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 Un pan de nuit [Pv: Jeremiah l'Hirondelle]

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Aleyna Rynsfall
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MessageSujet: Un pan de nuit [Pv: Jeremiah l'Hirondelle]    Sam 28 Juin 2014 - 15:27

A Màvreah, Aleyna avait toujours fait office de curiosité. Discrète mais différente, la jeune humaine apportait avec elle une singularité dérangeante, comme une ode silencieuse à la sincérité du monde. Une adolescente simple, docile, effacée, loyauté appliquée plus que servitude résignée. Aleyna, pour qui ne partageait pas les confidences de sa dame, n'avait pas aspiré ardemment à sa "libération". Et pour qui eut pu percé les tréfonds de son âme, la jeune femme ne l'avait pas davantage souhaité.

Libre et épanouie, Aleyna eut certainement pu l'être sans porter atteinte à la grâce de sa vie, mais son dévolu se portait vers des jardins interdits, auquel seule la mort prétendait offrir l'accès. Depuis l'attaque du domaine d'Emerence et ce jour fatidique qui l'avait vu rejoindre les rangs des princes de la nuit, Aleyna se surprenait parfois à songer qu'elle était, de fille du plein soleil devenue engeance de la nuit, sans jamais pouvoir atteindre ce firmament fabuleux qui la lorgnait, tel un crépuscule interdit, enfoui dans les méandres du passé ou dans les leurres de l'avenir.

La soif du sang tourmentait peu la jeune vampire. Loin d'être supérieure en cela à ses pairs, elle avait simplement choisi la facile voracité de céder à ses instincts. Ses fréquentes soifs satisfaites, elle avait alors les idées claires et l'esprit suffisamment retors pour espérer couper court aux intrigues fantasques de la cour moisie d'Emerence. En l'absence de sa dame, le flot luisant des rumeurs se faisait miasme venimeux, et Aleyna passait la majeure partie de son temps libre (celui où elle ne s'abreuvait pas de sang) à asseoir l'autorité de sa dame et, lorsque la nécessité l'exigeait, à s'emparer des rennes pour diriger selon son bon vouloir.

C'était une chose de railler la jeune femme simple aux yeux fuyants qui avait naguère servi Emerence dans l'ingratitude du quotidien, c'en était une autre de se confronter à son irascible transcendance, féroce dans ses desseins, impitoyable dans son mépris, prompte à invoquer le nom de la noire déesse, attisée dans sa rage par cette soif qu'elle contrôlait si peu.

Lorsqu'elle redevenait égale à elle-même, l'écho de son existence passée, Aleyna était bien loin de s'épouvanter de son état. Elle avait côtoyé le sang et la mort, avait vu périr les hommes d'armes qu'on ramenait au camp. Une rixe de taverne pouvait tuer un homme, un mot de trop, ou les crocs d'un vampire. Lorsqu'elle redevenait la douce enfant d'alors, Aleyna n'en ressentait qu'une profonde lassitude, et, bien souvent, elle fuyait le domaine d'Emerence, peu désireuse de voir ses pairs pour ce qu'ils étaient, des monstres sans âme et sans coeur, le miroir de sa propre fatalité.

Ce jour-là, elle avait étanché sa soif du sang d'une biche qu'un autre avait chassé pour elle, elle avait rêvé de lumière, d'une clairière éblouissante comme éclaboussée de soleil. Lorsqu'elle avait rouvert les yeux sur la pénombre rampante du manoir, elle avait tressailli, en proie à un vif malaise. Ce rêve n'était que le suivant d'une longue lignée. Ce qui la déstabilisait, ce n'était pas de lorgner des territoires à jamais interdits, c'était de réaliser que ces songes-là lui donnait le sentiment cruel de n'avoir toujours vécu que de nuit, sous les ombres fallacieuses d'un univers terni.

Dans ses errances, Aleyna s'invitait où le cœur lui disait. Si elle avait opté pour la voie officielle, elle eut pu jouir d'un accueil somptueux ou d'une indifférence polie, selon que ses hôtes eurent ou non des ambitions politiques. Or, elle recherchait la solitude et le recueillement, aussi aiguillait-elle ses pas sur les terres de ceux de ses pairs qui n'avaient point de réputation, sinon celle de fuir la société des vampires autant que ses intrigues. Les De Szentes correspondaient à cette définition. Fuyants, méfiants, distants. Peu de chance pour Aleyna de rencontrer quiconque et cela lui allait à merveille. Aleyna avait revêtu une robe d'un violet profond, retiré les bijoux que lui octroyait sa nouvelle condition, enfilé des bottes robustes et fui par la forêt qui ceignait le domaine d'Emerence. Instinctivement, elle avait suivi les sentes à gibier et lorgné les bêtes assoupis, avant de les laisser à leurs songes, tant hantée qu'elle était par le sien propre, dont l'éclat était au jour ce que le néant est à la nuit.

Débouchant d'un sous-bois, elle avait embrassé d'un regard les vestiges d'une chapelle en ruine. Simple et inquiétant dans son architecture, tel un dard pointé vers le ciel, Aleyna avait franchi le seuil que nul porte ne barrait plus, effleuré du pied les mosaïques anciennes aux couleurs passées. A la faveur d'un rayon de lune, on pouvait encore s'user les yeux sur les glyphes des peintures murales, y déchiffrer quelques avertissements assortis de menaces divines.

Le temple en ruine, qu'Aleyna percevait comme un hommage à la vanité du monde, arracha un éclat de rire à la jeune vampire. Qui donc pouvait être assez sot pour prier Calydon, pour s'imaginer que la déesse puisse s'émouvoir de suppliques, venir en aide à quelque malheureux ou s'attarder suffisamment sur ce monde pour daigner y porter son regard ? Foutaises.

Aleyna dédiait à la déesse certaines de ses victimes. Lui avait offert sa propre mort. Elle n'en espérait ni attention, ni félicité. Elle ne prononçait pas son nom à haute voix si elle pouvait l'éviter. Calydon était de ces fatalités pernicieuses qu'il ne vaut mieux pas tenter.
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Jeremiah l'Hirondelle
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MessageSujet: Re: Un pan de nuit [Pv: Jeremiah l'Hirondelle]    Mer 16 Juil 2014 - 22:13

    La vie au Nid de l’Hirondelle n’était jamais ennuyeuse. Pour un érudit comme Jeremiah, l’immensité de la bibliothèque, la rareté des essences du jardin et les merveilles des caveaux secrets justifiaient des semaines et des semaines d’étude acharnée, de lecture à la lumière du soleil et des chandelles, et d’interminables heures dans l’immense laboratoire alchimique de l’aile sud. Situé au dernier étage, cette grande pièce rectangulaire est de loin celle qui contient le plus de valeur, même si cela se trouvait sous la forme de pincées d’ingrédients extrêmement rares. Ornée de superbes lanternes sourdes, les murs couverts d’étagères, de livres anciens, le laboratoire sentait bon le souffre, les essences végétales et le bois brulé. Au centre trônait une immense table de marbre dans laquelle étaient creusées différentes cavités et même un four alimenté par de petits copeaux de charbon et dont la fumée était évacuée vers l’extérieur par un grand tuyau de verre passant à travers le plafond. Au milieu d’un désordre chaotique, Jeremiah jubilait.

    Ses expériences rencontraient tout le succès espéré. Les ouvrages du laboratoire, parfois issus des arcanes noires, demeuraient des trésors pour qui tente de recréer des trésors alchimiques d’antan. Mais Jeremiah n’avait pas oublié les leçons de sa sainte mère, qui lui avait enseigné il y a bien longtemps que l’art du creuset et de l’alambic ne devait servir qu’au bien de chacun, et si possible du plus grand nombre, avant de servir de noirs desseins. Malheureusement, cette sainte mère n’avait été entendue qu’un temps. Jeremiah était avide de destruction.
    Oh, longtemps on l’avait moqué au Conseil pour l’inutilité de sa science. Depuis longtemps la magie ne servait qu’à alimenter les soirées au coin du feu, et il n’était pour beaucoup qu’un imposteur, capable de risibles tours de passe-passe. Ils voulaient du spectaculaire, et bien ils allaient en avoir. Jeremiah mettait au point une nouvelle méthode alchimique sans précédent. En mêlant habilement technique et le peu de magie qu’il pouvait solliciter de l’éther, il put après de nombreuses expériences malheureuses (d’où l’odeur de bois brûlé) sublimer des ingrédients par la magie. Avec un peu d’efforts et beaucoup de patience, il rendait parfaites les combustions, pures les essences, homogènes les mélanges, il arrivait à tirer la quintessence de tous les ingrédients, et cela donnait parfois des résultats étonnants. Il découvrit une réaction inconnue en mêlant poussière de souffre, phosphore et racine de lys-argent, porter le mélange au feu libéra une épaisse fumée d’un blanc immaculé qui le plongea dans un sommeil de plomb pendant deux jours. A son réveil il souffrait d’affreux maux de tête, mais son esprit était tout en joie des possibilités ainsi offertes.
    Aujourd’hui il s’essayait à une liqueur supposée décupler les facultés visuelles en dilatant les pupilles à l’extrême, et sans effet secondaire aucun. Il ne lui manquait plus qu’un cobaye.

    En cette belle nuit, Jeremiah marchait seul vers la chapelle de son domaine, tout content d’avoir trouvé son partenaire involontaire. Son domaine subissait de temps à autre les incursions de déplaisants pilleurs de tombe, et la chapelle avait déjà reçu plusieurs visites, toutes sans conséquence puisqu’il ne s’y trouvait plus rien à dérober, et grâce au soutien des villageois, ces maraudes n’allaient jamais jusqu’au domaine. Néanmoins les précautions avaient été prises et plusieurs subtils pièges jonchaient désormais le domaine. Jeremiah avait été prévenu par le fils du forgeron qu’une personne approchait la chapelle par la forêt quelques instants auparavant, et il s’y était dirigé sans tarder, toujours plongé dans ses expériences malgré l’heure fort avancée.
    A proximité de l’édifice en ruine, Jeremiah entendit un curieux éclat de rire s’envoler dans le ciel nocturne. Quelque peu dérouté, il ne s’en approcha pas moins de la voute et se trouva en présence d’une jeune vampire qu’il n’avait jamais vu, elle portait à merveille la beauté spectrale de ceux de sa race. Saluant poliment, Jeremiah s’inclina brièvement et s’approcha doucement, la main droite tendue, la gauche tenant son grand bâton d’argent bien en évidence. Il s’appuyait sur ce dernier comme s’il avait des difficultés pour se déplacer.


    « Mes hommages gente dame. Je me présente, Jeremiah dit l’Hirondelle, ravi de vous connaitre. »


    Et tandis qu’il s’avançait d’avantage pour lui serrer la main, il remonta cette dernière au dernier moment vers sa bouche et souffla dessus, paume vers le ciel. Une fine poussière qu’il tenait tout exprès déposée sur son gant s’envola et vint asperger la jeune femme en plein visage, tandis que lui reculait d’un bond, prêt à se défendre d’une réaction instinctive bien légitime. Aussitôt son regard se fit plus dur, sa voix plus ferme, et il poursuivit après un bref rire satisfait :

    « Le poison, et dire que l’on considère cela comme une arme de femme ! Navré de ce geste, d’ordinaire j’éconduis les pilleurs de tombe à coups de bâton, mais il se trouve que j’ai actuellement besoin de main d’œuvre, et vous tombez à point nommé. Une simple précision : si vous n’absorbez pas l’antidote approprié dans les six heures, vous tomberez paralysée, et six secondes plus tard vous serez morte. Puis-je donc compter sur votre pleine et docile collaboration ? »


    Jeremiah n’était pas mécontent de son effet. Proprement incapable une arme dans les mains, il compensait cette faiblesse au fil des ans par des ruses et des coups bas toujours plus retords. Et en cette belle nuit, il venait de se procurer un beau cobaye pour ses expériences, à la condition bien sûr que celle-ci se montre raisonnable. Et tout dans la voix et l’attitude de Jeremiah suggérait bien qu’il ne bluffait pas.
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Aleyna Rynsfall
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MessageSujet: Re: Un pan de nuit [Pv: Jeremiah l'Hirondelle]    Dim 20 Juil 2014 - 18:29

Un frémissement dans l'air et Aleyna tressaillit. Naïvement, elle avait cru que certaines choses allaient d'elles-mêmes. Que le caractère flamboyant et revêche devait à sa nature et qu'elle-même, transformée, deviendrait davantage bête sanguinaire qu'enfant chétive sur le qui-vive. La soif l'habitait d'instinct, mais ses sens transcendés ne cessaient de la plonger dans la plus grande perplexité. Un temps, elle s'était éclipsée, effrayée par la finesse de sa propre perception, terrorisée d'un froissement de tissu, d'un murmure au vent, du souffle mensonger de sa propre respiration.

A présent qu'elle s'était habituée à cette étrangeté nouvelle, elle ne savait qu'en rire, hésitant entre le prédateur intéressé et la biche aux abois. Aleyna n'avait pas soif. Mais elle était jeune, aussi sa satiété évoquait la servilité docile d'une enfant bien élevé, qui se comportait comme on le lui avait appris pour se resservir trois fois du dessert si la situation se présentait. Mais celui qui s'en vint n'attisait nul désir en elle, sinon celui de le voir partir. Peut-être la déesse était-elle lasse qu'Aleyna se montra si indigne à son égard. Peut-être l'écho de son rire l'avait-elle irrité au point qu'elle aiguilla celui-ci vers la chapelle au seul désir de la troubler dans sa quête de solitude.

Il offrait à la vue un spectacle qu'elle n'appréciait guère. Sans être repoussant, il se déplaçait avec maladresse, un éclat de lune arrachant à son bâton un éclat argenté. Faiblesse et fortune, voilà une combinaison qui ne pouvait séduire Aleyna. L'enfant avait grandi dans un monde où les faibles périssaient, et où ils n'acquéraient pas richesse, tant le sacrifice de leur existence à leur simple survie les accaparait tout entier.

Aussi eut-elle un mouvement de recul quand il s'avança. Voilà peu de temps qu'Aleyna jouait aux jeux de cour de sa dame, assez peu pour ne pas apprécier s'avancer aux devants d'inconnus, assez peu pour ne pas désirer non plus les voir franchir la distance qui les séparait. La jeune vampire avait beau gardé ses distances, elle ne put échapper tout à fait à la vilenie du poison.

Alors qu'il s'écartait, prêt à réciter sa tirade à la manière des aliénés et des tyrans, Aleyna bondit vers la sortie, laissant derrière elle les pierres fendues et l'écho d'un rire qui n'était plus le sien. De toute évidence, il s'agissait d'un fou, songeait Aleyna en essuyant vainement le poison dans le revers de sa manche. Sans quoi, que ferait un humain en territoire vampire ? Aleyna avait bien été humaine parmi les vampires, mais cette hardiesse-là, elle l'avait payé de sa vie.

En silence, elle le maudit. Une arme de femmes que le poison ! Il n'avait pas connu d'autres femmes que des catins dociles, prêtes à s'agenouiller contre une poignée de pièces. Emerence était un fauve, avec pour seul poison le venin de sa rage. Aleyna ne pouvait prétendre à l'égaler, mais par ce qu'elle était devenue, elle avait peine à concevoir une mort acceptable sans effusion de sang.

Adossé aux pierres froides du mur de la chapelle, le regard perdu dans les profondeurs des bois, qui jadis n'eurent été pour elle qu'un noir et impénétrable tissu de nuit, elle finit par répondre d'une voix calme :

« Alors je mourrai. »

Douce ironie qu'on imagina l'acheter pour sa vie, alors que de son vivant elle n'avait aspiré qu'à sa mort. Si tant est que le poison put altérer sa nature, elle qui se riait désormais de maux et breuvages, elle n'en avait cure, car l'inconnu l'avait marqué sous l'oeil de Calydon. Et la déesse se moquait bien des faibles et des suppliques. Aleyna avait jadis dédié sa mort à la déesse, et si celle-ci voyait un affront dans le don incomplet que signait sa transformation, alors elle ne lui ferait pas le plaisir de pleurer (des jérémiades pour Jeremiah eurent été des plus risibles).

Elle en avait servi d'autres en d'autres temps, mais cet homme aux mots cruels ne lui inspirait nul conscience. Si tant est qu'il l'eut empoisonné, et si tant est qu'il y eut un antidote, elle était plus que certaine de ne pouvoir l'ingurgiter. La seule chose qui ne l'a dégouta plus désormais était le sang, et la contrariété échauffait sa soif...
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Jeremiah l'Hirondelle
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MessageSujet: Re: Un pan de nuit [Pv: Jeremiah l'Hirondelle]    Ven 8 Aoû 2014 - 2:10

Jeremiah n'était pas mécontent de son effet. Bien sûr il aurait souhaité utiliser un procédé plus civilisé, il n'était pas un monstre, de plus il était très réticent à l'idée de s'en prendre à une étrangère, quelqu'un pour qui il n'avait aucun ressenti particulier. Mais voilà, elle se trouvait ici, sur ses terres, elle qui l'importunait dans sa paix nocturne. Elle devait donc, bien malgré elle, prendre part à ses petites expériences. Et puis en définitive, Jeremiah n'avait rien d'un héros il fallait l'avouer, ni même d'un elfe courageux. Son incapacité aux armes et sa peur du combat singulier l'avaient changé en un être retors et fourbe, attitude qui n'honorait ni son nom ni sa race, mais qui avait le mérite de le maintenir en vie, et le faire parvenir à ses fins. De plus, tout bien réfléchi, sa présence en ces terres vampiriques n'étant connue que de peu d'initiés, il pouvait très bien se permettre de se comporter en monstre, après tout ce pays en était peuplé. Quoi d'étrange à ce qu'il se comporte comme un autochtone ?

Seulement voilà, sa petite ruse ne sembla pas fonctionner comme prévu. Certes, ce plan était loin d'être parfait, mais pourquoi fallait-il qu'il rencontre sur l'un des seuls êtres conscients de cet univers que la mort indiffère ? Statistiquement la chance était pourtant faible. « Allons bon, il fallait que je tombe sur une nihiliste, » pensa-t-il en soupirant. Sa capacité à contrôler la suite des évènements était quelque peu écornée. Comment allait-il bien pouvoir lui faire avaler sa saleté de philtre de vision nyctalope à présent ? Tant pis se dit-il, quitte à bluffer, autant bluffer jusqu'au bout.

Il affecta un rire assuré, de celui qui prétend avoir le contrôle de la situation, et il croisa les bras, son bâton d'argent, symbole de sa charge de mage fièrement fiché en terre devant lui. D'une voix qu'il tentait de rendre ferme, il répondit à la vampire nihiliste :


« La mort vous indiffère, soit. Mais qu'en est-il de la douleur ? »


Laissant la fin de son discours en suspend, il s'éloigna d'un pas qu'il voulait tranquille, son bâton d'argent rythmant la marche. Tandis qu'il marchait vers son château, sa demeure, son nid secret, Jeremiah put laisser à son stress tout le loisir de s'exprimer, en contractant férocement la machoire, et en cherchant avec des regards inquiets un éventuel soutien sous le couvert des arbres. Mais n'étant pas plus nyctalope qu'un rat d'égout, il ne vit rien, aucun visage vampirique amical sous le couvert des arbres. Laissé à son sort, Jeremiah redoutait une éventuelle confrontation, mais plus que tout il redoutait que son secret soit éventé, qu'il perde l'usufruit de cette propriété immense acquise illégalement et recelant encore tant de secrets. Le jour où il aura lut le dernier livre, analysé la dernière gemme et retourné la dernière pierre des ruines alentours, il mettra le feu au domaine tout entier, pour ne jamais y revenir. Cette contrée lui pesait trop sur les nerfs, il se voyait constamment épié par des vampires, impatients de goûter à son sang elfique, ces vampires bien trop redoutables au combat pour qu'il ait la moindre chance de survie. Il pensa à son couteau au fond de sa besace de voyage, qui lui servait à couper les champignons, et qui était à quelques exceptions près son seul arsenal.

Arrivé devant le grand escalier du perron, Jeremiah s'assit sur les marches et, pour augmenter le réalisme de son personnage qu'il voulait maitre de lui et de la situation, il bourra une pipe d'un tabac foncé et l'alluma, s'efforçant de tirer calmement sur le tuyau de bois, tout en surveillant les ruines de la chapelle et le chemin qui y menait. Il affectait une posture détendue, mais personne, et surtout pas ses poumons, ne pouvait être trompé par l'ampleur et l'irrégularité de ses inspirations. Il avait honte de lui. Forcer la main aux gens, ruser, user et abuser, n'était décidément pas dans sa nature, et il se révélait de plus fort pitoyable à cet exercice.
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