant, si elle voulait soigner le vampire, il lui fallait récupérer ses affaires. La contrainte était de taille. Désormais, il lui fallait faire attention aux deux chevaux, qui se suivaient de près. Au moins, la monture du chevalier, semblait s’être prise d’amitié pour celle de l’elfe qui la toisait d’un air sévère. Le vampire lui, était toujours étalé de tout son long sur le sol et il allait désormais être compliqué pour elle de le hisser sur la dragonne. La voie aérienne était la plus sure si elle voulait récupérer ses effets au plus vite et aller se cacher afin de prodiguer quelques soins au dormeur qui semblait bien heureux désormais. Murmurant à la dragonne de la suivre, l’elfe se dirigea vers le corps inerte du vampire. Attrapant fermement le bras du vampire, elle tenta de le hisser sur la dragonne comme elle pouvait, mais c’était peine perdue.

« Il fallait que je me farcisse ce type ! » Jura-t-elle alors qu’elle passait une main sur son visage.

C'était sans compter sur ses idées de génies. Se penchant alors sur la tête de la dragonne, elle murmura quelques mots en elfique et se hissa sur le dos de la bête qui se dressa sur ses quatre membres, étendant ses ailes. Attrapant le corps sans vie du vampire entre son immense patte, la dragonne ne tarda pas à prendre son envol dans de grands battements d’aile qui agitèrent de nouveau les sapins. Une fois en vol, leur retour au point de campement principal de l’elfe fut rapide.  Les vampires avaient disparus, tentant surement de suivre les deux fuyards ou alors, rentrant tout simplement panser les blessures de leur chef. Le terrain était désert. La dragonne, attendait simplement sur le sol, reniflant d’un air curieux le vampire qui ne bougeait toujours pas d’un poil.  Les effets récupérés, l’elfe ne tarda pas à remonter sur le dos de la bête qui ne bronchait pas. Se contentant de reprendre le vampire entre ses griffes, la dragonne repris son envol vers l’endroit où les chevaux avaient été abandonnés. Broutant tranquillement, sans la moindre appréhension, les chevaux s’étaient quelques peu éloignés de l’endroit où était tombé le vampire, permettant ainsi  à l’animal aérien de se poser sans le moindre accroc.

S’éloignant de quelques pas, la dragonne s’allongea sur le sol, observant la scène d’un air un peu intrigué alors que l’elfe s’affairait déjà à préparer un onguent afin d’apaiser les brûlures du vampire. Broyant les fleurs, écrasant les feuilles, l’elfe tentait de faire vite, mais aux vues de la façon dont était tombé le vampire, il allait dormir un petit moment. Qui sait ? Les chevaux, eux, broutaient tranquillement quelques mètres plus loin, tandis que la dragonne, elle, se contentait d’observer la scène, la tête posée sur ses puissantes pâtes.

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Dante McAllister
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MessageSujet: Re: Un regard empreint de tristesse [En cours]   Mar 3 Sep 2013 - 1:04

Les vampires ne peuvent être accablés par la maladie, ils ne craignent ni les germes ni les miasmes, ne ressentent pas l'impuissance physique et mentale qui accompagne l'infirmité. Pourtant il y avait bien des maux propres aux créatures de la nuit, certaines défaillances que les autres races ne connaissaient pas. Son sommeil était réparateur. Stimulé par les plantes de l'inconnue, ses défenses immunitaires supprimaient tout risque d'infection et accéléraient sa capacité de régénération. Cette expérience se solderait par une cicatrice nette, la plaie se résorbait à vue d’œil mais une tache foncée marquera dorénavant son torse, en guise de souvenir. Le vampire avait affronté de nombreux bretteurs émérites mais il n'avait jamais connu la défaite car dans son milieu, la défaite était synonyme de mort. Cette fois, il avait frôlé la défaite ainsi que la mort. Mais qu'est-ce que la mort pour une créature qui a déjà un pied dans la tombe et qui dort dans un cercueil ? Dans l'univers de Dante, il n'y avait pas d'approximation. Une défaite était une défaite, une victoire était une victoire. La notion de «presque » réussir, de frôler quoi que ce soit, n'existait pas. Le mercenaire n'en avait pas fini avec l'elfe à l'armure d'ébène. Les histoires qui commencent dans le sang s'achèvent bien souvent de la même manière. Dévoré par la fièvre, le vampire avait eu un court répit lorsque la monture ailée de sa compagne d'infortune avait permis au souffle nocturne de caresser sa peau. Le front en sueur, les lèvres figées dans un rictus de douleur, le vampire exprimait l'extrême souffrance qu'il ressentait à sa manière. Bien d'autres auraient perdu connaissance en voyant leur épaule léchée par les flammes, transpercée par une lame. Lui, il avait eu la décence d'attendre qu'ils aient habilement pris la fuite pour tomber dans ce que les vampires appelaient communément «la torpeur ». Une perte de sang et de vigueur subite qui fait rentrer en léthargie plus ou moins profonde les créatures de la nuit. C'est ce que vivait à présent Dante McAllister.  A quelques détails près. Le vampire n'était pas comme la plupart de ses congénères. Il était l'un des plus vieux vampires qu'il connaissait, un des rares vétérans de la guerre contre les titans et un homme qui avait vécu à une époque oubliée. Chaque cellule de son corps était marquée par une incroyable volonté de survivre et de perpétuer son existence, une passion si forte exprimée par son corps dont le cœur battait toujours malgré les nombreuses cicatrices qui le parsemait. Dante ne cesserait pas de vivre ce soir là. La lune éclairait d'une lueur blafarde le blessé qui se mit à délirer, en apparence, sous l'effet des plantes et de la fièvre dont l'action conjuguée mena à une altération de sa perception du monde.


En d'autres termes, il hallucinait. Le vampire se croyait tout d'abord éveillé. Il regardait les mains qui s'agitaient sous ses yeux, les jambes qui exécutaient ses ordres. Il s'agissait bien de son corps. Il avait pourtant un sentiment d'étrangeté qui s'en alla bien vite lorsque son regard se posa sur le visage même de la mort. Une femme à la peau douce mais dénuée de chaleur, aux yeux scintillants qui ne dégageaient aucune vie, aux lèvres charnues et aux dents carnassières. De longs cheveux noirs aux reflets ambrés qui tombaient en cascade sur de menues épaules. Son regard pétrifia le vampire qui sentit son sang se figer dans ses veines. Il murmura un nom qui s'échappa de ses lèvres et parvint probablement à l'oreille de l'elfe qui s'occupait de lui:


- Cyromil …


Ainsi se nommait-elle, la femme qui hantait les nuits de Dante. Un homme de son âge, avec son vécu, faisait des rêves horribles même s'il se refusait à les évoquer. Il y avait des guerres, des massacres, le parricide ainsi que la solitude, l'indifférence et l'éternité, bien trop longue, qui étaient l'essence même de ses cauchemars. Le plus atroces d'entre tous restait celui qui faisait intervenir Cymoril. Il lui rappelait sa jeunesse, une période idyllique de sa vie où il passait son temps à flâner parmi les elfes. Parmi tous les elfes qu'il avait alors rencontrés, une s'élevait très nettement au-dessus des autres. Cymoril. Une elfe à l'apparence ravissante, qui fleurait de jasmin et d'arômes exotiques ses tenues, une femme dont le sourire pouvait briser la moindre volonté. Une femme qui ne se limitait pas à une apparence. Dotée d'un caractère trempé et d'un charisme envoûtant, elle ne laissait personne indifférent. Une petite communauté s'était regroupée autour de Dame Cymoril. Une femme respectable, une poétesse et guerrière hors pair qui maniait aussi bien la plume qu'elle agitait intelligemment ses lames. Notre petit vampire qui n'était alors qu'un humain tomba sous le charme extraordinaire de l'elfe et, séduit par une vie de bohème, décida de la suivre où elle irait. Ce n'est que bien plus tard qu'il trouverait une femme, bien plus tard qu'il fonderait un foyer et bien plus tard que son ennemi le plus mortel ferait son apparition.


Les éclairs pourfendaient le ciel pourtant on n'entendait pas le tonnerre. Le vent se tut. Les chevaux, dont les sabots retournaient nerveusement la terre meuble, renâclaient et  s'ébrouaient. Et même la majestueuse bête ailée montra des signes d'affolement. Dans le ciel, anormalement obscurci par des nuages goudronneux, apparut une tâche laiteuse qui luisait de mille feux. La tâche devint bientôt une bande blanche puis des formes se détachèrent de la structure initiale. Des silhouettes cauchemardesques se dessinaient à travers le précipité blanc, des cavaliers plus précisément. Des cavaliers à l'allure singulière. Sur leurs montures décharnées aux caparaçons en lambeaux, les cavaliers cadavériques observaient de leurs yeux vides les deux mortels qui se tenaient entre les arbres. Si effectivement Dante et sa race se complaisaient à penser qu'ils étaient immortels, il n'en était rien. Une dague en argent dans le cœur, une décollation, l'exposition au soleil et j'en passe, étaient certains des moyens d'abréger les souffrances des vampires. Les créatures qui venaient d’apparaître, elles, étaient immortelles. Elles ne craignaient ni le fer ni l'argent ni la magie ni même la mort elle-même car croyez moi sur parole, elles étaient la mort elle-même. Nous les appelions la chasse fantastique ou encore la chasse sauvage.


Étrangement, ses spectres n'avaient que peu d'intérêt pour le commun des mortels. Ils ne s'intéressaient qu'aux guerriers émérites. Ils voyageaient à travers les mondes et les univers sur leurs chevaux spectraux puis ils chevauchaient là où la guerre s'annonçait afin d'y récolter les meilleurs combattants. Ils n'avaient commencé à tourmenter le vampire qu'à l'approche de ses 35 ans, alors que la guerre contre un ennemi redoutable allait se déclarer et que les conflits ravageaient déjà le monde. En réalité, la traque sauvage s'était intéressée aux vampires dès son départ de la communauté qui vénérait Cymoril. Et plus officieusement, elle s'était emparée de lui des années encore auparavant. Dante était le fils d'un noble, d'un soldat. Né pour devenir un guerrier, son parricide lui valut l'opprobre éternel ainsi que les imprécations de son père qui se réalisèrent. Comment aurait-il pu savoir que la communauté qu'il avait rejoint était en réalité la chasse fantastique ? Comment aurait-il pu réaliser qu'alors que son esprit vagabondait dans des cadres pastoraux et champêtres, son corps se livrait aux pires exactions ? Frappé par la fièvre, l'apparition fantomatique du vampire se précisa. La voix de la femme qu'il avait un jour aimé lui déchira les tympans :


- Voici venu le temps du mépris, le temps de la hache et du fer …


- … le temps où le sang coulerait pour étancher une soif inextinguible.


Sa voix était claire et grave dans son rêve bien que dans la réalité elle fut chevrotante aux oreilles de l'inconnue qui se trouvait à ses côtés. Dans un fracas épouvantable, la terrible cavalcade se mit en marche. Une nuée de cavaliers spectraux se ruèrent dans un vacarme effroyable vers les deux protagonistes. Le vent souffla avec puissance, faisant ployer sous sa force les feuilles des arbres qui se mirent à bruisser. Ce n'était pas le vent mais les cavaliers de la chasse fantastique qui vagissaient avec entrain, entonnant un chant macabre qui perçait les tympans des mortels. Les sabots de leurs montures infernales donnaient l'impression d'observer des feux follets en mouvement dans le ciel. Le vampire toussotait dans son sommeil de plus en plus troublé. La légendaire traque sauvage arriva sur le sol, gardant une bonne distance avec les deux mortels. Un cavalier se sépara de la sinistre cohorte. Ce cavalier qui galopa dans un silence mortel jusqu'à eux n'était autre que le Roi de la traque sauvage. Une créature mythique, aux pouvoirs dépassant l'entendement, qui viendrait d'un autre monde que le notre et poursuit son funeste destin par delà le temps et l'espace. Son armure en maille rapiécée témoignait de son ancienneté, son manteau noir raccommodé se balançait malgré l'absence de vent. Un lourd collier érodé frappait contre son plastron rouillé à chacun de ses pas. Lorsque le Roi de la chasse se trouva au niveau de nos deux héros, il retira son terrifiant heaume pour laisser une abondante chevelure fantomatique tomber en cascade sur son armure. Il prit alors une voix familière :


- Réveille toi, Dante.


Instantanément le vampire ouvrit les yeux et se détendit comme un ressort, prenant appui sur ses pieds d'un bond et se saisissant du stylet qu'il dissimulait en permanence dans la tige de ses bottes. Son regard aqueux, hagard, se posa sur le Roi de la traque sauvage. Le vampire déglutit avant d'essuyer la sueur qui perlait en importante quantité de son front. Dante n'avait pas grand chose d'un héros mais il y avait certaines choses qui ne pouvait lui être ôtées : son indéfectible courage, sa dextérité et son cynisme. Dans un soupir, le vampire prit la parole :


- Cymoril … tu n'as pas vraiment changé depuis le temps. Un peu de rouille par-ci, par-là et quelques dents en moins mais c'est ce qu'il faut pour être un fantôme.


Le Roi – ou plutôt la Reine de la traque sauvage se mit à rire à gorge déployée faisant grincer ses dents et son armure spectrale. Un rire cristallin qui n'avait rien d'humain ou de bien vivant. Elle ne s'embêta pas avec les convenances et décida d'aller droit au but sans laisser d'échappatoire au vampire :


- Je connais trop bien tes sarcasmes. Ce ne sont pas eux que je convoite mais ton habilité à l'épée, ce talent que j'ai forgé durant des années passées sous ma bienveillance. Rejoins-nous, Dante. Tu sais que tu es des nôtres ! Rejoins-nous ! Te souviens-tu des joies de la traque ? Tu pourras les vivres éternellement lorsque nous sillonnerons les cieux et la terre ! Ta place est parmi nous !


Encore sonné, le vampire laissa traîner ses yeux autour de lui à la recherche de son arme. Une fois qu'il repéra le pommeau ouvragé qui scintillait dans l'obscurité, il s'en saisi avant de passer le stylet dans sa main gauche. Armé, un sourire mauvais aux lèvres, il resta silencieux quelques instants en observant tour à tour le spectre et l'inconnue dont il ignorait tout. Soudainement soucieux pour elle, il en vint à se demander s'il n'avait pas signé l'arrêt de mort d'une femme qui avait eu pour seule malchance de croiser sa route et de s'occuper de lui. Il se pinça la lèvre avant de fulminer contre sa propre impuissance. Furibond, le guerrier ouvrit la bouche pour laisser sa voix grave et assurée rompre le silence :


- Non, Cymoril, je ne suis pas l'un des vôtres. Et puis foutaises que tout cela, tu n'es même pas Cymoril et tu ne l'as jamais été. Tu n'es qu'un spectre, un résidu de vie maintenu dans notre monde par la magie, tellement simplifié et primitif qu'il erre dans un seul but : semer la discorde, la destruction et la mort. Tu me dégoûtes.


- Nous ne semons rien. Nous récoltons uniquement. Et toi, tu n'es rien de plus qu'un vieillard, coincé dans un corps éternellement jeune. Je me demande qui est le vrai «résidu de vie » maintenu dans ce monde par la magie.


Le vampire serra ses doigts autour du manche de son épée à s'en rompre les phalanges. Le fantôme s'amusait de ce léger détail imperceptible qu'elle avait relevé. Elle savait qu'il considérait sa transformation comme une malédiction. Elle savait également que c'était elle qui lui avait offert cette chance. Car la belle elfe dont la langue chantante enchantait les esprits était un vampire. Le Roi de la traque sauvage, non content d'être une reine immortelle décida de vendre le peu d'âme qu'il lui restait pour subsister pour toujours. Condamnée à exécuter sa basse besogne qu'elle considérait comme une mission sainte, elle répandait mort et terreur. Le vampire avait encore le souffle lourd, il respirait avec peine. Sa gorge le brûlait à chaque inspiration, ses yeux embrumés donnaient l'impression qu'il allait défaillir à tout instant. A la grande surprise générale, le vampire tint le coup et ne flancha pas. Il restait là, inébranlable, demeurant silencieux. Il posa un regard ambiguë sur l'elfe dont il ne connaissait toujours pas l'identité. Ses lèvres s'entrouvrirent mais il dit rien dans un premier temps. Une larme coula lentement de son œil, traçant un sillon net sur sa joue fiévreuse.


- Merci.


Le vampire détourna le regard pour poser des yeux fatigués sur le Roi de la chasse fantastique. Discipline. Honneur. Violence. Ces mots résonnèrent à l'esprit du vampire tandis qu'il bondissait sur sa proie. Il était semblable à un fauve acculé, il se savait perdu pourtant il n'abandonna pas. L'armée lui avait inculqué un credo bien particulier : «ni reddition, ni retraite». Dans un rire inhumain, le Roi de chasse sauvage souleva son arme en pointant le ciel. Dante prépara un coup de taille, prêt à effectuer un arc de cercle avec son épée. Dans un mugissement terrifiant, le vampire trancha l'air. Un coup d'une puissance phénoménale qui aurait pu détacher le tronc d'un homme en deux parties distinctes. Le seul effet qu'eut la botte de Dante, effet non escompté mais bien accueilli par notre héros, fut la disparition du Roi spectral dont une gerbe de flammes bleues. Ses sbires rirent aux éclats avant de disparaître progressivement, aussi vite qu'ils étaient apparu. Le vampire essoufflé tomba sur ses genoux, soutenant avec difficulté son corps en appuyant ses bras contre la terre. Il redressa instinctivement la tête lorsqu'une voix cristalline darda le vampire aux cheveux blancs :


- La traque ne repart jamais les mains vides, tu le sais. Ne meurs pas Dante car tu m'appartiens …


Et elle reviendra chercher son dû, inlassablement, il le savait. Le vieux vampire s'allongea de tout son long sur le seul lopin épargné par les arbres, laissant ses armes tomber sur le sol dans un cliquetis discret en comparaison à l'assourdissante cavalcade qui avait fait irruption dans les cieux. Il reprit rapidement son souffle, son malaise était en grande partie dû à l'apparition de la horde de spectres plutôt qu'à sa blessure dont il avait déjà récupéré. Il posa un regard tranquille sur la jeune femme qui l'accompagnait dorénavant et il reprit la parole, un sourire espiègle aux lèvres, devançant probablement les questions qu'elle pourrait lui poser :


- La chasse sauvage … une horde de fantômes dégénérés … une cohorte violente, bannie de son monde d'origine car Cyromil refusait de céder face aux dieux de son univers. Dans leur monde, ils sont vulnérables mais dans le notre, leurs pouvoirs sont incommensurables. Ils sèment chaos et destruction à la recherche de guerriers valeureux qu'ils pourront former pour saisir leur revanche. Un bien triste destin que je ne souhaite pas partager avec eux.


Dante quitta des yeux la brune pour se perdre dans l'océan obscur éclairé d'étoiles qui surplombait sa tête. Les nuages s'étaient dégagés maintenant que le phénomène magique avait pris fin. Le vampire soupira, il ne savait pas vraiment comment elle allait réagir. D'après ce qu'il avait vu avant de s'évanouir, elle avait un sacré caractère. Il se retourna vivement pour s'approcher d'elle puis il se figea subitement face à elle, sa tête relativement proche de la sienne. Le vieux vampire la fixait, ses yeux azurés décrivaient de grands arcs. Ses cheveux sombres, ses pupilles barbeau scintillantes, ses frêles épaules, son menton fin … Il avait l'impression de plonger en Cymoril. Les larmes faillirent remonter à la surface mais il ne pouvait se permettre de s'affaisser ici, face à une inconnue, perdus en forêt en plein cœur de la nuit. Le vampire décida de s'asseoir sur la terre meuble, faisant fi des convenances. Il se rendit rapidement compte qu'il était toujours torse nu, la brise frappait contre sa chair meurtrie. Sans plus attendre il poursuivit :


- Je te dois beaucoup. Je te dois une vie. Ma vie ajouta-t-il avant de marquer une pause. Une vie contre une autre. Je suis un mercenaire, si tu as besoin de sauver une vie ou d'y mettre un terme je le ferai volontiers. Quant à l'elfe à la brûlure qui te poursuit, ne t'inquiète pas pour lui, ce sera gratuit. Lui et moi avons … un vieux compte à régler. Et puis la traque est apparue ce soir, le sang doit couler.


Le vampire se remémora d'anciens souvenirs. Les flammes, la mort, l'odeur de chair calcinée. L'homme à la chevelure d'albâtre espérait qu'elle ne lui demanderait pas pourquoi ils devaient en découdre mais finalement il retira cette idée de sa tête. Il était son débiteur, ce qu'elle voudrait savoir elle le saura. Cymoril, son passé, la guerre, son nom … son nom ? Le vampire sourit de manière fort affable et, se montrant plus avenant qu'à l'accoutumé, prit une voix placide:


- Dante McAllister. C'est ainsi que l'on me nomme précisa-t-il car en effet il avait de nombreux sobriquets. J'aimerai en savoir plus sur la femme envers laquelle je suis redevable et pas la seule pensa-t-il un sourire malicieux aux lèvres.


C'est ainsi que continua cette folle nuit.

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MessageSujet: Re: Un regard empreint de tristesse [En cours]   Mar 24 Sep 2013 - 0:46



Sauver cet inconnu n'avait pas vraiment été un choix pour Izilbêth qui désormais se retrouvait avec un vampire à garder, en plus de deux chevaux, un dragon et un enfant dont elle n'avait toujours pas eu de nouvelles. Tout ce qu'elle n'avait jamais voulu vivre était en train de lui arriver. Elle qui avait toujours voulu fuir ce genre d'histoires fort peu amusante était maintenant plongée dedans sans le moindre moyen de s'en dépêtrer.


Elle avait appliqué l'onguent sur le torse du vampire depuis quelques instants lorsqu'elle tourna la tête vers celui-ci. Il ne semblait pas du tout sur le point de se réveiller et l'estomac de l'elfe commençait à gronder. Voilà quelques jours qu'elle n'avait pas fait un repas consistant et un simple bouillon de sauge ne lui suffirait plus. Il fallait qu'elle parte en chasse. Se redressant, l'elfe fit signe à la dragonne de s'approcher du corps sans vie du vampire et de veiller dessus alors que le cheval lui, broutait toujours silencieusement quelques mètres plus loin, se contentant de garder un oeil autour de lui afin de pouvoir faire regretter à son attaquant d'être né.

Tournant brièvement la tête vers le vampire, l'elfe attrapa son elfe et une seule et unique flèche et se dirigea vers les bois dans lesquels elle s'enfonça. La nuit était toujours noire et l'elfe n'avait pas de soucis à se faire concernant son "protégé". Décidément, ces derniers temps, Izilbêth tombait bien trop souvent sur des personnes qui avaient besoin de son aide. Il était cependant rare qu'on l'aide, elle. De toute façon, c'était chose quasi impossible, puisqu'elle ne savait même pas comment elle pouvait être aidée.

Son avancée dans les bois était silencieuse. Si silencieuse que le pauvre lapin sur lequel elle jeta son dévolu n'eut même pas le temps de la voir. Accroupi au milieu des feuilles et des herbes humides, la flèche sifflante vint s'écraser dans le poitrail de la bête. En plein cœur. La tuant sur le champ. Aucune souffrance, aucuns remords. Elle devait ingérer de la viande, sans quoi son infection ne guérirait pas. Et puis, de toute façon, c'était quelque chose de normal  pour un être vivant de la classe d’Izilbêth de manger de la viande. Tenant le lapin entre ses doigts, la jeune femme se dirigea vers le campement de fortune duquel flambait un feu de camp qu’elle avait allumé au centre de tout de façon à leur permettre d’y voir plus clair.

Le dépeçage du lapin n’était pas quelque chose d’agréable, mais c’était une étape nécessaire si elle voulait manger assez rapidement. Plaçant le lapin au dessus des braises, la jeune femme fit cuire le lapin lentement, laissant celui-ci s’imprégner des vapeurs que la braise dégageait. Ce repas allait pouvoir la sustenter durant des jours et il ne lui serait plus nécessaire de manger pendant quelques temps.  Mangeant tranquillement, l’elfe gardait une œil sur le vampire qui ne bougeait toujours pas.

Les minutes défilèrent et l’agitation autour de l’elfe lui fit comprendre que son fardeau se réveillait. Elle se redressa alors avec une hâte toute particulière, sourcils froncés, sans véritablement comprendre ce qu’il se passait.

Soudain, la scène paisible de repos se transforma en une scène chaotique, inexplicable, dans laquelle, la surprise d’Izilbêth. La dragonne avait changé de place. Laissant le vampire et l’elfe assister à cette scène sans comprendre ce qu’il pouvait bien se passer. La stupéfaction sur son visage prenait peu à peu une expression de peur, incompréhensible. Le vampire semblait savoir ce qu’il se passait, mais l’elfe, toujours plongée dans un état d’incompréhension total, semblait se demander si elle n’était pas en train de rêver. Toute cette ombre, ce maléfice, l’accablait d’un sentiment de terreur qu’elle n’avait jamais ressenti.

Crispée, grisée par tant d’adrénaline, l’elfe ne fut que plus surprise lorsque tout cessa à la même vitesse qu’à laquelle c’était apparu. Izilbêth tourna la tête vers le vampire. Son visage était neutre. Incompréhensible était le mot qui venait à l’esprit de l’elfe qui écouta le vampire s’adresser à elle quelques instants. Visiblement, maintenant qu’il avait repris ses esprits, il semblait entièrement disposé à expliquer à la jeune femme ce qu’il venait de se passer. Et même à lui vouer sa vie, chose que la jeune femme n’aurait jamais imaginée. Son regard s’était perdu dans le vide, elle ne fixait plus rien. Elle n’avait même pas remarqué le visage du vampire, si proche du sien.

Il fallut quelques instants à la jeune femme pour reprendre ses esprits. Elle ne savait plus où donner de la tête. Le vampire semblait toujours aussi confiant, alors qu’elle, les sourcils froncés, semblait perdue. Elle leva alors les yeux vers le vieux vampire et lâcha un faible soupir avant de finalement poser son regard sur son interlocuteur qui semblait très amusé de la situation.

- Visiblement, cette situation semble vous amuser.. Ce qui n’est pas mon cas. Je suis à la recherche de quelqu’un qui m’est très cher et cette perte de temps ne m’amuse pas. Cependant, vous m’êtes redevable de votre vie. Ce qui n’est pas le cas pour vous, étant donné que vous avez tenté lâchement de m’abandonner aux mains des mercenaires qui me recherchent encore une fois sans que je ne sache pourquoi. De ce fait, je ne vois pas de véritable raison de vous donner mon identité, si ce n’est pour vous donner encore une énième occasion de rendre ma vie absolument plus abominable qu’elle ne l’a déjà été rendue par votre petite personne.

L’elfe marqua un temps de pause assez long alors qu’elle regardait le vampire, passant une main sur son visage. Puis, elle reprit la parole.

- Je ne vous fait pas confiance, Dante McAllister. S’il s’agit de votre véritable nom.

L’elfe était pleine de doute à l’encontre du vampire qui s’était déjà démontré être un profiteur et une vermine capable de laisser une femme blessée aux mains de mercenaires. En soit, tout ce qu’elle avait toujours voulu éviter depuis le début de son existence. Les sourcils froncés et l’air tendu, elle reprit la parole.

- Je me nomme Izilbêth Ravena Faelivri. Et il s’agit de mon véritable prénom, je ne me permettrais jamais de vous mentir, comme je ne me serais jamais permis de vous laisser aux mains de mercenaires souhaitant vos ôter votre vie. Alors, si vous souhaitez me faire croire que vous me serrez véritablement redevable, j’ai énormément de mal à y croire. Et je pense être capable de pouvoir me gérer seule. Ma dragonne me protègera sans doute mieux que vous n’avez pu le faire. Puisque la seule chose que vous avez su me faire c’est m’attirer des ennuis.

Le regard de la jeune femme était dur, froid, elle ne semblait pas du tout être prise de pitié pour cet homme dont elle ne voyait que le côté fourbe et manipulateur. Elle restait à genoux à côté de lui, le visage fermé. Visiblement, elle ne semblait pas du tout ouverte à ce que cet homme lui racontait. La confiance envers les hommes n’étant déjà pas l’une de ses principales vertus, dans cette situation, elle n’avait encore moins confiance que d’habitude en cet homme qu’elle voyait comme le diable en personne. Elle esquissa même un bref mouvement de recul avant de froncer les sourcils.

- Pendant cette apparition, en auriez vous profité pour me dérober l’un de mes effets.. ? Puisqu’elle était de votre idée première de me dérober ma monture…

Une lueur de crainte se lisait dans son regard. Elle avait peur de cet homme. Mais pas peur du danger physique qu’il représentait envers elle, mais peur de ce qu’il était. Il était un homme et maintenant qu’elle se retrouvait face à l’un d’eux, elle ne savait plus comment agir. D’autant plus que ce cher Dante semblait s’amuser et tenter d’agir de ses charmes envers la belle qui, sauvage comme jamais, n’était pas prête de tomber dans le piège. Le piège du chasseur tendu à la renarde.

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MessageSujet: Re: Un regard empreint de tristesse [En cours]   Mer 16 Oct 2013 - 0:07

La fièvre du vampire était retombée et la plaie cicatrisait sous son bandage de fortune. Il avait repris une certaine contenance, le mercenaire avait toujours été de bonne constitution. Ses yeux inspiraient de nouveau le désir mais également la crainte. Un regard troublant, celui d'un homme mort. Les mots de la jouvencelle elfique parvinrent à ses oreilles, résonnant comme des lames de rasoirs pour quiconque aurait une conscience ou une autre morale que celle de Dante. Le vampire ne souffrit pas le moins du monde de remords. Il n'était ni un héros ni un modèle de vertu, rien ne l'obligeait à faire l’aumône ou à se battre pour une demoiselle en détresse. Le vampire se contenta d'observer, un sourire malsain aux lèvres, la manière dont cette créature si vivante exprimait sa frustration. Le guerrier à la chevelure d'albâtre semblait se délecter de cette échange. Elle était loin de se douter qu'il était une source de maux mille fois plus dévastateurs. Là où le vampire marchait, la mort n'était jamais très loin. Ils n'étaient que les deux facettes d'une même pièce, la mort suivait le fil de sa lame. Le mercenaire ne quittait pas des yeux son interlocutrice qui passa une main sur son visage avant d'ajouter, cinglante comme jamais, qu'elle ne pouvait lui faire confiance, allant jusqu'à douter de son identité. « Toutes les familles heureuses se ressemblent, mais chaque famille malheureuse l'est à sa façon. », c'est ainsi que débute un roman célèbre de Talstaï, un seigneur humain qui a vécu avant la Titanomachie. C'est en effet une particularité des gens malheureux, torturés, désabusés : ils sont uniques, ils sont ce qu'ils doivent être. La souffrance forge l'esprit, définit nos propres limites. Ceux bercés par le bonheur finissent par tous se ressembler, plongés dans une béatitude qui ne les pousse pas à se surpasser. Une certaine fascination pour la jeune femme s'empara du vampire. Il voulait en savoir plus. Izilbêth Ravena Faelivri l'intéressait davantage à chaque instant. Le mercenaire haussa un sourcil lorsque le mot « dragonne » fut employé. Il remarqua alors l'imposante bête, se souvenant l'avoir sagement contournée plus tôt dans la nuit. Un dragon qui lui semblait familier, une créature mythique existant avant le cataclysme qui avait ravagé le continent. C'était donc une acquisition de cette plantureuse mais réservée guérisseuse.

Effectivement, le vampire à la chevelure blanche savait relativement peu de chose sur elle si ce n'est qu'elle était capable de prodiguer les premiers soins et de confectionner des onguents efficaces comme la plupart de ses congénères aux oreilles pointues. En revanche, elle possédait une ténacité incroyable et avait tendance à radoter, ne digérant pas ce qu'elle considérait comme une infamie à savoir la tentative de Dante de s'échapper d'une situation qui ne le regardait pas. Il la trouvait bien dure, finalement il s'était temporairement débarrassé de ses poursuivants et avait combattu. Certes, il avait brandi son glaive pour ses propres convictions. En tout cas il était sûr d'une chose, sa méfiance à son égard était prodigieuse. Elle effectua même un rapide mouvement de retrait pour s'assurer de maintenir une distance de sécurité, ce à quoi le vampire réagit par un bref haussement de sourcil, roulant des yeux. En matière de première impression les femmes avaient des opinions inébranlables forgées sur un jugement souvent hâtif. Dans le cas présent, il n'était pas irréfléchi de considérer le vampire comme une source de problèmes et comme un détraqué dont il faudrait se méfier. Ce marginal avait une conception de la vie qui se fondait sur sa propre personne mais toujours très diplomate, ce dernier décida d'étayer son propos et d'apporter quelques éléments de réponses. Il était fort rare que le vampire préféra les mots au glaive mais il savait qu'ils pouvaient représenter une meilleure arme dans certaines circonstances. 


- Puisque nous sommes à l'heure des révélations, je vais me montrer honnête. Non,  McAllister n'est pas mon vrai nom. Il y a de cela 250 ans, je m'appelais encore Dante de Mallet. J'ai pris le nom de ma femme quelques années plus tard sans penser à modifier les registres de ma commune de naissance. Je présume que je suis encore officiellement Dante de Mallet quelque part de l'autre côté de l'océan ajouta-t-il l'air vague.


Le vampire leva les yeux au ciel, il laissa son esprit vagabonder au gré des étoiles. La plaie ne le faisait plus souffrir et il avait repris la pleine mobilité de son épaule. Il renifla discrètement, sentant une odeur de souffre qui lui pinça les narines. Le chevalier noir se trouvait encore dans la forêt. Imperceptiblement le regard de Dante se durcit, ne laissant filtrer qu'une maigre teinte azurée par ses orbites. Tôt ou tard il devrait révéler la vérité à Izilbêth, les raisons pour lesquelles il tenait tant à ôter la vie au vampire. Soudain, il se souvint que la cible principale de ces mercenaires n'était pas lui-même mais bien l'elfe à la chevelure de jais. Ce n'était finalement que l’œuvre du destin si un ennemi du passé s'était dressé sur sa route. Le vampire soupira avant d'entreprendre une tentative périlleuse, cherchant à convaincre la farouche guérisseuse qu'il n'y avait aucune raison de se formaliser pour si peu :


- « Le pain que tu gardes appartient à ceux qui ont faim, les vêtements que tu caches appartiennent à ceux qui sont nus et l'argent que tu enfouis est le rachat et la délivrance des malheureux.» récita le vampire avant de poursuivre : ce sont là les paroles d'un sage homme. Les créatures douées d'intelligence ont, dans leur grand égoïsme, édifié un droit positif qui légitime le droit de propriété et leur permet de s'accaparer ce qui revient à ceux dans le besoin. Tu as plusieurs moyens de te déplacer, ta vie n'était pas mise en danger par mon larcin alors que pour moi, me procurer de quoi sortir de cette forêt et regagner l'extérieur avant le retour du soleil était nécessaire. On nous a laissé ce monde et ses ressources pour subvenir à nos besoin. Je ne dis pas que je te suis supérieur et que par conséquent, tes affaires m'appartiennent. Mon besoin, dans l'immédiat, était supérieur au tien. Je n'ai pas volé ton destrier par plaisir ou pour m'enrichir, comme tu le constates sûrement, je suis loin de rouler sur l'or.


Le vampire se surprit lui-même à parler autant, lui qui d'habitude préférait se murer dans un inquiétant silence lorsqu'il ne se montrait pas sarcastique. « La nature a engendré le droit de communauté ; l'abus a fait le droit de propriété » était une autre des citations d'Ambroise que le vampire affectionnait. Il savait sa défense pitoyable, le temps où les hommes vivaient en harmonie, partageant sans compter, était révolu depuis longtemps. Seuls la guerre, l’égoïsme, la violence et le désespoir pavaient les routes d'Ephaelya. Ce n'était pas la faute du cataclysme qui avait détruit une partie du monde connu ni de celle de ces dieux plus inutiles que jamais mais bien de la faute des Hommes, vampires ou lycans, elfes ou nains, qui n'étaient pas parvenu à faire taire les guerres intestines et les rancœurs antiques. Continuant sur sa lancée, le vampire décida de mettre fin à certaines interrogations d'une traite : 


- L'elfe qui nous poursuit est une pourriture de la pire espèce. Et tu es encore blessée, je le sens précisa-t-il sans détourner son regard du sien. Si tu penses vraiment pouvoir te gérer toute seule, que je suis uniquement un carcan, alors soit. J'accomplirai mon devoir en le tuant puis je te laisserai à tes problèmes. Comme tu l'as si bien fait remarquer, je n'ai pas sauté sur l'occasion pour agir en sauveur. Je n'ai pas pour habitude de m'immiscer dans la vie des inconnus, rien ne me dit que ta vie valait la peine que je risque la mienne. Je peux comprendre ta frustration et si tu passes ton temps à combattre l'injustice tant mieux, dans mon cas je n'avais aucune raison valable d'intervenir. Jusqu'à ce que tu me sauves la vie, bien entendu persifla le vampire, l'air fielleux. Je l'ai rencontré il y a plus d'un siècle, j'étais le chef d'un escadron de la mort engagé par l'ancienne Impératrice pour raser des villages en Evanya, le vampire maintint son regard sans défaillir face à l'elfe qui avait de quoi s'offusquer, je l'ai partiellement immolé, vif, et laissé pour mort tandis qu'il tentait de protéger ses terres. Quelque chose me dit qu'il m'en tient encore rancœur … 


Le vampire se mit à sourire gaiement, il n'y avait rien de mieux qu'un duel épique sur fond de vengeance en compagnie d'une plantureuse nymphe des bois pour égayer une soirée qui s'annonçait morose. Le seigneur de la nuit s'adossa contre un mur et sorti de sa poche de quoi confectionner une cigarette. En quelques mouvements, il parvint à parfaitement la serrer et porta le bâton incandescent à ses lèvres. C'était la première fois qu'il quittait Izilbêth des yeux, un court silence s'installa avant qu'il ne reprenne la parole, expulsant de ses poumons une fumée grisâtre :


- Je ne t'ai rien volé et je te ne volerai plus jamais, vieille mégère. En revanche tu te trompes lourdement sur quelque chose : je peux te défendre bien mieux que ta dragonne. Si tu le souhaites, je ne tarderai pas à t'en donner la preuve. 


Alors qu'il venait de dire ça, une détonation assourdissante retentit dans la forêt, si puissante qu'elle fit trembler le sol. Un véritable brasier prenait vie dans la forêt, des lueurs rougeoyantes étaient visibles un peu partout au loin. Une fumée noirâtre s'élevait dans les cieux tandis que les flammes donnaient l'impression de lécher les nuages. Des bruits de bottes et des hennissements de chevaux accompagnaient les déflagrations qui suivirent la première. Les mercenaires avaient appelé du renfort et le mage-guerrier était devenu plus puissant que jamais. Il ne faisait aucun doute que la colère avait décuplé les capacités magique de l'elfe qui les poursuivait. Dante avait assisté à cela de nombreuses fois, en particulier lorsqu'il avait traqué Lathus et Eréria. Cette dernière avait considérablement amplifié son pouvoir, instinctivement, sous le coup de l'émotion. Le vampire fronça naturellement les sourcils, l'affronter maintenant serait difficile mais il avait une pleine confiance en lui. Ses plaies n'étaient plus un problème. Il se contenta d'ajouter à l'égard de son interlocutrice, d'une voix grave mais enjoué : 


- Leurs renforts sont arrivés. Alors, que vas-tu faire à présent, fière Izilbêth ? Mourir dans la dignité ou faire preuve d'une once d'abnégation et accepter la main tendue de celui que tu considère comme un déchet ? Tu as peu de temps pour répondre … 


Il avait un sourire narquois aux lèvres, ses yeux étaient plantés dans ceux de l'elfe à la chevelure raide. D'ici quelques instants, une horde de mercenaires déchaînés les assaillirait. Le vampire continuait d'exposer son arrogance, comme s'il était intouchable et que rien ne pourrait lui arriver. Pourtant, il était aux portes de la mort il n'y a pas si longtemps. Il avait probablement plus d'un tour dans son sac. Pas plus d'une minute s'écoula avant qu'un torrent de flammes ne se déverse à proximité des deux protagonistes. Le vampire baissa les yeux vers le sol et s'exprima d'une voix forte : 


- Le temps imparti est écoulé. 


Il se tenait droit dans son armure sombre et terne, couverte de cendre et de poussière, le regard mauvais et un sourire nerveux sur les lèvres, défiguré par une brûlure immonde. Chacune de ses respirations ressemblait à un grognement sauvage. Le vampire leva lentement les yeux dans sa direction, ses crocs émergèrent de sa bouche dans un grincement bestial. La tension était palpable, le feu gagnait du terrain et ravageait une partie conséquente de la forêt. La suite était entre les mains de la jeune femme, car le mercenaire ne pipa mot jusqu'à ce qu'elle se prononce.

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MessageSujet: Re: Un regard empreint de tristesse [En cours]   Mer 23 Oct 2013 - 23:16


L'homme qui se trouvait en face d'elle avait un aplomb particulier. Il semblait déterminé à lui démontrer qu'il n'était pas quelqu'un de fondamentalement mauvais. Et c'était sans compter sur la méfiance de l'elfe qui le fixait d'un regard soupçonneux. Elle l'avait sauvé, certes. Sans vraiment savoir pourquoi, ni comment. Mais elle avait pris la décision de sauver cet homme qui, quelques heures auparavant était en très mauvaise posture. Et il serait mentir que de dire qu'elle aurait pu abandonner cet homme à ses blessures et le laisser mourir dans des souffrances qui auraient sans doute été désagréables.

Les sourcils froncés, l'elfe écouta l'homme déblatérer toutes ses explications alors qu'il semblait y avoir de plus en plus de bruit au fond des bois. La dragonne leva la tête. Les montures qui étaient attachées quelques mètres plus loin levèrent à leur tour la tête, d'un air soupçonneux. Tout semblait s'accélérer autour d'eux. Rien n'allait plus et il fallait désormais prendre une décision. Les mots du vampire semblèrent passer aux oreilles de l'elfe comme une vulgaire banalité, mais elle semblait en pleine réflexion. Baissant un instant les yeux, elle se redressa et fit quelques pas alors qu'elle semblait rassembler ses pensées.

La tempête faisait rage en elle et maintenant qu'elle avait oublié sa blessure au bras, elle ne savait que dire. Elle ne pouvait faire demi-tour et éviter cette bataille. Malencontreusement, elle faisait désormais partit de ce conflit, malgré elle. Elle devait y prendre part. Bien qu'elle aurait préféré éviter et aurait sans doute bien plus apprécié vivre sa petite vie simple qui ne lui apportait aucun danger. Aucun danger, mais aucune particularité aussi, il fallait l'avouer.
Lâchant un long soupir, la jeune femme se tourna vers le vampire alors que celui-ci lui intimait qu'il était désormais temps de prendre une décision. La jeune femme, détacha alors sa cape qui tomba au sol, tout près de ses effets alors que sa dragonne se dressait sur ses quatres membres, lâchant un râle d'où la chaleur cuisante pouvait se sentir. Toutes deux semblaient prêtes. Prêtes à affronter ce danger dont elles ignoraient tout.


Se tournant vers le vampire, l'elfe tira son épée de son fourreau alors qu'une étrange brise se levait au dessus de la clairière. La terre tremblait toujours plus fort, à chaque déflagration qui retentissait dans les bois, à mesure que les ennemis des deux nouveaux compères avançaient.

- L’abnégation n'a rien à voir à cet instant Dante. Si je viens à tomber, ma dragonne saura quoi faire de mon corps.

Pour elle, la bataille était déjà vaine. Elle n'avait aucune chance de sortir vivante de ce combat qui était déjà perdu d'avance. Bien que consciente de sa différence, elle ignorait qu'elle possédait un don. Un don qui lui serait sûrement salvateur face à ces hommes qui s'approchaient à présent de plus en plus d'eux. Les doigts serrés sur son épée, la jeune femme tourna la tête vers le vampire alors qu'elle n'avait de cesse de garder l'oreille tendue. L'elfe avec qui le vampire s'était battu quelques temps auparavant venait d'apparaître, couvert de poussière. Désormais, tout était décidé et semblait prendre une tournure particulière. Sourcils froncés, elle tourna un oeil vers le vampire, semblant le questionner du regard alors que la dragonne elle se tenait toujours derrière eux, lâchant de sourds grognement significatif de sa mise en garde. Elle allait protéger sa maîtresse envers et contre tout.

La tension était palpable et le visage de l'elfe se crispait de plus en plus à mesure qu'elle brandissait l'épée en direction de l'elfe et de ses hommes qui menaçaient du regard les deux pauvres compères.

- Puissent les dieux être avec nous..

Murmura l'elfe avant de prendre appui sur l'un de ses pieds et d'entreprendre une course vers l'un des hommes qui se trouvait aux côtés de l’elfe en armure. Soudain, la clairière s’alluma d’une lueur terrible, celle du sang. Habile de son arme, la jeune femme porta un coup bien placé à l’homme qui ne semblait pas s’attendre à voir une telle furie se jeter sur lui. La brise qui faisait se mouvoir les arbres autour d’eux devint soudainement un vent bien plus violent. Les branches craquaient sous la puissance de celui-ci et la jeune femme ne semblait pas consciente qu’elle était la source de toute cette agitation. Le temps avait clairement changé autour d’eux, les nuages avaient couverts la lune et les grondements du tonner s’approchaient de plus en plus de la bataille et faisaient désormais trembler le sol.

Un des hommes qui avait vu son compagnon tomber sous ses yeux se lança alors à l’assaut de l’elfe alors que celle-ci était dos à lui. Ignorant ce qui se tramait dans son dos, la jeune femme s’affairait à achever l’homme qui avait été transpercé de sa lame. La dragonne qui suivait attentivement ce qui se passait autour ne manqua pas la tentative d’attaque du mercenaire et lâcha un grognement significatif. Prenant appui sur ses quatre membres, ses puissantes ailes se déployèrent et elle décolla de quelques mètres.  Sa cible était déjà fixée depuis longtemps et son regard d’acier se planta sur l’homme qui ne tarda pas à être rapidement écrasé entre les puissantes mâchoires de la créature. Le craquement des os de l’homme et le bain de sang qui se répandit au sol fut rapidement oublié lorsqu’Izilbêth se jeta sur l’un des hommes qui tentait de s’en prendre à Arkania.

La jeune femme qui semblait si frêle et si fragile de prime abord devint une bête sanguinaire, qui de toute ses forces, plaqua l’homme au sol, l’épée brandit au dessus de la gorge de celui-ci. Le coup fut bref et rapide. Sans que l’homme ne puisse prévoir une telle attaque, la lame vint s’écraser dans la gorge de celui-ci, la tranchant dans un coup sec et brutal. Recouverte du sang de ses victimes, la jeune femme tourna la tête en direction du vampire alors que ses cheveux et ses mains étaient enduites du sang des hommes qu’elle venait d’abattre. Malgré tout, elle avait oublié la présence de l’elfe qui lui, l’avait observé se jeter sur les hommes avec une telle violence. Il était clair que lors de ces combats, elle n’avait plus rien d’un elfe. Si ce n’est sa grâce. Venant à peine de se relever, la jeune femme fut attrapée avec une telle force à la gorge qu’elle ne put lutter et se contenta de lâcher son arme alors qu’elle fixait l’homme en s’agitant faiblement. Ses pieds s’étaient décollés du sol et elle ne pouvait à présent plus qu’espérer que Dante ne vienne l’aider sans quoi, elle finirait étouffée.

La dragonne elle, était à présent occupée ailleurs. Des hommes qui s’étaient jetés sur elle, étaient à présent de goûter au feu brûlant que dont elle était en train de les inonder. Le brasier bleu vint s’écraser sur les hommes qui ne purent résister longtemps, se contentant de tomber, un à un, carbonisé et fumant sur le sol.

L’elfe quant à elle, tenta de lancer un coup de pied à son assaillant qui lui lança un regard noir alors qu’il lui intimait de cesser de bouger, sans quoi, sa mort serait encore plus douloureuse. Et peu à peu, les forces de la jeune femme commencèrent à l’abandonner. Les mains serrées sur celles de l’elfe, Izilbêth fronça les sourcils quand un éclair vint s’écraser brutalement sur le champ de bataille, sur un des hommes qui s’apprêtait à se jeter sur la dragonne, une dague à la main. Désormais il fallait ouvrir les yeux sur une évidence, Izilbêth était à l’origine de toutes ces modifications. Et si elle voulait sortir vivante de tout cela, il lui fallait utiliser ce don.

Alors que la pression des doigts de l’elfe se resserrait sur la gorge de la jeune femme, celle-ci ferma les yeux alors qu’elle semblait de toutes ses forces de rassembler ce qui lui restait afin de tenter d’user de ce don qui ne tarda pas à se manifester. Le lierre qui courrait le long des arbres se décolla soudainement des troncs, semblant danser au gré du vent qui continuait d’agiter les arbres. Les craquements de branches  furent accompagnés de nombreuses chûtes de la part de celles-ci. Le champ de bataille était à présent habité par un cataclysme de premier ordre dont la musique était le tonner et le rythme étaient donné par le tremblement de la terre.  Peu à peu, la vision de l’elfe se troublait à mesure que les lierres se saisissaient de la gorge des hommes qui tentaient d’attaquer, les étranglant sans vraiment savoir quelle était cette force qui les animait. Désormais, Izilbêth n’était plus à même de combattre. Son corps perdait peu à peu  ses forces à mesure que l’elfe continuait de l’étrangler.

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MessageSujet: Re: Un regard empreint de tristesse [En cours]   Mar 26 Nov 2013 - 23:44

Les rayons lunaires exposaient les traits raffinés du vampire dont le visage se contorsionnait dans une moue affectée. Véritable bête sauvage, Dante raffolait de défis mortels et de carnages. Pourtant il ne semblait pas particulièrement amusé à l'idée d'affronter cette horde de mercenaires. Rien d'autre qu'un ramassis d'incapables, il les jugeait trop faibles pour lui fournir ce frisson que seul celui qui côtoie la mort peut ressentir. Le nombre de leurs opposants ne pouvait se compter sur les doigts des deux mains, l'escorte de l'elfe était composée de deux douzaines de chiens de guerre. Le vampire fronça les sourcils, son nez se retroussa : la désagréable fragrance de suie s'élevait dans les airs. Des nuages de fumées et de poussières se soulevaient dans la forêt en proie aux flammes. Des langues pourpres allèrent lécher la voûte étoilée du monde. Dante s'émerveilla face à ce spectacle pyrotechnique, il posa un regard ardent sur ses adversaires, la représentation macabre allait se poursuivre dans ce théâtre boisé ravagé par le feu. Sa compagne de fortune, en la personne d'Izilbêth, tenait fermement son épée. Ils échangèrent un simple regard, dans les yeux de l'immortel se lisaient la passion et l'irrépressible envie de meurtre. Dante se redressa et épousseta son pantalon poussiéreux. Sa tête décrivit un large arc de cercle, défiant du regard ses adversaires, sa main entoura le pommeau de sa lame. Il entendit la prière de la jeune elfe et ne fit que l'approuver en son for intérieur. Dante comptait sur ses propres dieux, ils le guideraient au combat comme ils l'ont toujours fait. Seules vaillance et force étaient reconnues par ses dieux, heureusement pour lui, il ne manquait d'aucun des deux. Ses prunelles azurs suivirent les mouvements de l'impétueuse nymphe qui fit gicler le sang. Soudain, les éléments se déchaînèrent et Dante comprit brusquement : cette jeune femme maîtrisait la magie. « Maîtriser » n'était peut-être pas le mot idoine, car son don s'abattit chaotiquement sur la forêt. Le ciel pleurait intensément, le vent démembrait les arbres centenaires, le tonnerre grondait et sonnait le glas pour leurs ennemis.

Apeurés, certains restèrent prostrés. Dante se laissa galvaniser par le chaos naturel. Ses yeux, injectés de sang parcouraient le champ de bataille. Le vampire rugit au cœur de la tempête, la fureur de son antique race de guerrier prit le dessus. Une frénésie sans égale s'empara de lui. Devenu un fabuleux éclair d'acier, le mercenaire bondit vers le soudard le plus proche. Malheur à lui, première victime du bretteur qui n'eut pas le temps de voir sa funeste fin approcher. Un sifflement précéda le cri inhumain qui déchira les tympans de ses camarades. Le buste, séparé des jambes, alla rouler sur le côté. Dante se rua vers ses prochains adversaires. Tétanisés, ils tentaient vainement d'opposer une quelconque résistance. Son glaive entonnait son chant de mort. La lame chantante brisait les os, tranchait les chairs, s'abreuvait du sang de ses ennemis. Transformé en moissonneur d'entrailles, les corps éventrés de ces malheureux infortunés s’amoncelaient autour du démon à forme humaine qui continuait d'agiter frénétiquement sa lame écarlate. La forêt, qui était une fournaise sous l'action de l'elfe magicien, avait à présent tout d'un abattoir. Les corps sans vie jonchaient le sol. Dante poursuivait sa besogne sans fatiguer, répliquant aux vagues successives d'ennemis qui daignaient s'approcher de lui. Leur nombre ne cessait de s'accroître. Le vampire ne se rendait pas compte, dans sa folie guerrière, que l'elfe possédait une véritable armée sous ses ordres. Sa nature d'immortel lui conférait des aptitudes prodigieuses, ne ressentant pas la fatigue, il continuait de pourfendre inlassablement ses adversaires. Mais certains parmi eux étaient également des vampires. Le combat se fit plus rude encore. Le sang du mercenaire coula. Étouffant un juron, il se retrouva coincé contre un arbre tandis que ses adversaires se regroupaient dans sa direction tels des hyènes qui acculaient le lion dans la savane. Ils pensaient le tenir, ils avaient tort. Dante n'avait rien d'un lion, c'était un loup, le terrible Loup blanc. Voyant sa propre mort arriver, le mercenaire poussa un nouveau cri de rage qui paralysa de terreur ces misérables charognards. Son don faisait écho à sa démence et à sa soif de combat.

Ses muscles d'acier, fortifiés par la rage et l'instinct de survie, se raidirent. Son regard annonçait une confiance démesurée. Une aura tangible d'horreur irradiait par tous les pores de sa peau. La plupart des mercenaires avaient bien trop peur pour attaquer. Certains se décidèrent. Le choc des lames ne tarda pas et bientôt les cris d'agonie succédèrent au cliquetis des armes. Les cadavres s'entassaient autour du guerrier. Cette fois, c'est lui qui passa à l'offensive. Il fendit un crâne en deux, sectionna les bras et les jambes d'un soldat, éventra un guerrier avec sa propre hache. Le mercenaire à la chevelure d'albâtre était vif, indomptable et aussi redoutable qu'une panthère. Ses adversaires, dont les rangs étaient clairsemés par cette bête féroce, reculèrent en haletant. Il prit soin d'achever les fuyards avant de balayer la forêt enflammée de son sombre regard. C'est là qu'une scène d'horreur lui apparut. La foudre tombait sur les impudents qui s'attaquaient à la dragonne d'Izilbêth, le lierre dansant saisissait les mercenaires à la gorge et leur ôtait la vie. Le cataclysme s'accélérait tout autour d'eux. Les dieux frappaient leurs épées contre leurs boucliers, faisant gronder le tonnerre. Dante jeta un regard embrasé par les brasiers de la folie vers l'elfe et hurla :

- Machalak !

Lorsque ce nom résonna dans les cieux déchirés par les éclairs, l'elfe interrompit sa mortelle étreinte. La jeune elfe tomba à terre, inerte. Sa magie cessa également, son état d'inconscience ne lui permettait pas de contrôler les éléments. La pluie battante, celle là même qui avait endigué la progression du feu avant de l'éteindre, s'arrêta. Le vent faiblit. Les nuages dégagèrent un ciel constellé où siégeait une radieuse sphère argentée. L'elfe défiguré serra les dents à s'en faire saigner les gencives puis lança à l'égard de Dante :

- Qu'as-tu dit ?

C'était le prénom de l'elfe, Machalak. Cela faisait plus d'un siècle qu'il ne le portait plus, après les tragiques événements du conflit entre seigneurs des forêts et seigneurs de la nuit. Cette guerre sanglante avait marqué son corps à jamais. Dante McAllister , le mercenaire qui lui avait retiré sa vie parmi les siens était paradoxalement la seule preuve vivante de ce même passé. Le vampire raffermit sa prise sur son glaive ruisselant de sang. Le visage déformé par la haine, les flammes s'agitèrent autour de Machalak et embrasèrent toute la zone autour des deux guerriers. Dans ce cercle de feu où la mort régnait, une odeur de chairs mortes et brûlées envahit les narines des vivants. Izilbêth gisait toujours sur le sol, au côté de l'elfe. Dante savait que derrière ce rempart de flammes, de nouveaux mercenaires allaient affluer. Ce qu'il savait aussi, c'est que s'il abattait de façon monstrueuse leur maître, ils s'en iront sans demander leur reste. La voix stridente du chevalier noir perça dans la nuit :

- Qu'as tu dit hurla-t-il dans une langue elfique qui avait perdu sa nature mélodieuse

Simple affaire de rhétorique, Machalak ne semblait pas disposé à entendre quoi que ce soit de la part de Dante. Il bondit, l'arme au poing, prêt à trancher le vampire. Leurs lames s'entrechoquèrent, le tranchant des glaives grinçait tandis qu'ils essayaient de faire pencher la balance en leur faveur. Ils poussèrent un cri à l'unisson, d'une même voix. Les veines saillantes, Dante sentait la pression sur ses tempes croître, ses doigts se crispaient sur le pommeau de son arme. Le front du mercenaire, barré d'une veine prête à exploser, fit la rencontre du nez de Machalak. Brisant probablement ce dernier, le vampire en profita pour balayer les jambes du chevalier noir qui s'écroula au sol. Alors qu'il s'apprêtait à clore le combat, une gerbe de flammes fut projetée des lèvres du mage-guerrier et Dante esquiva de peu l'attaque mortelle, bondissant vers l'arrière. Il se tassa, l'arme au poing, prêt à bondir de nouveau sur son adversaire qui se relevait lourdement. Essoufflé, l'elfe comprenait que son imposante armure était trop pesante pour combattre un adversaire de la trempe de Dante. Résigné à sacrifier sa protection, il décrocha les lanières de cuir au niveau de ses épaules et laissa le large plastron s'effondrer dans un fracas assourdissant. Les deux bretteurs se tournaient autour, deux prédateurs qui se dévoraient dans leurs psychés respectives. Un battement de cil, un nuage de poussière, les deux guerriers faisaient parler les armes. En retirant une partie de son armure, Machalak avait retrouvé toute la grâce chère aux elfes. Malgré son éternel entraînement, Dante ne pourrait jamais atteindre une telle fluidité dans ses mouvements. En revanche, il possédait quelque chose qui faisait grandement défaut aux elfes, à Machalak à fortiori. Chacun de ses muscles tendus, de ses nerfs, fut mis à contribution. L'agilité du vampire égala celle du seigneur des arbres, sa force incommensurable, sa rapidité prodigieuse et sa dextérité inégalité mirent en défaut Machalak. Le vampire sectionna une artère dans la jambe de l'elfe. Ainsi amputé de son agilité naturelle, son adversaire poussa un hurlement de désespoir. Le vampire profita de ce moment d’inattention pour mettre à profit son expérience. D'un coup de botte dans la plaie, il contorsionna de douleur son adversaire qui posa un genou à terre. Il lui porta un premier coup avec le pommeau de son arme, suivi d'un second avec ses propres phalanges. Machalak, les tempes ensanglantées, jeta un regard noir à Dante. Il tenta de porter une dernière botte malgré sa position mais le vampire, de la pointe de son impérieuse lame, cloua son bras armé au sol. Un nouveau hurlement de douleur fit frémir de plaisir le vampire. Ses yeux d'un bleu surnaturel admiraient son travail, Machalak baignait dans son propre sang, le bras et la jambe sévèrement entaillés. Retirant son glaive, il pivota sur lui même pour fracasser ses cottes d'un coup de pied avant d'écraser son visage contre le sol au moyen de son talon. Ainsi gisait Machalak, le visage brûlé recouvert de sang et de terre. Il perdit assurément connaissance, l'intensité des flammes s'amenuisait pour finalement disparaître, ne laissant pour seule preuve de leur passage qu'une forêt dévastée. Autour de la scène où deux elfes gisaient à terre avec un vampire, le seul debout, s'étaient attroupés de nombreux mercenaires. Ils suaient à grosses gouttes, la peur ou les flammes pouvaient expliquer cette sudation spontanée. Dante, dans un rire sardonique terrifiant, attrapa son adversaire inerte par son épaisse crinière aussi sombre qu'une nuit sans étoiles. Il souleva sa tête à hauteur d'homme puis, dans un silence morbide, plaça ses crocs au niveau de sa nuque. D'une manœuvre ingénieuse, le vampire arracha la tête du reste dans un craquement d'os effroyable. Les spectateurs observaient la mise à mort, fascinés et terrorisés à la fois, subjugués par des émotions contradictoires. Dante exhiba le crâne arraché en laissant traîner sur le sol le corps dont une extrémité n'était plus qu'un trou obscène vomissant du sang en continu. Il le jeta au pied du mercenaire le plus proche et, sans un mot, fit décrire un arc de cercle à son épée étincelante et rougeoyante du sang maculé qui la recouvrait. Le fait que la dragonne d'Izilbêth mâchouillait énergiquement un os ressemblant à un tibia aida à amplifier l'effroi qui se logeait dans leurs cœurs indécis.

Silencieusement, les mercenaires reculèrent les uns après les autres. Bientôt la forêt retrouva son calme. Dante soupira. Le vampire se tenait debout, son épée abaissée vers le sol, envahi d'une lassitude soudaine et d'un profond dégoût. Il jeta un dernier regard vers le cadavre mutilé de son ancien adversaire, l'un des plus coriaces qui soit et murmura ces quelques mots :

- Puisses-tu combattre pour l'éternité dans l'au-delà  …

Dante ne s'agenouillait plus, il n'enterrait plus les cadavres de ses adversaires mais il continuait à rendre hommage aux plus puissants d'entre eux. Il s'approcha alors de la jeune femme inconsciente. Le tonnerre gronda une nouvelle fois, Dante reconnut la brume spectrale qui s'annonçait au loin ainsi que le martèlement lugubre des sabots des montures spectrales de la chasse sauvage. Elle venait récupérer un guerrier mort. Le vampire frémit de crainte et se sentit honteux en imaginant l'infini désespoir qui s'emparerait de Machalak s'il venait à s'enrôler dans pareille horde. Le vampire laissa ses yeux vagabonder sur la peau d'Izilbêth. Son corps, d'une pâleur intrigante, lui rappelait les siens. Sa chevelure éparse s'évanouissait dans la terre. Ses seins se devinaient sous la légèreté de sa tunique, Dante jura par deux fois en détournant le regard. Il n'avait pas quitté le domaine pour s'attirer de nouveaux ennuis, ce qu'il était parvenu à faire malgré lui. Son regard se fit plus dur lorsqu'il s'appesantit sur la veine visible au niveau de sa gorge. Instinctivement, les crocs de l'immortel jaillirent hors de ses lèvres. Réprimant ses pulsions avec difficulté, il posa un genou à terre. Il se savait étroitement épié par la dragonne de sa partenaire de danse. Sans faire de gestes brusques, Dante tapota adroitement le visage de l'elfe endormie :

- Réveille toi grinça-t-il entre ses dents serrées 

Le hurlement de loups sauvages et des yeux luisants dans la pénombre le pressèrent. Ils devaient immédiatement déguerpir ou risquer de tomber sur des ennemis plus coriaces. Certains cris n'appartenaient ni aux loups ni même à ce monde…

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MessageSujet: Re: Un regard empreint de tristesse [En cours]   Jeu 2 Jan 2014 - 5:17

La mort. Tendre et agréable, elle est le repos bien mérité du guerrier. Le soulagement des malades et des affamés. Parfois, il était plus agréable de mourir plutôt que de souffrir. Mais au fond, qui avait véritablement le droit de décider, qui méritait de mourir ou non. Se permettre de décider du sort de quelqu'un était tout simplement une décision divine, qui ne pouvait être prise par n'importe qui. Qui ne pouvait pas être du simple ressort d'êtres humains, comme pouvait l'être Izilbêth. Mais l'instinct de survie poussait parfois aux pires actes. La nécessité de protéger son monde, bien que parfois il soit créé de toute pièces. Parfois, les hommes agissaient dans le simple but de protéger leur personne, ou alors de protéger quelqu'un d'autre. Leur territoire, leur propriété. Tout le monde agissait pour une raison qui lui était propre. Qu'elle soit des plus saugrenue, comme des plus évidente.

Les raisons de chacun étaient personnelles et propre à soi même. Mais parfois, il arrivait que dans un but totalement différent de celui d'une personne, on finisse par partager le même dessein. Mais dans le cas d'Izilbêth. C'était bien malheureusement qu'elle en était venue à partager le même but que le vampire. Celui qui était venu perturber sa tranquillité était désormais devenu son compagnon d'infortune. Ils avaient combattus côte à côté et maintenant, l'elfe se trouvait dans un... Un étrange confort qui la laissa songeuse. Était-elle morte ? Non, elle ne l'était pas. Elle savait que quelque chose la rattachait encore fermement sur la terre ferme. Comme si elle n'était qu'en flottement autour de tout cela. Les dernières images qu'elle avait vu étaient celles de Malachak, l'étranglant de toute sa poigne. Sans doute avait-elle perdu connaissance suite à tout cela.

Elle avait donc ignoré la totalité de la suite et fin du combat. Peut-être avait-il été tué, elle n'en savait rien. Mais le fait qu'elle soit ainsi enfermée dans un corps inerte n'avait que d'autre effet que la rendre folle de colère. Alors qu'elle aurait pu aider Dante et peut-être éviter un quelconque carnage. Mais elle n'était à présent plus capable de quoi que ce soit et le sentiment de peser de plus en plus dans cette étrange sentiment de réalité. Peu à peu, elle retrouvait la sensation de ses pieds, de ses jambes. Ses mains et ses bras lui semblèrent bien réels et c'est à présent une voix qui la tira définitivement de sa torpeur. Une légère tape sur sa joue lui fit ouvrir les yeux alors qu'elle semblait encore vaseuse. Malgré tout, elle tenta de se redresser ce qui ne fit que la faire chanceler et retomber immédiatement, sonnée, les yeux grands ouverts.

Sa dragonne qui veillait au grain s'approcha alors dans un râle menaçant, comme si elle soupçonnait le vampire d'avoir tué sa maîtresse. Passant alors une main sur son visage, essuyant ainsi le sang et la poussière sur son visage, la jeune femme prit quelques instant pour reprendre ses esprits. Mais le temps pressait. Elle sentait qu'il ne fallait pas tarder. Sous le manque d'oxygène, ses lèvres avaient pris une couleur légèrement plus foncée, qu'à l'accoutumée et lorsqu'elle se releva, elle ne put s'empêcher d'avoir un nouveau vertige. Sa dragonne qui se trouvait tout près vint empêcher à sa maîtresse une quelconque chute. La seule solution pour une fuite rapide était d'emprunter les airs. Observant leurs deux montures, l'elfe fronça les sourcils et se tourna vers le vampire.

- Si nous voulons fuir.. Il nous faudra emprunter les airs.. Montez.

Son ton était sec et rude. Elle n'allait pas faire dans la dentelle avec cet homme. Non seulement il avait perturbé la tranquillité de sa petite vie, mais en plus, il lui faisait risquer sa vie. Montrant du menton la dragonne qui lançait un regard meurtrier au vampire, l'elfe attacha le cheval du défunt chevalier à la selle de Wilwarin et murmura quelques mots au destrier qui semblait comprendre. Il n'avaient désormais plus le temps. Plus le temps pour se poser des questions inutiles, il leur fallait agir désormais. Installer de précieux lieux entre eux et leurs attaquant, leurs poursuivants. Enfourchant la dragonne sans la moindre hésitation, l'elfe tendit la main au vampire, le regard animé d'une lueur déterminée. Au plus vite ils fuyaient, au plus vite elle pouvait espérer reprendre une vie tranquille. Un semblant de vie tranquille. Installé derrière l'elfe, celle-ci ne prit même pas le temps de lui indiquer de se cramponner qu'elle se penchait déjà vers la dragonne, murmurant en sa langue natale.



Leur envol fut rapide et sans la moindre turbulence. Le silence des cieux sembla apaiser le feu qui embrasait les tempes de l'elfe. Un peu de calme, prendre le temps de réfléchir. Sans même indiquer à la dragonne quel endroit rejoindre, celle-ci plana calmement au dessus des bois, comme repérant l'endroit voulu, avant d'engager la moindre descente. Elle en avait presque oublié la présence du vampire derrière elle. Enfin, comment oublier la présence d'un homme qui venait de mettre sa vie en l'air ? Il en était difficilement possible...

Spoiler:
 

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MessageSujet: Re: Un regard empreint de tristesse [En cours]   Sam 1 Fév 2014 - 21:35

Le vampire observa silencieusement le splendide reptilien s'occuper de sa maîtresse. Un véritable lien unissait cette bête et la jeune elfe. Dante affichait un sourire carnassier, il n'avait pas affronté de dragon depuis un demi-siècle. Ces créatures majestueuses étaient des adversaires coriaces qu'il valait mieux laisser tranquille. Une fois rétablie et sur ses deux jambes, l'elfe ne perdit pas un instant. Elle proposa sa main au mercenaire pour l'amener à monter cette bête volante, Dante l'agrippa fermement. Confortablement installé derrière Izilbêth, il n'eut pas le plaisir d'apprécier le contact avec celle-ci: après une phrase dont le vampire comprit vaguement le sens, il serra les dents et se cramponna à la première chose qui lui passa sous la main, à savoir le cavalier. Ils prirent leur envol avec grâce, accompagnés par le hurlement du vent fendu par les puissantes ailes du dragon. A ce vacarme succéda le silence des cieux. Le vampire admirait avec une joie non feinte les nuages nacrés se former au creux de la nuit, illuminés par les astres rayonnants.  Il jeta un regard vers le sol, à cette distance la cimes des arbres étaient ridiculement petites. Le dragon plana puis lui et sa cavalière convinrent d'un endroit où se poser d'un accord tacite. Les deux compères touchèrent rapidement la terre ferme, un peu trop vite au goût du mercenaire qui aurait aimé poursuivre cette chevauchée pour toujours. Le vent qui fouette allègrement votre visage, la clarté de la lune, le tableau de la genèse qui se forme sous vos pieds, un portrait idyllique qu'il n'avait pas souvent eu la chance de peindre. Ce court voyage avait calmé la frénésie qui habitait le mercenaire, il réveilla également ses aspirations d'artiste. Dante foula de nouveau le sol, certainement plus à l'aise ici bas qu'en hauteur.


Il sentait que l'atmosphère était tendue, la jeune femme aux cheveux de jais avait l'air passablement irascible. Le larcin de Dante ainsi que cette altercation mortelle avec des mercenaires y étaient pour quelque chose. Pourtant le vampire savait qu'il n'y avait pas que cela, il ressentait dans sa propre chair la mélancolie de cette elfe. Lorsqu'il posa ses yeux chatoyants sur elle, que ses cheveux effleurèrent ses doigts, que son parfum pénétra son âme, c'était comme si toute la douleur du monde traversait ses nerfs. Faisant écho à sa souffrance personnelle, le vampire fut assailli par ses démons intérieurs. Sa femme et son enfant hantaient ses nuits, Cymoril le traquait depuis des décennies, ses multiples erreurs ainsi que son péché ultime, le parricide dont le vampire s'était rendu coupable pourrissaient son esprit. Bien que Dante affirmât être dénué de conscience, son regard tourmenté ne laissait personne dupe. Le vampire s'était installé en silence sur un arbre mort, appréciant le subtil zéphyr qui caressait son visage. Il scrutait le sol, admirant la vie se constituer au rythme des insectes, mort et vie se substituant à une vitesse affolante pour un immortel. Toute chose finissait par dépérir, mais pas lui. L'être qui ne devait pas avoir de fin. Un vampire, une créature qui se nourrit de la vie des autres pour perdurer éternellement. A ces grotesques pensées, le mercenaire proféra un juron d'une voix à peine audible. Il finirait bien par trouver la mort qu'il cherchait, une mort qui ferait honneur à ses ancêtres guerriers et le laverait de ses péchés.


Dante était dans cette sombre humeur lorsque sa rêverie fut interrompue par une sensation de fraîcheur. Sans que rien ne l'annonce, la pluie s'abattit sur nos deux protagonistes. Des nuages sombres s'étaient formés haut dans le ciel, obscurcissant ce dernier et masquant les étoiles, ils luisaient d'un pâle orangé à chaque éclair qui déchirait le ciel. Cette fois, il ne s'agissait pas de la Traque Sauvage mais d'un orage naturel. Entre le fracas du tonnerre et le hurlement du vent, Dante perçut des aboiements tristement familiers, celui des chiens de guerre. Le mercenaire pesta et s'empressa de saisir l'elfe par l'avant-bras, les dirigeant à travers cette forêt dont il connaissait parfaitement la topographie depuis la guerre de la rivière de sang. Soudain, ils tombèrent nez à nez avec la monture d'Izilbêth à laquelle était accrochée celle de Machalach. Sans se faire prier, le mercenaire enfourcha la monture du défunt cavalier et chevaucha à bride abattue, talonné de près par sa compagne d'infortune. La chair fouettée par le vent sauvage, meurtrie par les gouttes assassines, lacérée par le froid insidieux, Dante en venait à maudire cette effroyable nuit durant laquelle ils allèrent de Charybde en Scylla. Il repéra l'entrée d'une grotte, intrigué car il n'en connaissait pas l'existence. Un curieux symbole y était gravé mais il ne prit pas le temps de le détailler plus sereinement : le vent leur rapportait que leur poursuivants n'étaient pas loin. Le Loup blanc pénétra le premier dans la caverne, avalé par les ténèbres qui résidaient en son sein. Il se lova dans une cavité du mur rocheux et fit taire sa monture. Dans un craquement effrayant, un mécanisme sembla se déclencher et l'entrée de la grotte se boucha. Le regard des deux compagnons se croisèrent, l'elfe semblait moins à son aise, les rayonnements de la lune ne parvenaient pas jusqu'ici et aucune lumière ne filtrait à travers l'épaisse muraille de pierre. Le vampire saisit délicatement la main gelée d'Izilbêth pour la guider à travers cette obscurité complète. La nature se déchaînait à l'extérieur, le vampire craignait que cette masse rocheuse ne s'affaisse d'un moment à l'autre sous la brutalité des cieux. Cet incroyable vacarme rappela les antiques légendes qui se transmettaient dans son clan, avant la disparition de sa civilisation :


- Mon père me racontait que lorsque le tonnerre est aussi puissant, c'est que la destinée des Hommes et des Dieux est martelée dans les forges au cœur même de la Terre. Je me demande quel funeste destin nous est préparé, Izilbêth …


En effet, la grotte dans laquelle ils s'étaient engagés n'inspirait rien de positif. Ils étaient certes parvenus à semer leurs poursuivants mais ils se retrouvaient à présent dans le noir complet – ce qui aurait été une gêne pour Dante s'il n'était pas un vampire, pris au piège dans cette caverne. Le mercenaire trouva enfin une torche incrusté dans une aspérité de la roche. Cherchant dans ses poches, il sortit un briquet à silex en acier et de l'amadou. Après quelques instants, les premières braises étincelèrent dans les ténèbres puis la flamme apparut dans un modeste rugissement. Le mercenaire décrocha la torche et ils reprirent leur marche à travers la profonde caverne. Après quelques minutes, le vampire murmura :


- Cette caverne n'en est pas une. C'est un tunnel. Voyons où tout cela nous mène.


Durant une heure complète, ils traversèrent l'obscurité avec pour seule source de lumière cette torche. Bientôt, les notions de durée ou d'orientation perdirent leur sens. Les événements étaient devenus si imprévisibles et incontrôlables qu'ils se croyaient en plein rêve – ou cauchemar. Dans ce large tunnel que nulle lumière n'éclairait et où nul vent ne soufflait, la mort semblait avoir élu domicile.  Le temps était devenu un concept creux, sans signification aucune entre ces murs froids et épais. Leurs membres étaient gelés, leur esprit engourdis, des vertiges les prenaient tant et si bien que l'un et l'autre perdirent conscience de la présence de leur compagnon. La pente s'accentua, la démarche mécanique céda à une course effrénée pour éviter de se ramasser sur le sol d'où émergeaient de perfides saillis rocheux. Dante aperçut une lueur verte. Cette nouveauté qui vint briser la morosité de ce tunnel interminable le redonna espoir. Sans qu'ils s'en rendent compte, ils avaient pressé le pas pour rejoindre cette lumière. C'était là le bout du tunnel. Lorsqu'ils eurent rejoints l'autre extrémité, ils furent instantanément frappé d'une crainte mêlée de respect. Le spectacle qui s'étendait devant eux était stupéfiant. Abasourdis, ils jetaient des regards inquiets à droite et à gauche, leurs prunelles décrivant de larges arcs de cercles pour cerner le décor. Une véritable cité perdue, au cœur même de la terre, sous la forêt. On apercevait, sous ce dôme de roche, les racines des arbres à la surfaces qui s'entremêlaient et allaient rejoindre une source d'eau souterraine. La cité, blanche et gracieuse silhouette celant de somptueuses merveilles, parfaites et resplendissantes, s'étendait à perte de vue. Le mercenaire s'avança devant les portes de la ville que le temps semblait avoir épargné. Lorsqu'il pénétra dans l'enceinte de la cité, sa vue fut éblouie par la beauté dont il était témoin. L'antique cité brillait dans toute sa magnificence, ses architectes pouvaient s’enorgueillir de leur ouvrage, chef-d’œuvre ultime d'une civilisation disparue. Un doux chant s'éleva, tout d'abord à peine audible puis il prit de l'ampleur. Une douce et poignante musique, irrésistible, conquis le cœur du mercenaire. Celui qu'on surnommait le boucher de la rivière de sang versa quelques larmes, lui-même surpris par tant d'harmonie. Il comprit tout à coup que les sons apaisant émanaient de la roche même dans laquelle était taillée la cité. La pierre chantait pour eux, des instruments qui n'étaient pas terrestre se joignirent à la mélodieuse symphonie. Le visage extatique, les lèvres frémissantes, le vampire prononça quelques mots :


- Izilbêth … la cité … la cité chante …


Il posa alors un regard interdit à sa compagne d'infortune qui vivait probablement la même expérience incroyable que lui. Dante sécha alors les douces larmes qui avaient perlé de ses yeux et attendit que la jeune femme lui fasse part de ses intentions quant à ce qu'il conviendrait de faire dans pareille situation. N'oublions pas qu'ils étaient toujours pris au piège sous terre.

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MessageSujet: Re: Un regard empreint de tristesse [En cours]   Lun 10 Fév 2014 - 4:31


La tranquillité, le calme et le silence étaient devenus des mots inconnus pour cette femme qui avait toujours préféré la tranquillité au grabuge. Enfin, en théorie. Les événements passés donnaient plutôt l'impression qu'elle était une véritable sauvageonne bagarreuse. La guerre passée et les récents faits étaient tout particulièrement violents et ne ressemblaient pas à cette jeune femme qui avait pour habitude de fuir les ennuis. Mais voilà qu'un stupide vampire avait tenté de lui dérober ses affaires et que les vampires à sa recherche avaient remis la main sur elle. Et voilà que désormais, ils se trouvaient tout deux, chevauchant Arcane qui flottait dans les airs. Laissant son partenaire d'infortune s'agripper à elle sans broncher, elle se laissa submerger par des pensées qu'elle avait préféré bannir. Des pensées qui malgré la beauté de ce qui s'offrait à ses yeux lui firent oublier l'endroit où elle se trouvait. Son passé, douloureux sembla remonter au dépit de préoccupations plus importantes. Son regard prit des lueurs qu'il n'avait que trop connu par le passé. Silencieuse et renfermée, elle ne parvenait pas à oublier ce qui l'avait tant fait souffrir et rendue si peu enclin aux contacts humains. Elle détestait tout le monde, uniquement pour leur faire payer à tous les souffrances qu'elle avait ressenti et enduré. La peine de la perte de cet enfant qui lui était si cher était l'une des principale raison pour laquelle elle était devenue si froide et si revêche. Enfin.. L'une de nombreuses raison, enfin de compte.

Les nuages n'avaient de cesse de filer sous les ailes de la dragonne qui fendait les cieux dans un silence presque inquiétant. Ils ne restèrent pas loin du sol très longtemps et bien vite, la dragonne se posa, alors que les chevaux étaient toujours en route pour les rejoindre, tant bien que mal.  Elle qui quelques instants auparavant aurait sans doute injurié de tous les noms cet imbécile qui lui avait apporté bien trop d'ennuis était désormais plongée dans de sombres pensées. Elle ne parvenait pas à oublier ce qui l'avait plongé dans cet état de profonde mélancolie. Observant silencieusement le ciel, elle ne tarda pas à sentir le vent se lever et à voir d'épais nuages noirs obstruer le ciel étoilé. Elle n'était pas la cause du déchaînement des éléments cette fois, enfin, du moins, elle n'en était pas sensée être la cause.. Malheureusement, le tonner n'était pas la seule chose qui se rapprochait dangereusement des deux protagonistes. Les loups étaient toujours sur leurs traces et ils approchaient à une vitesse consternante. Il fallait fuir, de nouveau.

Saisie par le bras, elle tenta d'oublier la douleur qui traversait toujours celui-ci de part en part et emboîta le pas sous une pluie qui se faisait de plus en plus battante. Le visage fouetté par les gouttes glaciales, l'elfe ne maugréa pas, se contentant de suivre le rythme effréné imposé par la nouvelle présence du vampire. Bien rapidement, ils retrouvèrent la trace des chevaux qui semblaient les avoir cherchés. Sans attendre, ils enfourchèrent tout deux les équidés et prirent un galop rapide, sans véritablement savoir dans quelle direction ils se dirigeaient. Izilbêth suivait l'homme sans savoir vers qu'elle elle allait. Peut-être un piège, comment pouvait-elle le savoir ? Elle n'en avait aucune idée. Tout ce qu'elle pouvait faire était suivre dans le simple espoir de pouvoir échapper à ces hommes qui la pourchassait alors qu'elle n'avait même pas idée de qui elle fuyait, maintenant que les vampires étaient éliminés.

Le froid lui mordait les extrémités et désormais, ils s'approchaient de plus en plus d'une étrange caverne sur laquelle était gravé d'étranges inscriptions. Inscriptions qu'elle ne remarqua presque pas. Leur allure était toujours aussi rapide et bientôt la cape de l'elfe ruisselait de la pluie battante qui s'abattait sur eux. La pierre de la caverne sembla être l'endroit le plus confortable du monde, à côté de la froideur humide de laquelle ils provenaient. Mettant rapidement pied à terre, les deux cavaliers restèrent un instant ainsi immobile, comme tentant de localiser la localisation exacte de leurs poursuivants. Les montures s'agitèrent et bien rapidement la source de leur inquiétude parvint aux deux fuyards. Les murs de cette caverne semblèrent trembler et le passage par lequel ils étaient entrés se referma, comme animé d'un étrange sortilège. Les deux chevaux, affolés eurent la présence d'esprit de prendre la fuite à une vitesse que les deux bipèdes n'eurent pas le temps d'anticiper. Ils étaient pris au piège.  La légère lueur que laissait passer l'entrée de la caverne fut bientôt un lointain souvenir et dans un noir des plus complet, une main saisit celle de l'elfe. Après un bref sursaut et un mouvement de recul naturel, elle sembla se souvenir de la présence de Dante à ses côtés et se laissa guider.


Tout s'était enchaîné bien trop vite et désormais, ils ne pouvaient qu'accepter leur sort. Au dessus de leur tête, les éléments semblaient se déchaîner. La foudre n'avait de cesse de déchirer le ciel à mesure qu'ils s'enfonçaient dans les tréfonds de cette caverne. Fuyant le plus loin possibles ils espéraient éviter une mort certaine si la roche s'effondrait au dessus de leur têtes. Et bientôt, ce qui s'apparentait à une fuite devint une exploration. Izilbêth aurait sans doute préféré être à des lieux de cette caverne à l'heure qu'il était, mais si elle ne voulait pas mourir de froid, elle n'avait d'autre choix que de suivre le vampire dans son exploration. Le sol friable manquait de se décrocher sous leurs pieds et le grondement sourd au dessus de leurs têtes n'avait de cesse de faire sursauter un peu plus l'elfe. Cette caverne la glaçait d’effrois et déjà elle s'imaginait, vidée de son sang par un vampire devenu fou à cause de la faim, ou succombant à l'infection qu'elle n'aurait pu soigner sur son bras. Restant silencieuse aux propos du vampire, la jeune femme ne semblait pas enclin à discuter de la moindre superstition dont il pouvait être habité. Elle avait juste peur. Peur de mourir de façon totalement ridicule, perdue sous la roche, sans même avoir pu venir en aide à son fils, qui sans doute affamé devait déjà envoyer leur chouette à sa rencontre. Suivant toujours le vampire, elle ne put se retenir de murmurer.

- Mourir à vos côtés, rien de plus déplaisant à imaginer.

Elle éprouvait une profonde haine envers ce vampire. Bien qu'il l'ai sauvée et sans doute aidée à se débarrasser des vampires à sa poursuite, elle le haïssait.  Lui qui avait eu l'audace d'accaparer son attention, de si précieuses minutes qu'elle aurait pu passer à la recherche de son fils se trouvait maintenant, piégée, tel un rat sous terre, à chercher une sortie par tous les moyens. Mais bientôt, un espoir renaquit en l'elfe. Le vampire émit la possibilité que cette caverne soit en réalité un tunnel. En réalité, peut-être parviendrait-ils à sortir un jour de cet endroit qui semblait être l'enfer. Mais qu'était une lueur d'espoir au milieu d'un océan de ténèbres. Les longues minutes, ou peut-être même heures à dévaler le long couloir sinueux parurent des années. Manquant de trébucher à chaque instant, elle en oublia la présence du vampire, oubliant même les raisons pour lesquelles elle avançait. Parfois, elle pensait à faire demi-tour, mais à quoi bon, la caverne s'était sans doute effondrée, ne laissant place à rien d'autre qu'à de la poussière et à davantage de néant. Les yeux mi-clos, l'elfe suivait toujours le rythme rapide de l'homme qui marchait devant lui, dont elle avait tout oublié.

Mais au bout de cette marche sans fin, de ces efforts qui semblaient ne plus avoir de raisons valable, se trouvait un endroit, que jamais créature vivant en ce monde n'avait osé espérer voir. Alors qu'elle avait oublié quelle était l'éclat de la lune, une lueur attira son regard. Au milieu de cette mort, semblait poindre la vie. Le tunnel s'était élargis sur la fin et bientôt, ils semblèrent passer une arche. Sans même porter attention aux inscriptions gravées à même la roche, ils pénétrèrent en un lieux que jamais ils n'auraient eu l'audace d'imaginer dans leurs rêves les plus fou.

La magnificence, à l'état pur. La beauté, la pureté et la noblesse d'un ouvrage taillé de mains de maîtres. Perdus aux milieux de cette grandeur, les deux compères se trouvaient côtes à côtes, sur une roche qui surplombait cette cité oubliée. Les longues heures de fuite furent rapidement oubliées et déjà, le regard de l'elfe se perdait sur la roche qui semblait refléter toute la grandeur de ses bâtisseurs. Levant un regard incrédule, elle en perdit la parole. Sa capuche ne tarda pas à tomber sur ses épaules alors même qu'elle s'avançait, hypnotisée par tant de beauté. Le chant, cristallin que leur offrait la cité transporta l'elfe jusqu'au profond de son âme et c'est sans accorder le moindre mot au vampire qu'elle s'arrêta, juste devant lui, ébahie, sonnée par tant de beauté. Elle ne savait plus où donner de la tête. Ses yeux n'avaient de cesse de se perdre ci et là, contemplant avec un respect tout particulier cette cité qui semblait à peine terminée. La pierre, lisse et brillante comme à son premier jour, resplendissait d'une force surnaturelle. Quelques mots brisèrent alors le silence qu'elle avait instauré.

- Impossible...

C'est comme si, de nouveau, l'elfe qu'elle était revivait. Oubliant les querelles du passé, les peines et autres troubles qui l'avaient accablée. Les bras ballants, elle aurait pu rester, des heures durant devant un tel spectacle. Mais sa soif d'en voir plus la tenaillait. Tournant alors les talons vers le vampire, elle l'observa un instant avant de tendre la main vers lui. Un escaliers de pierre descendait vers la rivière souterraine qui coulait sur les bordures de la cité. Avide de découverte et de s'enivrer de la pureté de ce lieux, elle invitait celui qu'elle haïssait quelques heures auparavant à la rejoindre, un étrange sourire bienveillant fendant son visage. Apaisée, loin du temps, elle ne tarda pas à tirer l'homme par la main, descendant les escaliers lentement, sans cesser de tourner la tête dans tous les sens, incapable de retenir sa soif de découverte. Bien rapidement, ils arrivèrent près de ce qui semblait être la porte de la cité. Posant une main contre l'arche, l'elfe murmura quelques mots en sa langue natale alors qu'elle semblait s’imprégner profondément de l'énergie dégagée par la cité. Mais bien rapidement, son regard changea et elle détacha sa main de cette arche qui semblait rayonner d'une étrange puissance. Sourcils froncés, elle se recula et observa le vieux vampire, l'émerveillement avait laissé place à la crainte alors qu'elle observait la cité qui se dressait devant ses yeux.

- Nous ne trouverons rien, hormis la mort en ces lieux.. Il nous faut partir, au plus vite..

La mort, voilà qu'elle avait parfaitement expliqué ce qu'était ce lieux. Une ville, immortelle, qui ne semblait pas avoir bougé depuis des années, des siècles peut-être. Et aucune trace de vie. Un courant d'air glacial fouetta les deux intrus et l'elfe ne put s'empêcher de frémir. Tirant faiblement sur la main de son compagnon d'infortune, elle semblait l'implorer de la suivre.

- Il y a des choses que nous ne pouvons combattre, il nous faut partir !

Quelques mètres plus loin, un pont passait au dessus de la rivière souterraine et une route semblait se dessiner au creux de la roche. Il leur fallait partir au plus vite. Déjà, elle sentait la poigne glaciale de la mort se saisir de ses poignets, annonciatrice qu'une force qu'ils ne pouvaient combattre était toute proche. Ils n'étaient pas désirés en ces lieux et s'ils voulaient les quitter un jour, il leur fallait partir tout de suite. Lançant un regard terrifié à l'homme qui ne semblait pas avoir compris, elle le tira de toutes les maigres forces qu'il lui restait vers cette route qui semblait être leur seule potentielle échappatoire. Ils venaient de pénétrer dans un royaume dans lequel ils n'avaient aucun pouvoirs; celui des morts.

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MessageSujet: Re: Un regard empreint de tristesse [En cours]   Dim 23 Fév 2014 - 20:59

Passion et mort se mêlaient dans une esthétique sublime qui n'appartenait pas aux conceptions terrestres de la beauté. Les yeux du vampire étaient éblouis par les couleurs ravissantes, certaines n'appartenaient même pas au spectre normalement visible. Il voyait avec tous ses sens, bluffé par les sons que produisait la cité. Dante se laissa guider par l'elfe qui partageait ses péripéties. La douceur de sa main le ramena momentanément sur terre. Le vampire sourit discrètement, il y a encore quelques heures elle était prête à lui planter une dague entre les deux yeux. Afin de ne pas gâcher ce moment, il resta silencieux. La femme ne devait pas se rendre compte qu'elle se trouvait en présence d'un tueur-né, d'un guerrier indomptable. En réalité, elle baladait un tigre sauvage en liberté. Une fois arrivés devant la gigantesque arche qui marquait l'entrée de la cité, Izilbêth mis en garde le mercenaire contre les dangers qui rôdaient. Elle tira alors faiblement sur la main de Dante, une plainte craintive émanant de ses lèvres cramoisies. Le vampire ne répondit pas, il se détacha de l'emprise de ses doigts et franchit le seuil de la cité.  Une fois de l'autre côté de l'arche, il tourna sur lui-même, regardant à droite et à gauche puis il haussa ses robustes épaules et dévoila un sourire de requin. Dans ses yeux bleus luisait une flamme funeste :


- La mort ? On dirait que je suis tout ce qu'il y a de plus vivant.


Sa voix grave et suave à la fois avait raisonné avec puissance, magnifiée par les intonations mélodieuses de la cité qui enflaient.  Le vampire, mort-vivant de son état, n'avait pas subi l'ire de l'antique citadelle. Bien qu'il jouait le fanfaron, il avait lui aussi ressenti la froide morsure de la mort sur sa nuque. Un frisson imperceptible parcourut son échine, ses poils se dressèrent sur sa peau et pourtant il restait imperturbable. Il sentait les ondes malveillantes qui se répandaient depuis les murs, semblables à des miasmes répugnants. La mélodie jouée par la cité ne l'enchantait plus, il savait que son cœur avait été conquis par la magie et non par l'art. Cette cité exhalait la sorcellerie et les sombres arcanes des humains l'avait corrompues. Ses prunelles chatoyantes se promenèrent sur les murs lisses des palais qui se dressaient de part et d'autre des larges avenues. Il fit signe à Izilbêth d'approcher, désignant de l'index une porte ouverte qui donnait sur une demeure somptueuse.


- Nous avons besoin de repos. Ensuite, nous nous mettrons en route.


Ses yeux de rapace percèrent à travers les vêtements de la nymphe, là où sa plaie avait du mal à cicatriser après toutes ces aventures. Ils franchirent le seuil de la porte et pénètrent dans une vaste pièce, aux murs recouverts de tapisseries brodées et dont le sol brillait d'une propreté impeccable. Sol, murs et plafond étaient faits de cette même roche ivoirine, lisse comme de l'acier poli. Fourrures et coussins en cuir décoraient la chambre. Il y avait d'autres portes, qui donnaient sur d'autres pièces et le palais semblait s'étaler ainsi sur plusieurs miles. Le mercenaire plaqua vivement son oreille contre le sol et exigea de façon tacite le silence. Son ouïe de vampire ne décela aucun bruit de pas dans la demeure : ils étaient seuls. Son nez aquilin huma l'air mais il n'y avait d'autre parfum que celui de la mort, sombre et omniprésente.  Une atmosphère curieuse, voire irréelle, régnait dans la pièce. Depuis quelques heures, les deux protagonistes avaient l'impression de nager en plein rêve. Dante resta confiant en ses capacités, tenant pour vrai tout ce que ses yeux voyaient et tout ce que sa chair ressentait. Il se dirigea vers un meuble richement orné de frises dorées et se mit à farfouiller à la hâte dans les tiroirs. Le mercenaire se saisit d'une longue cape noire aux coutures ambrées, rehaussée au niveau des épaules par des fils d'or. Heureux que le vêtement lui seyait à ravir, n'oublions pas qu'il se baladait le torse nu depuis le début de cette étrange histoire, le vampire rabattit le long morceau de cuir autour de lui avant de s'affaler sans plus de cérémonie sur un divan libre. Les yeux clos, le vampire laissa son esprit vagabonder au gré de ses rêveries. Rapidement, le sommeil le gagna et ses rêves se transformèrent en cauchemars.
Une poignée d'heures de sommeil, c'est tout ce que le mercenaire parvint à arracher aux dieux. Le visage contrit d'une peine immense, Dante chercha du regard Izilbêth. Il ne la trouva pas dans la même pièce que lui. Cette femme ne supportait réellement pas sa présence, elle avait du choisir de méditer ailleurs ou alors s'était déjà libérée de son état de transe. Le mercenaire quitta le divan, laissant une emprunte imposante sur les coussins de soie. Il s'étira à la manière d'un félin avant de dépasser le seuil d'une porte ouverte qui donnait sur une pièce encore plus grande et à la décoration fastueuse. Le mercenaire remarqua des aliments exotiques savamment disposés sur la table, des coupes en or et des couverts d'argent. Un pli mauvais se dessina sur ses lèvres car il comprit immédiatement qu'ils n'étaient pas seuls dans cette cité maudite. Ses prunelles céruléennes remarquèrent un phénomène étrange. Quand bien même les vampires possédaient une vision parfaite peu importe l'éclairement, il lui sembla que les sources lumineuses n'avaient pas diminuées en intensité. Il se rendit alors compte que la lumière provenait de la roche elle-même, par réfraction d'une lumière ô combien puissante. Le mercenaire s'approcha d'un fruit dont il se saisit, humant ses effluves et ouvrant sa chair avec sa dague : il était frais. Il jeta avec dégoût l'aliment et, faisant voler sa cape, se détourna du buffet pour rejoindre l'extérieur.


Dorénavant assuré que cette cité chantante dissimulait en son sein des habitants, le vampire à la chevelure laiteuse laissa ses instincts sauvages prendre le dessus. Il était tel le loup des steppes, se sachant encerclé mais prêt à bondir à la gorge du moindre ennemis qui émergerait des ombres. Ses prunelles se tournèrent naturellement vers le point culminant de la citadelle. Une majestueuse tour se dressait au sommet d'un palais qui surplombait tous les autres par son imposante architecture. Au creux de cette tour se trouvait un joyau immense, aussi grosse que le poing d'un Titan et dont les reflets irisés abreuvaient la cité de lumière. Le vampire comprit enfin d'où venait l'éclat de ces murs lisses. Le mercenaire devait se mettre en quête de sa compagne de fortune, il se demanda comment retrouver une femme dans une ville fantôme constituée de plusieurs palais aux multiples pièces. Son premier réflexe fut de se diriger vers la tour qui atteignait presque la voûte de la gigantesque prison souterraine où ils étaient pris au piège. Le pas leste, le vampire rejoignit rapidement la tour au pied de laquelle un splendide palais prenait forme. Dans un soupir, il enfonça la porte massive avec son épaule et fut surpris du peu de résistance qu'opposa la solide construction. Il se retrouva alors dans un palais similaire à celui déjà visité si ce n'est que de nombreuses décorations nouvelles ornaient les murs, allant de simples représentation artistique du quotidien à des scènes de guerres épiques. Ce peuple possédait une histoire riche que le vampire désirait ardemment connaître. Il savait qu'une fois la tour atteinte, ses nombreuses questions trouveraient une réponse.


La tour étincelante se tendait vers la voûte rocheuse telle une colonne glacée. Elle projetait des feux ardents, seule construction qui n'était pas faite de cette roche ivoirine mais d'un métal précieux inconnu du mercenaire. Le cylindre parfait était coiffé d'une couronne incrustée de joyaux irradiant sous la luminosité du cœur brillant qui se trouvait en son centre. En revanche, il n'y avait aucun moyen physique d'accéder au sommet de la tour. Déconcerté, le vampire regarda la paume de ses mains avec conviction et s'affaira à la lourde tâche d'escalader la tour. Il prit son élan puis se lança à l'assaut de la terrible tour étincelante. Prises après prises, Dante jouait de ses puissants muscles d'acier pour grimper l'imposante construction. S'il n'y avait nul vent pour battre contre ses chairs, il ressentait tout de même une certaine appréhension. La moindre chute signifierait une mort certaine et déshonorante. Le sang battait contre ses tempes tandis qu'il se hissait au sommet de la coupole après une ascension titanesque. Avant d'achever sa dangereuse entreprise, le mercenaire resta longuement interdit en admirant les joyaux sertis à même la tour. Rubis, émeraudes, diamants, saphirs et gemmes inconnues avaient l'apparence d'étoile depuis le pied de la tour mais ici elles avaient la taille d'un roc. Elles scintillaient dans une myriade de teintes et de nuances colorées qui hypnotisaient le vampire. Secouant vivement la tête, Dante se tira d'un seul bras par-dessus la coupole et atterri dans le cœur de cette dernière. Sa surprise fut totale lorsqu'il se trouva dans un jardin à la végétation exotique. Ramassé comme la panthère aux abois, la main sur la garde de son épée, il s'attendait à voir surgir des ombres dansantes de la chair à tailler. Le cœur de la couronne, ce joyaux plus grand qu'un homme, débordait d'une lumière malfaisante. Les yeux du vampire s'étrécirent mais il continuait à voir parfaitement, nullement éblouis ou gêné par la gemme démesurément grosse. Alors qu'il marchait calmement vers la pierre énorme, une ombre se découpa.


Une forme se dessina sur la surface polie de la gemme extraordinaire. Progressivement, ombre et roche s'unirent pour ne plus avoir qu'une seule et unique forme. Celle d'un homme, un homme d'une stature frêle avec des hanches serrées mais aux larges épaules. Drapé dans une tunique sombre, aux motifs pittoresques et à la coupe atypique, l'homme à la peau de porcelaine se tenait droit. Ses yeux gris bleu accaparèrent l'attention de Dante. Ils brillaient avec la même intensité que la gemme qui se tenait à sa place il y a encore quelques instants. Une sensation de malaise s'empara du vampire. La grande silhouette efflanquée vêtu d'ébène regarda l'horizon de ses yeux dilatés comme s'il contemplait un monde au-delà de l'entendement des mortels.


- Que fais-tu sur mon royaume, mortel questionna la voix terrifiante dans une mélopée sourde.


Ce n'était pas la première fois que l'on appelait le vampire « mortel ». Pour une très grande part du monde civilisé, Dante faisait parti des immortels. Les vampires étaient des êtres dont la vie ne pouvait se finir naturellement. Pourtant, le mercenaire avait appris à ses dépends qu'il existait de réelles créatures immortelles, des démons qu'on ne peut occire, des dieux qu'on ne peut approcher. Dante avait reconnu le langage elfique dans lequel l'homme s'était exprimé. Il remarqua alors les deux oreilles pointues qui se détachaient de la masse de cheveux noir comme une nuit d'orient. Il frémit, le mercenaire avait l'impression de sentir son âme aspirée hors de son corps par les iris magnétiques de ce qui se tenait devant lui. Une créature à la beauté si parfaite qu'elle en devenait surnaturelle. Lorsque Dante reprit la parole, ce fut d'une voix bien plus assurée qu'il ne l'était réellement :


- Pas de sujets, pas de harems, aucune taverne et pas même une femme. J'ai vu des villages plus royaux que cette cité.


Un sourire morne s'afficha sur les lèvres de l'elfe à l'aspect fantomatique. Il ne semblait pas s'attendre à une réponse de la part de ce qu'il considérait comme un insecte. L'homme instaura le silence quelques instants, contemplant toujours l'horizon avant de scruter le mercenaire. Sa voix effroyable brisa le silence mortel :


- Tu fuyais la mort, je l'ai lu dans ton esprit, à ces mots le vampire haussa un sourcil, tu es bien inconscient pour défier de la sorte Vaänaros Argawaen.


A l'écoute de ce nom, les genoux de Dante manquèrent de se dérober sous son poids. Le monstrueux Vaänaros Argawaen, Vaänaros le Sanglant dans la langue des hommes de jadis. Un elfe mythique prétendu mort il y a de cela 3 millénaires. Des légendes racontent que les Premiers nés, les ancêtres originels des elfes, seraient immortels. Ce n'est qu'au contact d'une race nouvelle, mortelle et agitée, que les elfes perdirent leur caractère sacré et immortel. Obsédé par cette pensée, Vaänaros aurait pratiqué un commerce impie avec des puissances maléfiques à une époque où Dieux et Démons s'affrontaient sur les différents plans de l'univers afin d'obtenir l'immortalité. Comme tout le monde le savait, les dieux des ephaeliens avaient triomphé et déclenchèrent l'apocalypse mais se retinrent dans leur clémence. Vaänaros avait été banni par les siens, condamné à l'exil sous terre dans l'obscurité la plus totale ce qui représentait la sentence la plus cruelle pour les elfes. Le récent retour de la magie en Ephaelyia était un funeste présage. Les forces chaotiques et mystérieuses de la magie s'étaient frayées un chemin sur notre plan d'existence, Dante en avait conscience. Bien qu'il ne posséda pas la science ésotérique des druides de Mallet ni des savants de l'antique Evanya, le barbare sentait dans ses propres tripes le danger que représentait l'être qui se tenait devant lui. Un sourire dément défigura les traits devenus hideux du roi-sorcier:


- Oui, crains moi mortel car je suis Vaänaros le Sanglant ! Le Sorcier Noir de Garck la Maudite hurla-t-il dans une rage inexplicable.


Mu par le courage de ses ancêtres barbares, habité par la fureur divine qui débordait de ses veines, Dante chargea en direction de Vaänaros, l'arme au poing et hurlant le ululument séculaire de son antique race guerrière. L'acier aux reflets bleutés vrombit dans les airs tandis que le mercenaire enfonça sa lame dans plusieurs pouces de chair au niveau du sternum. Un bon acier pouvait venir à bout de n'importe quel homme mais pas de Vaänaros le Sanglant. Agité de spasmes incontrôlables, le sorcier noir de la cité de Garck se mit à ricaner jusqu'à ce que son rire effroyable gagne toute la ville déserte et le cœur du vampire. Dante retira sa lame et fit plusieurs pas en arrière puis contempla avec stupéfaction le résultat de son attaque : aucune goutte de sang ne perla de la tunique déchirée et le corps de l'elfe n'avait souffert d'aucune blessure. Il déglutit bruyamment, se rendant compte que sa vie allait bientôt s'achever. Quelle ne fut pas sa terreur lorsque Vaänaros fit apparaître dans sa main une épée qui n'y était pas auparavant. Le mercenaire fixa longuement l'arme, ouvrage finement ciselé à la lame aussi noire qu'une nuit sans étoile, parsemée de runes de pouvoirs. Sa garde était décorée d'un crâne hurlant, la lame démesurément longue semblait pourtant si légère dans la main du sorcier. La sueur perla sur le front du mercenaire et se glaça sur son échine lorsqu'il entendit l'arme pousser un gémissement de plaisir comme si prendre l'air l'enchantait. La lame sombre palpitait dans la paume de son démoniaque propriétaire. L'elfe immortel leva le bras, la lame fendit l'air dans un hurlement diabolique et le sang de Dante jaillit de son torse.


Le mercenaire tituba jusqu'à ce que son dos rencontre le bord de la coupole. Il se souvint alors qu'il était au sommet d'une tour et qu'il n'avait aucune échappatoire : cette cité maudite serait son tombeau. Si son esprit était vaincu, son corps lui n'était pas du même avis. Ses muscles entraînés depuis des siècles et son sang de barbare l'avaient sauvé, il avait instinctivement reculé lors de l'attaque éclair du sorcier, évitant à son buste d'être séparé du reste. Haletant, le guerrier cherchait un moyen de s'en sortir. Il se rendait bien compte que cette lame maléfique n'avait pas été forgé dans un métal terrestre. Elle semblait émettre des soupirs plaintifs, déçue de n'avoir pu trancher plus profondément la chair du vampire. La seconde d'après, le sorcier bondit sur le mercenaire. Le vampire mit à contribution le moindre de ses muscles et de ses nerfs pour esquiver l'offensive et contre-attaquer. Il se rendit compte que son talent de bretteur n'avait rien à envier à celui de Vaänaros, son long sommeil l'avait sûrement amoindri. N'importe quel homme serait mort après la riposte de Dante mais l'elfe se releva, inlassablement, un sourire féroce aux lèvres. Les pensées du vampire étaient confuses. Il ne ressentait pas la peur face à un ennemi de chair et de sang qu'il peut passer au fil de son épée. En revanche, face à un adversaire de légende, impossible à défaire, le mercenaire se savait perdu d'avance. Il regretta amèrement de ne pas avoir écouté les conseils d'Izilbêth.


"Izilbêth, j'espère qu'elle est en sécurité …" pensa-t-il. Dante se demanda pourquoi ses dernières pensées se tournaient vers elle alors qu'il voyait la lame à l'acier mortel se soulever pour fendre son crâne en deux. Soudain, un craquement terrible se fit entendre et les rayons lunaires percèrent à travers le dôme de roche. Dans un vacarme ahurissant, la voûte céleste sertie d'étoiles lumineuses apparut au-dessus des deux guerriers. Au cœur de ce tableau épique se dressait fièrement une créature aux longues ailes dont le cavalier était une impétueuse femme à la chevelure lâche et dont les yeux étaient deux joyaux luisant au creux des ténèbres. Un rugissement assourdissant accompagna l'inexorable descente du dragon qui se dirigea vers le sommet de la tour tandis que le vampire hurlait :


- Izilbêth ! Izi ...


Son cri fut interrompu par le contact froid de la mort qui accompagne celui de l'acier. La lame de Vaänaros s'enfonça dans l'épaule gauche de Dante, entonnant un mélodieux hymne au carnage, l'épée jubilait de pouvoir dévorer une âme. Le vampire sentit ses forces et son âme le quitter, il allait bientôt défaillir puis s'écrouler, mort. Pourtant, une haine immémoriale se lisait au fond des yeux de Dante. Son corps se raidit et d'un coup de talon arracha l'épée en la frappant à la garde. Un cri de rage s'éleva dans les airs et il ne sut si la voix appartenait au roi-sorcier ou à son épée démoniaque. D'un bond qui coûta ses dernières forces au mercenaire, il parcourut la distance le séparant de la majestueuse créature et manqua de tomber dans le vide si sa main n'avait pas saisi celle d'Izilbêth. Ce qui se passa ensuite, le vampire n'en eut pas la moindre idée car il venait de s'évanouir pour la seconde fois.

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MessageSujet: Re: Un regard empreint de tristesse [En cours]   Ven 4 Avr 2014 - 18:52


Un idiot, cet homme était un idiot. Il fallait quitter cet endroit au plus vite, sans quoi, il serait bien vite trop tard. Il avait refusé d’écouter Izilbêth qui savait pourtant mieux que personne que cet endroit serait celui de leur perte. Il leur fallait se rendre le plus vite possible vers ce qui semblait être une sortie. Et pendant qu’elle le suivait, en direction d’une magnifique demeure. Son mauvais pressentiment n’avait de cesse de s’accroitre à mesure qu’ils restaient entre ces murs. La cité semblait plus vide que jamais, pourtant les fruits étalés sur la table leur laissèrent penser le contraire.

La simple vue de cette pomme juteuse suffit pour rappeler à la jeune femme à quel point elle avait faim. Sa plaie ne cicatrisait pas et continuait à boire ses forces avec plus d’ardeur à mesure que les heures avançaient. Elle avait besoin de soins, mais le temps leur manquait. Et plus encore que jamais, elle avait avoir besoin des précieuses secondes dont elle disposait. Alors qu’elle voyait l’homme s’étendre sur un sofa après avoir délibérément volé une cape dans un tiroir, elle le vit s’endormir avec autant de facilité qu’un enfant dans les bras de sa mère. Dormir, c’était quelque chose dont elle n’avait plus eu l’agréable sensation depuis des années déjà. Elle se contentait de méditer, lorsque le besoin s’en faisait ressentir.

Rester à regarder cet homme dormir n’était malheureusement pas son occupation principale. Poussant la porte par laquelle ils étaient entrés, elle se dirigea en direction de la rivière souterraine qu’elle avait auparavant repérée, dans l’espoir d’y trouver une sortie. Restant plus que jamais sur ses gardes, elle ne perdait pas d’esprit l’idée qu’une menace planait au dessus d’eux.  Une menace d’un genre qu’elle n’aurait jamais imaginé. Elle qui avait combattu de nombreuses créatures allait désormais devoir faire face à la plus dangereuse de toutes.

Remontant lentement le chemin taillé dans la roche, ses pensées semblèrent devenir de plus en plus confuses. Elle se sentait de plus en plus accablée, comme si elle venait de traverser un désert sans fin. Ses membres s’engourdirent et ses pas devinrent de plus en plus difficiles. Une main posée contre la roche, son ventre se tordait d’affreuses crampes et sa vision se troublait. Sa respiration, de plus en plus difficile rendait l’ascension si difficile qu’une simple pierre roulante fut un obstacle qui ne tarda pas à faire goutter le sol à la jeune femme qui se trouva terrassée. La joue posée contre le sol, elle leva les yeux vers ce qui semblait être une silhouette. Un homme se tenait devant elle. Du moins, c’était ce que sa vision trouble semblait lui montrer. Dante ? L’avait-il trouvée ? Peut-être était-elle tombée malade ? Empoisonnée par la cité. Mais cette forme qui se dressait devant elle resta immobile, comme si elle n’était habitée d’aucune vie. Et alors qu’elle trouvait de nouveau les forces de lever la tête, ce qui semblait être un homme redevint la simple roche qu’elle était.

Ses forces semblaient revenir et c’est avec une précaution toute particulière qu’elle se releva, une main posée contre son ventre douloureux. Son ventre qui semblait soudainement devenu différent. La surprise fut telle qu’elle eut un léger sursaut. Qu’était-ce que cette étrange forme qui se dessinait sous sa chemise ? Un ventre rond ? Impossible, elle n’avait pas.. Baissant les yeux vers ce qui l’avait perturbée, elle n’y trouva rien. Rien de plus que sa main posée contre son corps qui n’avait en rien changé. Son esprit lui jouait des tours et l’entraînait peu à peu vers une direction qu’elle n’avait pas prise.
Sans même s’en rendre compte, elle s’était dirigée à l’opposé de son but. Rebroussant chemin, elle se dirigeait désormais vers l’immense tour qui dominait la cité de sa splendeur.

Ses pas devinrent alors de moins en moins douloureux à mesure qu’elle approchait de la source de lumière qui l’irradiait. Sa démarche reprenait la grâce digne aux elfes qu’elle avait toujours eut. Tournant la tête vers une vitre qui  luisait, elle croisa son propre reflet. Sa longue chevelure d’ébène était coiffée comme l’étaient celles de toute dame elfique. Ses cheveux étaient sertis de joyaux et sa misérable chemise avait été remplacée par une robe d’une soie des plus purs. Tissée par des mains expertes, elle sembla reconnaître une broderie qu’elle avait vu, il y a de longues années de cela. Mais le bien être qui l’habitait lui fit oublier bien rapidement ce que signifiait réellement ce qu’elle voyait.

Plus elle s’approchait de la tour, plus ses tourments s’évanouissaient. Toute peine prenait fin et chaque souffrance qu’elle avait ressentie semblait s’atténuer. Cette tour semblait lui donner la paix qu’elle attendait depuis si longtemps. Fuyant l’horreur qu’avait été sa tentative de fuite, elle se trouva bien vite face à une porte qui lui semblait close. Cherchant du regard une quelconque clé, elle s’en approcha, posant une main contre le bois. Un bois noueux qui lui rappelait celui qui avait servit à faire la porte de sa demeure. Une demeure qu’elle avait oubliée. Bercée par tous les rêves qui lui avaient insufflés cette cité. Elle qui s’était jurer de ne jamais abandonner son fils était maintenant en train de l’ignorer, obnubilée par l’espoir d’avoir une vie dont elle n’avait pourtant jamais rêvé. Observant la grande porte qui venait de s’ouvrir, elle recula d’un pas. Le simple pas en arrière eu l’effet d’un coup. L’éclair qui l’aveugla quelques secondes lui fit porter une main à son front alors que sa lèvre portait les stigmates de sa chute quelques instants plus tôt.

L'effort fut plus que difficile pour elle de tourner les talons, alors qu’elle repensait à cette sortie qu’elle avait vu quelques instants plus tôt.  

Au dessus de leurs têtes, au-delà de la roche et de la terre, Arcane, en proie à tout homme s’approchant de la montagne, n’avait de cesse de gratter le sol, sans trouver d’endroit pour rejoindre sa maîtresse. Lâchant des grondements à en réveiller les morts, l’immense créature appelait celle qui était désormais devenu sa mère. Ses flammes léchaient la roche sans même la faire noircir. Sa maîtresse était retenue prisonnière.

Traversant les ruelles qu’elle venait tout juste de parcourir, l’elfe fut tout d’abord surprise de ne pas voir ses maux s’aggraver à mesure qu’elle s’éloignait de la tour. Mais bien rapidement, ce qui n’était qu’une vulgaire souffrance physique fut transformé en visions d’horreur. Les images n’avaient de cesse de défiler dans les yeux de l’elfe qui avançait sans même regarder où elle mettait les pieds. Toutes les choses qu’elle ignorait furent révélées à ses yeux, comme si quelqu’un, pour se venger de sa fuite voulait la faire souffrir. Les premières images furent si brèves qu’elle n’eut pas le temps de comprendre de quoi il s’agissait. Mais alors qu’elle avançait, le brouillard semblait se dissiper et sa vision s’éclaircissait. Dans les flammes, elle reconnaissait le visage de son père. Celui qu’elle avait toujours pensé être son père.  Un bambin dans les bras, il s’extirpait in extremis d’une demeure, léchée par les flammes. Deux corps, encore agités par la vie se débattant sous une mansarde qui s’était effondrée sur eux. Quelques volontaires courageux tentaient d’éteindre le feu mais il était déjà trop tard.

Les visages, calcinés, à la peau rongée par la chaleur étaient désormais bien visibles. Etendus sur le sol, un homme et une femme devenaient poussière, pendant que celui qui était devenu son père, s’éloignait, mettant à l’abri l’elfe qu’il avait recueilli.

Sans cesser d’avancer, les hallucinations ne tardèrent pas à reprendre. Poussant un cri terrifié lorsqu’elle sentit la morsure du feu sur son bras, elle tenta en vain d’éteindre des flammes qui n’existaient pas. Lorsque son esprit revint enfin à lui, elle comprit que tout n’était qu’imagination et c’est avec tout ce qu’il lui restait de détermination qu’elle franchit de nouveau le pont surplombant la rivière souterraine. Pliée en deux, les mètres qui la séparaient de ce qu’elle savait être son échappatoire devenaient de plus en plus difficiles. Des crampes, tordaient à présent chaque muscle de son corps toujours plus violemment. Tout son corps semblait refuser d’avancer tandis qu’elle puisait les dernières onces de courage qu’il lui restait.

Son bras saignait désormais abondamment et sa vision semblait se troubler. Presque aveugle, elle ne tarda pas à sentir ses jambes se dérober sous elle alors qu’elle sentait la caresse du vent frais de l’extérieur sur son visage. Mirage ou réalité ? Elle l’ignorait, et continuait toujours à avancer. Sa respiration était de plus en plus difficile. Le poids sur sa poitrine n’avait de cesse de s’accentuer, la privant un peu plus d’oxygène à chaque instant.

De la terre. Ce fut ce que sa main rencontra lorsqu’à l’aveugle, elle tâtonnait pour trouver ce qui se trouvait à l’endroit où elle espérait trouver une sortie.  Quelques racines étaient présentes et firent comprendre que cet endroit n’avait pas toujours été fermé. Mais que pouvait-elle faire désormais ?
Son cri désespéré fut la dernière chose qu’elle parvint à sortir de ses lèvres alors qu’elle s’écroulait au sol, accablée, abîmée, du sang coulait le long de la commissure de ses lèvres.  Elle semblait vouée à mourir, sous la force de l’unique maître de ces lieux qui l’avait convoitée.

Etendue au sol, entre ses cils et malgré sa cécité nouvelle, elle semblait distinguer la clarté des rayons qui illuminaient la cité. L’immense joyau qu’elle avait vu lors de leur arrivée, n’était-il pas la véritable force de cette cité ? Elle se souvint alors de la légende qui était racontée à son sujet. Alors que la magie n’avait pas encore disparu en ce monde, cette pierre, relique pour un peuple entier était le dernier garant de leur magie. Force toute puissante, il leur permettait de se ressourcer et de contrôler les dons que les divinités leurs avaient offert. Une si belle légende ne pouvait être vraie, sinon, pourquoi  un tel peuple aurait-il été ainsi banni ?

Les minutes semblèrent des heures et attendant ce qui semblait être sa fin, Izilbêth eu une pensée pour son fils. Il était seul, quelque part dans ce monde, sans doute mort de faim, mort de froid, espérant inlassablement qu’Izilbêth le retrouve et le serre de nouveau contre son cœur. Mais elle était pourtant là, étendue à même le sol, attendant sa mort. Lentement, les racines qui traversaient l’épais mur de terre derrière elle semblèrent s’éveiller. Alors que ses dernières forces semblaient l’abandonner, la force mystérieuse dont elle n’avait jamais compris comment l’utiliser semblait vouloir la sauver. Les racines semblaient s’affairer derrière elle, comme luttant pour ouvrir un passage vers l’extérieur, pendant que sa vie lui était aspirée par le seul sorcier possédant assez de pouvoir pour y parvenir.

Le corps sans vie d’Izilbêth gisait sur le sol. Ses paupières se fermaient lentement alors qu’elle semblait se laisser glisser dans les ténèbres lorsqu’une racine s’enroula doucement autour de sa jambe. Suivie d’une autre qui glissa contre son bras, puis d’une autre encore qui vint se saisir de sa taille. Une fois sa prise bien assurée, ce qui semblait être l’échappatoire de l’elfe l’attira vers le passage qu’elle venait d’ouvrir, la faisant ainsi lentement glisser vers l’extérieur ou sa dragonne n’avait de cesse de s’agiter, rugissant toujours plus fort à l’encontre de cette montagne maudite.
Plus les mètres s’installaient entre ce lieux de malheur et l’elfe, plus elle semblait revenir à elle. Retrouvant peu à peu ses forces qui avaient failli lui être volées par le sorcier, elle voyait peu à peu sa vue revenir ainsi que ses autres sens. Ses mains, libérées par les racines qui tenaient toujours le passage ouvert glissèrent lentement contre l’herbe sur laquelle elle avait été posée. Elle était sauvée.

Ce fut un souffle chaud contre son visage qui la tira de son inconscience. Une créature gigantesque la surplombait, reniflant doucement son visage, dans l’espoir de la voir revenir à elle. Une créature écailleuse. Arcane. Elle avait réussit à sortir. Elle n’avait pas abandonné. Glissant doucement sa main contre la tête de la bête, elle lui donna une affectueuse caresse alors qu’elle recouvrait peu à peu tous ses sens. Mais il restait encore Dante. Il  n’avait pas encore quitté les lieux et désormais, il lui fallait trouver un moyen de retourner le chercher. Le passage ouvert par les racines était suffisamment grand pour laisser passer une elfe, mais pas un dragon.

Si elle avait réussit à ouvrir se passage, elle pouvait alors sans doute parvenir à l’agrandir. Et bien qu’elle ne maîtrise pas du tout son don, la simple présence toute proche du joyau suffisait à lui donner assez de puissance pour y parvenir. Mais encore fallait-il trouver comment ? Les yeux clos, elle posa une main à même le sol, tentant par tous les moyens d’imaginer le passage, s’ouvrant devant elle. Mais rien n’y faisait. Elle n’y arrivait pas. Levant alors les yeux sur le passage qui demeurait parfaitement immobile, elle s’approcha, comme pour tenter de desceller quelles seraient les brèches possibles. Et c’est avec une surprise non dissimulée qu’elle vit le passage s’ouvrir telle une porte, à la hauteur de sa tête devant elle. Elle n’avait dont pas besoin de chercher quelconque sort ou incantation, il lui suffisait tout bonnement de se présenter devant la porte.

Tournant les yeux vers Arcane qui la couvait d’un regard inquiet, elle fit signe à la dragonne d’approcher. Enfourchant alors rapidement la créature, ce fut à présent une porte gigantesque qui s’ouvrir dans la terre, creusée par les racines qui n’avaient de cesse de remonter pour laisser passer celle qui les contrôlait.

Il leur fallait faire vite, sans quoi, Izilbêth serait sans doute bien rapidement dans un état bien pire que celui dans lequel elle se trouvait précédemment. Il leur fallait trouver le joyau et le réduire en cendre. Filant à travers les airs sans le moindre bruit, Arcane survola la cité alors qu’Izilbêth qui venait tout juste de localiser son but, talonnait l’animal qui fondait vers la pierre chatoyante. Les flammes ne tardèrent pas à venir lécher le contour de cette pierre qui ne sembla y trouver aucun désagrément. Izilbêth, qui commençait déjà à sentir sa vision se troubler de nouveau lança Arcane contre la sculpture qui portait le joyau, faisant basculer l’homme taillé dans la pierre, entraînant avec lui le joyau qui se brisa au sol en de nombreux morceaux. Le cri strident qui émana alors du joyau fut le bruit le plus insupportable aux oreilles de l’elfe qui se plia en deux sous la douleur qui lui provoqua ce son. Juchée sur la dragonne qui prenait déjà la fuite, loin de cette horreur, elle ne put que fondre vers la tour où elle voyait Dante combattre un homme qu’elle avait eu la sensation d’avoir déjà vu.

La destruction du joyau avait sonné la fin de la cité. Déjà, la pierre perdait de sa lueur et des morceaux de roches commençaient à s’effondrer. Un épais morceau tomba du plafond, dévoilant les étoiles au dessus de leur tête.

De ses yeux perçants il était celui qui la surveillait, lorsqu’elle rampait, à même la pierre, tordue de douleur sous les tortures que lui infligeait le sorcier afin de la garder à ses côtés. Pensant que son compagnon d’infortune venait alors d’être tué, elle rattrapa la main qu’elle venait d’attraper non sans une certaine difficulté. Elle était plus fatiguée que jamais, tout son corps la suppliait de cesser de le torturer. Hissant le corps du vampire inerte sur la dragonne, Izilbêth fit alors face à l’homme qui avait pris un malin plaisir à jouer d’elle, comme un chat l’aurait fait d’une souris.

- Te souviens-tu, Izilbêth de la lueur de ses yeux lorsqu’il t’a laissée ?

Furent les paroles que murmura le sorcier en observant l’elfe qui était hors d’atteinte pour lui. La dragonne grondait toujours plus fort en lançant un regard à l’homme qui se montrait plus menaçant que jamais. Les forces du sorcier aussi diminuaient et bien qu’il ne soit bien plus fort qu’Izilbêth, il semblait voir en elle une façon d’échapper à sa damnation.

- Ce joyau n’est rien. Et maintenant que tu l’as brisé, cette prison de pierre n’est plus, tu m’as délivré !

Quelle avait été son erreur ? Celle de libérer un sorcier plus puissant que jamais au sein même d’un monde encore fragile de la guerre passée. Sourcils, froncés, elle tenait le corps sans vie de Dante sur le dos de la dragonne alors que d’épaisses larmes venaient tremper ses joues. Son visage, baigné de sang et de larmes se tordit d’une moue rageuse alors qu’elle le fixait, restant immobile face à un homme qu’elle n’avait pas la force de combattre. La dragonne semblait vouloir prendre la fuite, les pierres qui tombaient du plafond étaient de plus en plus grosses et il leur fallait maintenant partir, sans quoi ils finiraient écrasés. Laissant Dante aux soins d’Arcane, l’elfe tira son épée.

Animée d’une rage stupide qui la conduirait sans doute à sa perte, elle brandit sa lame en direction de l’homme, sans que ses larmes ne cessent de couler. Ce qui arracha un rire plus que sordide au sorcier qui la regardait agir.

- Voyez vous donc.. Une demoiselle en détresse jouant avec un cure dent. Tâte dont de ma lame, petite idiote.

Le bond du sorcier n’eut alors rien d’humain. Fendant les airs, il parcourut la distance qui séparait la tour de la dragonne, d’un simple bond qui paraissait entièrement naturel. L’esquive de la dragonne ne suffit pas à éviter la lame et l’entaille suffisamment profonde dans la jambe de l’elfe lui arracha un hurlement douloureux. Au dessus d’eux, la pluie et le vent avaient pris la place aux étoiles. Incapable de faire le poids face à lui, elle ne pouvait  que remettre ses dernières chances à la dragonne qui en riposte à l’attaque, envoya un coup de queue suffisamment puissant pour que l’homme aille finir sa chute contre le mur d’une demeure qui avait été écrasée par une roche tombée du plafond.

La scène était apocalyptique. Izilbêth semblait user de toutes les forces qu’il lui restait et bien qu’elle ne tente encore vainement de faire le poids, ce fut la dragonne qui asséna le coup fatal au sorcier qui ne tarda pas à devenir un monceau de poussière. Seule son épée resta, semblant gémir la perte de son maître alors que l’elfe, choquée, fixait ce qu’était devenu le si puissant sorcier. Ou du moins ce qu’était devenue son enveloppe charnelle. L’épée, porteuse de son âme semblait désormais vouloir un nouveau maître plus que tout et les gémissements ne tardèrent pas à atteindre les oreilles du vampire toujours inconscient.  

L’effondrement de la cité sembla cesser autour d’eux, seul le plafond s’était effondré en quelques endroits et les murs avaient recouverts une bonne partie de cet endroit. La lueur avait cessé et désormais, les murs qui semblaient blanc avaient repris leur teinte grisâtre et vieillie par le temps. La rivière souterraine s’était arrêtée de couler et les racines avaient repris possession de ce qui était leur domaine. Ils étaient à présent saufs. Une brèche s’était formée dans le mur de la montagne, permettant ainsi aux acolytes de sortir.

Izilbêth, profondément marquée par les événements qui venaient de se dérouler ne trouvait plus la moindre once de force. Sourcils froncés, elle se trouvait aux côtés de la dragonne qui s’était alors posé tout près de l’endroit où le sorcier avait poussé son dernier soupir et avait laissé le vampire au sol. Celui-ci semblait être à présent revenu à lui, réveillé par les gémissements de l’épée ou parce qu’il avait recouvert un peu de force. Tout semblait rentrer dans l’ordre.

Mais Izilbêth se rendit alors compte qu’elle serrait entre ses doigts quelque chose. Baissant alors les yeux, vers cette main crispée, elle ouvrit ses doigts. A peine eut-elle ouvert sa main que ses yeux prirent une teinte blanche. Son teint devint livide et son corps se raidit soudainement. Tombant à la renverse, à même la pierre salie, elle s’étendit sur le sol, l’objet qu’elle tenait dans sa main roulant sur le sol et glissa dans une faille de la roche, devenant alors invisible. Une entaille, assez profonde dans sa main avait été faite et saignait légèrement. Une entaille provoquée par un morceau du joyau qu’elle venait de détruire.

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MessageSujet: Re: Un regard empreint de tristesse [En cours]   Sam 7 Juin 2014 - 18:03

Dante se trouva noyé dans une mer de brume, informe, sans repères, seul. La conscience du vampire émergea des tréfonds de son âme, dans ce paysage lugubre se découpait une silhouette imposante. Où suis-je s'interrogea immédiatement le mercenaire en détaillant ce qui l'entourait, ce monde n'est que ténèbres. En effet, le chaos primordial régnait en ces lieux et sa domination s'étendait sans partage. Le mercenaire était aussi nu qu'au Premier Jour, dépossédé de ses armes et de ses vêtements, il errait l'air hagard dans cet espace vide. Le néant. Il remarqua des ombres indistinctes qui riaient, dansaient, déliraient mais lorsqu'il tentait de les approcher, elles s'évanouissaient, rêve fugace que l'on peinait à agripper comme l'eau, s'écoulant entre les doigts. De la brume jaillirent des formes spectrales, issues de l'imagination du vampire. Des arbres effeuillés, des terres dévastées, des rivières asséchées, d'anciennes ruines surgirent du Chaos. Ce monde, c'est le mien pensa Dante, convaincu que tout ceci était l'antichambre dans laquelle il attendrait le jugement des dieux. Les collines familières ne tardèrent pas à céder leur place à l'aride plaine de Dùn Breatainn. Au loin se dessinait un mont impressionnant, Beinn Nibheis, la montagne malveillante.  
Le mercenaire se souvint alors de sa jeunesse, du temps passé au côté de Cathbad, le druide qui prophétisait la destruction de leurs ennemis et annonçait la gloire des héros, celui qui instruisait les meilleurs guerriers comme l'artisan forge ses plus belles œuvres. Affilié à la famille régnante, ceux qui se plaisent à se faire appeler nobles aujourd'hui mais qui se moquaient autrefois de telles frivolités, le «barbare» reçu l'éducation la plus complète qui soit. Formation aux arts martiaux, à la stratégie, à l'histoire et aux lettres mais également à la poésie et à la peinture, à la religion. Dante ne se contenta jamais de cela. L'hybris, cette folie, était le mal dont le jeune guerrier souffrit et qui le poursuivit jusqu'à notre époque. Le mercenaire vivait pour la démesure, il ne parvenait pas à accepter la part que le destin lui attribuait. Tout devait lui appartenir, tout lui revenait de droit ou de force, ce qui pour lui était similaire. Rongé par sa soif d'apprendre, de découvrir le monde, de posséder, il quitta cette contrée sous la contrainte … Mallet, l'île aux barbares, la terre que l'on nourrissait du sang des valeureux. Aucune terre ne fut aussi sinistre que celle-là. Collines et plaines se succédaient, étrangement sombres, de telle sorte que l'île parut sans cesse hostile et menaçante. Le temps y est maussade, les cieux toujours gris, les vents, à l'image de ses habitants, étaient brutaux et glaciaux. Un pays où la joie n'existait que dans le cœur des enfants et où elle était vite étouffée. La vie y était amère, rude, âpre. Les druides entretenaient ce climat par leurs sinistres prophéties, véritables ordres divins pour les barbares. Des siècles et des siècles passés à guerroyer en firent une race belliqueuse, dont le plaisir suprême n'existait qu'à travers l'infinie jouissance que recelait la bataille. Les Malletois atteignirent le point de non retour, une soif de violence telle que seuls les tournois sanglants, les guerres civiles et les pillages pouvaient l'apaiser.





Alors qu'il traversait les plaines sombres, le mercenaire aperçut ce qui s'apparentait à des humains.
Débutant une course effrénée, il s'arrêta brusquement lorsque les traits de cette apparition fantomatique se découvrirent à lui. Un grand homme, bardé d'acier noir et rouge, au crâne serti d'une couronne ornée de rubis carmin. Il arborait un visage serein et mature, marqué par les guerres, aux sourcils chenus et à la crinière argentée qui tirait sur le gris. Ses yeux brillaient d'une vitalité rare, d'une intelligence inestimable. Le mercenaire ne parvint à retenir un cri de stupeur :

- Père !


Le guerrier à l'armure en écailles de dragon qui gisait sur le sol, le flanc rougi par une blessure mortelle, n'était autre que Daemon de Mallet surnommé «Le Terrible» ou, comme il aimait s'appeler, «L'Invincible sous le Soleil». Un mince filet de sang s'échappait hors de la bouche de l'un des guerriers les plus cruels et les plus puissants de son époque. Avec une surprise renouvelée, le mercenaire s'aperçut du sourire discret qui se formait sur la bouche de celui qu'il avait jadis dédaigneusement nommé son géniteur. Dante était issu d'une union avec l'une des nombreuses maîtresses du Seigneur de l’Île de Mallet, en raison de quoi il ne pouvait prétendre à la succession de Daemon que si ce dernier le reconnaissait comme son fils. Pourtant ce dernier se méfiait et donc, à fortiori, reconnaissait la force de son bâtard. Cela l’écœurait que le sang le plus pur de sa race ait pu couler dans le corps d'un garçon qui ne mènerait aucune armée glorieuse au combat. Un druide lui intima l'ordre de mettre un terme à l'existence de ce bâtard qui, par ses prouesses futures, ternirait le prestige de la famille royale. Il n'hésita pas à commanditer maintes tentatives d'assassinat déguisées, voire à le châtier lui même dès qu'il en avait l'occasion. En raison de tout cela, le jeune malletois que l'on appelait affectueusement le fils du Démon, tua pour la première fois à l'âge de 12 ans. Passé l'âge de 13 ans, il était plus compétent que la plupart des adultes de l'Île une arme entre les mains et fut le plus jeune chevalier de la contrée. Une année plus tard, il se tenait là, à la même place, sa lame teintée du sang de son père alors que le chaos s'emparait du fort et que la guerre grondait dans les rues. Daemon avait encore quelques minutes à vivre, l'intonation métallique de sa voix hanta le barbare durant des années :

- Écoute moi Dante, c'est ce que ton roi et ton père t'ordonne.

- Un père ? Un roi ? Tu n'as jamais été rien d'autre qu'un tortionnaire à mes yeux ! J'ai vécu avec un père qui n'était pas le mien, grandissant dans la crainte de ses accès de colère et de tes petites « surprises » ! « L 'invincible sous le Soleil », laisse moi rire – Dante cracha, aucun homme n'est invincible, il n'y a rien de plus facile à trancher que de la chair hurlait le guerrier dément, rendu euphorique par le meurtre de son père et ce que cela impliquait.

- Silence, la voix métallique de Daemon imposa le respect sans que le moindre courroux ne soit décelable. Rappelle moi quelle est la devise de notre peuple, mon enfant.

Dante fut traversé par la peur, un lion blessé n'en demeurait pas moins une bête fauve. Son père n'avait pas à souffrir la comparaison avec un lion car il fut infiniment plus dangereux. Ainsi Dante succomba au charisme bestial de son roi et s'exécuta

- Les Malletois n'ont pas de champs, la guerre est pour nous ce que le labour est aux paysans.

- C'est exact fit remarquer le roi, un sourire paisible figé sur les lèvres. Nous sommes des guerriers nés. Les enfants qui ne peuvent porter des armes sont abandonnés sur le rivage: il n'y a pas de place pour les faibles dans nos rangs. Nous pillons, nous massacrons, nous volons les femmes de nos voisins et réduisons leurs enfants en esclavages affirma-t-il avant de tousser bruyamment. Mais de quel droit mon enfant ? Qui nous permet de tuer impunément ? Svantyr, le Prince des Épées ? Ou bien encore Taranos, Duc d'Annwvyn  ?  

- Daemon murmura Dante, désorienté par les propos incohérents du roi, tu vas mourir. Tu n'as donc aucune dernière parole sensée ? Pas une pensée vers ma mère ?

C'est alors que Daemon éclata de rire, un rire inquiétant, machiavélique, celui d'un homme qui est atteint d'une fièvre folle. Néanmoins dans ses yeux demeurait toujours une tranquillité effrayante.

- Dante, nous sommes l'égal des dieux. Nous avons le droit de prendre la vie et de la donner car nous en avons le pouvoir. La force, mon enfant, c'est la seule chose qui te donne le droit de vivre. En cela, je le vois dans tes yeux ambitieux, nous sommes pareils. Son regard pénétrant secoua le mercenaire par sa profondeur. Notre peuple décadent va bientôt s'éteindre, tes demi-frères n'auront jamais la force de rétablir l'ordre, quand bien même ils y arriveraient, la Fin nous guette tous – faisait-il référence aux Titans, nous n'en saurons rien. Quant à toi … Oui, je le vois clairement dans ton regard, tu te dis «ce trône est trop étriqué pour moi, à quoi bon régner sur une île perdue ». Et Daemon se mit à rire à gorge déployée une fois de plus, tachant de sang le visage de son fils. Va ! Fuis ces terres que tu hais et pars découvrir le monde, oublie moi, oublie ta mère, oublie tes frères mais n'oublie jamais que lorsque tu devras te présenter, peu importe que tu sois Dante de Mallet, un aventurier, un assassin ou un paysan, tu dois être «L'Invincible sous le Soleil » car les Malletois ne renoncent jamais … à la « voie de l’Épée ».

Sur ces derniers mots, Daemon XXI dit Daemon le Terrible quitta Ephaelya pour rejoindre ses dieux. Une forme bouscula Dante, un jeune garçon à la chevelure argentée et aux yeux d'un bleu céruléen couverts de larmes. Ce garçon portait un pourpoint noir aux coutures mordorées surplombé d'épaulettes pourpres, la tenue de l'ordre des Fendragons, des chausses hautes au rainures sanguines, des bottes noires sans lacets ainsi qu'une épée longue à la lame effilée. Dante, âgé de quatorze ans, bondit contre son père, serrant de toutes ses forces la poitrine sans vie, poussant des cris de rage. Aussi pur pouvait être son sang de barbare, il n'en restait pas moins un enfant, un enfant qui ne cherchait qu'à montrer à son père qu'il en était le digne fils. Daemon était un homme détestable sur bien des points, malgré tout, il était l'unique père de Dante.  

La vision s'échappa dans un nuage de fumée, laissant le mercenaire seul, sans joie, avec pour unique compagnie l'amertume et la douleur. «La voie de l’Épée », cela faisait bientôt 3 siècles qu'il arpentait ce chemin, oubliant même son origine, son père, sa mère, ses frères. Pourtant, jamais il n'avait oublié de se présenter comme l'Invincible Dante. Il serra ses poings gantés à s'en faire craquer les os. Les dernières paroles de son père firent échos dans son esprit tourmenté, les hommes étaient l'égal des dieux, ils n'avaient pas à les craindre. Il avait déjà fui le combat une fois, contre les Titans, mais pas cette fois. Dante McAllister … Dante de Mallet, ne craignait ni la mort ni ses émissaires. Dans un hurlement rauque, provoqué par l'ire de son sang barbare, le mercenaire martela l'obscurité de ses mots, de sa voix vibrante:

- Il n'est rien que ma lame ne puisse trancher !

La colère tonnait dans son esprit, une lumière vive réchauffa sa peau et soudain la vérité éclata au grand jour. Dante se redressa au milieu des décombres de la Cité qui chante, Garck la Maudite. Un rapide coup d’œil le renseigna sur la situation : la dragonne d'Izilbêth poussait des couinements plaintifs, caressant de son museau sa maîtresse effondrée. La citadelle se désagrégeait, ils devaient la quitter au plus vite ou courir le risque de mourir ensevelis sous les décombres. Un détail troublant attira son attention. L'épée gémissante lévitait, de dérangeantes complaintes émanaient de sa lame lugubre. Dans un craquement effroyable, une masse informe gonfla depuis le pommeau de l'arme enchantée. L'excroissance prit de l'ampleur, des contours précis et le craquement se fit plus caractéristique. Celui des os qui se brisent et se forment. En quelques secondes, sous les yeux ébahis du mercenaire, une créature apparut, tenant l'arme démesurée d'une main. Vêtu d'une simple tunique de cuir noir uniforme, l'être était d'une rare magnificence. Une aura de puissance fit vibrer l'air autour de l'entité nouvellement créée. Dante entrevit dans les yeux d'un noir profond une beauté irréelle, répugnante. Une voix argentine, mélodieuse et suave, s'échappa des lèvres inhumainement parfaites :

- Je suis Ba'al, le Seigneur. Mortel, je te propose de devenir le seigneur de ce monde. Tant que tu moissonneras les âmes de ce plan, je te donnerai puissance et pouvoir.

- Silence, démon répondit froidement le vampire

- Démon s'interrogea-t-il tandis qu'une lueur de malice couvait dans ses yeux. Dieu-Démon serait plus proche de la vérité.

Le cœur de Dante battit à se rompre dans sa poitrine, lui rappelant sa relative mortalité. Alors que la peur s'emparait de son esprit, les mots de son père le saisirent aux tripes.

- Nous sommes l'égal des dieux ...




L'entité haussa un sourcil, elle ne perçut pas le murmure du vampire. Rassemblant tout son courage, sa rage et sa ténacité, le mercenaire fit affluer la violente énergie qui parcourait son corps. Un flot de ténèbres s'échappa de tous les pores de sa peau, il suintait la puissance, inspirait la crainte. Dominus, son pouvoir, venait de franchir la barrière qui le séparait d'un tout nouveau monde. Le démon fut décontenancé par cette explosion d'ondes malveillantes. Ressentait-il de la peur ? Quiconque craint de perdre quelque chose est voué à connaître la peur. Ba'al parut surpris :

- Je ne m'attendais pas à ce que ta magie m'atteigne, sorcier.

- Sorcier répéta Dante avec un sourire dénué d'humour. Je ne vois pas de quoi tu parles.

Poussant le ululement séculaire de ses ancêtres, Dante bondit l'arme au poing face à son opposant surnaturel. Ce n'était pas la première fois qu'il était confronté à une créature fantastique, son ancienne condition d'humain et sa culture barbare le prédisposaient à les craindre. Pourtant, en cet instant, Dante ne ressentait pas la peur. Son visage affichait une neutralité effrayante, il se battit comme un automate, tranchant méthodiquement. Les lames vrombissaient, s’entrechoquaient et aucune n'avait le dessus. Le démon semblait agacé par cette hardiesse dont faisait preuve le mortel. Les mortels ne devaient-ils pas vénérer dieux, démons et esprits ? Tout ce que je peux trancher, alors je n'ai point à le craindre se répétait Dante à chaque coup qu'il donnait, si mon adversaire se défend, c'est qu'il craint de recevoir un coup mortel. En réalité, et sans le savoir, le mercenaire était devenu l'incarnation de la terreur. La Némésis de ce démon, la Némésis de tout ce qui vit et meurt par l'épée. Des étincelles bleutées brillaient à chaque fois que le tintement de l'acier se faisait entendre. Progressivement, Dante se sentit plus à l'aise et domina son adversaire, déjouant ses bottes et s'amusant à le mettre en défaut. Un sentiment de puissance l'envahit, à la fois sensuel et envoûtant, son âme vaillante grondait à travers sa poitrine et, hurlant de triomphe, il comprit le sentiment que ressentit son père qui chemina loin sur la «Voie ».
Cela faisait longtemps que le mercenaire n'avait pas éprouvé une joie si grande au combat, une telle pureté dans l'art de tuer. Le cliquetis des armes se mua en un chant féroce, ode à la bestialité guerrière, aux accents métalliques, à la mélodie stridente. Dante savait que s'il venait à perdre, le démon boirait son âme et jamais il ne connaîtrait le repos. L'enjeu était trop grand pour qu'il puisse perdre. Alors sa haine implacable se réveilla, son sang de meurtrier, distillé à travers des générations de barbares, bouillonnait dans ses veines et battait contre ses tempes. Celui qui possède une telle force, alors rien ne peut venir entraver son élan. Il s'abattit telle la foudre, inexorable sentence divine, et trancha cuir et chair comme s'il s'était agi des matières les plus tendres qui soient. La lame avait fendu le démon en un battement de cœur.

- C'est impossible ! Aucun mortel ne devrait pouvoir me …

La vue de son moignon et du terrible mercenaire fit déglutir la créature maléfique. Dante tenait l'arme devant ses yeux vitreux, prêt à lacérer les chairs de sa victime, l'écume aux lèvres, ses dents s'entrechoquant bruyamment. Ses iris s'étrécirent, ils avaient le vif éclat du feu, un feu d'un bleu inquiétant. Sa fureur se déchaîna dans un hurlement terrifiant qui paralysa de frayeur le démon. Dante se jeta sur sa proie, tailladant, déchiquetant, mutilant un peu plus sa carcasse à chaque coup qu'il donnait. Des lèvres de Ba'al sortirent des paroles délirantes, son corps se craquela et chercha à prendre une forme nouvelle pour faire face au mercenaire, sons et matières se déformaient sous la puissance chaotique du démon. Enivré par sa férocité, enfant légitime de la Violence, Dante jeta son arme au sol et planta ses doigts dans le torse ensanglanté du démon. De ses deux mains, il ouvrit une blessure faite à l'épée pour l’agrandir en une plaie béante. L'ouverture donnait alors directement sur le cœur du démon, la source de sa vie, de son existence sur ce plan. Le vampire s'en saisit à pleine main, un sourire fiévreux défigurait son visage, et, sans hésiter, l'arracha hors de la poitrine du démon. La dépouille, exsangue, simple enveloppe charnelle, s'évanouit comme un déguisement que l'on quitte. Dante approcha la dangereuse source magique, qui battait encore, de sa bouche et croqua la vile chair. Son corps se nourrit de la magie du démon comme il avait dévoré l'essence spirituelle de la Sorcière. Il sentit ses veines se gorger de force, ses muscles palpiter sous l'effet d'une telle substance. En quelques secondes, Dante reprit la maîtrise sur son corps. A présent il était capable de maîtriser Dominus, il n'en comprenait pas encore la portée ni le fonctionnement, mais il savait que désormais sa volonté s'imposerait aux faibles. Paradoxalement, il savait que son pouvoir était loin de son apogée, il ignorait même qu'il s'agissait de magie. Soudain, la réalité reprit ses droits sur le vampire : ses membres se mirent à trembler, son cœur s'accéléra et il posa le genou à terre, haletant. Le mercenaire fut pris de terreur, sa chair se souvenait de la mortelle sensation qui l'avait gagnée durant ce duel. Son corps savait qu'il ne devait cette victoire qu'à peu de chose, couvert de blessures fraîches, Dante avait fait abstraction de tout ce qui le gênait, outrepassant ses limites. Quelque chose apaisa sa peur, vivifia son esprit. Un chant, paisible et envoûtant, émanait du sol. Ses yeux céruléens se posèrent sur le cœur du démon dont les restes s'effritaient. Réduite à l'état de poussière, la matière magique murmurait. La magie qui régnait dans la cité, les orbes de pouvoir, Vaänaros, de nombreuses choses étaient liés. Sans s'attarder sur les détails, Dante recueillit la poudre chantante dans sa bourse qu'il glissa sous l'imposante cape mordorée qu'il s'était procuré.  Le vampire peina à se relever puis brinquebala en direction du corps inerte d'Izilbêth, soutenu par la noire mélopée. Inquiet, il souleva la poitrine de la jeune femme et la rapprocha de ses oreilles. Dans la cacophonie de la cité qui s'effondrait, son ouïe décela des battements de cœur. Des débris projetés manquèrent de s'écraser contre le dragon de l'elfe, l'obligeant à déployer ses ailes pour quitter Garck avant qu'elle ne devienne son tombeau. Dante comprit dans le regard de la bête que cette dernière plaçait sa confiance en lui.

Le vampire serra les dents, une vision apocalyptique l'entourait. Des pans entiers de mur s'arrachaient, les majestueux palais de nacres s'écroulaient dans un fracas assourdissant, les dieux eux-mêmes punissaient leur insolence. Le mercenaire rassembla ses ultimes forces, mu par de nouvelles passions, il souleva le corps inerte de la jeune femme comme s'il s'était agi d'une enfant et débuta une fantastique course.

- Je suis invincible !

Parmi le tumulte de la Cité qui s'effondre, les clameurs de Dante s'élèvent. Il hurlait à la face des dieux, à la face du monde mais également contre lui même, nourrissant l'espoir secret de pouvoir vivre encore et encore. Jamais bataille pour sa vie ne fut plus excitante que ce soir là, où, entre passion et terreur, il avait pris conscience de son existence. Le dôme de roche vibrait au-dessus de leurs têtes, le ciel allait s'aplatir sur eux si le vampire flanchait. Il courrait avec un acharnement prodigieux, poussé par son instinct. Une brèche était faite dans l'enceinte, créée par des racines. Un bloc de marbre s'écrasa devant lui, barrant leur route. Dante rugit, furieux à l'idée de finir prisonnier des ruines fumantes de Garck la Maudite. Dévoré par le désir égoïste de survivre, le mercenaire contourna les décombres et décida de ne plus se détourner de sa route. Des obstacles jaillissaient de toutes parts, mais rien ne parvint à freiner son inéluctable réussite. Ils s'engouffrèrent dans le passage que l'elfe avait ouvert et s'extirpèrent hors de ce piège gigantesque, dans un mélange de souffre, de poussières et de joie. Étendu sur la mousse fraîche, la poitrine se gonflant au rythme de sa respiration, l'impitoyable mercenaire contemplait le ciel étoilé. Ce même ciel qu'il pouvait observer depuis la ville. Ici, il avait la couleur de la liberté.

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Gripoil

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MessageSujet: Re: Un regard empreint de tristesse [En cours]   Jeu 3 Juil 2014 - 0:17


Le silence froid et angoissant de la mort. La poigne rigide d'un destin funeste. C'était comme sentir ses forces la quitter. Sentir son âme s'évaporer. Jamais elle n'avait imaginé périr de la sorte. Glisser lentement dans les ténèbres sans même avoir pu lutter pour survivre. Comment avait-elle pu arriver à un tel destin ?

Ouvrant les yeux sur une étendue sombre, son corps nu flottait au milieu du vide. L'eau était glacée et pourtant, elle ne frissonnait pas. Levant la tête vers le ciel, aucune surface ne semblait visible. A droite, à gauche, rien d'autre n'était visible que néant et solitude. Nageant lentement, ses gestes étaient lents et elle sentait ses forces la quitter, glissant de plus en plus vers le bas, dont la noirceur était plus effrayante que jamais. Chaque instant lui semblait une éternité et c'était comme se battre avec le vent alors qu'elle tentait, en vain de nager dans cet océan de ténèbres. Ses bras s'agitaient sans cesse devant elle alors que ses jambes lui paraissaient étrangement inertes. Baissant les yeux vers celles-ci, elle ne put s'empêcher d'être frappée par leur pâleur.

Cessant tout mouvement, l'elfe sembla se résigner alors qu'elle abandonnait peu à peu l'idée de parvenir à sortir un jour de cette eau qui l'entourait de toute part. Baissant les yeux vers sa main, elle ne put s'empêcher de constater l'entaille qui s'y trouvait. Nette, régulière, cicatrisée, elle observa un instant cette coupure dans sa chaire. Toutes les autres blessures avaient disparu, seule celle-ci restait présente dans ce rêve dont elle n'arrivait pas à se réveiller. Quelques gouttes d'eau semblaient glisser le long de la plaie, encore et encore, comme pour la faire disparaître. Et bien vite, la cicatrice ne devint qu'une marque qu'on aurait pu oublier. C'était comme si seuls ses yeux pouvaient la voir, grâce à son étrange reflet argenté.

Les yeux clos, tout lui semblait perdu. Glissant lentement vers le fond de cet océan sans fin, Izilbêth attendait son heure. Mais le temps défilait, encore et toujours, sans que rien ne se passe. L'obscurité qui l'entourait était à présent totale, puisqu'elle ne distinguait plus qu'un voile noir par dessus ses paupières closes. Mais un étrange faisceau lumineux irradiait. Ouvrant alors les yeux, elle le chercha longuement autour d'elle, mais ce fut lorsqu'elle baissa les yeux vers sa main qu'elle remarquait avec quelle puissance sa peau luisait. Courant le long de son bras, la lumière ne tarda pas à inonder chaque parcelle de son corps, tandis qu'elle continuait de s'enfoncer dans les tréfonds.

C'était comme si elle vivait de nouveau. Son corps, froid, ne tarda pas à se retrouver traversé d'une intense chaleur. Les sentiments contradictoires en elle ne tardèrent pas à la laisser perplexe. C'était comme si le feu qui irradiait tout son corps était dès à présent éteint par la froideur de l'eau qui l'entourait. Pendant que les éléments faisaient rage en elle, son regard se porta de nouveau sur le dessus de sa tête. Au milieu de tout le néant qui l'entourait, elle semblait voir la surface. Un petit point lumineux, minuscule et pourtant si voyant, semblait lui tendre les bras. D'un coup de bras, elle tenta de nouveau de nager, mais ses gestes furent vains, elle ne fit que continuer à couler.

Les cheveux agités par un courant qui pourtant ne la faisaient pas dériver, elle sentit soudain ses pieds effleurer quelques choses. C'était comme sentir la terre sous ses orteils, mais lorsqu'elle baissa les yeux, elle ne fit que voir le néant, le vide. Continuant sa chute, encore et toujours. Caressant du regard une dernière fois la surface, l'elfe ne put s'empêcher de penser à tout ce qu'elle laisserait derrière elle, sans luter une dernière fois pour atteindre la surface et espérer retrouver ceux qu'elle abandonnait.



Les yeux clos, une nouvelle éternité venait de passer alors que du bout des doigts, elle sembla effleurer une once de courant. Baissant alors instinctivement les yeux vers sa main, elle ne put qu'être surprise de voir de nouvelles gouttes remonter le long de ses doigts, caressant ses bras. Remontant une main jusqu'à ses yeux, elle fit lentement rouler les gouttes entre ses doigts, maîtrisant parfaitement leur trajectoire, glisser le long de sa paume. Et alors qu'elle laissait les gouttes courir, elle ne remarqua même pas que le feu et l'eau, venaient de trouver chacun une place respective. C'était comme si la peine qui rongeait son coeur, venait de laisser place à deux éléments contradictoires que tout opposaient. Et malgré le sentiment de paix que lui procurait l'eau, elle sentait le feu en proie à une perte de contrôle à chaque instant.

Gardant les yeux rivés sur les gouttes, l'elfe sembla prendre quelques instants, conscience de la situation dans laquelle elle se trouvait. Balayant du regard les alentours, elle fit lentement balayer sa main droite, une étrange vague suivant son mouvement dans cette nappe pourtant si lisse. De sa main droite, elle fit tourbillonner l'eau qui la suivit avec une parfaite précision. Attrapant l'eau comme si elle avait été matière solide, Izilbêth en façonna une boule entre ses mains, observant les gouttes se rassembler pour ne former plus qu'une boule d'eau qu'elle tenait entre ses mains. La tenant dans leur creux, elle observa longuement celle-ci, comme cherchant des réponses à ses questions dans cet infini de cristal. Lentement, la boule se souleva, restant un instant en lévitation entre ses mains. Sourcils froncés Izilbêth ne tarda pas à écraser la boule sans même la serrer, serrant ses mains alors qu'elle jurait silencieusement.

Comment allait-elle pouvoir sortir d'ici, si elle ne pouvait même pas nager ?! De nouveau, une éternité passa. C'était comme s'endormir sans pour autant ne jamais trouver de repos. Il lui semblait être resté des mois, des années entières dans cet océan de ténèbres qui jamais ne trouvait de fond. Sans perdre d'idée la surface qui se trouvait au dessus de sa tête, elle n'avait de cesse de visualiser cette boule d'eau entre ses mains, la façonnant comme elle le souhaitait, la taillant comme un tailleur façonnerait la pierre. Soudain, elle ouvrit les yeux. Un éclair de génie venait de traverser son esprit, comment pouvoir espérer nager, quand nous n'étions entourés que de quelque chose dans lequel nous ne pouvions pas nager. Pourquoi ne pas essayer tout simplement de se laisser porter.

L’une de ses mains glissa alors lentement dans l’eau, effleurant celle-ci, créant un courant qui ne tarda pas à suivre le mouvement de sa paume. La seconde ne tarda pas à suivre le mouvement alors qu’elle gardait les yeux rivés sur le ciel, qui lui semblait s’être un peu plus éloigné encore. Les deux courants formés ne tardèrent pas à se rencontrer sous les pieds de la jeune femme. Mais les deux courants contraires ne tardèrent pas à l’attirer un peu plus vite encore vers le fond, qu’elle n’avait de cesse d’espérer rencontrer pour que cesse enfin sa chute. Mais il lui avait traversé l’esprit que si enfin, ses pieds touchaient la roche dure qui formait le fond, elle ne parvienne jamais plus à remonter. C’était pourquoi, elle mettait toujours plus d’acharnement à remonter à la surface. Chaque instant de plus qu’elle passait vers le fond de cet océan lui semblait être un pas de plus vers une éternité de silence.  

Et plus sa chute s’accentuait, plus elle sentait la lumière qui l’irradiait faiblir. Comme si malgré tous les efforts qu’elle avait faits, tout l’abandonnait, dans ses derniers instants.  Lâchant un soupir, quelques bulles sortirent alors de ses lèvres. Malgré l’éternité qu’elle venait de passer sous l’eau, à aucun moment elle n’avait ressenti le besoin de respirer. Et alors qu’elle pensait pouvoir rester ainsi, l’eau ne tarda pas à s’engouffrer dans sa bouche, une fois celle-ci ouverte. Sourcils froncés, elle tenta de la recracher, mais déjà le liquide venait s’inviter dans sa gorge, inondant ses poumons.

Il lui fallait sortir plus que jamais de cet endroit. Sans perdre d’esprit l’idée qu’elle ne pourrait vivre très longtemps si elle devait désormais respirer, l’elfe vint alors, les bras le long de son corps, exercer une pression de toutes les forces qu’il lui restait en direction de ce qui devait être le fond de l’océan. Mais rien ne se produit, de nouveau. La détresse était désormais plus que jamais présente et la mort, semblait venir reprendre ses droits, lui rappelant qu’elle ne pourrait lui échapper éternellement.

Les yeux levés vers ce petit point lumineux qui constituait son dernier espoir, l’elfe battit faiblement des bras alors que ses pieds s’agitaient pour tenter une dernière remontée vers le ciel. Mais elle continuait, encore et toujours de glisser vers les abysses, sa lumière faiblissant de plus en plus avec la vie qui l’habitait. Elle voulait pleurer, crier, sortir d’ici, mais elle semblait vouée à y rester, à y mourir. Tentant une dernière et ultime brasse vers le ciel, elle y mit toutes ses forces alors qu’elle abaissait ses bras comme une forcenée.

Mais la brasse ne la fit pas sortir de l’eau. Non, la force que ses mains venait d’appliquer sur la masse liquide ne changea rien, ce fut autre chose.
C’était comme si l’eau répondait soudainement à son commandement. Alors qu’elle continuait de s’infiltrer sournoisement dans sa bouche, à chaque fois qu’elle tentait de crier, l’eau se fracassa. Comme agitant soudainement celle-ci, l’ouvrant, la déchirant pour se frayer un passage, l’elfe entama une prodigieuse remontée vers le ciel.

Mais les quelques mètres qu’elle parcourut ne lui firent pas atteindre la surface. Elle s’en rapprochait, mais à mesure qu’elle arrivait tout près, elle sentait la pression de l’eau sur son corps se faire plus vive. Gardant la tête levée vers le ciel comme dans l’espoir d’y trouver de l’air pour respirer, les poings de l’elfe se serrèrent. Son visage se tordait encore et toujours, fronçant les sourcils dans l’espoir de trouver la force de sortir de cet endroit qui avait tout l’air d’être son tombeau.

Mais le courant autour d’elle ne tarda pas à lui faire comprendre qu’elle avait trouvé. Sans véritablement savoir comment elle faisait, l’eau répondait à son commandement, se pliant à ses ordres alors qu’elle s’agitait autour d’elle pour la faire remonter. Deux courants circulaires à ses côtés descendaient en dessous de ses pieds pour finalement la faire remonter. Et quelle ascension formidable. Celle de la vie qui reprenait ses droits, terrassant la froideur de l’eau pour sentir de nouveau sa peau retrouver sa chaleur. Plus que jamais, sa lumière irradiait les ténèbres.

Soudain, la surface. Quittant l’eau pour plonger dans une lumière aveuglante, l’elfe sembla flotter quelques instants dans cette étendue de lumière dans laquelle elle ne pouvait pas même se discerner elle-même. Elle était vivante, bien vivante.



Ouvrant les yeux sur un ciel étoilé, l’elfe se tourna bien rapidement sur le côté alors qu’elle crachait une eau noire. Appuyée sur son bras, elle fronça les sourcils alors qu’elle posait sa seconde main contre son ventre. Toussant quelques instants, elle ne tarda pas à baisser les yeux sur la main sur laquelle elle était appuyée. Une cicatrice, argentée s’y trouvait. Et l’eau qui recouvrait l’herbe sur laquelle elle était allongée lui faisait croire qu’elle  n’avait pas rêvé. Tout ce qu’elle avait vécu n’était pas une hallucination, c’était bien réel. Ses forces étaient encore moindres que lorsqu’elle s’était évanouie. Se rallongeant rapidement sur l’herbe, elle glissa le dos de sa main contre ses lèvres, essuyant quelques résidus d’eau noirâtre. Puis elle observa un instant le ciel.

Ce temps qu’elle avait passé dans les tréfonds lui avait semblés être des années, mais au vue de la présence de Dante à ses côtés, il ne s’était passé que tout au plus quelques minutes. Ils avaient fini par sortir de cet endroit de malheur. Et au vue du calme apparent, ils étaient sommes toutes tranquilles pour quelques instants. Mais Izilbêth n’oubliait pas, que la seule raison pour laquelle elle s’était retrouvée dans cette situation, c’était parce qu’elle avait croisé la route de ce mercenaire. Après quelques instants d’un repos bien mérité, elle ne tarda pas à se redresser, cherchant du regard un endroit un peu plus abrité ou elle pourrait enfin penser à se reposer et à se laver de cet endroit. Elle se sentait comme recouverte d’une poussière malsaine que la montagne avait laissée sur sa peau.

- Merci, de m’avoir sortie de cet endroit.

Furent les seuls mots qu’elle adressa au vampire alors qu’elle se levait difficilement. Elle connaissait bien ces bois et elle savait qu’a quelques mètres seulement se trouvait une source, dans laquelle elle pourrait abreuver sa gorge sèche et laver ses mains sales. D’un pas lent et douloureux, l’elfe s’enfonça dans le bois, se frayant un chemin entre les arbres alors qu’elle sentait une présence la suivre. Sans même tourner les yeux, elle ne tarda pas à être rejoint par sa monture qui marcha lentement à ses côtés, non sans avoir glisser le bout de son museau contre sa main. La dragonne qui n’avait pas perdu de vue sa maîtresse, profitait, à la cime d’une montagne, de quelques instants de repos bien mérités après avoir chassé.

La source lui semblait plus que jamais accueillante. L’eau glissait le long de la roche en une cascade et tombait dans un bassin à peine plus gros qu’une marre. Jetant un bref regard vers l’arrière, l’elfe ne tarda pas à se débarrasser de ses vêtements, les laissant tomber au sol sans grand soin avant de se glisser dans l’eau. Sa blessure au bras semblait moins infectée que quelques heures auparavant, comme si son corps avait de nouveau trouvé la force de combattre le mal. C’était comme si ce voyage dans les tréfonds de son inconscient l’avait fait prendre de nouveau espoir. Apaisée, elle semblait moins vulnérable, moins abîmée.

Alors qu’elle entrait lentement dans l’eau, laissant celle-ci caresser ses muscles endoloris, elle s’enfonça jusqu’aux genoux avant de plonger vers l’avant, remontant à la surface sous la pluie que formait l’eau qui coulait le long de la roche. Glissant une main dans ses cheveux dégoulinant, elle les ramena au dessus de son épaule, dévoilant alors une étrange marque qui courait le long de son dos. Le bleu vif de celle-ci laissa deviner que le contact de l’eau ravivait ses couleurs. Visiblement, ce voyage dans les ténèbres l'avait changée.





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