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 Les dieux tissent le destin au clair de lune

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Daniel L.Bryngrim
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MessageSujet: Les dieux tissent le destin au clair de lune   Mar 4 Fév 2014 - 2:13

L'air était paisible, la brise marine caressait la peau en sueur des marins. L'air était paisible, les chants des matelots enhardis se mariaient aux gémissements frénétiques de la mer. L'air était paisible, posté au sommet du mât principal, le jeune loup des mers admirait l'horizon qui se dessinait sous ses yeux d'un bleu éclatant.
L'air était paisible.
Daniel humait avec joie les senteurs de sa contrée, Thaodia. Suspendu du bout d'un bras au mât, il se servait de sa main libre comme visière pour éviter à ses yeux de souffrir de ce magnifique soleil qui l'aveuglait. Sa tenue de moussaillon se composait simplement d'un long manteau de cuir, solide pour sûr car il avait résisté à maintes tempêtes, ainsi que de chausses noires recouvertes jusqu'aux genoux par des bottes munies d'imposantes boucles d'argents et entourées par son précieux bandeau carmin. La masse sombre qui ornait sa tête flottait au gré des vents, du zéphyr à l’aquilon, elle n'avait pas perdu de sa splendeur. L'Adroit fila à toute allure vers le sud. Ses toiles de soies rayées, toutes dehors, resplendissaient et leurs couleurs chatoyantes rehaussaient, avec les dorures de la proue et du gouvernail, l'aspect général du bateau. Les hommes qui l'accompagnaient étaient des marins issues de la tribu d'Argos, petits mais rudement bien charpentés, ils avaient fui le désert du zénith pour une vie sur la mer, préférant un désert d'eau à un océan de sable. Daniel les dominait de son imposante stature. S'ils étaient certes de braves matelots, il jouissait de l'endurance et de la vitalité des loups, ses muscles d'acier luisaient sous les puissants rayons du soleil, son corps sauvage, rompu aux terres désolées qu'il avait arpenté, n'avait pas d'égal sur cette mer.
Prompt à rire, il connaissait de redoutables accès de colère. Avide de bonne chère et de boissons aussi fortes qu'exotiques, ce loup était un dangereux flibustier. D'ailleurs, ses lames jumelles ne quittaient pas son flanc peu importait la situation. Il disposait également de deux paires de pistolets à rouet qu'il exposait fièrement sur ses hanches et sur la bande qui traversait son torse. Habile avec les armes, il avait sillonné les mers en laissant derrière lui richesses, butins et pillages.
Batailles et rapines l'avaient endurci, il était devenu intrépide et la cupidité pouvait se lire dans ses iris brillants. Alors que le bâtiment s'approchait de la côté, le quartier-maître interpella son capitaine :


- Ohé, Capitaine ! La barre et les hommes vous appellent !


- Aye rugit Daniel en se balançant du haut du mât depuis les cordages


Il se posa sur les planches de son navire avec l'aisance d'une panthère, animal avec lequel il partageait beaucoup. De son manteau il sortit une grande pipe décorée de runes incompréhensibles et sur laquelle une louve qui nourrissait un enfant était taillée. Un ouvrage précieux et d'une valeur inestimable qu'il avait arraché sans aucune forme de pitié à un homme qui quémandait pour avoir la vie sauve. Daniel tassa le tabac et les herbes magiques dans son accessoire puis l'alluma à l'aide d'un peu d'amadou et d'un briquet à silex. Bientôt une nuée nacrée s'éleva depuis la barre, la vision du capitaine se troublait joyeusement. On ne tarda pas à lui apporter une bouteille de rhum, d'un âge assez vieux pour que cette forte odeur se dégage de la bouteille. A même les dents, Daniel retira le bouchon et commença à s'enivrer sous les rires joyeux de ses amis. Après quelques gorgées, le loup sentit un contact désagréable mais familier dans son dos. Alors les rires s'estompèrent. La joie s'en alla. L'air n'avait plus rien de paisible. Le loup prit soin d'articuler chacun de ses mots :


- Tu as une explication, quartier-maître ?


Pour seule réponse à cette question, le loup entendit le cliquetis du rouet, celui-là même qui annonçait que le bout de ferraille pointée vers ses reins était armé et prêt à lui faire un joli trou dans la peau. Daniel soupira. S'il le voulait, il pourrait se retourner et broyer son second comme s'il n'était rien d'autre qu'une mouche insignifiante. Pourtant il n'en fit rien, car il lisait dans les yeux de son équipage l’insubordination. Comment avait-il pu être si aveugle ? Cette mutinerie avait été orchestré depuis quelques semaines au moins et pourtant le capitaine ne s'en était rendu compte que très récemment, au moment où la pointe du pistolet vint chatouiller son dos. Sans un mot de plus, la discussion n'aurait aucun effet, le loup serra les dents en attendant que la balle parte. Ses matelots ne savaient rien de sa nature d'homme loup, ils ne savaient rien à propos des effets de l'argent sur lui. Aussi espérait-il que la balle soit en plomb et qu'il pourrait alors facilement recouvrir de sa blessure puis nager jusqu'au rivage. Il pourrait également tenter de sauter par-dessus bord … Ses pensées furent interrompues par un braillage incessant :


- ...mi …


Le loup tendit l'oreille, ainsi que son quartier-maître,afin d'entendre ce que hurlait le marin au sommet du mât :


- Vaisseau ennemi !


Pour ponctuer sa phrase, une secousse agita le bateau. Les premiers boulets de canons venaient de percuter son navire. Profitant de l'occasion, Daniel se retourna prestement et désarma avec une facilité déconcertante son quartier-maître, brisant son poignet au passage dans un craquement effroyable couvert par le hurlement des marins. Alors que sa gueule béante hurlait à mort pour une si petite blessure, Daniel vint la combler avec l'arme qu'il venait de lui dérober. Leurs regards se croisèrent, celui d'un homme prêt à tout pour survivre et celui d'un homme prêt à appuyer sur la gâchette. La nouvelle bordée contre l'Adroit étouffa le fracas de la poudre, le second de Daniel gisait dans une mare de sang, inerte. Le Loup reprit immédiatement le contrôle de la situation, saisissant la barre et hurlant comme un diable depuis l'arrière du navire :


- Chiens des enfers ! Vous vous croyez tous capables d'envoyer Daniel Laurent Bryngrim par le fond ?! Par Calydon, si vous parvenez à couler ce navire, je vous retrouverai et je réclamerai le prix du sang cria-t-il dans un rire sardonique avant de poursuivre. Ramez, chiens ! Ramez pour vos vies !


Il était déjà trop tard. L'équipage, dérouté par la tentative de mutinerie avortée, n'était pas à son poste et une attaque si près des côtes n'avait pas été envisagée. Tandis que Daniel faisait tout son possible pour maintenir le cap, il assista impuissant à la destruction de son pont. Les planches volaient en éclat, les hommes hurlaient et la mer se colorait d'une teinte sanguine affreuse. Le bruit que font les grappins qui agrippent le bois saisit le Loup aux tripes : on ne cherchait pas à le couler mais à l'aborder. Ses yeux bleus cherchèrent le pavillon ennemi, un drapeau pirate. Il étouffa un juron. La première vague fut meurtrière, le combat sur l'Adroit fut bref, les pirates adverses profitèrent de la confusion générale pour déclencher un véritable massacre. Daniel luttait vaillamment, grandement diminué par la drogue et le rhum, il possédait pourtant toujours des capacités supérieures à ces vils flibustiers. Alors qu'un corsaire s'élançait par-dessus le bastingage, il fut accueilli en pleine air par une balle. Il chuta comme un pantin désarticulé sur les planches du gaillard d'arrière. Dans un cliquetis simultané, le Loup extirpa de leurs fourreaux ses deux épées jumelles qui scintillèrent sous le soleil radieux de cette chaude journée. Une explosion de fureur s'empara de Daniel, les corps aux membres sectionnés s'entassaient sur son passage. Tranchant le tronc d'un pirate qui se jetait à l'abordage de l'Adroit, il saisit la corde qui l'avait amené jusque là afin de prendre d'assaut le navire ennemi à lui seul. Heureux hasard, ses sens troublés par les substances qu'il avait ingéré lui sauvèrent la vie. Incapable d'évaluer les distances, il finit sa folle course dans la mer après avoir traversé le pont du navire ennemi depuis les airs. Avec une difficulté accrue par la drogue, l'ancien capitaine émergea de l'eau pour retrouver son souffle. Il assista, impuissant une fois de plus, au pillage de son navire et regarda ce dernier couler tandis qu'il cherchait à gagner la terre ferme. Ses larmes douces se mêlèrent aux vagues salées de la mer. Daniel n'oublierait jamais ce pavillon ennemi et son capitaine, il jura intérieurement de parcourir les mers à la recherche de sa vengeance. Il parvint enfin à terre, essoufflé et détrempé, puis se laissa tomber à même le sol.


Lorsqu'il rouvrit les yeux, la lune brillait haut dans le ciel de Thaodia. Se retrouver sur sa terre natale raffermit son cœur. Son bateau était perdu de toute façon, il n'avait qu'à en retrouver un, à former un nouvel équipage. Égayé par cet optimisme prononcé, Daniel se mit en route. La topographie n'avait pas changé, il avait échoué au sud de Thaodia et le rocher du clair de lune serait le lieu le plus proche où il pourrait trouver des lycanthropes. En tant que loup de la meute de Drack, Daniel connaissait peu de chose de sa propre contrée. Il avait rapidement fui Thaodia de crainte d'avoir à affronter Thorolf, ce dément qui avait asservi sa meute. Le Loup était revenu car il avait appris la mort de ce dernier, néanmoins il se voyait revenir d'une façon plus théâtrale que celle-ci. Il ne savait donc pas que depuis quelques années, le lieu était devenu une sorte de lice où s'affrontaient les lycanthropes. Lorsqu'il arriva, plusieurs loups cherchaient à en finir avec des multiples adversaires : un tournoi sanglant. Le pirate regardait ce spectacle avec dédain et ce mépris fut rapidement perçu par les loups qui le toisèrent à leur tour. Leurs lèvres frémirent et se retroussèrent pour dévoiler des dents acérés, des grognements s'échappaient de leurs gueules distendues par des sourires carnassiers. Daniel recula et s'adossa paisiblement au rocher, extirpant sa pipe qu'il n'avait pas perdu lors de sa chute. L'un d'eux décida de reprendre forme humaine, son corps d'éphèbe était parsemé de poils qui lui donnaient un aspect sauvage. Sa voix rauque fendit l'air :


- Que fais-tu là si ce n'est pas pour te battre ? Tu te pavanes sous cette apparence faible et servile. Ignores-tu donc nos lois ?


Daniel tassa le tabac sur sa pipe, pas de drogues après les événements fâcheux de l'après midi mais juste quelques herbes pour l'arôme. Le Loup à l'imposante chevelure sombre dévisagea son congénère. Des braises ardentes brillaient dans ses prunelles d'un bleu inquiétant. La mort pouvait se lire sur ses traits. Ses lèvres remuèrent paisiblement :


- Je suis Daniel L.Bryngrim de la meute de Drack. Je ne connais aucunes de vos lois.


A l'évocation du nom  "Drack", les loups frémirent. Celui qui lui adressait la parole avait le visage tordu par la peur, il suait à grosse goutte. Depuis la mort de Thorolf, la meute serait devenu plus encline encore à la violence, elle se livrait au viol et au pillage sans même le respect d'un chef quelconque et les luttes intestines étaient si fréquentes qu'on ne prenait plus le temps de retirer les corps sans vie des marécages autour de la meute. Reprenant sa forme de loup, il détala avec ses semblables assez vite pour être avalé par les ténèbres. Une fumée grisâtre se dispersa depuis les narines du lycanthrope qui semblait fort tourmenté. Ses yeux azur parcouraient l'obscurité. Daniel sourit, un sourire emplie d'une tristesse insondable. Toujours confortablement installé, il détourna son regard vers l'océan, son seul et unique amour. Ses mots, pour peu qu'on n'y fasse pas attention, donnait l'impression de lui être adressé :


- Tu es le seul à ne pas avoir fui. Montre toi.


Il n'était pas seul, son odorat de loup était infaillible. Daniel attendit patiemment que celui, plutôt celle, qui n'avait pas fui à l'annonce de sa présentation sortent de la pénombre afin de se présenter.

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Elënna Betràyëd
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MessageSujet: Re: Les dieux tissent le destin au clair de lune   Lun 10 Fév 2014 - 21:26


LES DIEUX TISSENT LE DESTIN AU CLAIR DE LUNE



" La mémoire est toujours aux ordres du coeur... "

La journée avait été belle, simple mais idéale. Dans le ciel parsemé de quelques petits nuages et aux teintes orangées, l’astre lumineux descendait vers l’horizon comme s’il souhaitait se jeter dans la mer, emportant avec lui les souvenirs d’une douce après-midi sans l’ombre d’un nuage gris. Une brise fraîche parcourait les terres ephaëlyennes, soulevant les robes trop courtes et faisant danser les feuillages nouveaux. Si la période du Grand Froid était enfin terminé, ce n’était pas pour autant qu’une chaleur caniculaire c’était abattu sur les terres des lycans et que les températures froides avaient décidé de partir en vacances. Bien au contraire. Lorsque le soleil était levé, le temps était doux et agréable, il faisait bon de passer du temps en extérieur. Mais lorsque celui-ci laissait place à son âme sœur la lune, les degrés chutaient de nouveau, plongeant le monde dans un froid rappelant de Gelubriar. Il n’était pas rare qu’en Floryël, la météorologie ne soit pas très distincte et que les températures passent du positif au négatif en quelques heures. Il valait mieux se méfier du loup qui dort…

Les journées étaient toutes les mêmes en ce moment, mais ce n’était pas plus mal. Que le quotidien était reposant et que cela pouvait faire du bien, un bien fou. Elënna passait le plus clair de son temps à s’occuper de choses ou d’autres pour les loups de sa meute. Les temps n’avaient jamais été aussi calmes, et pourtant, cela ne déplaisait pas à la jeune femme. Elle pouvait profiter de ceux qu’elle considérait comme sa famille sans avoir à se soucier des affaires des autres meutes ou des guerres puériles qui pouvaient bien déchirer les peuples ephaëlyens. Depuis maintenant quelques lunes, les dirigeants de chaque race c’étaient réunis pour parler de paix, de repos et d’armistice. Si une trêve avait été signée, ce n’était pas pour autant que des alliances avaient été décidées et ce n’était pas plus mal. Les lycans et elfes étaient-ils réellement prêts à devenir frères d’armes alors qu’il y a seulement quelques saisons, ils s’entretuaient, assassinant la famille de leurs nouveaux alliés ? Non, c’était tout bonnement impossible, du moins pour le moment. Mais pour l’instant, tout semblait aller et rares étaient les incidents rapportés à la jeune femme. Il y avait bien eu quelques vampires solitaires qui pénétraient sur les terres lycannes mais rien de bien alarmant.

Assise sur la terrasse du Palais du Limikkin, Elënna profitait des derniers rayons du soleil, une table sous ses mains avec quelques parchemins de la bibliothèque immense qui se trouvait dans sa demeure. D’ici, elle pouvait tout voir, le village qui se trouvait un peu entre contre-bas semblait lui tendre les bras. Avec les années, la demoiselle n’avait pas perdu cette passion des livres et des récits, elle qui pouvait passer des heures plongée dans une lecture passionnante. Profitant des derniers rayons du soleil qui réchauffait sa peau de porcelaine, la jeune chef était tombée sur des légendes concernant les divinités. Ce fut avec des yeux émerveillés qu’elle découvrit maintes et maintes choses qui étaient peut-être fausses mais peut-être vraies aussi. Mais bientôt, la dernière clarté de l’astre disparut, emportant avec elle toute lumière diurne. Le petit bout de femme prit les archives dans ses mains, se levant de son poste d’observation pour rejoindre l’intérieur du Palais. Pivotant sur elle-même, elle fut percutée de plein fouet par le jeune messager qu’elle avait engagé. C’était encore un adolescent mais il voulait participer à la vie active de la meute, Elen lui avait donc proposé d’être ses yeux et ses oreilles et le garçon faisait son boulot à merveille. Il balbutia quelques excuses alors que les feuilles de parchemin venaient de glisser au sol, se penchant rapidement pour les ramasser et les tendre à sa chef.

" Excuses-moi Elënna, je suis vraiment désolée mais il fallait que je te vois. "

La jeune femme haussa un sourcil et l’invita à le suivre jusqu’à la bibliothèque où elle se mit à ranger les manuscrits vieux de plusieurs décennies, l’encourageant à lui raconter en même temps.

" J’ai vu deux de mes amis, Oskar et Cirith, quitter le camp, il y a quelques minutes. Je sais bien que tu as dit que les jeunes ne devaient pas sortir sans adulte lorsque la nuit tombait, surtout en ce moment, j’ai essayé de les arrêter mais ils n’ont rien voulu savoir. "

" Sais-tu où ils ont voulu aller ? "

" Ils ont parlé de prouver leur force et leur courage mais je n’en sais pas plus. Je suis navré Elënna, je n’ai pas réussi à les en empêcher. "

" Ce n’est pas ta faute, Hale. Rentre chez toi, je me charge de tout, ne t’inquiètes pas. Et merci. "

Sans plus attendre, la chef de meute fit raccompagner le jeune rapporteur chez lui par un des gardes du Palais du Limikkin. Elle qui avait trainé pieds nus toute la journée courût jusqu’à ses appartements pour enfiler une paire de bottes pour finalement se rendre compte qu’elle n’en n’aurait pas besoin. Jurant, la jeune femme descendit les marches interminables pour tomber nez à nez avec certains chasseurs qui l’attendaient, déjà prévenus. Elle les remercia d’un hochement  de tête mais les longs discours seraient pour plus tard. En ce moment, nombreux étaient les vampires traîtres chassés de Màvreah et si ces deux garnements s’étaient mis en tête d’en chasser ou d’en tuer pour prouver leur valeur, ils finiraient certainement taillés en pièces. Les adultes du village connaissaient les risques d’autant plus que certains loups de Drack avaient fui la meute mais n’avaient pas oublié leur tendance sanguinaire et violente. Les ordres fusèrent alors de la bouche de ce petit bout de femme au physique frêle qui partagea le territoire des Sang-Chauds entre les groupes qui s’étaient formés. Chacun savait maintenant quoi faire. Elle, elle irait jusqu’au Rocher du Clair de Lune. Cela faisait une éternité et il n’y avait plus qu’à espérer que les deux louveteaux n’y soient pas allés. Les hommes et femmes prirent leur forme lupine, partant au triple galop dans les bois qui entouraient le campement, chacun dans une direction différente. Ils ne tarderaient pas à trouver leur piste et à les traquer. Elen donna quelques ordres aux guerriers qui restaient ici et elle finit par s’élancer à la suite des autres loups, une fois qu’une jeune femme lui avait accroché son short et son corset en cuir souple autour de sa patte. Ses lycans étaient familiers aux habitudes de leur chef et agissaient comme avec n’importe quel membre de la meute.

Un éclair blanc passa en trombe entre deux fourrés. La gueule ouverte et les sens en alerte, la belle louve blanche filait à toute allure vers le terrain de recherche qu’elle s’était réservée. Cela faisait longtemps qu’elle n’avait pas mis les pieds au Rocher du Clair de Lune et ce n’était pas plus mal. Si le lieu avait été calme durant la guerre contre les elfes, le fameux promontoire avait repris son activité lorsque celle-ci s’était terminée. Les loups les plus forts s’y donnaient rendez-vous pour s’affronter. C’était bien souvent des solitaires mais aussi les machos des meutes aux alentours. Rares étaient les loups de Sang-Chaud qui aimait cette pratique mais ceux de Drack ou Croc-Noir étaient plus friands de combat et avaient besoin de prouver leur valeur. Finalement, les fugueurs n’étaient peut-être pas à la recherche de vampires mais bien d’autres lycans. A cette pensée, Elënna détecta le fumet si particulier de sa meute. Chaque clan avait son odeur et des membres du sien étaient passés par ici. Accélérant l’allure, la louve, habituellement petite sous forme humaine, possédait une taille étonnamment différente. Haute sur pattes et élancée, toute sa grâce elfique semblait ressortir lorsqu’elle prenait son apparence animale. D’un bond élégant, elle arriva enfin près du fameux rocher. A pas de loup, la lycanne s’avança un peu, l’odeur de ses louveteaux se faisant de plus en plus forte. Et rapidement, elle aperçut deux silhouettes tapies dans les buissons qui observaient les combats qui faisaient rages…

Sans faire un bruit, la louve s’avança et se mit à grogner doucement. Les jeunes loups reconnurent de suite leur chef et s’aplatir sur le sol, les oreilles plaquées sur leur crâne et la queue entre les jambes. La dirigeante retroussa ses babines, un grondement montant dans sa cage thoracique, résonnant comme un sermon, une promesse de punition. Sa mâchoire claque près du museau d’un des garnements qui couina, apeuré. Les grands garçons feraient moins les malins après cela. D’un ordre silencieux, Elënna leur commanda de rentrer au village rapidement avant qu’elle ne leur mordre le postérieur en guise de récompense à cette preuve de courage stupide. Ils ne se firent d’ailleurs pas prier et partir en courant, frôlant le sol pour passer inaperçus. La belle louve allait les suivre quand son attention fut attirée par ce qui se passait dans la petite clairière du Rocher au Clair de Lune. Les combats puérils avaient cessé car un nouveau guerrier venait d’arriver, sous forme humaine, ce qui était très rare ici. Un des chiens de garde lui aboya dessus après s’être transformé aussi et la réponse du nouveau venu fut des plus étonnantes.

" Je suis Daniel L.Bryngrim de la meute de Drack. Je ne connais aucunes de vos lois. "

L’odeur de la peur vint ensuite teinter l’atmosphère qui s’était faite lourde sous ces quelques propos. Le lycan reprit forme lupine et détala avec ses congénères. Pour des combattants ennemis, ils fuyaient drôlement vite tout en étant synchronisés. Si la louve l’aurait pu, elle aurait ricané, se moquant de ses hommes qui se faisaient passer pour des bêtes et non des humains. Ils étaient finalement aussi peureux, aussi fragiles. Assise dans l’ombre d’un arbre, le pelage couleur neige de la chef de meute n’était pas éclairé par la lune qui brillait de mille feux dans le ciel, accompagnée par ses fidèles alliées que seront à jamais les étoiles. Un loup de Drack… Elen huma la brise qui portait à elle le fumet de l’homme et elle haussa un sourcil. Si le lycan était bien de la meute sanguinaire, cela faisait longtemps qu’il n’y avait pas été. Sa peau n’était pas parfumé par l’arôme des Dracks, ou très peu, mais plutôt par celui des mers. Qui était-il pour s’identifier comme un des leurs s’il n’y vivait pas ? Ne connaissait-il pas l’histoire des siens ? Ceux qu’ils étaient devenus ? Et pourtant, il semblait fier de porter ce nom.

" Tu es le seul à ne pas avoir fui. Montre toi. "

Si elle le sentait, elle s’était doutée que lui aussi repèrerait sa présence. Pourtant, Elënna ne ressentait pas cette peur qu’il avait inspiré aux autres lycans. Le seul Drack qui avait su faire flancher la belle était Thorolf, mort et enterré ou bien mangé par ses loups à ce jour. Plus jamais cette ordure ne ferait de mal, plus jamais son courroux ne s’abattrait sur des personnes innocentes. Le défunt chef des Dracks n’avait jamais autant mérité la mort en comparaison à d’autres personnes vivantes dans ce monde. A ces pensées, la haine vint briller dans le regard saphir de la louve qui ne bougea pas, malgré les mots du lycan. Deux propositions s’offraient à elle : partir comme si de rien n’était sans se retourner ou essayer d’en savoir plus sur cet homme qui pourrait menacer la sécurité de sa meute. Le choix fut vite fait pour la demoiselle. Toujours cachée aux yeux de l’inconnu, la chef de meute reprit son apparence humaine, sa silhouette fine et son physique de jeune femme aux traits enfantins avant d’enfiler son simple short et le bandeau de cuir qui dissimulait tant bien que mal sa poitrine. Elle finit par s’avancer dans la lumière, faisant seulement quelques pas et préférant garder ses distances avec le loup de Drack.

" Tu sembles porter le nom de ta meute avec fierté… Puis-je savoir ce qui te pousse à être ainsi ? Ai-je affaire à l’un de ses assassins qui n’hésiterait pas à me mutiler, me tuer pour me violer par la suite ? Je dois avouer que je ne comprends pas trop ce qui motive les loups de Drack à rester ainsi… Ou alors, peut-être que tu ignores tout de ce qu’est devenue ta meute ou que tu ne veux plus avoir de relation avec elle ? "

Ses yeux gris scrutaient les moindres faits et gestes du colosse qui était bien plus grand qu’elle. La curiosité était l'une des choses qui guidait le plus la demoiselle, là encore. Pieds nus dans l’herbe qui encerclait le Rocher du Clair de Lune, la belle s’avança de nouveau, de sa démarche à la fois nonchalante et féline, ne lâchant pas du regard l’étranger. Parmi les effluves salés de la mer qui l’entouraient comme une aura, Elënna y décelait une chose qu’elle connaissait, un parfum qu’elle avait déjà eu l’occasion d’humer, mais rien ne lui revenait en mémoire. Un vent léger souleva quelques une de ses mèches de cheveux blancs qui voletèrent autour de son visage, resplendissant sous la clarté de l’amante du soleil.

" Tu es bien étrange… Pourquoi ai-je l’impression de t’avoir déjà vu quelque part ? Pourquoi es-tu ici ? Daniel de Drack, tu m’intrigues… "

Les questions se bousculaient dans les pensées de la chef de meute. Elle qui avait une mémoire des plus étonnantes n’arrivait pas à remettre de nom ou même de moment de son existence sur cette odeur, sur ce visage, la frustrant au plus haut point. Laissant entre elle et l’homme une certaine distance par mesure de sécurité, Elen sauta sur le rocher, s’accroupissant dessus pour observer l’inconnu au même niveau que lui, son visage maintenant à hauteur du sien.

" Je m’appelle Elënna. Je suis la chef de meute de Sang-Chaud… "



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MessageSujet: Re: Les dieux tissent le destin au clair de lune   Mar 13 Mai 2014 - 1:22



 

Semblables à des bijoux qui orneraient une main sombre, les étoiles illuminaient la voûte céleste d'une clarté surnaturelle. L'air frais venait du nord-ouest, faisant ployer l'herbe haute dans un mugissement rauque et paisible à la fois. Au loin, les vagues roulaient au passage de l'aquilon sans manquer de provoquer un fracas vibrant. Dans cette fresque pittoresque se dessinait une fine silhouette au galbe enchanteur, à la démarche gracile, féline, terriblement féminine. Ces contours irréels, fins traits à l'encre de Kazad Duraz, prenaient forme à chacun de ses pas et cette page noire se remplissait de détails plus époustouflants encore. Une face enfantine se sculptait dans l'obscurité, un nez raffiné et une crinière chenue, derniers vestiges d'une ascendance elfiques, s'ajoutèrent à la peinture. Deux iris, alliant la froideur et le scintillement de l'acier, furent sertis sur ce visage de porcelaine, rayonnant par contraste avec le teint diaphane de cette vision céleste. Le souffle du pirate fut coupé lorsque la créature prit vie au sein de la peinture et que ses lèvres se mouvèrent. La pipe au bord des lèvres, ses prunelles continuaient de fixer avec passion la louve qui trônait au centre de sa vision idyllique.
N'ai-je donc sillonné le monde connu et les terres par delà les frontières que pour découvrir le plus grandiose des trésors dans la contrée qui m'a mis au monde se tourmenta le loup, dont la pipe ne contenait pourtant aucune substance hallucinogène. Bercé par le courant onirique, il parvint à maintenir son esprit en éveil lorsque la ferme voix de son interlocutrice vrilla ses tympans. Le loup haussa un sourcil en réaction aux paroles acerbes de la louve qui lui faisait face dans la lumière stellaire. La déchéance était plus grande qu'il ne l'avait imaginé, ses yeux azur se nimbèrent d'un fin voile humide imperceptible. Daniel, l'air pensif, expulsait machinalement la fumée hors de ses narines, écoutant d'une oreille distraite les multiples questions de la jeune femme. Il ne comprenait pas ce qui le frappait chez elle, quelque chose lui manquait, un indice, une piste, un détail lui échappait. Ce n'est que lorsqu'elle se hissa sur le rocher et plongea ses yeux dans les siens qu'il comprit. Le pirate la connaissait, il connaissait ce visage, ces iris, cette odeur. Plus rien ne subsistait de leur ancienne rencontre, si ce n'est dans leur cœur où la flamme du souvenir fut ravivée par quelque chose d'immatériel, de subtil et intangible.


Le pirate laissa ses iris d'un bleu céruléen se perdre dans le regard d'Elenna. Il resta de marbre, aucune émotion ne prenait forme sur ses traits durcis par son expérience maritime. Il finit par hausser les épaules, force était de répondre aux questions de la demoiselle. Une voix charmante se fraya un chemin entre les lèvres sèches du loup :


Tuer ? Violer ? Mutiler persifla-t-il, le temps est d'une telle rareté qu'il convient de l'employer à bon escient, ces enfantillages ne me correspondent pas, il tourna la tête en direction de la mer, laissant la brise marine caresser son visage et emporter la masse sombre qui flottait à la cime de son crâne. Ne plus avoir de relation avec ma meute ... Je crois que tu ne saisis pas, Elenna, chef de la meute Sang-Chaud.


Mettant à contribution sa musculature féline, le loup bondit avec l'agilité d'une panthère sur le rocher, déséquilibrant habilement la louve qui s'y était accroupie. Il saisit alors avec une vivacité mais également une délicatesse insoupçonnée le poignet d'Elenna. Ils restèrent ainsi silencieux un instant qui parut durer l'éternité, suspendu l'un à l'autre dans un merveilleux numéro d'équilibristes. Les prunelles de Daniel recelaient une passion flamboyante, des flammes bleutées crépitaient dans ses iris réduits à deux fentes. Ils baignaient dans la lumière bienfaisante de leur Mère, la Lune. Ce fut Daniel qui brisa le silence, découvrant un large sourire confiant :


Tu as devant toi la meute de Drack au complet. Honneur, traditions, dignité. Je suis le seul à pouvoir encore prétendre vivre dans le respect de ce que nous a légué Drack Longshadow rétorqua le loup dans ce qui s'apparentait plus à un grondement qu'autre chose.


Le pirate ramena alors la jeune femme vers lui et, d'une pirouette savamment exécutée, s'adossa contre elle de manière à ce qu'ils pussent partager le bout de rocher ensemble. Daniel laissa son esprit vagabonder de longues minutes, observant la paisible plaine se courber et se redresser pour le plaisir du vent. Il y imaginait une foule de loups au poil brillant, fièrement portés par leurs puissantes pattes. Une vision d'hommes aux épées brillantes et aux armures rutilantes inondés de soleil, forts, indomptables, farouches. Un homme, un loup, surplombait la plaine à l'herbe pastelle, et dominait les autres depuis le rocher. Galvanisant les troupes, il leur promettait plus que de l'or, des femmes ou des aventures. Ce qui leur montrait, c'était la gloire, l'immortalité et ils ne tenaient qu'à eux de la saisir. Puis sa vision s'évanouit et il se retrouva dans la sombre plaine de Théodia où nul soleil ne resplendissait dans les cieux. L'herbe elfique s'était totalement consumée, il décida que la discussion se prolongerait suffisamment pour qu'il ait à fumer une seconde pipe. Une voix calme et puissante, empreinte d'une sauvagerie innée, parcourut l'air :


Si je suis revenu en Thaodia, après plusieurs années d'exil, c'est pour reprendre tout ce dont Thorolf m'a dépossédé. Ma meute, ma famille, ma vie, tout ce qui faisait de moi un homme … il a foulé aux pieds nos traditions, nous a réduit à l'état de bêtes, non même les bêtes ne se dévorent pas entre elles, il marqua une pause, mordant de rage sa lèvre inférieure au sang. Chaque nuit depuis mon départ, je rêvais de lui arracher le cœur à même  sa poitrine encore frémissante et je dois avouer que je me réveillais sans cesse avec une satisfaction renouvelée ajouta-t-il tandis que ses prunelles bleutées se ternirent dans un sentiment de haine insondable. Je pense en avoir dit assez, Elenna. Je ne suis pas de ceux qui entretiennent le mystère, pas quand il n'y a pas de raisons de le faire.


Daniel aimait simplement parler peu et se montrer concis. Pourtant, il se surprit lui même à parler si longuement et ouvertement avec la louve comme s'il la connaissait depuis des années. Ce même malaise traversa son échine. Ses prunelles fixaient intensivement la mer mais son esprit demeurait dans cette obsession de découvrir cette femme, ce lien qu'ils semblaient partager au-delà de tout autre chose et sur lequel il ne parvenait pas à mettre de mots. Que faisait-elle ici ? Qui était-ce réellement ? Tant de questions qu'il ne voulait pas exprimer abruptement mais dont les réponses se dévoileront naturellement à lui.
Il continuait à fumer paisiblement, l'âme pourtant lacérée par une sourde colère, une haine viscérale, une ire dégénérescente. Thorolf était mort mais son souvenir était encore vivace dans le cœur des loups et à fortiori dans celui de Daniel, contraint de voir ceux qu'il aimait périr, de fuir sa patrie. Il serra le poing, manquant de gronder de tonnerre. Comme il aurait aimer prendre sa forme de loup, parcourir les étendues sauvages en abandonnant honneur et responsabilités, vierge de tout comme le furent les premiers hommes à venir au monde. Libre. C'était ce que souhaitait être Daniel. Libre. C'était un simple mot. Libre. C'était un mot au goût amer et au prix inestimable.

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