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 [Event de Noël] La ferveur incarnée ~{ RP solitaire }~

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Jeremiah l'Hirondelle
Ephaëlyen indépendant
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MessageSujet: [Event de Noël] La ferveur incarnée ~{ RP solitaire }~   Sam 22 Mar 2014 - 4:44


    Le Grand Sommeil était tombé sur Evanya. Telle une immense chape blanche étouffant les sons et les sensations, la neige avait tout recouvert de son manteau. Dans les chaumières comme dans les châteaux, l’on se serrait auprès des feux. Dans les champs les récoltes étaient rentrées, dans les étables les chevaux étaient protégés. Aux portes des villes, les gardes se serraient au pied des murs, guettant les voyageurs inexistants dans ce grand paysage glacé. Dans les rues, seules quelques silhouettes pressées trottinaient d’un point chaud à un autre, car ce moment de l’hiver était rude. Dans les campagnes les routes gelées ne voyaient guère plus défiler que des animaux sauvages, les derniers à ne pas se tenir au chaud dans le fond de leur terrier, à la recherche de la maigre pitance que le froid avait épargné. Pourtant, dans ce paysage de silence immaculé, une personne cheminait, seule, comme une tâche bleutée en mouvement au milieu de tout ce blanc figé. La démarche décidée de ceux habitués aux longues marches, un long bâton à la main et la besace en bandoulière, le voyageur avançait, la neige jusqu’aux chevilles, d’abord entre deux champs, puis entre deux forêts, et enfin entre deux arbres, au milieu des fourrés couverts de blanc, laissant son empreinte sur son passage.Descendu des hauteurs givrées du Palais du Conseil, et après une courte halte au village de Lïm, Jeremiah dit l’Hirondelle rentrait chez lui. Chez lui si l’on considérait que ses quartiers au Palais n’étaient que des logements de fonction, et que son domaine crapuleux en Màvreah n’était qu’un terrain occupé clandestinement. Quant à son projet de Nid de l’Hirondelle, et bien cela restait pour l’heure un simple projet. De ce point de vue, on pouvait effectivement considérer que l’Hirondelle rentrait chez lui.

    Depuis combien de temps n’avait-il vu sa mère ? Au moins quatre saisons, pensa-t-il amèrement. Mais le Palais était si loin, et ses travaux si prenants, bien que pour l’heure sans grand effet. Et ses sœurs, comment allaient-elles ? Elles devaient avoir tellement grandis, les fières gardes-chasse de leur pays. Il lui tardait de passer les jours longs du Grand Froid en leur compagnie, dans la chaleur réconfortante d’un foyer. Le front relevé malgré le léger vent glacé, une fourrure jetée sur ses épaules par-dessus sa pèlerine et ses mains gantées serrant fermement son bâton d’argent, il cheminait rapidement à travers la neige.
    Ce jour-là, il arrivait à proximité de l’Arbre aux Lucioles, ce lieu sacré que lui, Jeremiah, ne fréquentait peut-être pas assez. Alors qu’il approchait de la clairière en question, bien que son chemin devait le conduire dans une toute autre direction, et malgré sa hâte de retrouver sa famille, il s’arrêta tout de même et demeura pensif, les yeux tournés vers l’Ouest. Ce fut le cristal qui ornait son bâton qui le décida, irradiant d’un éclat vif, il lui commandait d’honorer Sên, celle qui portait en elle la renaissance de la nature à venir. D’un pas vif, Jeremiah pivota sur lui-même et s’enfonça dans les bois, droit vers l’Arbre Sacré. Plus brillant que jamais, le cristal enchâssé inquiétait son porteur. Son éclat était différent, toujours brillant mais néanmoins plus sombre, comme à travers un brouillard gris. L’Hirondelle cessa immédiatement d’y penser en arrivant face à l’Arbre aux Lucioles. Le spectacle était toujours aussi saisissant. Au milieu de l’espace dégagé, le tronc immense s’élançait vers le ciel blanc, tendant ses branches enneigées dans l’espace, comme s’il y plongeait ses racines. Autour de lui, sans faiblir, les lucioles éternelles brillaient faiblement dans la lumière déclinante du jour. L’endroit était désert, et le moment idéal pour la prière. Tout en déposant sa besace près de lui et son bâton de l’autre côté, Jeremiah pensa à toutes les fois où il avait prié Malanée pour sa bénédiction aux voyageurs, et qu’à chaque fois il se sentait gêné de délaisser la Divinité sous le signe de laquelle il était né. Mais il ne se considérait pas comme un parjure, sa foi envers Sên a toujours été vivace, et il s’agissait en cette froide soirée de lui rendre l’hommage qu’il se doit.Assis en tailleur dans la neige, face à cet arbre sacré, et son bâton de mage posé sur les genoux, il médita ainsi un assez long moment, les yeux fermés. Il s’imprégnait de l’apaisante présence de Sên, mère de tout ce qui vit, qui meurt et qui renait à chaque saison. Mais rapidement, il s’aperçut d’un malaise.
    Son visage était agité de petites convulsions nerveuses, comme une crispation de l’esprit qui se traduisait sur ses joues. Il rouvrit soudainement les yeux, quelque chose n’allait pas. Se relevant, il s’approcha du tronc vénérable, le bâton à la main et les sens aux aguets. Il sentait une chose rampante et mauvaise autour de lui, une présence malveillante qui faisait offense à ce lieu sacré. Le cristal de son bâton luisait de plus en plus intensément, toujours de cet éclat à demi voilé de gris. De plus en plus inquiet, il eut le sentiment qu’une chose s’en prenait à l’essence même de ce lieu. Une chose partiellement magique, que lui seul pouvait probablement sentir. S’approchant encore, il vit alors sur l’écorce sacrée une chose qui lui inspira un mouvement de recul. Entre deux replis se trouvait un minuscule champignon brillant.

    Constitué d’une sorte de glace souillée, ce parasite confirmait ses pires craintes. L’Arbre sacré des elfes était malade. Un mal sombre et rampant se lançait à l’assaut de son tronc.Immédiatement, Jeremiah se mit à l’ouvrage. Il n’était pas devenu mage et érudit par hasard, il en savait plus que l’immense majorité des mortels sur les choses magiques, et plus que beaucoup sur l’art de guérir le vivant. Tirant de sa besace une minuscule lampe à huile en verre opaque, il l’alluma d’un claquement de doigts et la plaça au sol devant lui, la vitre verte laissant échapper une douce lueur sur la neige. Plantant son bâton dans la surface poudreuse, il le tint à deux mains devant lui et psalmodia le rituel de purification que lui avait appris son mentor. Il savait ce sort puissant, et malgré la cruelle punition des Divinités, ce lieu sacré lui donnait assez de force pour l’exécuter. Marmonnant d’antiques prières sous les étoiles, il demeura ainsi un long moment, avant de rouvrir les yeux et d’observer autour de lui. Rien n’avait changé, le mal était encore dans l’air, mais un détail le frappa soudainement. A la base du tronc, recouvert par la neige jusqu’à un mètre de hauteur, de petites taches noires apparaissaient sur le blanc immaculé. Comme si un liquide noir et poisseux s’était mis à suinter en dessous. Horrifié, Jeremiah vit s’étendre tout un réseau de ramifications, souillant la neige, et la cruelle vérité apparut bientôt à lui : une plante grimpante terrifiante attaquait l’Arbre aux Lucioles. Frénétiquement, l’Hirondelle dégagea la neige sur une grande surface, et découvrit ce qui ressemblait à un lierre aux petites feuilles noires, blessé par son rituel mais encore bien vivace. Jeremiah demeura un long instant face à cette découverte effrayante. Comment une telle abomination pouvait s’en prendre ainsi à un tel symbole de Sên, la Divinité mère du peuple elfique ? Et soudainement, Jeremiah se résolut, et se mit aussitôt à employer son art. Il avait déjà lu une chronique relatant un cas semblable, avant la guerre des Titans. Un végétal noir avait envahi les lieux magiques, comme pour en absorber lentement, lâchement, le flux vital. Le retour d’une telle menace était extrêmement préoccupant, toutefois il ne serait pas dit que Jeremiah l’Hirondelle aurait manqué à son devoir. Il savait quoi faire.

    Ouvrant grand sa besace, il en extirpa ses instruments d’herboriste, les fioles et flacons à sa disposition, tout ce qu’il comptait d’ingrédients appropriés dont il ne se séparait jamais, et plusieurs autres objets dont lui seul connaissait l’usage. Armé de sa serpe, il s’éloigna un moment dans les fourrés, coupant religieusement des plantes propres à cet endroit, quelques racines et fleurs des neiges, avant de revenir à la clairière et d’inciser très précautionneusement à la pointe de son couteau l’un des champignons de glace qui parasitaient le tronc sacré. Longtemps, Jeremiah s’affaira dans la neige. Avec la maitrise imposée par sa situation, il broya de nombreux ingrédients, en fit infuser d’autres, mélangeant, observa, recommença, cela tandis que la lune poursuivait son immuable parcours dans le ciel pur. Au bout de longues heures, il s’estima satisfait, et à la pointe de son bâton, il traça tout autour de l’immense tronc un grand cercle de runes compliquées, protection et purification, prière et supplication, tout ce qui pouvait attirer la saine magie de ce lieu au service de sa science bienfaitrice. Finalement, il reprit son rituel, d’une voix plus forte et plus assurée, menaçant la sombre entité de sa colère. Il lui ordonna de retourner dans les ténèbres d’où elle était issue, il en appela à toutes les forces qu’il connaissait pour repousser ce sinistre végétal. Les fines tiges et les feuilles suintèrent de plus belle, ces éléments fragiles de la menace ne résistaient pas au long et patient travail de purification du mage. Jeremiah n’était pas puissant, il n’avait que très rarement pu laisser le potentiel de la magie s’exprimer à son paroxysme, faute de fluide sur cette terre, mais ses connaissances étaient grandes, et sa volonté plus grande encore. A force de tordre, plier, malmener cette abomination, il ruina ses tiges, fana ses feuilles, fit se rompre les plus faibles rameaux, fondre les parasites qui s’en retournèrent au sol dans une fine coulée sale et pervertie, vite absorbée par le sol sacré d’Evanya. A la fin, ne restait plus de signe sur le tronc que de longues tiges brûlées. Cessant ses incantations, Jeremiah observa longuement le tronc sous tous les angles, et repéra enfin ce qu’il cherchait. Tout près de la base du tronc, entre deux des formidables racines de l’Arbre sacré, un rhizome de la largeur d’un bras émergeait de la terre, là d’où toutes les sombres ramifications étaient parties. Là devait être porté le coup fatal, là où le végétal était assez fort pour résister à la pauvre magie de Jeremiah. Mais là où la magie échoua, l’alchimie réussirait. Revenant près de ses affaires, l’Hirondelle brandit un flacon plein de la liqueur ambrée qu’il venait de distiller, et la réchauffa à la faible chaleur de sa petite lanterne. Satisfait, Jeremiah saisit la fiole d’une main, empoigna fermement son couteau de l’autre, et s’avança résolument vers la sombre racine. Dégageant la terre, creusant de son mieux à la pointe de son couteau, il la dégagea au plus profond qu’il put, constatant qu’elle s’enfonçait droit vers les profondeurs du sol, venue de très profond. Après un dernier instant de réflexion, Jeremiah brandit son coutelas et, d’un geste déterminé, trancha la racine, qui se mit aussitôt à suinter ce liquide poisseux et nauséabond. Sur la plaie ainsi infligée à la plante, Jeremiah récupéra un peu de cette sève dans un flacon, sait-on jamais, puis versa sur la blessure au végétal sa préparation brillante. Ainsi il empoisonnait le lierre funeste, et espérait bien que le poison remonterait jusqu’à ses plus profondes racines, où qu’elles se trouvent. Son devoir était accompli, il n’y avait rien qu’il ne pouvait faire de plus pour l’arbre sacré. Et même s’il n’avait fait que tuer de minces tiges et bruler des feuilles, il avait le sentiment que la menace était écartée, au moins pour l’instant. Il ignorait simplement si le poison brûlerait assez le parasite pour le tuer, mais il se promit de revenir et d’y veiller.

    Pendant encore de longs moments, il demeura ainsi pensif, assis dans la neige face à ce symbole de force bienveillante et de renouveau. Ce n’est que soudainement qu’il constata qu’il n’était pas seul. En se retournant, il vit un petit groupe de prêtresses de Sên, les gardiennes du sanctuaire, mené par un elfe vénérable appuyé sur un bâton noueux. Immédiatement, Jeremiah se leva et s’inclina profondément devant l’elfe aux innombrables saisons, sans doute l’un des grands prêtres de ce lieu béni entre tous.
    Avec un sourire, le vieillard lui fit signe de se relever, et de sa voix vibrante du poids des siècles, il lui parla en ces mots :

    « Merci pour ce que tu as fait pour l’Arbre, frère. Le lierre gagnait du terrain de jour en jour, et alors que nous allions en alerter le Conseil, tu es apparu. Cela ne peut être un hasard, c’était la volonté de Sên. Accepte ce présent, en signe de sa bénédiction, elle t’accompagnera toujours ainsi, où que tu aille. »


    Sous les yeux émerveillés de Jeremiah, un animal s’approcha alors, guidé par une prêtresse vêtue de vert. C’était un cerf magnifique, ses bois gigantesques témoignaient de son âge vénérable, et pourtant il respirait la santé et la jeunesse. Dans ses grands yeux dorés brillait un éclat étrange, comme celui d’une luciole d’or. Arrivé face à lui, Jeremiah s’inclina profondément, et bien que le cerf demeurât le cou droit et fier, il eut l’impression que ce dernier lui répondait penchant légèrement la tête vers lui. Tendant une main tremblante vers lui, l’Hirondelle caressa son pelage doux, et demeura ainsi fasciné. Avec un dernier sourire plein de malice, le Vénérable et les prêtresses s’en allèrent sans bruit s’installer autour de l’Arbre aux Lucioles, bientôt rejoint par Jeremiah et le cerf fantastique qui le suivait docilement. En cercle autour du tronc, le cerf couché à coté de Jeremiah, les elfes prièrent Sên, longuement, jusqu’à ce que le soleil comme à éclaircir l’horizon, au-delà de la cime des arbres. Tout à sa dévotion, osant à peine croire à la présence de cet animal magnifique qu’il pouvait pourtant toucher du doigt, Jeremiah pensait à sa mère, et se dit en souriant qu’il aurait encore plus de choses à lui raconter quand il rentrerait à la maison.





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