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 Sang-Chaud et viande froide [+18] CLOS.

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MessageSujet: Sang-Chaud et viande froide [+18] CLOS.    Jeu 31 Mai 2012 - 0:54

Le sang ... Une chose si naturelle s'échappant d'une plaie béante qui ose encore porter l'emblème de la victoire aussi bien que de la défaite. L'essence d'une frénésie animale, la saveur de la bestialité capable de convertir un saint en une machine à tuer. Le fruit d'une œuvre intime, la satisfaction d'être la cause de cette déchirure ... Mais surtout, il possédait le pouvoir d'apaiser l'appétit féroce de Thorolf. Sa faim se comptait en litres, une seule victime ne suffisait pas ... Il y avait tant d'êtres à tuer, tant de malheureux à éradiquer, égorger, dépecer, annihiler pour extraire leur vitalité part une lame froide et tranchante ... Et dans de nombreuses occasions, à mains nues. Mais sa voracité s'étendait même jusqu'à se nourrir de chair de toutes espèces, de la viande de toutes races ... Même de ses congénères. La démence était en train de fausser son jugement, de lui construire une toute autre réalité où les meurtres étaient un synonyme de respirations. Il était désigné comme la Bête Noire de la meute de Drack, le cannibale de Thaodia ... Autant le calme que la frénésie semblaient être les seuls sentiments que pouvaient ressentir le seigneur des Drack. L'amitié était inexistant, les relations de confiance pouvaient s'établir difficilement ... Et l'amour, n'en parlons pas. Pour dire la vérité, Thorolf avait été affaibli par ce dernier sentiment quelques fois … La première à avoir séduis le vieux titan était une femme majestueuse qui apprécia la forme et la force du lycan. Elle s'était approchée de lui en mettant au grand jour ses avances. Tout ce que Thorolf se rappelait était de l'avoir décapité, d'avoir pris son crâne et de l'utiliser pour battre ses deux petites filles à mort. Le reste de la famille était venu quelques minutes après que Thorolf se soit évanoui dans la nature.
Ensuite, il y avait cette deuxième femme à l'aspect d'une indigène, la peau teintée et bronzée qui n'était pas certainement désagréable à regarder. Leurs yeux se sont rencontrés et un sourire a été échangé. Leur corps collés, Thorolf dut se baisser pour approcher son visage du sien. Elle tendit ses lèvres et … Thorolf les mordit sauvagement avec ses crocs en arrachant toute la chaire, puis ses mains se sont portées à son cou avant de sentir ses cervicales éclatées sous la féroce pression qu'il exerçait. Ah l'amour … Mais Thorolf se mentait, il avait rencontré des occasions où la confiance devenait durable. Kimaya et Nina-Lou avaient parvenu à capter son intérêt alors qu'elles se montraient différents de lui-même et de ses idéaux.

Quelle était la définition de la folie ? Aux yeux de Thorolf, il était facile d'y répondre : répéter une action encore et encore une fois, en espérant rencontrer un maigre détail qui pourrait annoncer un changement afin de briser ce cercle vicieux. C'est par ce mode de vie que le vieux colosse se forgea une sévère réputation ... Par la répétitivité de ses actions. En franchissant les limites du succès ou de l'échec, qu'importait. Que cela soit dans les conflits, dans les pillages ou dans le commerce d'esclaves ou de viandes, le seigneur des Drack ne pouvait plus se cacher et passer pour un simple et vulgaire étranger à l'apparence sauvage. L'ancien vagabond qu'il fut jadis s'était transformé en Maître de guerre pour arriver finalement à ce poste tant convoité : un chef de meute. Bien différent de ses semblables, il ne possédait pas les aptitudes pour acquérir la confiance d'un peuple par la persuasion, ni par la manipulation douteuse de la séduction ... Il dût donc se concentrer sur une intimidation féroce capable de faire pâlir le plus brave de ses guerriers. Il revoyait encore les images de son ancien peuple souffrant, malade ... La meute de Drack avait été une maladie atroce, un grave cancer. Thorolf n'a fait qu'annihilé toutes les cellules, sacrifier bons nombre de vie pour rebâtir une population nouvelle à son image. Personne ne pouvait comprendre qu'il venait de sauver une meute anciennement mourante. Mais peu lui importait, son objectif était un franc succès. Aucun lycanthrope n'avait osé s'interposer devant lui ... Sauf peut-être le traître menotté juste en face de son oeil unique.

Assis sur un tabouret en bois, Thorolf toisa le regard de son prisonnier d'un oeil noir et impassible. A ses côtés, plusieurs porcs suspendus par des crochets se vidaient de leur sang le groin en bas. Ses bras meurtris se trouvaient suspendus au-dessus de sa tête, c'était sans doute les membres les plus intactes de la torture. En effet, son corps violemment maltraité et déchiré à coup de pinces et de divers ustensiles préalablement posés sur une table était inondé de sang, de larmes et de sueurs ... Le visage complètement mutilé du mâle chercha à parler, mais des flots de sang s'échappa de ses lèvres en l'étouffant encore davantage. Sa langue arrachée à mains nues avait été ingurgité en face de ses yeux exorbités et douloureux par le chef de meute ... Le condamné savait exactement ce que Thorolf allait faire de sa misérable vie. Une place de choix était réservé dans la panse de son ancien maître. Mais avant d'être conduit dans les abattoirs, il devait en payer le prix. C'est d'ailleurs ainsi que le chef de meute décida de le dépecer vivant, savourant par la même occasion la qualité de la viande que pouvait posséder ce jeune infidèle. Des rivières sanguines serpentaient sur la totalité de son thorax avant d'imprégner ses jambes. Une mare de sang inondait le bout de ses pieds, à proximité de plusieurs dents brisées et d'un œil fraichement écrasé. Inutile de spécifier qu'après de pareilles descriptions, son prisonnier n'était déjà plus de ce monde ... Mais il lui rappela certains événements auquel il avait parvenu à en rire sincèrement.

La nuit passée, au cours d'une rixe pitoyable en pleine rue, il était parvenu à trancher la jambe d'un étranger venant de l'extérieur, puis à l'utiliser comme masse jusqu'à rompre ses cervicales. Le corps s'était tut après un craquement sinistre et bref. Encore, cela n'était rien lorsque ses pensées lui dessinèrent l'événement du mois passé. Il avait osé ouvrir verticalement le thorax d'un elfe avant d'y plonger ses mains jusqu'aux coudes en étirant violemment la plaie sur les côtés. Dire qu'il avait plongé sa tête à l'intérieur serait quelque chose de dément. Mais un rire d'aliéné était monté au plus profond de lui, ses pommettes effleurant des organes ensanglantés, il se noya presque à l'intérieur des entrailles de son ancien ennemi. Il n'y avait rien à dire ... Les intrus et étrangers n'étaient de loin pas apprécié dans ces contrées. Ainsi, la vie resta belle.

"Libérez-le. Ensuite, empalez-le en pleine rue. Les affamés s'occuperont des restes."

De la viande gratuite. Difficile de faire plus généreux pour un tel dirigeant. Plusieurs fidèles se mettaient en mouvement et trainaient le nouveau défunt hors de la chambre froide accompagné du chef de meute. Un blizzard s'était levé entretemps, un froid glacial pénétra dans sa peau comme une lame meurtrière. Il se déplaça avec véhémence jusqu'à son habitation quand un de ses sergents l'interpella de vive voix. Thorolf s'arrêta net et attendit l'information sans même faire face à son acolyte.

"Une étrangère se trouve en face de nos portes."

Le vieux lycanthrope secoua de la tête en réprimandant d'une voix rauque :

"Le passage est libre pour tout le monde, même si c'est à eux de mesurer les risques."

La tempête de neige commença à recouvrir ses épaules ... Il était difficile même pour un loup-garou de son espèce de pouvoir y résister très longtemps.

"Maître ... Elle veut vous voir."

Quoi ? C'était insensé ... Thorolf ne se risqua pas à demander si elle était accompagnée ou non. Avec un tel blizzard, il aurait été difficile de déterminer avec exactitude si elle avait mené ce voyage en solitaire uniquement pour avoir un entretien avec le cannibale. Intrigué et mécontent qu'on le dérange à cet instant, il approuva d'un signe de tête. Le soldat nota la décision avant de s'engouffrer à nouveau dans la brume enneigée. Le chef de meute continua sa marche jusqu'à atteindre son domicile : le plus grand abattoir de la cité. Des garde défendaient l'entrée, puis laissaient passer le chef sans sourciller. Une fois à l'intérieur, il traversa le hall où demeurait une orgie de lycanthropes qui possédaient le sang des véritables Drack. Mâles et femelles copulaient sans honte en savourant des viandes diverses que quelques esclaves offraient sur des grands plateaux en cuivre. Les différents couples se mélangeaient sans cesse, d'autres prenaient le temps de s'allonger sur des coussins, d'autres plus impatients se jetaient dessus sur le sol froid et encore sanglant des animaux qui venaient d'être étripés la veille. Les femelles se soumettaient pour répondre au mieux aux pulsions sexuelles de leur partenaire, mais la domination était réciproque. Certains avaient leurs poings liés sur les chaines des crochets pour assouvir leurs fantasmes dans un respect mutuel et sauvage. Des gémissements et des halètements divers se laissaient entonner dans le vaste hall où des chandeliers brûlaient au-dessus de ces bêtes affamés.

Thorolf franchit le hall pour arriver à un salon plus petit, quasiment vide. Les échos insolites de ses fidèles restaient cachés derrière les murs. Il poussa une table en granit au centre de la pièce et disposa deux chaises l'une en face de l'autre. La luxure n'avait jamais intéressé le lycanthrope. C'était un concept inutile pour lui. Toute sa richesse se produisait dans son commerce d'armements, de viandes et d'esclaves. D'ailleurs, les revenus se montraient fructueux ... Aucun garde ne surveillait l'intérieur de la salle. Le seigneur des Drack se montrait comme un guerrier impitoyable et carnassier, il n'avait pas besoin d'une quelconque protection. Il s'assit au même moment où un esclave humain et frêle fit son entrée afin de disposer un couvercle rempli de viandes et une carafe de vin. Il disparut aussitôt après avoir baissé sagement la tête en face du vieux colosse mais Thorolf le retint.

"Reviens et approche."

L'humain trembla de toutes ses jambes. Il fit lentement volte-face et se dirigea vers le chef de meute. Ses gestes subissaient des spasmes incontrôlables, la gêne et l'inquiétude le rongeaient entièrement. Mais le vieux loup ôta une tranche de viande du plateau et le tint en face de l'homme.

"Mange."

L'esclave était bouche bée. Il avança sa main plus rapidement afin de s'emparer de la fine côtelette. Il mordit dedans et extirpa la matière de l'os avec une gourmandise particulière. L'humain sembla apprécié ce cadeau car son visage s'illumina faiblement. Mais il suffit que Thorolf cite une phrase pour que l'illusion se brise :

"C'est de l'humain. Comme toi."

L'esclave se figea brusquement. Des écumes de salive commençaient tout juste à inonder ses lèvres, un puissant haut-le-cœur s'extirpa de sa bouche mais il parvint à se retenir à temps. Ses yeux commençaient à briller, l'incompréhension et la surprise avaient été totales. Il s'inclina maladroitement en balbutiant un remerciement d'une voix brisée. Il disparut ensuite dans le hall où l'orgie ne faisait que redoubler de violence ...
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MessageSujet: Re: Sang-Chaud et viande froide [+18] CLOS.    Jeu 31 Mai 2012 - 14:04

- DESTINATION DRACK -

Le trajet lui avait paru long, vraiment long de par ce froid qui vous gelait la peau malgré l'épaisse fourrure qui la recouvrait. Pourtant, elle avait pris cette décision sans hésiter devant la main glacée qui étreignait l'ensemble d'Ephaelya. Quittant sa meute au petit matin, elle avait gagné les grottes, traversant ainsi une partie du territoire sans crainte, sous terre. Une fois la lumière du jour caressant de nouveau son poil, elle était passée devant l'Egorgeur du Dragon, pas loin de la Déchirure par la suite. Après avoir longé le marécage où subsistait encore les souvenirs d'une étrange rencontre pour elle, la louve laissa derrière elle le Mont Hurleur. Elle foula l'orée de la Forêt des Damnés pour parvenir enfin aux limites de la Meute de Drack. Sylviana n'était pas venue seule et ses loups s'étaient arrêtés au gré du chemin. Chacun connaissait son rôle et partait à la pêche aux renseignements. Sa venue lui permettait aussi de mesurer l'ampleur du pouvoir des Dracks et de l'aliénation de leur dirigeant. Elle n'appréciait guère les échanges qui s'étaient mis en place avec d'autres espèces mais il avait pour lui cette sauvagerie qui pouvait servir les dessins de la louve. Encore eut-il fallu prendre l'ascendant sur lui et cela, Sylviana en était persuadée ne serait pas chose aisée, voire peut-être impossible mais qui ne tentait rien, n'obtenait rien. Après un voyage de plusieurs jours, c'est seule qu'elle se présenta aux portes de la meute de Drack. Sous sa forme animale, elle n'entra pas, attendant que l'on vienne quérir sa requête. Ce fut chose faite par un deux-jambes. Qu'avait-il donc tous à préférer cette apparence si décadente. Elle se fit comprendre et attendit encore.

Elle humait l'air dont le parfum le plus prononcé était celui du sang. Ces deux fragrances réunies pour n'en former qu'une seule, un mélange de fer et de chair. Ses oreilles étaient en perpétuel mouvement épiant les moindres bruits, cris, râles d'agonies ou de plaisir. Le tout mélangé en un requiem qui faisait froid dans le dos, même pour elle qui prônait le côté animal mais là, il s'agissait de toute autre chose. Elle n'avait préparé aucun discours pompeux durant son voyage, se contentant d'écouter, de mémoriser, d'apprendre. Derrière ses iris dorées, brillait une lueur indéfinissable alors qu'elle repensait au charnier dont elle avait été le spectateur en se dirigeant sur les terres des Vampires. Un charnier qui avait recouvert le sol de la Forêt des Damnés de cadavre de lycans. Elle avait su plus tard, que sa meute actuelle n'avait pas été visé mais qui alors ? Ce fut une information qu'elle ne put jamais obtenir. Le froid incisif mordait cruellement ses chairs et la venue de son guide fut salvatrice. On la mena vers ce qui ressemblait à un immense Garde-Manger. Ce qu'elle vit ne l'émut point, habituée qu'elle était au repas sanglant d'une meute affamée, toujours avide de chair et de sang frais. Non ce qui allait la déstabiliser viendrait après, juste après l'entrée dans ce hall.
- DANS L'ANTRE DE LA BETE -
Le cliquetis de ses griffes sur le sol était complètement noyé par le capharnaüm d'une orgie bestiale et sanglante. Jetant un regard désabusé, la femelle gronda. Elle avait l'esprit de famille et les voir ainsi copuler sans respect de leur véritable partenaire lui donnait la nausée. La luxure n'était pas non plus le cheval de bataille de la louve. Elle avait d'ailleurs les idées très arrêtées à ce sujet et ce qui se déroulait sous ses yeux n'y collait point. La meute entière avait cédé à la folie, dévoilant par là-même une faiblesse criante. Leur chef en était-il seulement conscient ? Sylviana n'en doutait pas un instant, pensant même qu'il devait en jouer. Ils n'étaient plus des loups mais bien la plus avilissante représentations du mélange de l'homme et de la bête. De son point de vue à elle, bien évidemment. Son passage ne fit pas le moindre émule, ils étaient bien trop occupés à se bâfrer et à se rouler dans la fange pour s'inquiéter de la venue d'une étrangère. L'odeur, la vue et le bruit des mâchoires s'arrachant la barba éveillèrent la faim de la louve. Son dernier repas remontait à la veille et bien que conséquent, il était difficile voir impossible pour elle de résister à un tel étalage. Pourtant, elle ne croqua ni ne déroba aucun morceau. Pas question de se retrouver au milieu d'une échauffourée où elle pourrait sans nul doute devenir le plat de résistance. Aussi reporta-t-elle son attention sur la sécurité des lieux.

Aucun garde, cela confortait bien la réputation de leur chef mais en disait long aussi sur l'assurance qu'il avait, la confiance absolue en ses capacités. Un lycan dangereux et dont le cannibalisme même envers sa propre meute la déroutait. Enfin c'est ce que l'on disait et elle se remémora les cadavres de la Forêt des Damnés. Avaient-ils fini dans la panse de leurs assaillants ? Cela la dérangeait moins car il s'agissait de rivaux, de ce qu'elle avait pu apercevoir et comprendre. Une partie serrée allait se jouer où la louve n'était même pas sûre d'en sortir vivante. D'ailleurs des instructions avait été donnée au cas ou. Quelle folie l'avait donc menée ici, folie ou inconscience ? Sylviana avait-elle perdu la raison ? Bien loin s'en faut, la louve qui allait au devant de Thorolf Gunnar était saine de corps et d'esprit. Enfin si l'on put dire tant la colère et le désir de vengeance des générations précédentes irriguaient ces veines, gonflaient son coeur, dirigeaient chacun de ces gestes, chacune de ces décisions. L'avènement de ce lycan jetait un pavé dans la mare. Un pavé qui allait servir la libération de Grinak si elle menait son affaire avec finesse. Il était temps de lever le voile, de rendre gloire au seul lycan qui avait réellement compris et mené son peuple. Même si pour cela, elle devrait peut-être se courber.
- PREMIER VISU -
Une louve noire comme une nuit sans lune pénétra dans une salle attenante, d'où un véritable deux-jambes vraisemblablement brisé moralement et physiquement était sorti quelques instants auparavant. Son odeur largement recouverte de la peur qu'il éprouvait était encore très présente dans l'air. Si forte, si alléchante mais une autre bien plus musquée, plus sauvage ne tarda pas à emplir ses narines. Le vieux lycan, car c'était bien un vieux lycan assis sur une chaise puait la folie. Etait-ce seulement possible ? Une odeur comme celle-là jamais encore auparavant, elle n'en avait senti. Sylviana ne prit pas la peine de prendre place sur la chaise. Elle vint s'asseoir en face de lui, droite sur son séant, ses yeux accrochés au sien. Si la folie avait eu une forme, une silhouette, elle aurait sans nul doute prit celle de Thorolf Gunnar. Un oeil mort qui rendait la lueur du vivant encore plus anormale, inquiétante, la droite d'un visage taillé au burin barrée de marquages. Des cheveux blancs, une barbe de la même couleur, hirsute. Des cicatrices violacées couraient sur ses bras, un témoignage incontestable. Le reste de son corps, Sylviana l'imaginait sans peine. Probablement aussi marqué par la violence, la douleur, la déraison que ce qu'elle pouvait voir de son interlocuteur.

Ses iris ocres le détaillaient, le jaugeaient mais sans aucune once de jugement. Non elle apprenait déjà ce qu'il voulait bien lui transmettre par ce simple face à face. Sa peur, la louve l'avait refoulée au plus profond d'elle. Qui serait assez fou pour ne pas redouter un minimum un tel adversaire ? Alors elle pensait à Grinak, à celui qui donnait un sens à sa vie, celui pour qui elle mourrait aussi. Une lueur déterminée, indomptée brillait au fond de ses prunelles dilatées. Elle allait enfin se présenter lorsqu'un grondement sourd agita son être. Son ventre criait famine et elle crut mourir de honte, échappant un grognement désappointé. La tête sur le côté, une oreille couchée et l'autre tendue vers Thorolf, elle attendait que cela passe. Comme présentation, on ne pouvait faire pire. La louve hurlait intérieurement mais cela ne se voyait guère à l'extérieur. Toutefois derrière le masque amusé qui figeait sa gueule, on pouvait apercevoir un brin de fureur, fureur qu'elle dirigeait contre elle.
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MessageSujet: Re: Sang-Chaud et viande froide [+18] CLOS.    Ven 1 Juin 2012 - 12:03

La porte se referma avec maladresse. Aussitôt, des délires obscènes envahissaient les pensées du chef de meute. Il voyait sa mère éventrée de toute part s'avancer et s'asseoir en face de lui, son père qui possédait le dos constellé de flèches et un museau littéralement broyé se tenait à ses côtés. Un jeune garçon qui ne possédait qu'un oeil était debout sur la table en granit ... Il ne le reconnaissait que trop bien. C'était le symbole de sa démence. L'emblème de ses tourments. Le jeune Thorolf qui jouait avec son oeil perdu, toujours agrippé au fond de son poing. Son orbite ne cessa de dégouliner une substance noire et graisseuse dont il ignorait totalement l'origine. Il voyait son ennemi sans même devenir l'accusé. Porteur d'un fardeau sans âme, il ne voyait en fait rien du tout. Tout était déjà assemblé et structuré dans sa tête : sa propre réalité. En regardant le monde tel qu'il pouvait le voir, tout était chamboulé. Même l'histoire d'Ephaëlya et ses nombreuses légendes avaient cessé de perdurer et d'être suffisamment entonner pour le garder à l'esprit. Tout n'était qu'une construction chimérique à l'intérieur d'une spirale de pyramides. Les murs commençaient à fondre, sa vision devenait atrocement flou ...

La porte s'ouvrit enfin au même moment où sa clarté redevenait sensée. Entre le départ de l'esclave et l'arrivé de son invité, seulement quelques secondes s'étaient écoulés. Mais Thorolf avait vu cette attente comme une éternité. Peut-être était-ce ses délires lunatiques qui le poussaient à s'impatienter de la sorte, dans tous les cas son attitude était perturbé comme si deux étaux chauffés à blanc étreignait son crâne avec force. Les visions incohérentes s'étaient apaisées car dès à présent, la concentration du colosse se dirigeait vers son interlocutrice. Mais personne n'entra, seul le garde referma aussitôt la porte. Thorolf haussa le sourcil en signe d'incompréhension quand il se rendit compte rapidement que des cliquetis vifs se rapprochaient de lui. Un loup. Ou plutôt une louve le regardait juste à proximité de ses grands pieds nus après avoir fais le tour de la table. Pas un mot ne franchit ne s'extirpa de ses lèvres, pas un son ne fut entonné. La communication se faisait visuellement, par un regard prononcé et déterminé. Les deux se traquaient comme des bêtes. L'animal portait une fourrure d'un noir ébène, très sombre et obscure. Il toisa les deux prunelles dorées de la femelle et y plongea son regard à l'intérieur comme deux vastes océans auquel il pouvait entrevoir légèrement le reflet de ses cheveux blancs. Leur regard n'avait rien d'interrogateur, n'attendait pas non plus que l'un se défile ou non ... C'était comme flairer le parfum corporel de son invité, humer ses émotions actuelles afin de mieux le connaître. Déceler l'ombre d'une personnalité sans un mot. Ses yeux à elle débordaient de défis et d'une volonté qui paraissait inébranlable ... La peur ne se décela aucunement, malgré le fait qu'une légère crainte de s'être jeté ainsi dans la gueule du loup soit un acte insensé ... Thorolf le savait. Elle voulait tout connaître de lui, l'analyser jusqu'au plus profond de son caractère. Les odeurs, l'aura qui émanait de lui ... Elle captait toutes ses informations avec un odorat bien plus poussé que le sien. Savait-elle au moins qui était réellement Thorolf ?

Il était cette maladie constituée de bactéries néfastes prêt à exterminer son prochain, sans le moindre scrupule, sans la moindre raison. Il représentait cette fumée nauséabonde et empoisonné que l'on pouvait voir sans l'attraper avec les mains. Il était la plus minuscule idée de cet univers capable de déchaîner une furie apocalyptique. Malgré ses maigres convictions, Thorolf restait une entité unique. Mais que se passait-il lorsqu'un loup comme lui rencontrait une tout autre entité qui n'était pas baigné dans la profonde illusion de ce monde, la démence ? Il dévisagea son invitée avec la légère conviction que rien n'allait se passer, qu'aucune idée n'allait aboutir. Comme si le temps s'était soudainement suspendu, comme si une illusion nouvelle allait être crée sous peu pour alimenter sa folie meurtrière. Le visage du seigneur des Drack se remit en marche. Il avança son visage avec douceur en direction de la femelle qui cette dernière resta posée durant cette légère action. Son nez effleura le museau de l'animal.

Thorolf n'était pas invincible, loin de là ... Il n'était pas une divinité. Mais le fait de croire à son esprit qu'il était vivant, que son cœur continuait à battre, lui poussait à entamer les actions les plus folles. Si une armée se jetait contre lui, il aurait foncé tête baissée contre la masse sans même s'en rendre compte que la mort pouvait l'attendre au final. Tout fonctionnait grâce à son instinct, ses comportements primitifs étaient digne d'un lycanthrope. Son nez effleura à nouveau la pointe de son museau ... Encore un peu plus et il commencerait à gronder en marquant une profonde hostilité. Mais une autre sonorité retint toute son attention. La mélodie d'un ventre creux résonnait dans la salle. Le visage du vieux colosse recula son visage et se repositionna sur sa chaise. Elle était affamée ... Mais pourtant ce n'était pas des jérémiades qui s'échappaient de sa gueule. Plutôt une colère intime, une profonde amertume envers elle-même. Encore heureux, si elle s'était présentée devant lui en espérant avoir la permission de se nourrir ... Thorolf l'aurait bien décapité en sciant sa gorge à l'aide d'une faucille dentée. Un puissant rugissement s'échappa de ses lèvres, il se leva en propulsant la chaise d'un coup de talon derrière lui. Son ombre gigantesque recouvrit le corps de l'animal qui malgré tout resta à sa place. Thorolf allait la dévorer ... Il allait l'étriper et l'éviscérer purement et simplement. Mais il ne s'exécuta pas. Une odeur très lointaine émanait d'elle ... Comme un vieux souvenir impérissable mais auquel le chef des Drack avait déjà goûté une seule fois dans sa vie. Un parfum de guerre remplit d'une dignité immuable, un arôme de sauvagerie à l'état noble et pur : l'odeur de Grinak. Une voix rauque surgit dans la salle :

"Cette odeur ..."

Pas de doute. Il pouvait la reconnaître entre mille. Mais elle, qui était-elle ? L'attitude de Thorolf se refroidit, comme si l'atmosphère avait accueilli la tempête de neige extérieure où ses cendres apocalyptiques se seraient déposés sur son visage. il dût changer de chaise car il venait de briser la précédente. Sa main empoigna le plateau de cuivre et le déposa en face de la femelle. Cette dernière ne se fit pas attendre pour attaquer immédiatement l'offrande du vieux titan. Les tranches de viande étaient savoureuses et entretenus avec qualité, même si certains morceaux étaient retirés de la peau de toutes les races possibles. Il décela même une partie d'un ancien Vajura. L'oeil valide du chef l'observa froidement la louve se mettre à l'oeuvre ... Des questions sans réponse émanait d'elle. Il sentait qu'elle n'était pas venue ici pour rien. Peut-être y avait-il quelque chose à en tirer en fin de compte. Il supposait déjà l'intérêt de l'inconnue. Elle voulait sa force et sa brutalité, chose simple et logique lorsqu'on dirigeait une meute où les loups étaient de véritables aliénés. Des bouchers meurtriers, des parias corrompus, des stratèges manipulateurs, des survivants de guerre ayant l'esprit trop instable pour être jugé comme "normaux" et sains. Thorolf les accueillait tous ... Car lui seul percevait le potentiel que les "fous" et les "déments" pouvaient posséder. Ils étaient aussi redoutable que n'importe qui, peut-être même beaucoup plus.

Le colosse dût régler certains cas extrêmes ... Certains psychopathes schizophréniques ne pouvaient arriver à se taire. Ils devaient hurler comme un lycanthrope primitif en s'étouffant à moitié. Thorolf s'était déjà occupé d'eux en cousant grossièrement leurs lèvres à vifs. Un guerrier autre qu'un Drack qui fait face à ce genre d'énergumène voit déjà sa fatalité en face de lui. L'impact visuel est si intense que le guerrier en est déstabilisé. Personne n'était mauvais dans la meute, Thorolf n'était de loin pas chaotique ... C'était les autres qui le jugeaient ainsi en posant leur doigt accusateur sur sa personne. Ils trouvaient les actions du dirigeants comme inhumaines. Sottises, pures conneries.

Mais elle, que recherchait-elle véritablement ? Qu'était-ce donc son projet pour avoir l'aide du seule symbole d'une nouvelle désolation dépravée, de la noirceur d'une guerre déchirée ... Mais avant tout d'une grande populace rejetée et anciennement opprimée. Tous portaient la haine dans leur coeur, le goût âcre de la colère les conduisaient à devenir les plus féroce lycanthropes de tout Thaodia. C'était cela le fruit de ses recherches. Il espérait bien qu'elle n'était pas ici pour aboutir à des transactions commerciales. Les Drack n'étaient pas les plus loyaux, ni les plus sages ... Encore moins les plus disciplinés. Mais leur atout majeur était cette bestialité nouvelle capable de franchir n'importe quel obstacle en s'imposant comme un véritable lycanthrope dominant. Des aptitudes capable de former une sanglante terreur poussée à l'extrême, le genre de choses qui rendait un Drack si différent de ses semblables. Intimidés, désemparés, apeurés, angoissés ... Voilà des sentiments auxquels la foule extérieure avait prit l'habitude d'afficher avant de sombrer dans les abysses. Un Drack ne tuait pas. Il massacrait. Il éradiquait. Il exterminait.
Il attendit patiemment que le repas de la louve soit presque entièrement consumé lorsqu'il l'invita à s'asseoir avec un geste bref.

"Parlons. Mais parlons franchement."
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MessageSujet: Re: Sang-Chaud et viande froide [+18] CLOS.    Mar 5 Juin 2012 - 10:56

- LA RAISON DE LA VENUE DE SYLVIANA -


La louve se redressa sur ses quatre pattes lorsque le colosse fou bondit en hurlant. Le corps tendu comme prêt à recevoir un uppercut, elle ne gronda pas ni ne flancha. Sa folie à elle s'était Grinak et même si elle devait aujourd'hui mourir sous la dent du vieux lycan, rien n'arrêterait la machine qui s'était mise en route. La chaise n'était pas dans la trajectoire de Sylviana mais cette démonstration la laissait perplexe. Etait-il finalement complètement fou, irrécupérable au point de ne pas se contrôler ou au contraire, jouait-il son rôle à la perfection ? En ce moment et devant le spectacle qui lui offrait difficile était de deviner la bonne réponse. Pourtant ce qu'elle lut alors dans l'expression démente de son seul oeil valide était une sentence de mise à mort. Soit mais elle ne se rendrait pas sans se battre, sans lui laisser un souvenir et c'était son unique fenêtre sur le monde qu'elle viserait en premier. Deux petits mots dont l'impact n'échappa guère aux protagonistes. Pour Sylviana, c'était là l'assurance temporaire de quelques minutes de survie ou peut-être plus. Une voix grave, enroulée d'un voile d'expérience déraisonnée. De la chaleur des passions exacerbées, des folies sanguinaires, on passa au froid glacial, implacable et tenace qui sait si bien s'insinuer entre deux ennemis de longue date. Comme si le vieil aliéné en face d'elle retrouvait quelqu'un, qu'elle n'était assurément pas. Ses pattes arrière se plièrent alors que son hôte retrouvait une place assise lui aussi. Occupant par là-même la seule chaise restante, Sylviana n'en avait cure. Confortablement installée sur son séant, elle baissa alors la tête, humant le délicieux fumet d'une viande fraîche et juteuse. Ni une ni deux, elle avala goulûment de nombreux morceaux, en laissant sciemment certains de côté, doutant de leur provenance. Elle s'était redressée, la position étant bien plus favorable pour apprécier l'apport qui emplissait sa panse. Dévorer du lycan n'était pas un souci pour elle mais encore fallait-il être sûr qu'il ne s'agissait pas d'un Sang-Chaud devenu viande froide. Même si aucun des siens ne manquait à l'appel lorsqu'elle était partie, elle n'aurait pu dire d'éventuels loups en quête de connaissance et bourlinguant dans les différentes contrées d'Ephaelya. Durant ce repas bien venu, elle put sentir le regard interrogateur qui glissait sur elle. Prenait-elle un soupçon d'avantage malgré la distance qu'il venait d'instaurer entre eux ?

Repue, elle se lécha les babines et s'installa sur son séant. Ses yeux se posèrent de nouveau sur le lycan et elle garda sa forme animale. Un lycan pouvait en comprendre un autre et ce, quelque soit son apparence. Ce furent des grondements, des jappements qui s'échappèrent de sa gorge, de son poitrail, de tout son être mais les mots parvenaient distinctement aux oreilles du vieux Lycan. Un affront ? Pas vraiment, Sylviana était ainsi, elle arborait sa forme humaine et ne la prenait qu'en de très rares occasions et s'il elle était devenue femme à ce moment, il lui aurait semblé manquer de respect au Chef de Meute mais surtout à Grinak.

" Je m'appelle Sylviana Moraleska, je suis le Chef de Meute des Sang-Chaud. "

Aucune fierté mal placée ne vint colorer ses mots, seulement un constat placide. Elle dardait sur lui un regard serein, peut-être trop flegmatique.

" Si je me présente aujourd'hui à vous, c'est que je déplore la tournure, le nouveau chemin qu'emprunte la grande majorité des Lycans. Des cinq meutes officielles, il semble que seules les deux nôtres correspondent encore à la définition même d'un lycan. Beaucoup trop d'entre nous sont menés par leurs hormones, leur besoin de frayer avec d'autres espèces. Ils deviennent des deux jambes oubliant par là-même, le sang si précieux qui coule en leurs veines, leur véritable raison d'être et cela m'importune, me dérange. "

Les mots pouvaient sembler cocasses ainsi déblatères mais la louve ne se cachait pas derrière des simagrées, derrière une diplomatie qu'elle avait toujours réfutée. Elle enregistrait mine de rien les expressions qui passaient sur ce visage tanné par les années. Le vieux fou se contrôlait plutôt bien mais Sylviana n'était pas du genre à lâcher aussi facilement. Elle fouillait chaque parcelle de sa peau, guettait le plus petit plissement, le mouvement même infime d'une ride. Toutefois, elle dut reconnaître qu'il n'était point évident de percer la folie du cerveau dérangé qui bouillonnait sous ses cheveux en bataille.

" Votre réputation d'aliéné sanguinaire vous précède, vous suit et se retrouve dans chaque action que vous menez. Après, il m'est impossible de dire si tout cela n'est pas exagéré. Mais je pense qu'à nos deux meutes, nous pourrions prendre le contrôle de Thaodia et remettre les nôtres dans le droit chemin ou les envoyer nourrir les crevards du gouffre. "

Le ton utilisé par la louve était détaché, enrobé d'une haine subtile mais profonde. Pourtant c'était à peine si ce sentiment pointait aux travers de ses termes. Avec le temps, sa meute avait développé cette faculté d'atténuer, jusqu'à masquer entièrement leurs sentiments. Leurs existences n'avaient jamais été réellement certifiées et pourtant aujourd'hui, ils étaient parvenus au sommet, bien décidés à garder les rênes en mains et à donner Thaodia au Sanguinaire. Mais pas le vieux fou qui se trouvait face à elle. Non, le tout premier Sanguinaire. Le nouveau règne de Grinak, bientôt, bientôt.

" Il est temps d'unifier les lycans et de dominer Ephaelya qui représente un véritable Garde-Manger ambulant. Mais ce n'est pas avec l'état actuel des meutes que nous y parviendrons. Un grand nettoyage s'impose et je compte bien le mener à terme, afin de reprendre la voie ouverte par mon Illustre Ancêtre et vaincre définitivement. Ce nettoyage se fera avec ou contre vous mais il serait dommage de nous entretuer alors que nous portons le potentiel des lycans par nos modes de vie. Sachez toutefois que je me réserve les Nord-Bois et que les Crocs Noirs devront se soumettre les premiers. "

Le ton n'était pas présomptueux, étrangement. La louve pensait réellement chacun de ces mots. Bien évidemment, Sylviana ne connaissait pas les liens qui pouvaient unir les Dracks aux autres meutes mais à vrai dire, elle s'en fichait royalement. Son monologue s'arrêta là et la louve se lécha la patte avant droite. Pour sûr, ce n'était pas tout mais pour le moment, il était inutile de tout dévoiler d'un tenant surtout que le colosse pouvait bien lui éclater de rire au nez et la renvoyer dare dare dans sa meute en petits morceaux. La morgue de la louve refit surface, ses yeux roulant dans ses orbites, la tête penchée sur le côté, la langue pendante. C'était son jeu favori et cela ne durait généralement pas plus de quelques secondes après lesquelles, elle redevenait impassible. Elle n'était pas folle, non elle prenait le parti de s'amuser rien qu'en pensant à la suite éventuelle de cette entrevue. La louve lui montrait par là-même qu'elle ne le craignait que peu, une autre terreur planant bien au-dessus pour elle mais dont elle gardait le secret absolu sur son origine. Sa patte reposée, elle se concentra à nouveau sur le Drack et attendit sa réponse, sagement ? La louve espérait s'adjoindre le soutient des Dracks. Ce serait là une magnifique vengeance, un délicieux pied-de-nez au meneur des responsables de l'emprisonnement de Grinak et de l'errance injustifiée des siens.
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MessageSujet: Re: Sang-Chaud et viande froide [+18] CLOS.    Mer 6 Juin 2012 - 23:14

Elle était différente. En tout cas, elle parvint à retenir l'attention du chef de meute suffisamment longtemps pour que ce dernier lui offre un intérêt particulier. Son apparence de fauve resta inchangé. Etait-ce là une démonstration de dignité poussé au summum, une quelconque fierté à rappeler l'origine de tout lycanthrope digne de ce nom ? Les questions débordaient dans son esprit pendant que les réponses s'embrasaient trop vite. Ce n'était pas ses yeux profonds qui l'analysait méticuleusement, ni même la teinte de sa fourrure d'un jais très prononcé ... Elle se tenait devant lui comme si elle l'avait déjà fais autrefois. Comme si cette situation s'était déjà présentée dans le passé. Comme si tout deux s'était rencontré dans cette même salle, et qu'elle se tenait juste ici oui ... Par là exactement ... En train de l'observer pendant que ses fesses rompaient légèrement la surface d'une chaise en bois. Un air de déjà vu. C'était ce que l'instinct primitif lui dictait : un pressentiment. L'honneur qu'elle affichait se montrait comme une mutilation bancale, une manière qu'elle avait toujours opté. Elle ne chercha pas à être au-dessus de Thorolf. Pas même en-dessous. Elle ne cherchait qu'à le regarder, observer ce que le temps et le passé a fait de cette vieille créature barbue au fil des années ... Pouvait-elle entrevoir les reflets d'un passé rompu et désormais nauséabond ? Avait-elle les capacités d'attirer sa confiance ne serait-ce fut qu'un instant ? Oui. Elle était différente.

Ce n'est qu'une fois rassasié que la louve s'exprima clairement dans sa tête. Ses aboiements secs et parfois agressifs allant même jusqu'à devenir imposants résonnaient clairement comme une seconde langue que Thorolf comprenait sans difficulté. Durant les explications, Thorolf la toisait d'un regard impassible et froid. Il la fixa ainsi sans sourcilier, sa concentration décortiquant chacun de ses mots en y ajoutant un sens. Il l'écouta avec attention et ne se laissa distraire par aucun autre élément de la pièce. Le colosse la laissa parler sans même l'interrompre ne ce fut qu'une seule fois. Ce n'était pas une question de politesse ... C'était une logique qui définissait un geste normal à accomplir. Thorolf avait trop d'ennemis pour les compter juste avec les doigts d'une seule main. Ce n'était pas une notion dont le lycanthrope dominant avait peur pour la survie de sa meute ... Il avait réussi là où les autres avaient échoué, même si les Drack portaient l'image de rongeurs vivants, des parasites affamés, des bactéries néfastes ... Tout comme un cancer, lorsqu'un Drack meurt, deux autres le remplacent. C'est le phénomène de l'Hydre. En découpant une de ses têtes visqueuses, la tête tranchée est multipliée par deux. Drack était cette multiplication. Drack était ce cancer et Thorolf y voyait là comme un système redoutable que personne ne pourrait achever au premier coup d'épée. Si ses ennemis voulaient causer sa perte, en finir avec le tyran ... Ils devraient s'en prendre à tous les lycanthropes de la meute. Même les femmes, même les petits louveteaux ... Et s'ils y arrivaient, si ses frères et sœurs des différentes meutes parvenaient à commettre ce génocide pour l'éliminer complètement, pour achever son ordre ... Ils ne vaudraient pas mieux que lui. Au contraire, ils deviendraient comme lui. Des animaux bestiaux et sans cœur. Ils auraient été l'origine d'un massacre brutal et sanguinaire. Juste comme Thorolf. Juste comme leur défunt adversaire. Oui ... La meute de Drack est quasiment invincible, à priori si elle était conduit par le code de dignité et d'honneur que ses confrères accordent avec tant d'importance. Les ignorants ... C'était l'essence même de leur faiblesse. Thorolf avait bien calculé la protection et la tenue de son propre règne avec succès. Et pourtant, cette femelle lui avançait une future alliance pour accomplir son idéologie et sceller son destin. Elle seule qui pourrait oser anéantir son règne en portant son lourd fardeau. Elle qui n'allait embrasser la paix pour rien au monde, mais qui optait pour une domination générale de Thaodia. Une conquête complexe et difficile ... Mais à qui était dirigé la gloire ?

A vrai dire, peu lui importait cette réponse. Ce qui importait n'était pas la popularité de ces futures victoires. Mais des conséquences et de ce que les survivants auront retenu. De l'histoire que les victorieux auront décidé d'écrire. Elle et Thorolf. La gloire n'attirait pas Thorolf ... Même s'il ne pouvait éviter que la réputation lui précède sans cesse selon l'endroit où il se dirige avec ses troupes. Si on le connaissait si bien que cela, ce n'était pas par son visage, mais bel et bien par ses actions jugés comme inhumains et en-dehors de toutes limites. Même cette Sylviana connaissait sa notoriété. Cela n'avait été un secret pour personne, même si le seigneur des Drack ne l'avait pas recherché. Il ne réagit pas face au racisme de son interlocutrice face à ces fameux "deux jambes". Thorolf ne se transformait que rarement ... Préférant un contact physique bien plus diversifié que des simples griffes et morsures. Donner des coups avec une précision chirurgicale était impossible lorsqu'on devenait la bête noire. Il s'était transformé quelques fois lors de récents combats ... Mais on le reconnaissait plus vite avec sa hache traditionnelle qui portait non seulement la définition de sa puissance, mais également de son industrie basé sur la viande. Tel un boucher tenant fermement son couperet en main et cela jusqu'à sa mort ...

Lorsque Sylviana lui expliqua son avis par rapport à l'état actuel d'Ephaëlya, plus précisément en comparant ce monde comme un garde-manger ambulant, cela fit sourire Thorolf. Cela ne le dérangea aucunement de voir l'univers se transformer en un vaste terrain de chasse totalement anarchique. Les idéologies, le code vestimentaire, les alignements, les croyances spirituelles ... Tout était différent. Chaque tribu comme chaque meute possédait une identité. Et pourtant, seulement une seule chose pouvait tous les lier : le goût de leur chair. Un lycanthrope restait un lycanthrope. La viande y était dure, garni de muscles et de nerfs solides. La représentant des Sang-Chaud partait dans un but unique, un objectif à accomplir ... Préserver un profond respect pour le Père de chaque loups confondus. Cela était intéressant ... Mais Thorolf n'allait pas se diriger dans un chemin qu'il jugeait inutile quand à ses profits. Cela revenait encore dans la spiritualité et l'accomplissement de son destin. Son cerveau commença à devenir en ébullition au fond de son crâne quand un autre détail retint son attention ... Elle comptait attaquer Nord-Bois et les Croc-Noirs ? Nina-Lou avait réussi à être une de ses dernières femelles à laquelle le vieux colosse avait gardé une confiance quasi-absolue. Il l'avait déjà attaqué par erreur elle et sa caravane, pensant que c'était ces fichus Nord-Bois pacifistes ... Thorolf était partagé. Mais la réponse était vite réglée. Il allait laisser les Croc-Noirs pour Sylviana. Quand au Nord-Bois, il comptait bien tous les décimer ... Il entretenait des bonnes relations surtout en ayant connu Kimaya et Nina-Lou bien avant leur règne. Maintenant que Sang-Chaud semblait aussi s'intéresser à lui, il n'y avait plus qu'une seule meute nuisible : Nord-Bois. Décimer cette meute le suffisait amplement.

Même une fois son discours achevé, le cannibale ne cessa de la fixer. Son regard mort, dénué de toutes émotions restait parfaitement immobile. Ce n'est qu'après un léger sourire en coin où ses crocs furent révélés qu'il commença à prendre parole d'une voix caverneuse :

"Nous sommes une averse de verres brisés."

Il leva sa main juste devant ses lèvres et ses crocs se mirent à transpercer la peau. Plusieurs profondes cavités s'ouvraient en y laissant le sang du chef s'échapper des plaies. Il grimaça légèrement pour supporter la douleur ... Quelques gouttes retombaient sur ses jambes et son pan de fourrure, mais il ne fit pas attention à cela. Il apporta sa main au-dessus de la carafe de vin et y laissa plusieurs gouttes sanguines retomber sur la surface de la boisson.

"Mais bientôt, nous pourrons être reconstituer."

Il s'empara du récipient contenant un mélange de son sang et du vin, puis il trempa ses lèvres à l'intérieur. Son gosier accueilli le liquide vital, un nectar que les Drack considérait comme tel. Le vin et le sang de l'être le plus puissant de la meute, vu comme une divinité, mais encore plus comme une force qui l'affichait comme un mâle alpha. En buvant un tel breuvage qui s'inspirait dans un cadre ritualisé, les Drack croyaient posséder la force et la démence de leur seigneur. La confrérie était solide. L'amour n'y était pas. C'était une euphorie nerveuse que tous ressentaient. Un instinct primitif auquel Thorolf était vénéré tout simplement. Il reposa le récipient sur la table.

"Une rectification importante : Nous pouvons changer ceux de notre espèce ou les envoyer dans MES abattoirs. Mes hommes ont faim. Terriblement faim. Mais ce n'est rien comparé à ce que je peux dévorer. Nous aurons besoin de ressources pour nous alimenter avant de poursuivre d'autres conquêtes. Les crevards peuvent attendre ... Néanmoins, je peux offrir un quart des prisonniers aux affamés du gouffre si la capture a été bonne. La violence n'est plus une aberration ... Elle est devenue une règle de la nouvelle noblesse. Et j'y compte bien en profiter également. Je crois que tu peux comprendre ça, Sylviana."

Courtoisie zéro. Thorolf a toujours été ainsi. La politesse, ces "vous", ces "monsieur, madame" ... Immondices humaines qui avaient réussi à percuter la fraternité des lycanthropes. Même si un lycanthrope demeurait son ennemi, il restait son frère. Ainsi donc, il voyait Sylviana comme l'une de ses sœurs.

"Tu comptes t'attaquer au Nord-Bois, tu as mon respect pour cela. Car je compte en faire partie. Je n'ai jamais plu blairer ces foutus pacifistes et leurs balivernes à vouloir restaurer un semblant de paix. Après plusieurs siècles, cela n'a pas marché. Pourquoi cela marcherait aujourd'hui ? Il se voient comme des élus. Et pour eux, nous ne sommes que des damnés. Je compte bien les transformer en tant que tel. Ainsi élus et damnés ne feraient qu'un."

Il regarda un instant ses mains qui s'ouvraient devant son oeil unique, comme un papillon fébrile sortant lentement de son cocon.

"Tu veux Thaodia ? Tu auras Thaodia. La contrée ne m'intéresse pas. C'est un terrain de jeu à mes yeux, alors qu'elle soit dirigé par ta personne ou quelqu'un d'autre ... Si tu comptes décimer les Nord-Bois, il ne suffit pas de les tuer. On ne peut briser un lycan comme on pourrait briser un chien ou un cheval. Plus tu frappes un lycanthrope, plus il se tient droit. Pour briser la volonté d'un loup, pour le soumettre, il faut fissurer son esprit. Tu sais, n'importe qui pensent qu'ils peuvent se battre dignement. Qu'il y a une façon humaine de tuer quelqu'un."

Thorolf se mit à gronder dans le vide. Son ton abjecte n'était pas dirigé contre la femelle de Sang-Chaud, il s'emporta car il était amoureux de la violence. Sa voix était passionnée, au bord de l'euphorie entre la colère et l'excitation :

"Pfah ! C'est absurde, ça leur anesthésie. Ils ont besoin de cette idée pour endurer l'horreur sanglante du meurtre. Tu dois détruire cette idée ! Montre leur à quel point le meurtre est quelque chose de terrible et sale, et ensuite, montre-leur combien tu aimes ça. Frôle-les pour ensuite exécuter les blessés, brûle-les, EXTERMINE-LES, ERADIQUE-LES, ANNIHILE-LES ! Prends-les en combat rapprochés, détruis leurs idées toutes faites et ..."

Un rire nerveux s'extirpa de sa gorge. Il se massa le crâne tout en se balançant d'avant en arrière. Le ton de sa voix devint un murmure brisé et aussi froid qu'un vent hivernal :

" ... tu deviendras leur monstre."
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MessageSujet: Re: Sang-Chaud et viande froide [+18] CLOS.    Jeu 7 Juin 2012 - 18:38

- DES POINTS COMMUNS -

Le colosse ne l’a pas interrompu une seule fois et à su rester impénétrable s’autorisant un bref sourire à la mention de la réserve de nourriture que représentait les autres contrées d’Ephaelya. Cela voulait-il dire qu’elle avait son attention pour le moment à défaut de sa confiance. C’était au tour du Drack de prendre la parole et de faire définitivement pencher la balance pour une alliance sans précédent et un nouveau destin pour tout Thaodia ou une guerre sans merci entre deux meutes semblables en de nombreux points mais pas entièrement que cela soit dit et acquis. Sylviana soutint le regard éteint mais dont l’analyse allait se révéler si précieuse pour elle. Toujours pas de provocation mais un échange un réel désir d’apprendre de lui maintenant. La louve ne se faisait pas d’illusion, elle était encore bien jeune et l’expérience du vieux fou ne pouvait que lui être bénéfique. Il prit son temps lâchant soudain des mots empreints d’une certaine poésie morbide et pourtant porteuse d’un espoir qu’elle ne pouvait définir en ce jour. La louve l’observa dans son manège, la fabrication de cette boisson particulière. Y avait-il là une raison qui échappait à la jeune Sang-Chaud ? Certainement mais elle ne posa pas de question, son temps de parole reviendrait bientôt. Rien ne servait de s’écouter parler, il fallait savoir se taire pour comprendre ce qui n’était pas dit mais sous-entendu. La vue et l’odeur de son sang ne la laissait pas de marbre. Elle se lécha les babines, baissant la tête puis la relevant, ses pattes avant s’agitant un instant. Elle reprit ensuite son calme et porta son regard sur lui d’où perçait maintenant une lueur d’intérêt à peine masquée. Que cachait donc cette montagne derrière cette haine désuète et lasse ? Il lui faudrait creuser la question et lorsqu’elle aurait la réponse, si elle l’obtenait un jour alors elle pourrait s’en servir pour ou contre lui, selon le cours des évènements. Une chose était sûre, il était devenu ainsi et non né comme cela, enfin du moins était-ce la prétention de ce qu’elle pensait.

Une voix sépulcrale, certainement proche de celle de Grinak dont elle n’avait jamais pu saisir l’harmonie. Un instant, elle s’échappa de ce lieu, son esprit vagabondant pour rejoindre sa Grotte. Ses iris vibrantes se voilèrent, lui donnant un air lointain, emprunt d’un Amour dérangé, d’une loyauté absolue. La lune était rousse, pleine et les siens entamaient déjà leur chant, leur Ode au Grand Grinak. Fiévreuse, ses coussinets en sang, elle griffait le sol comme une démente, accompagnée par d’autres loups dans le même état. Une transe collective, exaltée, hallucinée. La transe du Sanguinaire, le rituel immuable connu dans le moindre détail par toutes les générations même les plus jeunes. Des deux-jambes étaient présents, aucun lien ne les entrave mais leurs membres brisés, broyés, les privent de toutes tentatives de fuite. Leur sang se répandait lentement mais implacablement sur la terre, lui offrant cette couleur pourpre et cette odeur enivrante. Bientôt il ruissellerait au travers des fissures disparaissant pour une destination connue de lui seul, destination dont la fin du voyage était un loup hors du commun. Sylviana enrageait comme à chaque lune rousse de ne pouvoir le rejoindre à défaut de le libérer. Cela viendrait, elle en était persuadée au plus profond d’elle même si la logique voulait qu’il soit mort, et pourtant, pourtant on pouvait l’entendre disctintement et les nombreuses carcasses passées au travers des anfractuosités n’avaient jamais dégagé d’odeur de putrescence. L’espoir vibrait donc toujours dans le coeur des Sans-nom, dirigeants des Sang-Chaud.

Ses iris brillèrent à nouveau, prouvant que l’esprit de la louve était de retour. Les premières paroles de l’aliéné lui étaient tout de même parvenues. La louve ne releva pas la condition du Drack qui était semble toute si dérisoire et plus qu’acceptable. Les crevards du Gouffre n’auraient à ne pas en douter plus jamais l’occasion de mourir de faim. Alors approvisionner les abattoirs du Géant n’était aucunement une contrainte. Et puis un lycan le ventre plein était plus enclin à l’écoute et voire à autre chose. Elle se contenta de hocher la tête en signe d’approbation. La violence était le quotidien d’un lycan même cachée derrière des jeux, des chasses mises au point minutieusement mais les choses allaient changer. Les lycans deviendraient la violence, ne la subiraient plus jamais, ça non. Une lueur de satisfaction sauvage illumina ses iris brûlantes lorsqu’il révéla son accord pour l’aider dans l’extermination des Nord-Bois. Le vieux fou partageait son avis sur cette meute qu’elle ne connaissait qu’à travers leur chef. Désolant et à éliminer, voilà ce qu’elle pensait de lui aujourd’hui. Le reste de ses paroles obtinrent toute l’attention de la louve, voilà qu’il lui donnait de précieux conseils et elle les enregistrait mot par mot. Même ses gestes prennaient un écho sacré. Il lui offrait Thaodia sans même demander sa part mais Sylviana ne voyait pas cela du même oeil. Le lycan aurait sa part, un juste retour des choses. Il serait libre d’aller et venir comme bon lui semblait sans craindre de jugements ou d’oppositions sauf si bien évidemment cela était ce qu’il recherchait. Un nouveau chemin de vie s’offrait à eux dont il n’avait peut-être pas complètement conscience.

- QUAND LA DISCIPLE TROUVE SON MENTOR -
«  Je ne veux pas devenir leur monstre, mais LA terreur absolue, LA voie inaliénable, LE choix incontestable, pour lui ouvrir le passage afin d’asseoir son irrécusable autorité de part sa naissance et sa légende. Je n’ai cure de tirer quelque gloire que ce soit de ce revirement logique pour le peuple lycan. Seule compte notre suprématie totale et indiscutable. Je ne suis pas dupe quant au temps que me prendra cette mission mais j’aurai besoin de vous, de votre expérience de votre vision du monde. Nous serons deux, tels un corps et une ombre indissociables. Je serai là à chacun de vos gestes, je divertirai alors que frapperez, j’ébranlerai alors que vous amuserez nos ennemis. Vous ne serez plus seul et moi non plus. »

Elle avait gardé le vouvoiement car face à elle se tenait un loup plus âgé et à qui elle devait une certaine forme de respect. Sa nature froide avait fondue comme neige au soleil, la louve révélait une partie d’elle, sa soif d’apprendre, son besoin insatiable de connaissance. Dans ce cas précis, ce n’était plus seulement pour elle mais pour sa meute, pour lui qui donnait un sens à sa vie, un sens véritable et fatal. Une volonté sans faille s’échappait de chaque pore de sa peau. Elle frémissait d’une impatience contenue mais ressentie. Les changement de tonalité du Drack ne lui échappait pas, elle les enregistrait découvrant une palette d’émotions jusque là bien ensevelies sous la couche de haine du géant. Il s’exaltait, s’emportait mais un fond de lassitude voilait ses mots, était-ce bien une lassitude et non un tout autre sentiment ? Tuer pour elle, était une chose naturelle, innée après les modes d’exécution, elle n’était pas à cheval dessus, la mort de la proie était tout ce qui comptait mais aux dires du vieux lycan, elle comprit qu’il lui manquait certaines choses pour parfaire son dessein. L’idée de briser les esprits, de détruire l’espoir voilà ce qui la mettait en liesse, qui trouvait un écho en elle. Ecraser tout forme de contestation pour mettre en place un règne qui deviendrait banal et naturel, l’idéal pour un chef afin de mener tout un peuple enbriguadé, persuadé de vivre normalement alors qu’un puissant dictait leurs faits et gestes sans qu’ils ne s’en rendent compte. La réflexion était la clé de sa réussite et ce début d’échange avec le chef des Drack lui en apportait sur un plateau.

La louve se doutait que dans cette entreprise, Thorolf Gunnar, s’il acceptait d’y jouer un rôle, serait le bras violent de sa percée. Quant à elle, Sylviana proposerait une solution unique qui au final ne donnerait satisfaction qu’aux deux chefs et à leurs meutes. Elle aimait aussi briser en possédant entre ses puissantes mâchoires la raison de vivre de ses ennemis. Les esprits faibles se rendaient de suite alors que les forts s’opposaient un temps avant de céder ou de récupérer leur bonheur en charpie, peu de temps avant de nourrir les crevards du Gouffre. La louve était plus dans la pression que la violence mais elle ne la boudait pas au contraire, surtout quand il s’agissait d’achever ou de faire des exemples. Le plus dur étant de persuader les masses que les victimes avaient eu ce qu’elles méritaient mais cela était réalisable avec le temps et les bonnes actions. Oui elle avait encore apprendre et ne demandait que cela surtout quand on passait à la pratique mais elle était persuadée que malgré son expérience jeune, elle pourrait apporter quelque chose au colosse. Peut-être pas ce qu’il cherchait mais quelque chose qui lui serait utile. Thorolf Gunnar était passé de l’égal au mentor mais le disciple qu’elle acceptait d’être avait son esprit et son point de vue. L’élève saurait apprendre à son professeur d’autres opportunités. Mais encore fallait que cet accord tacite soit accepté et rien n’était moins sûr. Le vieux roublard avait roulé sa bosse et Sylviana pouvait-elle se targuer de l’intéresser suffisamment pour qu’il la prenne sous son aile, enfin d’une certaine manière.
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MessageSujet: Re: Sang-Chaud et viande froide [+18] CLOS.    Lun 11 Juin 2012 - 19:03

[justify]Les hypothèses s'écroulaient comme des longues mutilations bancales au fur et à mesure que la conversation perdurait. Les théories abondaient tout aussi généreusement qu'une multitude de plaies béantes et étroites où son liquide de vie émanait des échos capable de conseiller son agresseur. Les explications se montraient successives et défilaient trop rapidement pour que le mensonge soit le maître mot de ses paroles. Elle désirait autant que lui être l'origine d'une terreur sans nom capable d'apporter quelque chose ... Voilà ce qui les différenciait. Elle recherchait un résultat, un but à accomplir, une récompense de tous les efforts qu'elle sera capable de placer sur le terrain. Tandis que Thorolf ne recherchait rien, si ce n'est qu'accomplir son devoir chaotique sans aucune justification. Pas de fin heureuse, ni même malheureuse ... Un purgatoire, un monde en désolation ... Il savait que jamais il ne pourrait y arriver et il en était aussi fier qu'heureux que ce ne soit pas le cas. Autrement, il se sentirait dans l'obligation de mettre fin à sa misérable existence. Pour préserver sa vie, Thorolf est dans l'obligation de tuer. Cela était aussi vital pour lui autant que de manger et boire. La gourmandise était son maître, le carnage son deuxième appétit. Sylviana avait tout pour paraître convaincante. Seulement, le seigneur des Drack allait la surveiller de très près. Il n'aimait pas être berné et qu'on abuse de sa confiance ... D'un autre côté, il espérait qu'elle le trahisse, que ses mots ne soient que des cendres libérés par le vent. Ainsi il pourrait pardonner son erreur en réalisant une ultime rédemption. Rompre ses cervicales, déchirer cette peau si voluptueuse, l'ablation sévère de ses cuisses fines ... Il n'avait jamais eu l'occasion de détruire quelque chose de si beau. Sans même s'en apercevoir, il revenait de délirer. Il eut la sensation que quelque chose de très lourd lui martela le crâne jusqu'à le fendre en deux. Ses paupières se refermaient un instant et une grimace légère se dessina sur son faciès rempli de contusions profondes ...

Le néant. Une infime parcelle de blancheur comme notre imagination pouvait si bien l'imaginer. Le nouveau monde qui l'entourait portait une toge l'enveloppant complètement de cette couleur lumineuse ... Et pourtant si morne, si incolore. Aucun son, aucune image ... Pas même une petite représentation n'osait se montrer qui serait capable de déchirer ce monde ni mort, ni vivant. Pas un souffle de vent ne venait ébouriffer ses cheveux, pas un minuscule rayon solaire ne pouvait réfléchir sur la blancheur de sa longue barbe tressée. Il se trouvait bien loin d'une conversation entre deux chefs de meute ... Ce monde agissait comme une fumée transparente. On ne pouvait le voir, ni le sentir, encore moins l'attraper avec la paume de nos mains ... Mais on savait que la fumée était là quelque part près de lui, derrière le masque de l'inconscience et de l'incohérence la plus totale ... En effet, des images floues apparaissaient devant lui … Son œil semi-ouvert pu distinguer des formes différentes et inadéquates. L'odeur de cendres et de sang s'était introduite dans les profondeurs de sa partie nasale. Il aperçu un enfant venir vers lui … Il sautilla tout autour de son corps allongé. Il essaya tant bien que mal de retrouver ses esprits et d'ordonner à ses bras et jambes de le remettre debout. Il arriva difficilement à s'asseoir, puis se frotta l'œil avec son pouce tâché de sang séché. L'enfant était encore flou. Il avait quelque chose de noir dans la main. Thorolf secoua sa tête massive et chevelue, puis fronça le sourcil pour distinguer ce qu'il foutait là ?! Sagement, le garçon arrêta de tournoyer autour du colosse et se tint immobile devant lui. Il gloussa innocemment en tendant l'objet noir dans sa direction. Le vieux guerrier décida de le prendre … Agréable au toucher, ça n'avait pas l'air hostile. Il sentait même des poiles à certains endroits de la forme ronde … Peu à peu, la clarté revint sans crier gare. Il pouvait apercevoir ce que c'était … La tête décapitée de sa mère.

Retour à la réalité. Le visage de Thorolf fixa le mur, la bouche semi-ouverte, comme s'il voyait son Némésis. Peu à peu, ses paupières se refermaient et sa tête se secoua de gauche à droite, comme s'il voulait chasser ces pensées de son esprit. La chef des Sang-Chaud lui parla à nouveau en détaillant ses macabres intentions. La vivacité qu'elle démontrait n'était pas uniquement dirigé sur des futures planifications ... Elle avait soif de connaissances. Elle semblait s'intéresser entièrement au vieux colosse, en se risquant même à comprendre l'incohérence insensé qui émanait de lui-même. La dépravation était si imprévisible que même Thorolf ne recherchait à la comprendre ... Plus d'une fois elle énonça un "nous" en indiquant une suprématie à tenir et à embrasser. Mais elle savait que cette supériorité était destinée à un être particulier. Elle n'était que l'instrument critique d'une époque révolue et pourtant, même avec ses espoirs rompues et le mythe trainé dans la boue et le sang, elle parvenait à se tenir debout en soulevant un tel fardeau. Thorolf énonça simplement l'invité :

"Grinak..."

Peut-être était-il inconscient, voire fou. Ou même les deux. Mais si Grinak parviendrait à détruire sa cellule qui lui faisait de lui un vulgaire condamné, Thorolf se réjouissait de le voir et de se mettre en travers de sa route ... Un prédateur en appelait un autre. Même s'il n'avait aucune chance, ce n'était pas la raison qui l'amenait à essayer de le défier. Même si le vieux seigneur était en face à toute une armée, il s'élancerait sans hésitation devant une mort certaine et une fatalité plus que douloureuse. Les vainqueurs ont toujours écrits l'histoire, même si les faits sont faux. La fin d'une guerre ne définit pas qui avais raison, mais qui a survécu. Thorolf ne recherche pas la victoire. Il recherche à ébranler l'humanité et la conscience. Donner un coup si fort que la raison serait fendu en deux. Peu lui importait de participer à la libération du Sanguinaire, Sylviana lui offrait un objectif qui lui donnerait la possibilité de tuer, de dépecer et d'éviscérer. Un rire léger et sincère s'échappa de sa bouche lorsque la louve détaillait la fusion de deux images en une seule. Il répondit simplement :

"Je suis déjà deux."

Son oeil mort ne put réagir, mais son oeil valide commença à briller. Comme si une euphorie folle l'avait embrasé depuis ses grands pieds jusqu'à sa tête.

"Maintenant je suis cent. Et l'instant où je te parle, nous sommes au-delà de mille."

Elle ne pouvait pas réellement savoir si le vieux titan divaguait sans doute ... Mais Thorolf ne pointa pas la démence du doigt cette fois-ci. Une des coutumes en tant que Drack était le cannibalisme, sport populaire et mode de vie rempli d'amour auquel Thorolf se montrait le plus gourmand. Il était même capable de dévorer ses "enfants", ses guerriers qui lui ont resté éternellement fidèles jusqu'au bout. Le fait d'être dévoré par leur maître était un signe d'honneur bien plus distinctif que n'importe quel autre mort. D'une manière spirituelle, les âmes de ses frères et sœurs restaient à l'intérieur de sa panse, car c'était là où se trouvait le nirvana et la sécurité de toute âme. C'était un rituel que Sylviana s'apercevra rapidement. Mais pour le moment, il ne douta pas de ses propres convictions.

"Je ne doute pas de tes capacités. Je suis seulement friand de savoir ce que tu peux m'apporter ... Tu parles de solitude, mais même les rejetés ont une famille avant même de la bâtir. J'en suis la preuve vivante."

Thorolf avait acquit une nouvelle et puissante partenaire. Il ne sous-estima pas les ressources qu'elle pouvait posséder à elle seule. Rien que le fait d'avoir une tête à l'esprit sain et non torturé se montrait comme un bel avantage lorsque la tactique et la stratégie devaient être en avant. Elle serait sa tête pensante à l'esprit vif, et lui ses bras qui serait capable de soutenir le glaive de son ennemi jusqu'à le retourner contre ce dernier. Mais même si ces idées devenaient alléchantes, le seigneur des Drack ne s'arrêta pas là ... Il imagina une fois le succès accompli. Que se passerait-il ? Grinak serait libéré, Sylviana aura gagné Thaodia ... Un être simple sans avoir une grande intelligence commencerait sans doute par se méfier que cette alliance puisse se retourner contre lui. Il pensait également que lorsque Sylviana aurait retrouvé son maître déchu, tout deux s'opposerait contre lui-même. Mais Thorolf était l'exception même de l'anticipation. Il n'anticipa rien de cela. Il voulait même que cela se produise. Qu'il y ait une trahison pour que Thorolf se mette à brutaliser les Sang-Chaud, ainsi que leur divinité revenu dans le monde des hommes. Cela restait un fantasme à flairer dans un côté de sa mémoire ... Pour le moment, n'était pas contre le fait de lui donner une part de Thaodia sur un plateau ... Mais cela était comme si quelqu'un offrait une pierre à un enfant. Thorolf ne voulait pas la cité des lycanthropes.

"Je crois que nous n'avons pas encore parlé de ce que je désire en retour ..."

Il agrippa à nouveau la carafe et en bu une gorgée. Il ne proposa pas tout de suite à son interlocutrice qui elle devait en boire durant un moment bien spécifique. Quelques filets de vin mêlé au sang s'échappa de sa bouche et tâcha aussi bien ses lèvres que sa barbe tressée. C'était comme si le sang de ses ennemis s'infiltrait dans les pores de son menton comme une seconde peau.

"Des meutes veulent unifier Thaodia, toi Sylviana tu veux la recomposer ... Moi je veux la détruire. Nous sommes tous différents. Pour empêcher
que je sois déçu de ne pas entrevoir notre contrée dans une désolation infinie, voire dans un purgatoire sinistre où la pâleur de la mort serait reine ... "


Il marqua une pause en choisissant ses mots méticuleusement. Puis il céda en relâchant une seule et maigre phrase

"Je veux Evanya.

Il explosa dans un rire sans joie avant de reprendre avec vitalité :

"Ou dû moins les veines d'Evanya. Je veux ses enfants, ses amants, ses frères, ses mères, nobles ou pauvres, vivants ou éclopés, je les veux tous. Je veux.. Que désire un misérable politicien qui a acquis le pouvoir au fil du temps ? Plus de pouvoir. Mais je ne suis pas un politicien ... Mais un boucher qui possède de l'autorité et une gourmandise sans nom. Tout deux résident dans la viande. Et la qualité de cette viande a un nom : les hommes. "

Soudain, quelqu'un frappa à la porte. Le bruit sec et sonore ne l'avait pas interrompu, cela était une chance pour le soldat qui venait de poser un pied sur la salle où l'entretien se déroulait. Même si l'épaisseur de la brute confirmait qu'il pouvait être un redoutable guerrier, celui-ci se figea et remarqua que le moment était mal choisi.

"Il est mort. Il n'a pas tenu longtemps ..."

Le chef de meute sourit, puis fit un geste de la tête. Le barbare inclina sa tête en signe de compréhension, puis disparut aussi vite qu'il s'était présenté. Le vieux titan secoua négativement de la tête en murmurant pour lui-même comme quoi personne ne survivait très longtemps à son ordre dans tous les cas... Il redressa la tête et regarda son invité. Elle se questionna sans doute vis à vis de cette situation. Thorolf ne la voyait pas comme un adversaire potentiel. En fait, il préféra l'avoir sous son aile ... Son désir de connaissances approfondissait son instinct paternel refoulé. Une fille qu'il a toujours voulu posséder. Un jour, peut-être, il sera dans l'obligation de la décapiter. Mais il exposa la réponse le plus naturellement possible dans un cadre de menace pour éviter ou annoncer un futur changement dans leur relation, bien après leur plan achevé :

"Un infidèle. Mes gardes lui ont cassé certains muscles à coup de massue par pur plaisir sadique avant de le jeter dans une cellule les poings liés. Après deux mois, il mourut terriblement de faim. Le matin, ses lamentations faisaient résonner les murs et se mêlaient aux jérémiades des pendus durant la nuit. de jours plus tard, il n'avait plus assez de salive pour crier. Ses excréments et sa sueur pullulaient autour de lui. Et c'est ce matin que je l'ai vu attrapé un rat avec ses dents. Il ne pouvait pas manger autrement. Il pleurait en faisant craquer les os du rat avec sa mâchoire. Ses yeux, son visage ... C'était l'image de la folie. Tu viens d'apprendre sa mort. Mais ce n'est pas la faim qui la tué. Mais la prise de conscience de ce qu'il est devenu."

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MessageSujet: Re: Sang-Chaud et viande froide [+18] CLOS.    Jeu 14 Juin 2012 - 14:49

- MAITRE ET ELEVE, UNE CONFIANCE A CONSTRUIRE -


Le regard que le colosse laissait dériver sur elle était maintenant fin, examinateur et attentif. Que pouvait-il donc se passer dans ce cerveau dérangé ? Avait-il bien compris qu’elle ne comptait nullement empiéter sur ses plates bandes. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent lui et sa meute tant que la sienne ne risquait rien et vice-versa. L’accord était tacite mais elle le rendrait verbal. La louve n’avait pas besoin d’écrits, la parole suffisait, mieux valait alors ne pas y faillir. Sylviana attendait qu’il prenne la parole et révèle ses choix, ses accords ou désaccords. Pourtant en cet instant précis, elle avait plutôt l’impression d’être le cadet de ses soucis mais la lueur carnassière qui brilla dans son seul oeil valide lui prouva le contraire. Il était bel et bien présent, le colosse la sondait-il ? Quelque part, c’était normal surtout de la part de l’aliéné qui se trouvait face à elle. La folie destructrice qui l’animait n’était pas suffisante pour le faire survivre, il lui fallait un minimum de jugeote et d’analyse. A nouveau le flou, comme si son oeil regardait en lui-même, complètement indifférent quant à son environnement extérieur. Apparemment, son temps de parole n’était pas encore fini aussi reprit-elle son monologue. L’expression de son visage souligné par ses paupière closes ne lui échappèrent pas, elle n’en fit aucun commentaire. Le lycan était un être torturé, le résultat d’un chemin imprévu qui l’avait à jamais détourné d’une certaine forme de félicité. Le plaindre, ce n’était pas ce que ferait la louve. Le comprendre, opération certainement à haut risque mais qui pouvait se révéler payante et édifiante. L’avenir leur dirait bien assez rapidement, pour l’instant, elle venait chercher un allié, fou mais puissant et terrifiant par la simple proclamation de son nom.

Une fierté incommensurable brilla au fond de ses iris lorsqu’il formula le nom de son Dieu. Sa mâchoire claqua et ce nom roula dans sa gorge avec un respect infini et une loyauté absolue. Elle s’était redressée de toute sa hauteur, son corps vibrant d’une ferveur brûlante et entière. Impossible pour elle de définir l’impact du nom du Sanguinaire sur le colosse mais concernant la louve, le message était on ne peut plus limpide. Sa raison d’avancer, son sentier de vie et son évolution. Ses pépites le sondaient à nouveau, que pensait-il maintenant de sa venue, de sa requête ? L’aliéné savait très bien masquer ses pensées, elle ne trouvait aucun fil conducteur, aucun tic sur son visage supplicié, il était de nouveau impassible, maître de lui. Pour combien de temps ? Très peu à vrai dire, les paroles suivantes étaient la preuve que quelque chose ne tournait pas rond ou échappait à la louve. Sylviana était au courant du cannibalisme dont raffolait le géant mais de là à faire le rapprochement avec le nombre énoncé par l’aliéné, cela lui échappait purement et simplement. L’étincelle s’enflammant dans l’oeil vivant du colosse lui confirma ses doutes quant à la sénilité bien entamée de ce cerveau ravagé. Pourtant elle se trompait mais la louve ne pouvait s’enorgueillir de le connaître intimement alors elle faisait comme tout être normalement constitué, elle déduisait sans pour autant y attacher une réelle importance. Elle l’écouta simplement sans montrer la moindre once de mépris ou de moquerie mais une lueur d’incompréhension scintilla dans son regard qu’elle rangea vivement de côté. Le ton n'était pas plaintif, ce n'était que le constat de leur vie avant de prendre les rènes de Sang-Chaud.

«  Une famille certes mais nous ne formons qu’une seule et même entité alors je suis isolée. »

Enfin il passait aux choses sérieuses, la louve n’était pas dupe. Jamais au grand jamais un lycan aurait cédé quelque chose à un autre sans une contrepartie. Ses prunelles s’étrécirent, ses oreilles pointèrent un peu plus vers lui, tout son corps tendu, frémissant à l’idée de connaître l’un des projets du géant. Même les gouttes de sang s’échappant comme des martyres agonisants n’eurent droit à aucun égard. Elle était suspendue à ses mots et les gestes qui suivirent la firent gronder d’amusement. Il prenait son temps, ménageant ses effets et cela avait un certain résultat sur elle, ça la divertissait. Sa tête penchait de gauche à droite pendant qu’il énumérait les différents choix des meutes et elle retint un soupir. Sa langue pendouilla alors qu’elle régulait sa température interne, analysant en même temps soigneusement ses paroles pour ne pas comprendre de travers. Elle n’eut pas le temps de commenter qu’ils étaient interrompus. Elle observa le dissident d’un regard aiguisé. Une masse de chair aux traits houleux, creusés par une vie débridée, nourrie par la haine et la folie, le train de vie des Dracks. Sa brusque immobilité et son regard tendu presque apeuré trahirent l’autorité du Chef des Dracks et de l’importance qu’on lui accordait. Il les avait interrompu mais avec une certaine circonspection dont le géant tint compte apparemment. Aussitôt apparu, aussitôt disparut, Sylviana ne rompit point le silence de cette apparition laissant le colosse digéré et apprécié semble-t-il l’information quoique ? A nouveau il prit la parole mais pour un sujet bien distinct.

« Un véritable coup de maître. Faire mourir un être sans le toucher, c’est de l’art. Cela ne m’étonne guère à vrai dire. »

Elle ne le caressait pas dans le sens du poil ou lui passait du baume non, elle appréciait vraiment cet état de fait. Il s‘agissait là pour elle, de la mise à mort la plus perfectionnée que l’on pouvait atteindre mais la louve ne s’attarda guère sur ce cadavre. Sylviana revint au sujet précédent, subtilement détourné lors de l’intervention d’un tiers imprévu. La louve n’était pas du genre à perdre du temps en palabres qu’elle jugeait de moindre importance.

«  Revenons à ... Evanya ? Vous parlez d’hommes mais c’est la contrée des elfes. Cela voudrait-il dire qu’ils sont plus savoureux ? »

Ce fut comme un sourire qui étira ses babines. Il fallait dire que Sylviana n’avait encore jamais eu l’occasion de goûter de la viande de longues oreilles. Il avaient semble-t-il un plus d’esprit que les deux-jambes et n’avaient jamais croisé leurs routes. A moins que dans les morceaux juteux servis précédemment, il y en ait eu quelques-uns ? Elle trouverait bien le moyen d’échanger de tendres deux-jambes contre quelques longues oreilles au goût mystérieux et alléchant.

«  Si vous ne visez que les être alors nous prendrons leur culture, leur savoir, leurs contes et légendes pour tout ramener en Thaodia. Ils seront brusquement asservis et dépossédés de toute leur histoire. Des proies déboussolées, encore nourrie par un regain de haine. Un plan de chasse qui pourrait vous plaire sachant que plus tard, nous ferons courir le bruit qu’il y a encore en Evanya des grimoires racontant leurs histoires et leurs codes. Rallumer une petite flamme pour les laisser s’épuiser en des quêtes vaines mais qui les rendront plus enclins à se défendre lors de vos parties de chasse. Qu’en dites-vous ? Nous vous laissons les veines, nous prendrons le coeur d’Evanya. »

Annihiler ainsi l’espoir, les esprits vifs de toutes les espèces en les arrachant à leur histoire, à tout ce qui faisait d’eux ce qu’ils étaient. pour les vampires il en serait autrement. Complètement inutile, cette race devait tout simplement disparaître de la surface d’Ephaelya tout comme de ses profondeurs. Rayée de la carte sans autre forme de procès.
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MessageSujet: Re: Sang-Chaud et viande froide [+18] CLOS.    Mar 3 Juil 2012 - 12:58

Sylviana possédait le don d'attiser un intérêt plus que sincère, mais également de la convertir dans une discussion animée où le seigneur des Drack se sentait à sa place. Pas de perte de temps, aucune notion inutile à aborder ... Les deux chefs de meute semblaient s'entendre sur beaucoup de points. Leurs arguments ne frôlaient même pas une transcendance particulière, ni même une folie qui se rapproche le plus d'un rêve que l'on ne peut atteindre ... Sylviana en voulait autant que lui. Et pourtant, tout deux possédaient des gains très différents qui allaient leur faciliter la tâche au niveau de partage. Pas d'hostilité, ni de jalousie ... La part sera inévitablement égale. Elle parlait une langue dont lui-même ne connaissait que trop bien : le pragmatisme. Le fait d'être conciliant ne devait pas aboutir et influencer leurs plans, ce n'était qu'une perte de temps. La chef des Sang-Chaud, aussi pragmatique et intelligente soit-elle, parvenait à décrire le fond de ses pensées sans même ébruiter du dégoût ou un rire. Voilà depuis fort longtemps que Thorolf ne prenait pas des arguments au sérieux ... Il avait essayé de s'y intéresser pourtant. Malheureusement, ses interlocuteurs finissaient accrochés à l'intérieur d'un crochet rouillé ou empalé sur la place publique afin que les plus affamés engloutissent cette viande fraichement gratuite. Mais avec elle, c'était différent. Elle partageait son opinion que la fin devait justifier les moyens. Il n'espérait qu'une seule et dernière chose afin d'arriver à l'apprécier : en voir plus.
Un vent abjecte qui recrachait un oxygène nauséabond. Une identité corrompue entre l'humanité et la bestialité. Une analogie si fragile que la différence est réduite à une très courte distance. Un cadavre sans os. Un puit de pestilence. Voilà ce qu'était devenu Thaodia. Soulevés par les racines de l'infortune, le nouveau duo était en train de songer. Mais également de conquérir leurs désirs afin d'accomplir leur dessein en scandant leur nom dans un hurlement victorieux. Gloire, justice, héroïsme ... Ils allaient passé tout cela. D'ailleurs, Thorolf recherchait un anonymat absolu. Mais ces précédentes actions en tant que chef de meute prenait une tournure complètement opposée. Un sanguinaire avec un tel pouvoir ne passait pas inaperçu. Et quand était-il de Sylviana ? La curiosité lui titillait l'esprit ... Il voulait l'observer. La surveiller. Mais également apprécier ses démarches. Si la déception étaient prêt à l'aveugler, Thorolf regretterait cette nouvelle union qui lui semblait précieuse ... Mais il n'allait pas compter repartir les mains vides. Ou plutôt la panse et les crocs vides. D'un bref signe de tête, il acquiesça les dires de sa nouvelle partenaire :

"Haha ... Si tu es parvenue à devenir l'ennemi avant de devenir l'accusé, nous entrons dans la même famille effectivement."

La remarque n'était pas dans le but d'être désobligeante. Il est simplement normal que l'alliance annoncé n'allait pas aboutir aussi rapidement à un rapprochement amical entre les deux chefs. Dû moins, leur relation semblait se montrer comme un professeur à son élève. Mais un professeur âgé qui a besoin de l'aide de son disciple pour se rappeler des notions qu'il aurait oublié déjà depuis de nombreuses années. Elle possédait le savoir et les outils pour mener à bien une conquête. Thorolf s'occuperait du reste. La terreur aussi physique que morale ne lui était pas inconnu et il pensait bien se diriger dans ce domaine. La négociation se passait très bien, le cannibale ne s'y attendait pas d'ailleurs à autant de d'ouverture et de simplicité. Mais avec Sylviana, tout devenait facile ... Lorsque cette dernière lui parla d'Evanya comme étant la contrée elfique, le titan se tapa fortement le front en secouant négativement la tête :

"Non non ... Je voulais dire Oryenna. Pardonne-moi Sylviana, j'ai la tête ailleurs mais mes oreilles accueillent clairement tes mots. Je vise bel et bien la cité des Hommes. Lycanthropes et humains ne sont pas si différents. L'avantage que possède cette race est bien spécifique. Elle peut être dévorée, abattue par simple plaisir sadique, mais elle peut aussi être convertie pour augmenter la force de mes rangs. Je prendrai de force les plus faibles d'esprits afin de les malmener suffisamment pour rompre leur santé mental. Les guerriers les plus tenaces et prometteurs de la race humaine ne serviront à rien. Je ne veux pas des élus. Je veux les damnés. Ce sont ces derniers qui possèdent des ressources capable de rompre toute limite dans leur humanité. C'est ce qui font des guerriers hautement instables et donc potentiels. Ils peuvent même devenir plus insensé que n'importe qui ... Même bien plus que moi."

Le peuple elfique ... Leur viande n'était pas la pire, mais tout ce raffinement devait être brûlé en incorporant les morceaux au-dessus d'un grille ou à la broche. Riches, dignes et fiers ... S'il était capable d'anéantir ce royaume rien qu'avec sa hache, voilà longtemps qu'il l'aurait déjà fais. Mais il regarde également les vampires d'un très mauvais œil. Thorolf aurait pu devenir un agent du chaos, mais il fallait réfléchir avant d'abattre n'importe qui. Les Croc-Noir ont d'ailleurs subi cette erreur car la relation entre cette meute bien précise et les elfes se sont terriblement détériorés. Les humains rassemblent également leur force pour soutenir les elfes. Ils étaient dispersés et bien occupés à protéger une autre race. Plusieurs fois il avait hésité à donné l'ordre de réunir les troupes pour exécuter une percée dans leur rang. Mais il ne fallait pas être dupe. La bataille entre une race et une simple horde ne suffisait pas. C'était d'ailleurs pour cela qu'il avait attendu une louve comme Sylviana, détaillant des plans pour reconquérir non seulement une race lycanne, mais également une contrée : Thaodia.
Thorolf sourit face aux remarques de sa nouvelle partenaire. Elle était directe, pragmatique, ne parlait que pour partager des arguments valables et correctes. Ses questions à propos de la qualité de sa nourriture favorite n'était pas vu comme un affront. Au contraire, le vieux colosse percevait cet intérêt comme une invitation. Comme si elle également voulait se tenir à ce niveau. Ou dû moins goûter ce qui pouvait être englouti par un mâle dominant tel que le chef des Drack.

"La viande elfique doit être purifiée par le feu. Mais elle est tout à fait comestible. La plus savoureuse reste chez les hommes. Celle des lycanthropes sont bourrés de muscles et de nerfs, tandis que les nains possède la seule viande à la limite d'être incomestible due à leur viande trop dur. Les vampires, j'ai déjà gouté. Je te le déconseille."

Il entama cette dernière phrase avec un sourire en coin. Quand soudainement, le vieux titan rugit férocement, la résonnance de la salle était suffisamment complète pour être entendue. Un esclave humain et aveugle ouvrit la lourde porte. Son visage était constellé de trois anneaux lourds qui lui étiraient la peau et lui déformaient le visage.


Thorolf ne le regardait même pas. Il annonça d'une voix caverneuse la phrase suivante :

"Un bol propre."

Son oeil continua de briller de plus bel au même moment où Sylviana entama une conclusion qui était très satisfaisante. Elle arracherait la culture et produirait sans doute des autodafés afin d'éliminer le soutien d'un peuple et ainsi libérer le champ pour que Thorolf et ses sbires commencent un rituel dans un véritable génocide. La situation n'était pas désespérée, elle pouvait être réalisable. Il ne suffisait pas que de la force ... Mais une stratégie et une tactique qui tenaient la route. Sylviana semblait posséder ce dernier point. Le projet l'excitait suffisamment pour qu'un rire faible et rêveur s'échappa de ses lèvres ... Cela pouvait fonctionner. Il suffisait d'y croire et d'en avoir les moyens. Thorolf avait tout cela. Et Sylviana venait de posséder le dernier élément pour mettre ses plans à exécution : l'alliance était acceptée. Il regarda froidement Sylviana comme s'il entrevoyait le regard de Critias en personne :

"Nous arrivons donc à la fin de notre rencontre. Nous pouvons entamer la naissance de cette nouvelle alliance secrète."

Au même moment, l'homme en question fit à nouveau son apparition et déposa un bol sur la table. Il essaya de retrouver son chemin à tâtons avant de disparaître par l'entrebâillement. Thorolf s'empara du bol en terre creuse, puis il remplit un fond de son breuvage. Le vin et quelques gouttes de son propre sang constituait cette mixture qui devenait un rituel. Son sang était perçu comme un liquide qui définissait la vitalité même de la horde. Si la meute des Drack vivait, c'était avant tout parce que leur chef pouvait respirer à pleins poumons. La concoction n'était pas destinée à devenir la meilleure boisson, c'était un geste aussi significatif que symbolique. Au lieu d'une promesse ou d'un contrat, Thorolf le faisait par la consommation de son sang. Il déposa le bol juste en face de Sylviana en la regardant droit dans ses prunelles de fauve. Il se redressa, puis il agrippa la cruche avec une seule main. Doucement, sa voix rauque s'extirpa à nouveau de ses lèvres :

"Bois. Et si tu ne le fais pas pour moi, fais-le pour Grinak."

Il approcha le récipient de ses lèvres puis bu goulument. En quelques grandes gorgées, il vida complètement la cruche. Du sang mêlé au vin s'était échappé de ses lèvres et tâchait sa barbe blanche en produisant des fines rivières rougeâtres. Il s'essuya la bouche d'un revers de main, puis il décida à se lever.

"Si tu n'as rien à ajouter, je te libère. Nous nous reverrons bientôt Sylviana."

Il approuva d'un bref signe de la tête afin de montrer le nouveau respect qu'il accepta d'afficher à sa personne. Il s'approcha de la porte et l'ouvrit complètement. L'orgie s'était dissipée. Il n'y avait plus de trace de cet orchestre sexuelle et diablement féroce. Dorénavant, quelqu'uns de ses guerriers suspendaient des prisonniers faibles mais encore vivants sur les crochets. Les gémissements fusaient, mais ils étaient étouffés par le fer du crochet. Leur nuque profondément transpercé, la pointe ressortait par leur bouche déformée par la souffrance et l'horreur. Le sang dégoulinait sur toute la surface de leur thorax tandis que d'énormes filets de bave les fit suffoquer. Un jeune louveteau à la fourrure ensanglantée assista au spectacle, un large sourire illuminant son visage. Sa frimousse innocente resta figée. Assis à quelques mètres des prisonniers empalés par la tête, les yeux du gamin dégageaient une solide euphorie et la réjouissance d'être un adulte pour faire de même, pour montrer que lui aussi pouvait traiter un être de la sorte ... Voire pire.
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